Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘David Fincher’

Jeudi 17 décembre 2015 | Mise en ligne à 13h45 | Commenter Commentaires (5)

Tout Fincher en 200 minutes

David-Fincher

Après nous avoir gâtés avec une rétrospective exhaustive de la carrière de Stanley Kubrick, en début d’année, l’équipe de The Director’s Series récidive avec un portrait tout aussi captivant de David Fincher. Selon leur thèse, le réalisateur de Seven et The Social Network est le digne héritier de Kubrick.

Divisé en cinq parties totalisant quelque trois heures et demie, l’essai-vidéo comprend bien sûr une analyse des dix longs métrages de Fincher; du mal aimé Alien 3, et sa production cauchemardesque, au glacialement numérique et hitchcockien Gone Girl. Mais il y a plus : sa première job en cinéma, chez Industrial Light & Magic (il a travaillé sur les effets visuels de Return of the Jedi et Indiana Jones and the Temple of Doom).

Une grande place est aussi accordée à ses activités extra-cinématographiques, comme son travail dans le milieu de la pub (il a collaboré avec les plus grandes marques; Levi’s, Nike, Pepsi, Sony, Coca-Cola, etc.) et dans le milieu de la musique pop (il a réalisé parmi les plus fameux vidéoclips de Madonna). Il est enfin question de son implication dans la série télévisée révolutionnaire House of Cards.

Les vidéos ont été conçues avec grand soin. On apprécie l’inclusion de nombreuses images d’archives qui nous présentent des coulisses des tournages, ainsi que la combinaison bien dosée d’histoires de production des films, d’anecdotes sur la vie du cinéaste, et d’analyses théoriques. Ces dernières sont très compétentes, mais peut-être trop «accessibles» (et souvent répétitives) pour le cinéphile pointu, qui ne va sans doute pas apprendre grand chose de nouveau sur ce plan. Qu’à cela ne tienne, le paquet est tellement attrayant, que pas mal tout le monde devrait y trouver son compte.

À lire aussi :

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Mardi 29 septembre 2015 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (26)

Seven, ou le casse-tête de la boîte

seven-box

Pour reprendre la première phrase du premier roman de Charles Bukowski, «Ça a commencé par une erreur». Après avoir acquis un scénario intitulé Seven, qui porte sur un tueur en série qui s’inspire des sept péchés capitaux pour commettre ses crimes, le studio New Line a exigé une altération majeure : changer la fin. Cela n’avait tout simplement aucun sens. La tête de la femme du détective dans une boîte? Ce dernier qui tue le méchant mais qui perd le combat moral? Le public ne pigerait jamais un tel dénouement, il veut voir le Bien triompher du Mal.

En quête d’un réalisateur après le désistement du Montréalais Jeremiah S. Chechik (David Cronenberg et Guillermo Del Toro ont aussi été brièvement approchés), New Line a envoyé la version remaniée du scénario à David Fincher. En fait, le studio pensait avoir envoyé la version remaniée; il a plutôt expédié le scénario original. Le jeune homme de 32 ans, qui songeait à abandonner le cinéma après l’éprouvante expérience d’Alien 3, a retrouvé son amour pour le 7e art après cette lecture. La tête dans la boîte était pour lui le principal argument de vente.

Reculons un peu. Seven est l’idée d’Andrew Kevin Walker, qui était un commis dans un magasin de disques à New York à la fin des années 1980. Comme il l’a décrit en entrevue à Uproxx la semaine dernière, à l’occasion du 20e anniversaire de son plus fameux film, la Grosse Pomme était bien moins accueillante à l’époque. «L’épidémie de crack s’est installée. La ville était très différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Par exemple, on ne pouvait pas aller à Times Square sans être très prudent».

L’atmosphère hostile qu’il ressentait à New York a inspiré son scénario. Tel Travis Bickle qui sillonne les quartiers malfamés de la métropole dans son taxi jaune, avec l’espoir «qu’un jour une vraie pluie va laver tout cette racaille des rues», Walker s’est mis dans la tête d’un certain John Doe, «qui voit un péché mortel à chaque coin de rue». Il s’est demandé, «Et si quelqu’un était si fortement sensible à la vue de toutes ces injustices?».

Kevin Spacey dans la peau de John Doe.

Kevin Spacey dans la peau de John Doe.

