Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘David Fincher’

Jeudi 18 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Un commentaire

Gone Girl : que cache le sourire de Ben Affleck?

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Parfois on tente tellement de cacher le désespoir ou la culpabilité qui nous affligent que nos masques de bonhomie, si soigneusement confectionnés, finissent par semer un doute sur notre véritable condition intérieure. C’est le cas du personnage interprété par Ben Affleck dans le nouveau thriller de David Fincher, Gone Girl, à l’affiche le 3 octobre. Je fais référence à une scène en particulier, un simple plan vraiment, une seconde à peine, qui nous révèle l’acteur, mais aussi la personnalité publique, dans toute sa belle complexité.

La première fois que j’ai vu ce sourire, c’est lors du dévoilement du teaser du film, mis en ligne à la mi-avril. Le moment apparaît à la 50e seconde, et je n’avais de cesse d’y retourner. On y dénote tant de choses qui concernent à la fois Ben Affleck, l’acteur qui n’a jamais vraiment été apprécié par l’establishment et la critique, du moins pas autant que son ami d’enfance et collaborateur créatif à l’occasion Matt Damon, et «Ben Affleck», le bellâtre célèbre qui faisait la joie des journaux à potins du temps de ses frasques avec J.Lo, et qui s’est transformé en punching bag suite à une série de navets; une période sombre qui n’a pas encore tout à fait été enterrée, malgré sa nouvelle notoriété de cinéaste oscarisé.

Dans Gone Girl, Affleck incarne Nick Dunne, un ancien journaliste qui a souffert de la vague de compressions qui ont frappé les salles de nouvelles. Cherchant à réinventer sa vie, il quitte New York avec son épouse, Amy, pour s’établir dans son village natal du Missouri et y ouvrir un bar. Le malheur frappe le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, alors qu’Amy est mystérieusement portée disparue, et que Nick devient de facto le principal suspect. Voici la toute dernière bande-annonce :

Le sourire, qui apparaît à 1:24, est parfaitement ambigu dans le contexte de l’intrigue. Son expression est-elle forcée parce qu’il cache réellement quelque chose aux médias? Ou bien est-il franchement affecté en tant que mari en état de panique, qui tente néanmoins de maintenir une façade rassurante pour les besoins de l’enquête, question de polir autant que possible les relations publiques? On pourrait aussi rajouter le détail de la psychologie inverse, Nick se disant, «Si j’ai l’air trop abattu, les gens vont croire que je joue la comédie pour les caméras»…

Cette scène si brève était pourtant fondamentale dans l’esprit de Fincher, d’après une longue entrevue qu’il a récemment accordée à Playboy. En pensant à son casting, il affirme avoir tapé sur Google Images ben affleck smile, et a immédiatement su qu’il avait trouvé son homme. «J’ai trouvé environ 50 images de Affleck donnant ce genre de sourire dans des situations publiques. Vous les regardez et vous savez qu’il essaie de rendre les gens à l’aise, mais en faisant cela il se rend vulnérable aux personnes ayant d’autres perceptions à son sujet.»

Il poursuit avec sa théorie sur «Ben Affleck» :

Dans le cas de Ben, ce que beaucoup de gens ne savent pas, c’est qu’il est incroyablement intelligent, mais comme il ne veut pas que cela devienne malaisé, il le minimise. Je suis sûr que quand il avait 23 ans et qu’il vivait tout cette merde de succès, il était du style, «Je veux juste aller à l’after-party et rencontrer J. Lo.» Je suis sûr qu’il a dit beaucoup de conneries gratuites et les gens se disaient, «Ugh, fake.» Si vous avez beaucoup de succès quand vous êtes jeune et beau, vous vous rendez compte qu’il est normal de laisser les gens vous dédaigner. C’est le chemin de la moindre résistance. Vous ne voulez pas être complètement liés avec eux de toute façon. Je pense qu’il a appris à rouler sur son charme. J’avais besoin de quelqu’un qui non seulement savait comment faire ça, mais aussi qui comprenait le contre-courant de la réalité perçue en opposition à la réalité concrète.

c_fit,h_1280,q_80,w_720-http---images.contentful.com-ogz4nxetbde6-56h5oZmJbiAkGi2yQkmUcc-95826e1d01327674000a98f61279ae14-4x3_Interview_David_Fincher-1À noter que je n’aborde ici qu’un infime élément du vaste papier de Playboy, qui est un must pour tout cinéphile qui se considère le moindrement fan de Fincher. Parmi les nombreux autres sujets évoqués, notons le regret du réalisateur de voir Seven (1995) perçu comme un précurseur du torture porn, son mécontentement par rapport à The Game (1997), son explication en ce qui concerne sa relation «fucking weird», pour reprendre les paroles de Daniel Craig, avec Rooney Mara à l’époque de The Girl With the Dragon Tattoo (2011), les raisons pour lesquelles son aventure nautique 20,000 Leagues Under the Sea a avorté, ses futurs projets télés, ainsi que de nombreux détails sur sa jeunesse, sa famille, et sa carrière pré-cinéma.

