Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Critiques’

Mercredi 2 décembre 2015 | Mise en ligne à 18h15 | Commenter Commentaires (29)

Le Top 10 des Cahiers

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Inutile de tourner autour du pot : j’ai été un très mauvais cinéphile cette année. Je pourrais blâmer la situation sur Netflix, mais ce serait trop facile. Cela étant dit, voici venu le temps des listes, et je vais me faire un devoir de les conserver précieusement en vue de mes séances de rattrapage.

Comme d’habitude, ce sont les Cahiers du Cinéma qui ont parti le bal chez les publications majeures. Je vais me garder de commenter puisque je n’ai vu qu’un seul des titres mentionnés : Inherent Vice, le polar psychédélique de PTA qui est quelque peu passé sous silence, mais que je vais examiner ici cet hiver.

J’ai été étonné de ne pas retrouver Bridge of Spies sur leur liste – les Cahiers sont probablement les plus grands apôtres du cinéma de Spielberg – mais peut-être qu’ils ne l’ont tout simplement pas vu; la première française de cet élégant film d’espionnage, prévue le 15 novembre à Paris, a été annulée en raison des tristes évènements que l’on connaît.

De l’autre côté de la Manche, le non moins prestigieux magazine Sight & Sound y est allé de son annuel Top 20, concocté par 168 critiques de par le monde. Un palmarès très varié, où l’on retrouve quatre titres qui sont également célébrés par les Cahiers : Mad Max, Inherent Vice, Cemetery Of Splendour et le fort intrigant Les Mille et Une Nuits, un épique de plus de six heures qui «marie faits et fantaisie», avec «un pied au Portugal et l’autre à Bagdad», selon le dossier qui a été consacré au film dans le dernier numéro de Film Comment.

1. The Assassin – Hou Hsiao-Hsien, Taïwan
2. Carol – Todd Haynes, États-Unis
3. Mad Max: Fury Road – George, Miller, Australie
4. Les Mille et Une Nuits – Miguel Gomes, Portugal
5. Cemetery Of Splendour – Apichatpong Weerasethakul, Thaïlande
6. No Home Movie – Chantal Akerman, Belgique
7. 45 Years – Andrew Haigh, Grande-Bretagne
8. Le Fils de Saul – László Nemes, Hongrie
9. Amy – Asif Kapadia, Grande-Bretagne
9. Inherent Vice - Paul Thomas Anderson, États-Unis
11. Anomalisa – Charlie Kaufman & Duke Johnson, États-Unis
11. It Follows – David Robert Mitchell, États-Unis
13. Phoenix – Christian Petzold, Allemagne
14. Bande de filles – Céline Sciamma, France
14. Il est difficile d’être un dieu – Alexeï Guerman, Russie
14. Inside Out – Pete Docter, États-Unis
14. Tangerine – Sean Baker, États-Unis
14. Taxi Téhéran – Jafar Panahi, Iran
19. Cavalo Dinheiro – Pedro Costa, Portugal
19. The Look Of Silence – Joshua Oppenheimer, Danemark

Pour ceux qui grimacent à la vue du blockbuster d’action apocalyptique Mad Max parmi cette illustre compagnie, sachez que la très distinguée National Board of Review l’a couronné comme «Meilleur film» de l’année. Parmi les autres mentions qui m’ont interpellé : Ridley Scott qui fait un retour en force comme Meilleur réalisateur pour The Martian et, surtout, Sylvester Stallone comme Meilleur acteur de soutien pour Creed, cette suite de la saga Rocky que je meurs d’envie de voir. Enfin,The Hateful Eight de Quentin Tarantino, qui n’a pas encore pris l’affiche, a été récompensé à deux reprises (Meilleure actrice de soutien, Jennifer Jason Leigh, et Meilleur scénario original, pour QT).

