Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘David Fincher’

Mardi 21 octobre 2014 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (26)

Gone Girl : le doux parfum du trash

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Il y a longtemps que je n’avais pas vu un film commercial qui m’a donné autant de difficulté à répondre à la question pourtant élémentaire : Qu’est-ce que c’est? Pas : De quoi parle-t-il? – qui est une question bien plus compliquée qu’elle en a l’air lorsque appliquée à du cinéma de qualité, et qui est particulièrement corsée dans le cas qui nous concerne – mais, vraiment, quelle est donc la nature de ce curieux et magnifique objet que je suis en train de regarder?

J’ai eu une sorte d’illumination à mon deuxième visionnement de Gone Girl. La première fois qu’on voit le protagoniste, Nick (Ben Affleck), il est devant sa grosse maison moche de banlieue, et à ses côtés se trouvent deux bacs de poubelle en plastique, avec couvercle. L’image est répliquée plus ou moins telle quelle à la fin du film. Il s’agit selon moi d’une illustration très adéquate de l’oeuvre: du trash camouflé par un réceptacle lisse et étanche.

Tout, ou presque, dans Gone Girl, est gros ou disproportionné (spoilers à venir, évidemment). Le plan machiavélique ultra élaboré de l’antagoniste, Amy (Rosamund Pike), la décadence post-apocalyptique du symbole capitaliste (le centre d’achat) post-récession de la ville, la réaction prédatrice et hystérique des médias envers le suspect de meurtre Nick, le bain de sang causé par une Amy qui ne se la joue pas tant Catherine Tramell que mante religieuse, le gigantesque chalet hight-tech du pauvre Desi (Neil Patrick Harris), les seins de la maîtresse de Nick (Emily Ratajkowski), le menton de Ben Affleck…

Pourtant, la manière dont le réalisateur apprête tous ces ingrédients ne donne pas l’apparence d’un film trash, même si c’est ce qu’il est essentiellement. Ce décalage entre fond et forme est ce qui explique à mon avis la confusion qu’ont ressenti une bonne partie des détracteurs de Gone Girl, et même plusieurs de ses admirateurs. David Fincher a toujours été reconnu comme un cinéaste techniquement brillant, mais avec son 10e long métrage il est devenu carrément intimidant! Sa confiance en ses moyens n’a jamais été aussi grande, et c’est ce qu’il fallait pour transposer sur écran un scénario truffé d’autant de rebondissements, de ruptures de ton, de meta-narration et qui, pour reprendre la remarque de Matt Zoller Seitz, contient assez de trous scénaristiques pour y enfouir des porte-avions.

Fincher a bien résumé le «quoi» de son film lors d’un entretien avec la chroniqueuse du New York Times Maureen Dowd :«Je ne pense pas que le livre ou le film dit qu’une femme sur cinq dans le Midwest doit être examinée pour un trouble de la personnalité borderline. Le personnage est hyperbolisé. Il ne s’agit pas de 60 Minutes. C’est un mystère qui devient un thriller absurde qui devient au bout du compte une satire». Rien que ça! Mais entre ses mains, ce pot-pourri d’intentions et de provocations finit par couler aussi doucement qu’un grand cru.

Son habileté extraordinaire à nous montrer exactement ce qu’il veut qu’on regarde, à maintenir notre attention pendant 150 minutes qui en paraissent 75, sa notion magistrale du rythme, qui n’est pas seulement engendré par ses mouvements de caméra millimétrés ou son montage chirurgical, mais aussi par des subtilités à l’intérieur même des plans, comme le débit des répliques, le positionnement des personnages les uns par rapport aux autres, leurs mouvements dans le cadre. Tout ça, en plus du fait que Gone Girl est probablement le film le plus esthétiquement sobre de la filmo de Fincher, donne une impression de prestige artistique qui tranche avec la teneur farfelue du scénario.