Enfin, il parle bien entendu de sa réputation en tant que réalisateur difficile. Ce à quoi il réagit avec notamment deux répliques délicieuses. 1. «Je suis sûr qu’il y a des gens qui pensent que j’arrache des têtes chiots avec mes dents. Il n’y a rien que je puisse faire à ce sujet.» 2. «Si vous n’avez pas eu assez d’affection lorsque vous étiez gosse, vous ne trouverez pas ce que vous cherchez auprès de moi.»

Plus que 15 jours avant de voir Gone Girl sur grand écran. Pour ceux qui seraient cependant trop affamés de Fincher pour attendre, voici un bel hommage de 17 minutes monté et mis en ligne par David Silva en début de semaine, et qui a fait grand bruit sur la cinésphère.

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Lundi 14 avril 2014 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Commentaires (6)

Premier aperçu du nouveau Fincher, Gone Girl

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Le hype a commencé vendredi soir, avec la diffusion par Entertainment Tonight du teaser de la bande-annonce de Gone Girl (pratique assez pathétique merci, en espérant qu’il ne s’agisse que d’une phase marketing qui sera vite oubliée).

Lundi midi, Digital Spy a dévoilé en exclusivité une affiche-concept du film, qui intègre à son design l’imagerie des bulletins de nouvelles, et qui a l’audace de ne pas inclure le titre; approche esthétique innovatrice typique de la méthode Fincher.

Le dixième long métrage du cinéaste de 51 ans est une adaptation du polar à succès de Gillian Flynn, paru en 2012. L’auteure a d’ailleurs signé le scénario – avec une fin alternative, révélation qui a choqué ses fans – pour son «réalisateur préféré de tous les temps», envers qui elle entretient une «obsession sinistre»…

Le synopsis :

Amy et Nick Dunne semblent former un couple parfait. Mais en raison de la crise, ils sont contraints de quitter Manhattan pour retourner dans le Missouri, dans la ville dans laquelle Nick a grandi. Le jour de leur 5e anniversaire de mariage, Amy disparaît mystérieusement et Nick retrouve leur maison saccagée. L’enquête semble accuser Nick, qui décide de tout faire pour comprendre ce qui est arrivé à sa femme. Il découvre qu’elle lui cachait nombre de choses…

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J’ai parlé de Gone Girl en détail au cours des derniers mois, ici et surtout ici. Sortie : 3 octobre 2014. AJOUT : La bande-annonce a été mise en ligne à 19h00.

À noter le choix ingénieux de la musique : She de Charles Aznavour, repris par Richard Butler du groupe rock britannique Psychedelic Furs. On se rappelle d’autres choix musicaux pour le moins originaux pour promouvoir des films de Fincher, dont la reprise d’Immigrant Song de Led Zeppelin par Karen O des Yeah Yeah Yeahs (The Girl with the Dragon Tattoo) et la reprise de Creep de Radiohead par la chorale féminine belge Scala & Kolacny Brothers (The Social Network).

- Si l’embed est désactivé, voir la b-a sur le site de ComingSoon.

- Par ailleurs, on apprend aujourd’hui que Fincher s’est officiellement désisté du projet biographique sur Steve Jobs, scénarisé par Aaron Sorkin (The Social Network).

À lire aussi :

> Les nouveaux Fincher et PTA: un bref récapitulatif
> Les girls de Fincher se suivent mais ne se ressemblent pas

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Mercredi 29 janvier 2014 | Mise en ligne à 14h05 | Commenter Commentaires (32)

Les nouveaux Fincher et PTA: un bref récapitulatif

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Au milieu des années 1990, deux jeunes réalisateurs ont investi l’avant-scène du cinéma américain grâce leurs formidables seconds longs métrages : avec Seven et Boogie Nights, David Fincher et Paul Thomas Anderson, respectivement, ont vivement capté l’attention des cinéphiles, et ont su maintenir notre intérêt avec brio au cours des deux dernières décennies. 2014 marquera la première fois depuis 2007 (Zodiac, There Will Be Blood) que les deux hommes se partageront une année de sortie en salle.

Fincher, le plus productif des deux cinéastes, et aussi le plus ancré dans le mainstream, dévoilera son dixième long métrage le 3 octobre prochain. Basé d’après le best-seller de Gillian Flynn, Gone Girl raconte l’histoire d’un mari (Ben Affleck) accusé d’être responsable de la disparition de son épouse (Rosamund Pike) le jour de leur cinquième anniversaire de mariage (plus de détails ici).