Parlons argent maintenant : les 100 champions des guichets en 2015 peuvent être consultés sur le site de Box-Office Mojo. Rien de trop surprenant dans ces résultats : le Top 10 est peuplé de suites, de super-héros, de films parfaitement calibrés pour toute la famille, etc. C’est toujours plus intéressant de regarder les flops de l’année. Voici le classement compilé par le magazine économique Forbes :

1. Rock The Kasbah
2. The Gunman
3. Blackhat
4. Unfinished Business
5. Jem & The Holograms
6. Self/Less
7. American Ultra
8. We Are Your Friends
9. Aloha
10. Mortdecai

C’est la médaille de bronze qui fait le plus mal; un autre flop de Michael Mann, un autre film incompris (et sur lequel je compte revenir, en même temps qu’Inherent Vice). J’ai bien l’impression que le réalisateur de 72 ans est le Van Gogh, Schubert ou Melville du cinéma contemporain. Il va falloir attendre sa mort avant qu’on ne crie enfin au génie.

Par ailleurs, son mal-aimé Public Enemies (2009) a récemment fait l’objet de la série d’essais-vidéo The Unloved, où l’on remarque avec justesse que le drame de gangsters a été «un choc au système pour les critiques et les spectateurs, et que seulement une poignée d’entre eux a su quoi en faire».

Avec tout ça, il ne faut pas oublier les préférences du public. Voici le Top 10 des films préférés de l’année de la communauté d’IMDb, la plus importante base de données cinéma de la planète. On y note que les goûts du public et de la critique semblent s’accorder bien plus que ce que le laissent entendre les lieux communs.

Il y a bien sûr de nombreuses autres listes de fin d’année. Le New York Film Critics Circle a soumis la sienne aujourd’hui (un triplé pour Carol). Anne Thompson d’Indiewire propose ses listes préférées – dont celle de l’iconoclaste John Waters – dans ce post qui est régulièrement mis à jour. À votre tour maintenant.

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Mardi 3 novembre 2015 | Mise en ligne à 18h30 | Commenter Commentaires (49)

Un critique snob, et fier de l’être

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Un corollaire malheureux de la cinéphilie immodérée est le sentiment de suspicion de la part de l’entourage, plus ou moins dilettante. As-tu sincèrement aimé L’Année dernière à Marienbad, ou tu te la joues un peu? Beaucoup? Et qui es-tu pour dire qu’Adam Sandler est fort probablement un messager de l’Antéchrist? Ah oui, c’est vrai, t’es un snob!

Le passionné du 7e art qui simule ses goûts ou ses connaissances est un cliché tenace. Et c’est parce qu’il comporte un fond de vérité. Je vais toujours me souvenir de cet épisode, il y a près de vingt ans, où un camarade discourait sur les métaphores socio-politiques dans Underground, pour m’avouer quelques années plus tard n’avoir jamais vu le film de Kusturica.

J’aime croire cependant que la plupart des rapports entre cinéphiles sont fondés sur des bases solides. Que les accusations de snobisme sont en fait des procès d’intention lancés par des conformistes éternellement méfiants. Il reste que d’avoir à prouver son amour pour tel ou tel film à peine narratif, ou sous-titré, ou abusivement lent, constitue une épreuve passablement déprimante, et remplie d’obstacles.

Le critique du New York Times A. O. Scott est venu à la rescousse de tous les cinéphiles soi-disant prétentieux avec une remarquable chronique intitulé Film Snob? Is That So Wrong?. Un des passages les plus «courageux» de son texte a sans doute fait grincer des dents les adeptes du relativisme, cette religion païenne qui prêche à l’autel de Facebook, Twitter et autres Yelp, et qui stipule que toutes les opinions se valent, et que par conséquent personne n’a tort et personne n’a raison.