Mais c’est à l’intérieur de ce contraste même que le film tire sa cohérence philosophique. La version doublée en français de Gone Girl a été retitrée «Les Apparences». Cela aurait très bien pu être le sous-titre de la version originale. Pratiquement aucun des éléments exposés dans l’intrigue ne sont dignes de confiance. Qu’on pense à la narration en voix off d’Amy via son journal intime, qui n’est pas plus fiable que les flashbacks de Keyser Söze. Ou la suspicion des policiers et surtout du public envers Nick, qui n’est pas tant accusé d’avoir tué sa femme que de ne pas démontrer, tel le Meursault de L’Étranger, un chagrin socialement acceptable.

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Enfin, il y a le propos central du film: l’impossibilité de connaître réellement son partenaire de vie. Le côté «politique sexuelle controversée» a été largement abordé dans les médias (prenons seulement le New Yorker, qui a publié pas moins de trois essais sur la question – ici, ici et ici – dans la semaine qui a suivi la sortie du film, en plus de la critique de l’éternellement insatisfait Anthony Lane). J’aimerais plutôt me concentrer sur un aspect du film moins discuté mais que je trouve tout aussi fascinant. Je ne me rappelle plus quel est le fameux cinéaste (je lance un appel à tous!) qui a dit que 90% du travail d’un réalisateur consiste en le choix de ses acteurs; dans cette perspective, Gone Girl est un vif exploit.

> Ben Affleck Dans un post précédent, je citais Fincher qui justifiait à Playboy son choix de casting surprenant. Il disait qu’il avait jeté son dévolu sur Affleck en voyant des images de son sourire fake sur Google, un attribut fondamental pour le personnage. Pressé sur le sujet en entrevue à Film Comment, le réalisateur a élaboré: «Le bagage qu’il traîne avec lui est des plus utiles dans ce film. Je me suis intéressé à lui principalement parce que j’avais besoin de quelqu’un qui a de l’esprit, et de quelqu’un qui comprenait les enjeux de cette sorte d’examen minutieux du public auquel Nick est soumis, et de l’absurdité à essayer de résister à l’opinion publique. Ben connaît ça, pas d’un point de vue conceptuel, mais par expérience».

Le personnage d’Affleck est un archétype sur lequel les gens peuvent projeter leurs préjugés, avant de les remettre en question. La ligne entre le Affleck fictif et celui de la vraie vie est si ténue, qu’un critique d’Esquire s’est amusé à dresser des parallèles entre la carrière de l’acteur et l’intrigue de Gone Girl. À travers ces caractéristiques qui peuvent sembler bénignes se cache néanmoins une critique acide des médias contemporains, de plus en plus obsédés par un sensationnalisme typique de la couverture de l’industrie du divertissement lorsque vient le temps de traiter de sujets plus sérieux. Ainsi, lorsque Nick/Affleck sort de sa maison pour se rendre à sa voiture, un grand nombre de photojournalistes se ruent sur lui tels une meute de paparazzis (l’iconographie du vedettariat est accentuée par un plan caméra-épaule, le seul du film, avec un cadre particulièrement saccadé).

Les conséquences de la perversion médiatique sur le public sont illustrées dans une des scènes les plus saisissantes de Gone Girl sur le plan visuel. Une vigie à la chandelle est organisée un soir dans le but de sensibiliser les citoyens de la ville à la disparition d’Amy. Le discours de Nick est soudainement interrompu par une soi-disant amie de sa femme qui révèle qu’Amy était enceinte, et que son mari le savait. La foule, qui avait déjà été montée contre Nick par une populaire animatrice télé du type Nancy Grace, se rue immédiatement sur lui, ses lampions de l’espoir instantanément transformés en torches médiévales éclairant le chemin menant à un lynchage. Dans une scène précédente, l’inspectrice chargée de l’affaire (la merveilleuse Kim Dickens) assurait son collègue qu’elle désirait mener une enquête en bonne et due forme, pas «une chasse aux sorcières»…

> Rosamund Pike Pour le rôle d’Amy, Fincher recherchait une actrice relativement inconnue, question que le public n’évalue pas son personnage sournois à travers le filtre de sa célébrité. Rosamund Pike, une resplendissante britannique de 35 ans, correspondait au profil. Mais il y a plus.