Entamé en septembre dernier, le tournage a été typiquement demandant pour une production de Fincher, qui se la jouait Kubrick avec une moyenne de 50 prises par scène. Sur le point de vue technique, Gone Girl s’annonce comme le plus resplendissant des films à l’ère du numérique, ayant été tourné avec les nouvelles caméras RED, les Epic Dragon, qui offrent neuf fois plus de résolution que les caméras HD standard.

Côté scénario, les nombreux amateurs de ce polar truffé de rebondissements seront surpris d’apprendre que le dernier acte a été complètement remanié. Une révélation publiée plus tôt ce mois-ci par Entertainment Weekly, dont la photo de la page couverture a été prise par Fincher lui-même, qui y est allé d’un clin d’oeil macabre au fameux cliché de Rolling Stone montrant un John Lennon nu enlaçant Yoko Ono. Flynn, qui a signé l’adaptation de son roman, a expliqué :

Il y avait quelque chose de palpitant à l’idée de prendre cette oeuvre que j’avais minutieusement assemblée pendant environ deux ans, avec ses huit millions de pièces de LEGO, et d’y asséner un coup de marteau pour la démonter et la remonter pour les fins d’un film.

Enfin, mardi dernier on apprenait que Trent Reznor et Atticus Ross signeront la musique de Gone Girl, annonce faite via la page Twitter du fondateur de Nine Inch Nails. Une troisième collaboration de suite entre Fincher et le duo de musiciens, qui ont d’ailleurs récolté un Oscar pour leur travail sur The Social Network.

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Paul Thomas Anderson, de son côté, a complété le tournage de Inherent Vice au mois d’août. Cette adaptation du «roman psychédélique» éponyme de Thomas Pynchon raconte les mésaventures de Doc Sportello (Joaquin Phoenix), un détective privé adepte de pot qui enquête sur la disparition de son ex-copine dans le Los Angeles des années 1970. Une trame narrative qui n’est pas sans rappeler The Big Lebowski

Annoncé fin 2010, le projet a obtenu la bénédiction de Pynchon, un des auteurs américains vivants les plus respectés, et aussi l’un des artistes reclus les plus notoires en Amérique, n’ayant pas fait d’apparition publique depuis plus de 40 ans. Il est connu pour ses oeuvres denses et complexes alliant histoire, science et mathématique. Sans surprise, il n’a été adapté qu’une seule fois au grand écran : un obscur film allemand, Prüfstand VII (2002), inspiré de Gravity’s Rainbow (1973).

Voici une vidéo promotionnelle du roman narrée par Pynchon lui-même :

Inherent Vice semble marquer un retour aux sources pour PTA, qui nous avait charmé à ses débuts avec des récits foisonnants et colorés portés par de solides groupes d’acteurs (Boogie Nights, Magnolia), avant de nous mystifier avec des oeuvres plus épurées et même impénétrables, sous forme de one-man-show rocambolesque (There Will Be Blood) ou de duel électrisant (The Master).

Le casting est tout simplement délicieux. Outre Phoenix, qui a lui seul vaut le prix du billet d’entrée, on retrouve Josh Brolin, Benicio Del Toro, Owen Wilson, Michael K. Williams, Eric Roberts, Martin Short, Jena Malone et Reese Witherspoon, qui retrouvera son Johnny Cash.

On est aussi heureux d’apprendre le retour du directeur photo Robert Elswitt, qui avait filmé tous les films de PTA, avant de passer son tour pour The Master, alors qu’il était occupé par les derniers chapitres de Mission: Impossible et de Bourne. L’imaginer aux commandes du dolly de 470 pieds qu’on peut voir ci-dessus a certes de quoi faire rêver.

Enfin, comme c’est le cas pour Fincher, PTA collaborera une troisième fois de suite avec un musicien hors pair : le guitariste de Radiohead Jonny Greenwood est cité comme compositeur de Inherent Vice sur IMDb, quoique sa participation n’a pas encore été annoncée dans les médias. Mais cela ne devrait être plus qu’une question de formalité.

Toujours pas de date de sortie confirmée, mais les rumeurs font état de l’automne/hiver, après un potentiel passage à Cannes.

> Une discussion des plus intéressantes entre Paul Thomas Anderson, son assistant réal Adam Somner et Martin Scorsese au sujet de The Wolf of Wall Street captée par Awards Daily (l’image est figée pendant les 4 premières minutes) :

Où l’on apprend que Spielberg a co-réalisé une scène avec son bon ami Scorsese :

À lire aussi :

> Les girls de Fincher se suivent mais ne se ressemblent pas
> L’évolution du plan-séquence chez PTA
> The Master ou le cinéaste comme objet de culte

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