C’est devenu un article de foi dans la démocratie moderne: le fait de contester le goût des autres est un tabou. Au mieux, il s’agit d’une défaillance dans les mœurs, au pire, d’une infraction contre les sentiments ou l’ordre social (qui semblent parfois être la même chose). Notre nation est actuellement déchirée par les inégalités sociales et polarisée par l’idéologie, mais la dernière chose que quiconque veut être appelé est un élitiste.

Scott a déjà abordé la question de l’élitisme culturel. Dans un papier publié en 2011, il s’en prenait à la thèse d’un journaliste qui soutenait que la démocratisation de l’opinion avait mis un terme au «règne» des critiques. Cette fois-ci, il s’en prend à une critique légendaire, qui se moquait il y a un demi-siècle des bien-pensants ne jurant que par les salles de répertoire.

Dans son essai I Lost It at the Movies, publié en 1961 puis converti en recueil quatre ans plus tard, Pauline Kael reproche aux «personnes éduquées» de se montrer condescendantes envers «le public de masse», qui apprécie les films qui vendent «des rêves préfabriqués». Elle poursuit :

Les gens instruits pourraient admettre que parfois ils vont au cinéma visant un public infantile, mais on peut supposer qu’ils n’ont pas été épris par l’expérience; ils y sont allés pour s’éloigner des tensions de leur vie et de leur travail complexes. Mais bien sûr, quand ils veulent vraiment profiter de films en tant qu’oeuvres d’art, ils vont voir des films étrangers, ou «adultes», ou des films américains inhabituels ou expérimentaux.

Une critique «irréfutable» selon Scott, puisque son argument est «fondé sur une accusation de mauvaise foi» :

Selon elle, les habitués des salles de répertoire n’aiment pas vraiment ce qu’ils prétendent aimer; ou bien ils aiment les bons films pour les mauvaises raisons. Ils recherchent l’attestation de leurs préjugés et de leurs hypothèses plutôt que de véritables défis ou de vrais plaisirs. Ce type de superficialité est la définition même de snobisme. [...]

Mais le titre de son essai est à double tranchant. Il peut signifier une démystification de ce que certains cinéphiles auto-dupés pensent qu’ils font, mais il s’agit aussi du fantasme de Kael à propos de ce que ces gens, en tant que classe, représentent vraiment. Dans tous les cas, d’une manière générale, le point de vue de Kael l’a emporté. La condescendance envers le public de masse et ses plaisirs n’est pas cool, ou à la mode ou politiquement correct.

Le ton de Scott est peut-être provocateur, mais il est juste. Dans la dernière phrase citée, il ne dit pas sérieusement qu’il serait préférable de vivre dans un monde où l’on peut se moquer impunément des fans d’Avatar ou de Fast Five, mais plutôt de pouvoir clamer haut et fort qu’on ne vit que pour le prochain Hou Hsiao-hsien ou Pedro Costa sans avoir à se justifier, sans avoir à rassurer le «peuple» qu’on ne se considère pas supérieur à lui.

Si on veut appliquer le qualificatif de snob à cette dernière proposition, d’accord, mais on peut aussi s’accorder que le terme dans cette optique n’est pas péjoratif en soi; il ne dévient néfaste que lorsqu’il empiète sur les préférences et convictions d’autrui.

La conclusion de Scott :

Ce que j’essaie de dire c’est: Oui, d’accord, je suis un snob. Je vénère la réalisation formelle du premier et du plus récent Mad Max. Je raille la plupart des films biographiques et des drames à costume. J’aime mes plaisirs lents et difficiles. Je préfère regarder un film médiocre d’Amérique du Sud ou d’Europe de l’Est sur les souffrances d’un peuple pauvre, qu’une comédie hollywoodienne médiocre sur les malheurs des riches. [...]

La chronique de Scott a été écrite dans le cadre du New York Film Festival (25 septembre – 11 octobre), «un événement annuel vivant et vénérable dont la naissance, en 1963, représentait l’apogée du snobisme cinématographique en Amérique». Un des films qui y a été présenté cette année, Hitchcock/Truffaut, est un documentaire réalisé par Kent Jones, directeur du NYFF et collaborateur au magazine pour cinéphiles avertis Film Comment.