Gone Girl est un vibrant hommage à l’oeuvre d’Alfred Hitchcock, et cite généreusement quelques uns de ses classiques comme Vertigo (notamment, quand Desi demande à Amy de se teindre les cheveux afin de reprendre son «ancienne» apparence), Psycho (le clin d’oeil inversé à la scène de la douche, alors que c’est la psycho elle-même qui y est enduite de sang, quoique pas du sien) et même le plus léger The Lady Vanishes, dont le titre peut passer pour une version vieillotte de celui de Gone Girl (d’autres exemples à consulter ici et ici).

normal_Rosamund_Pike_-_Shoot_122_1016loDans cette optique, on peut facilement présumer que Fincher convoitait spécifiquement une «blonde hitchcockienne». Et c’est exactement ce qu’il a trouvé avec Pike qui, en 2002, a incarné «The Blonde» dans une pièce de théâtre intitulée… Hitchcock Blonde (photo ci-contre).

En entrevue à W Magazine, l’ex Bond Girl remarque que sa première expérience professionnelle sur les planches entretient une thématique similaire à celle du film qui vient de la propulser au sommet: «La pièce parlait du regard masculin, des attentes des hommes, et, enfin, du pouvoir des femmes et de l’absence de celui-ci. Cette fille avait de sombres secrets, mais elle voulait aussi être adorée».

La performance de Pike est certainement la plus complexe et la plus puissante du film; sa réaction bipolaire après le meurtre de Desi vaut à elle seule une nomination à l’Oscar.

cdn.indiewire> Neil Patrick Harris Un délicieux rôle à contre-emploi. Harris, une figure très appréciée sur les tapis rouges qui jouit d’un important fanclub en raison de sa personnalité positive et de son humour taquin, a gagné sa renommée grâce au populaire sitcom How I Met Your Mother, qui vient de se conclure après neuf saisons. Il y incarne un playboy sans attaches qui ne manque jamais une occasion de rappeler ses (nombreuses) aventures d’un soir. C’est tout le contraire dans Gone Girl, où son Desi Collings est un être tendu et asocial, dont la vie amoureuse se résume à un bref flirt de jeunesse avec Amy, qui s’est transformé en obsession malsaine après leur rupture. Un autre contraste qui vient appuyer de manière originale le discours aussi jouissif qu’étourdissant des miroirs déformants qui parsèment le film.

> Tyler Perry Un autre rôle à contre-emploi, quoique dans un différent registre. Acteur, réalisateur, producteur, dramaturge, Perry se spécialise dans la comédie populiste de bas étage. Il incarne souvent le protagoniste dans ses films et pièces, Madea, une grand-mère imposante avec de l’attitude. Il est, si on veut, le Adam Sandler de la communauté afro-américaine. Si ses films sont peu distribués ici, ils n’en restent pas moins extrêmement populaires. Il a été classé par Forbes l’homme le mieux payé à Hollywood en 2011. Sa vingtaine de long métrages a engrangé plus d’un demi-milliard de dollars. (Pour en savoir plus, lisez ce portrait de son empire publié par le New Yorker en 2010).

a_560x375Malgré son succès, Perry est assez isolé dans l’industrie. Une relation qui va cependant des deux bords: pour preuve, il ne savait même pas qui était Fincher avant d’être engagé pour Gone Girl! Quoiqu’il en soit, il a accepté de troquer son costume de drag mémé pour un costard chic afin d’incarner un avocat-vedette spécialisé dans les affaires de moeurs. Il charge 100 000 $ rien que pour la provision pour frais.