Après qu’Hollywood eut démontré de l’intérêt pour son scénario, Walker était aux anges. Il n’a pas protesté lorsqu’on lui a demandé de récrire la fin; compromettre sa vision artistique était quand même plus avantageux que de demeurer commis de magasin. Une décision qu’il regrette aujourd’hui. Sa version remaniée expliquait que Doe avait été élevé par un prêtre abusif dans un orphelinat. Une confrontation finale a lieu dans une église décrépite avec des tableaux illustrant les sept péchés capitaux. «Ça ressemblait à la fin d’un Batman

Mais la tête dans la boîte n’était pas motivée par un simple désir de provocation. Pour Walker, ce dénouement était lié à la thématique développée tout au long de l’intrigue.

Il n’y a rien de mal avec les fins heureuses, c’est juste que la fin sombre de Seven était ce dont le film parlait. Changer la fin revenait à retirer le cœur même de son histoire. Ça parle du «Mills optimiste», le personnage de Brad Pitt, qui se mesure à ce détective las du monde qui est Somerset, le personnage de Morgan Freeman. Ces points de vue considérablement opposés se poussent et se tirent tout au long du récit. Et puis, une fois que le pessimisme est confirmé, même pour l’optimiste qui affirmait que le combat mérite toujours d’être mené, est-ce que le pessimiste, à la lumière de la confirmation de toutes ses pires prédictions, va rester ou quitter?

Cette fin avait aussi pour effet de confirmer à Fincher que Seven n’était pas un drame policier générique dont l’enjeu était la capture du méchant, mais bien une étude extrêmement sombre et inconfortable de la nature humaine, à la manière du Chinatown de Roman Polanski. Les deux films partagent le même genre de conclusion, à savoir que la notion d’un quelconque ordre moral qui régirait la conduite de la société, voire de l’humanité, est une illusion. À ce titre, le fameux «Forget it Jake, it’s Chinatown» rejoint le «Somebody call somebody» lancé par un policier en hélicoptère après que Mills ait abattu Doe : il n’y a aucune autorité, légale ou céleste, qui puisse résoudre un problème dont on est incapable de saisir la nature.

La tête devait donc demeurer dans la boîte. Fincher était d’accord, ainsi que Pitt, Freeman et Spacey. Mais le producteur Arnold Kopelson, un vétéran qui avait remporté un Oscar pour le Platoon d’Oliver Stone, ne voulait rien savoir. Il a donc tenu mordicus à ce qu’on lui propose des solutions de rechange. Il y en a au moins eu une demi-douzaine. Le site CinemaBlend en a recensé quelques unes. En résumé :

1- On retrouve dans la boîte une télévision qui montre où est retenue captive la femme de Mills. S’ensuit une course contre la montre.

2- Somerset tue John Doe dans le but de sauver Mills de lui-même.

3- John Doe tue Mills, et est ensuite tué par Somerset.

4- Mills tire sur Somerset. Ce dernier se réveille à l’hôpital et reçoit une lettre de son ex-collègue : «Tu avais raison. Tu avais raison sur tout».

5- À la place de la tête de la femme de Mills dans la boîte, Somerset y découvre celle de son chien…

6- Contrairement aux exemples cités ci-dessus, il s’agit de la fin préférée de Fincher : rideau après le meurtre de Doe. Le réalisateur et Kopelson ont convenu, après une projection-test, qu’il faudrait inclure un épilogue afin d’amortir le choc. Somerset paraphrase donc une citation d’Ernest Hemingway. «The world is a fine place, and worth fighting for… I agree with the second part.» Un compromis, on s’entend, qui n’a pas été trop douloureux.

Toute la saga autour de la scène finale, ainsi qu’une brève analyse des choix artistiques de Fincher, à consulter dans cette vidéo de l’équipe de CineFix :

Et dire que rien de cela – et je ne parle pas que de la tête dans la boîte, mais aussi de la participation de Fincher dans le projet, et tout ce que cela allait impliquer pour la suite de sa carrière – n’aurait pas eu lieu si ce n’était d’une livraison de scénario accidentelle. On peut parler ici sans se tromper d’une des erreurs les plus fortuites de l’histoire du cinéma.

Le couteau de Tchékhov

La réussite de Seven ne repose pas uniquement sur sa scène finale mémorable. Dans une analyse-vidéo diffusée sur Press Play en avril dernier, Tyler Knudsen vante la «perfection» de la scène d’ouverture du film. Selon lui, elle «établit la prémisse, introduit les protagonistes, et expose comment leurs personnalités s’entrechoqueront»; des informations qui sont répétées à deux reprises à l’intérieur de seulement quatre minutes.