Perry joue avec bonhomie une variation du magical negro, qui vient au secours du beau et blanc Nick. Avec son rire contagieux et son allure relaxe de style «y’all white people crazy», pour reprendre l’expression de Wesley Morris, il apporte à travers ses quelques brèves apparences une bouffée d’air frais fort bienvenue.

Dans une scène d’une brillante ironie, Perry se transforme en réalisateur. En préparant Nick pour une importante entrevue télévisuelle, il lui dit quoi répondre mais aussi comment se tenir devant la caméra, quel ton de voix adopter, et ainsi de suite. En gros, Perry fait de la direction d’acteurs. Plus que ça, il prend en charge la star du film de Fincher dans sa face même, tout en se moquant de la propension aux prises multiples de ce dernier en faisant constamment reprendre ses lignes à Affleck. Madea qui prend les commandes des mains d’un des cinéastes contemporains majeurs, c’est tout simplement irrésistible.

> Emily Ratajkowski Un casting si évident qu’il en devient meta, au même titre que le bar qui appartient à Nick (baptisé The Bar) et les indices qu’a laissés Amy dans son sillage suite à sa «disparition», qui prennent la forme de messages de chasse au trésor insérés dans des enveloppes sur lesquelles il est indiqué «Clue». Ratajkowski, une mannequin britanno-polonaise de 23 ans, a connu la gloire instantanée grâce à son apparition dans le tube de l’été 2013 Blurred Lines (photo ci-contre), une performance dénudée qui l’a élevée au rang de déesse dans les dortoirs universitaires.

emily3Dans Gone Girl elle joue la maîtresse de Nick (qui d’autre?), ainsi qu’un des principaux déclencheurs de la revanche d’Amy. On imagine que plusieurs actrices auraient été autant sinon plus qualifiées pour assurer ce rôle convoité. Mais c’est précisément cette absence de «réel mérite» qui a motivé son casting. On va se dire les vraies affaires ici : Ratajkowski doit sa notoriété uniquement à sa poitrine hors de ce monde. Et Fincher n’hésite pas à exhiber ses principaux atouts, quelques secondes seulement après son entrée en scène, tandis qu’Affleck ne se gêne pas de les savourer à pleine bouche.

Elle incarne le zénith de la «cool girl», ce fantasme masculin illusoire qui irrite passablement les femmes (même celles qui s’y conforment). En entrevue à GQ Fincher admet qu’il savait pertinemment qu’il allait heurter des sensibilités : «Nous avions besoin de quelqu’un qui, au moment où elle apparaît, les femmes vont dire : “C’est inadmissible et méprisable”. Mais vous avez aussi les hommes qui disent: “Oui, mais…”».

Vers le milieu du film, lorsqu’Amy vient de vivre une série d’embûches, elle tombe sur la diffusion d’une conférence de presse qui montre la maîtresse de son mari vêtue très pudiquement, et admettant sa liaison avec Nick tout en jouant à la victime. C’en est trop pour Amy, qui s’exclame, furieuse : «Why does she look like a babysitter, miss giant cum on me tits!?». À ce moment précis, je crois l’on peut dire sans se tromper que la majorité des spectatrices se sont instinctivement solidarisées avec Amy, pendant que leurs copains essayaient de se faire très petits dans leur siège, tout en regrettant de ne pas avoir eu vent plus tôt de l’avertissement de l’auteure de Gone Girl : «Mon rêve le plus cher est que ce sera le date movie qui brisera les couples à l’échelle nationale.»

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Jeudi 18 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Commentaires (31)

Gone Girl : que cache le sourire de Ben Affleck?

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Parfois on tente tellement de cacher le désespoir ou la culpabilité qui nous affligent que nos masques de bonhomie, si soigneusement confectionnés, finissent par semer un doute sur notre véritable condition intérieure. C’est le cas du personnage interprété par Ben Affleck dans le nouveau thriller de David Fincher, Gone Girl, à l’affiche le 3 octobre. Je fais référence à une scène en particulier, un simple plan vraiment, une seconde à peine, qui nous révèle l’acteur, mais aussi la personnalité publique, dans toute sa belle complexité.

La première fois que j’ai vu ce sourire, c’est lors du dévoilement du teaser du film, mis en ligne à la mi-avril. Le moment apparaît à la 50e seconde, et je n’avais de cesse d’y retourner. On y dénote tant de choses qui concernent à la fois Ben Affleck, l’acteur qui n’a jamais vraiment été apprécié par l’establishment et la critique, du moins pas autant que son ami d’enfance et collaborateur créatif à l’occasion Matt Damon, et «Ben Affleck», le bellâtre célèbre qui faisait la joie des journaux à potins du temps de ses frasques avec J.Lo, et qui s’est transformé en punching bag suite à une série de navets; une période sombre qui n’a pas encore tout à fait été enterrée, malgré sa nouvelle notoriété de cinéaste oscarisé.

Dans Gone Girl, Affleck incarne Nick Dunne, un ancien journaliste qui a souffert de la vague de compressions qui ont frappé les salles de nouvelles. Cherchant à réinventer sa vie, il quitte New York avec son épouse, Amy, pour s’établir dans son village natal du Missouri et y ouvrir un bar. Le malheur frappe le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, alors qu’Amy est mystérieusement portée disparue, et que Nick devient de facto le principal suspect. Voici la toute dernière bande-annonce :

Le sourire, qui apparaît à 1:24, est parfaitement ambigu dans le contexte de l’intrigue. Son expression est-elle forcée parce qu’il cache réellement quelque chose aux médias? Ou bien est-il franchement affecté en tant que mari en état de panique, qui tente néanmoins de maintenir une façade rassurante pour les besoins de l’enquête, question de polir autant que possible les relations publiques? On pourrait aussi rajouter le détail de la psychologie inverse, Nick se disant, «Si j’ai l’air trop abattu, les gens vont croire que je joue la comédie pour les caméras»…

Cette scène si brève était pourtant fondamentale dans l’esprit de Fincher, d’après une longue entrevue qu’il a récemment accordée à Playboy. En pensant à son casting, il affirme avoir tapé sur Google Images ben affleck smile, et a immédiatement su qu’il avait trouvé son homme. «J’ai trouvé environ 50 images de Affleck donnant ce genre de sourire dans des situations publiques. Vous les regardez et vous savez qu’il essaie de rendre les gens à l’aise, mais en faisant cela il se rend vulnérable aux personnes ayant d’autres perceptions à son sujet.»

Il poursuit avec sa théorie sur «Ben Affleck» :

Dans le cas de Ben, ce que beaucoup de gens ne savent pas, c’est qu’il est incroyablement intelligent, mais comme il ne veut pas que cela devienne malaisé, il le minimise. Je suis sûr que quand il avait 23 ans et qu’il vivait tout cette merde de succès, il était du style, «Je veux juste aller à l’after-party et rencontrer J. Lo.» Je suis sûr qu’il a dit beaucoup de conneries gratuites et les gens se disaient, «Ugh, fake.» Si vous avez beaucoup de succès quand vous êtes jeune et beau, vous vous rendez compte qu’il est normal de laisser les gens vous dédaigner. C’est le chemin de la moindre résistance. Vous ne voulez pas être complètement liés avec eux de toute façon. Je pense qu’il a appris à rouler sur son charme. J’avais besoin de quelqu’un qui non seulement savait comment faire ça, mais aussi qui comprenait le contre-courant de la réalité perçue en opposition à la réalité concrète.

c_fit,h_1280,q_80,w_720-http---images.contentful.com-ogz4nxetbde6-56h5oZmJbiAkGi2yQkmUcc-95826e1d01327674000a98f61279ae14-4x3_Interview_David_Fincher-1À noter que je n’aborde ici qu’un infime élément du vaste papier de Playboy, qui est un must pour tout cinéphile qui se considère le moindrement fan de Fincher. Parmi les nombreux autres sujets évoqués, notons le regret du réalisateur de voir Seven (1995) perçu comme un précurseur du torture porn, son mécontentement par rapport à The Game (1997), son explication en ce qui concerne sa relation «fucking weird», pour reprendre les paroles de Daniel Craig, avec Rooney Mara à l’époque de The Girl With the Dragon Tattoo (2011), les raisons pour lesquelles son aventure nautique 20,000 Leagues Under the Sea a avorté, ses futurs projets télés, ainsi que de nombreux détails sur sa jeunesse, sa famille, et sa carrière pré-cinéma.