Knudsen note également comment Fincher et Walker jouent avec nos attentes. Par exemple, on nous présente le couteau de Somerset, qu’il lance sur une cible accrochée sur son mur. Cette petite vignette a pour effet de renverser le paradigme du «fusil de Tchékov», un principe dramatique qui stipule qu’«il ne faut pas montrer d’arme dans un acte si personne ne s’en sert dans les suivants». En contrevenant à ce précepte vénérable, Seven annonce sa philosophie dès le départ : nous vivons dans un monde qui ne suit pas de règles.



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Jeudi 15 janvier 2015 | Mise en ligne à 13h30 | Commenter Commentaires (19)

Bien sûr que Gone Girl a été snobé!

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C’est une habitude coriace : dans les minutes et les heures qui suivent le dévoilement des nominations aux Oscars, la discussion (réelle et virtuelle) ne porte pas tant sur les heureux candidats, mais plutôt sur ceux qui n’ont pas été retenus pour participer au plus grand bal du cinéma au monde. Les réactions sont souvent émotives. «Quel outrage!». «Quel manque de goût!». «Comment ça lui/elle et pas lui/elle?!».

J’ai l’impression que tous ces gens plus ou moins choqués s’attendent de la part de l’Académie de fournir une quelconque évaluation objective de l’année cinématographique qui vient de passer, et d’ajuster sa liste de nominés en conséquence. On semble oublier que les choix reflètent l’appréciation d’un corps votant très particulier, à savoir quelque 6000 membres issus de l’industrie, pour la plupart riches, blancs, âgés et mâles.

Parmi tous les lauréats de l’Oscar suprême on peut relever certaines caractéristiques communes : une tragédie humaine (guerre, maladie) avec une note d’espoir ; biographie d’une personnalité inspirante ; épique historique ; le pouvoir salvateur du cinéma. En gros, des films qui ont un message, qui ont une signification, qui ont quelque chose à dire sur notre humanité.

Ainsi, lorsque je lis tous ces billets publiés depuis ce matin qui s’étonnent de la quasi-absence d’un film aussi populaire au box-office et aussi bien reçu par la critique que Gone Girl – une seule nomination, Meilleure actrice – je souris un peu. Bien sûr que le film de David Fincher n’allait pas recevoir de l’amour de la part de l’Académie! Son film n’a pas de message. Si ce n’est, pour utiliser la fameuse formule de Marshall McLuhan, que le média est le message; la forme est ici infiniment plus robuste que le fond. C’est comme si ce cinéaste surdoué s’était lancé un défi: comment raconter de la manière la plus fluide possible une histoire qui ne fait aucun sens. Un pari remporté haut la main.

Du moins, à mon humble avis. Et pour ceux qui pensent le contraire, vous allez vous délecter de ce nouveau montage bien baveux conçu par la gang de Screen Junkies:

L’Académie n’a jamais vraiment apprécié le cinéma de genre pur (horreur, science-fiction, thriller, polar, etc.), lui préférant des films dits «de prestige». Quelques exceptions notables : The Silence of the Lambs, No Country for Old Men, The French Connection, The Departed, qui était en fait un moyen de se racheter après avoir snobé Scorsese si souvent par le passé. Mais si vous ne me croyez pas, j’ai deux mots pour vous : Alfred Hitchcock. Le réalisateur le plus célèbre de l’histoire du cinéma, dont le nom est carrément synonyme avec 7e art, n’a jamais remporté un Oscar (quoiqu’il a obtenu cinq nominations sur 53 longs métrages).

strangers-on-a-train-movie-poster-1951-1020143832Pour revenir à Fincher, on peut déjà prévoir que son nouveau projet ne risque pas de récolter trop de statuettes dorées. Après avoir rendu un hommage senti au cinéma de Hitchcock dans Gone Girl, il se prépare à adapter un classique du maître du suspense, Strangers on a Train. Dans ce thriller sorti en 1951, un joueur de tennis malheureux dans son mariage rencontre dans un train un inconnu qui a des visées sur l’héritage de son père. Ce dernier lui propose le crime parfait : se débarasser de leurs obstacles en s’échangeant les meurtres.

La nature des personnages et le moyen de transport seront modifiés dans le remake, intitulé simplement Strangers. Ainsi, le sportif deviendra une star de cinéma en pleine saison des Oscars, et prendra les traits de Ben Affleck. Lorsque son jet privé tombe en panne, il accepte de faire le voyage vers Los Angeles dans l’avion d’un étranger fortuné. L’adaptation du film de Hitchcock, qui est basé d’après le roman du même nom de Patricia Highsmith, sera assuré par l’auteure et la scénariste de Gone Girl, Gillian Flynn.

À lire aussi :

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