Enfin, il parle bien entendu de sa réputation en tant que réalisateur difficile. Ce à quoi il réagit avec notamment deux répliques délicieuses. 1. «Je suis sûr qu’il y a des gens qui pensent que j’arrache des têtes chiots avec mes dents. Il n’y a rien que je puisse faire à ce sujet.» 2. «Si vous n’avez pas eu assez d’affection lorsque vous étiez gosse, vous ne trouverez pas ce que vous cherchez auprès de moi.»

Plus que 15 jours avant de voir Gone Girl sur grand écran. Pour ceux qui seraient cependant trop affamés de Fincher pour attendre, voici un bel hommage de 17 minutes monté et mis en ligne par David Silva en début de semaine, et qui a fait grand bruit sur la cinésphère.

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Lundi 14 avril 2014 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Commentaires (6)

Premier aperçu du nouveau Fincher, Gone Girl

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Le hype a commencé vendredi soir, avec la diffusion par Entertainment Tonight du teaser de la bande-annonce de Gone Girl (pratique assez pathétique merci, en espérant qu’il ne s’agisse que d’une phase marketing qui sera vite oubliée).

Lundi midi, Digital Spy a dévoilé en exclusivité une affiche-concept du film, qui intègre à son design l’imagerie des bulletins de nouvelles, et qui a l’audace de ne pas inclure le titre; approche esthétique innovatrice typique de la méthode Fincher.

Le dixième long métrage du cinéaste de 51 ans est une adaptation du polar à succès de Gillian Flynn, paru en 2012. L’auteure a d’ailleurs signé le scénario – avec une fin alternative, révélation qui a choqué ses fans – pour son «réalisateur préféré de tous les temps», envers qui elle entretient une «obsession sinistre»…

Le synopsis :

Amy et Nick Dunne semblent former un couple parfait. Mais en raison de la crise, ils sont contraints de quitter Manhattan pour retourner dans le Missouri, dans la ville dans laquelle Nick a grandi. Le jour de leur 5e anniversaire de mariage, Amy disparaît mystérieusement et Nick retrouve leur maison saccagée. L’enquête semble accuser Nick, qui décide de tout faire pour comprendre ce qui est arrivé à sa femme. Il découvre qu’elle lui cachait nombre de choses…

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J’ai parlé de Gone Girl en détail au cours des derniers mois, ici et surtout ici. Sortie : 3 octobre 2014. AJOUT : La bande-annonce a été mise en ligne à 19h00.

À noter le choix ingénieux de la musique : She de Charles Aznavour, repris par Richard Butler du groupe rock britannique Psychedelic Furs. On se rappelle d’autres choix musicaux pour le moins originaux pour promouvoir des films de Fincher, dont la reprise d’Immigrant Song de Led Zeppelin par Karen O des Yeah Yeah Yeahs (The Girl with the Dragon Tattoo) et la reprise de Creep de Radiohead par la chorale féminine belge Scala & Kolacny Brothers (The Social Network).

- Si l’embed est désactivé, voir la b-a sur le site de ComingSoon.

- Par ailleurs, on apprend aujourd’hui que Fincher s’est officiellement désisté du projet biographique sur Steve Jobs, scénarisé par Aaron Sorkin (The Social Network).

À lire aussi :

> Les nouveaux Fincher et PTA: un bref récapitulatif
> Les girls de Fincher se suivent mais ne se ressemblent pas

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