Le docu, qui inclus des témoignages de cinéastes acclamés tels Wes Anderson, Olivier Assayas, Peter Bogdanovich, Arnaud Desplechin, David Fincher, Kiyoshi Kurosawa, Richard Linklater ou Martin Scorsese, a été décrit par le réalisateur James Gray (We Own the Night, The Immigrant) comme du «cinephile porn». Le film relate la relation entre François Truffaut et Alfred Hitchcock, dont les entretiens ont donné suite au mythique livre éponyme.

Alors que le maître du suspense est aujourd’hui considéré comme l’une des figures majeures du 7e art, il n’en fut pas ainsi de son vivant. En fait, ses films étaient relégués dans la catégorie des divertissements infantilisants, comme l’aurait sans doute reconnu Pauline Kael. Et puis une bande de cinéastes-cinéphiles français, écrivant des analyses élitistes dans les Cahiers du Cinéma, et réalisant des films destinés aux salles de répertoire, ont décidé que Hitchcock était un des leurs, un véritable artiste avec un grand A.

La leçon de la réévaluation menée par Truffaut et cie : le populiste d’hier peut devenir le snob de demain. Et, aussi, les généralisations sont rarement souhaitables.

À lire aussi :

> Les goûts populaires se discutent-ils?
> «Je n’aime pas ce que je vois»
> Le vrai visage de l’élitisme culturel

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Mardi 23 juin 2015 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (7)

TIFF : une «plateforme» pour contrer le relativisme

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Dans l’hilarant tumblr AmazonCritics, on tombe sur une perle écrite par un membre du fameux site de vente en ligne, apposée sur une affiche de RoboCop de Paul Verhoeven : «Je ne l’ai pas aimé, mais voyez-le si vous voulez, vous pourriez l’aimer». Un commentaire qui cristallise à merveille la nouvelle conjoncture du métier de critique, où la ligne entre l’opinion personnelle et l’évaluation d’une oeuvre a de plus en plus tendance à s’embrouiller. Et, plus encore, où le simple fait d’émettre son point de vue revêt un caractère éminemment suspect.

La victoire du relativisme absolu n’affecte pas seulement les professionnels de la plume, mais également ceux qui exposent et exploitent les produits culturels. Parlez-en à Cameron Bailey, directeur artistique du Festival international du film de Toronto (TIFF), qui file un mauvais coton par les temps qui courent. «Je ne sais plus s’il existe de consensus sur ce qu’est un grand film», a-t-il déploré en entrevue au Toronto Star jeudi dernier.

Il poursuit : «À Cannes cette année, je ne pouvais pas trouver un groupe ne serait-ce que de 4-5 personnes où tout le monde s’accordait sur le fait qu’un film était génial ou qu’un autre était terrible. Je ne retrouve plus [ce genre de consensus], et c’est un peu inquiétant. Cela me préoccupe, en fait». Alors qu’il s’apprête à sélectionner quelque 300 titres en vue du prochain TIFF, qui s’entamera le 10 septembre, Bailey craint que «la perte d’autorité» dont il est victime nuira à la crédibilité de son travail.

Ancien critique cinéma chez NOW Magazine, Bailey croit que le milieu du cinéma est en train de vivre une «crise existentielle», tout comme celui de la restauration. «Les gens n’en ont plus que pour Yelp et l’opinion crowdsourcée. C’est plus démocratique, je suppose, mais c’est aussi plus confus… S’il y a un tel éventail d’opinion, et qu’il n’y a jamais de consensus, alors à quoi servons-nous? C’est si délicat de dire aux gens ce qui est bon. Nous pouvons mettre la table et inviter les gens à une dégustation avant qu’ils ne prennent leurs propres décisions. C’est vraiment la meilleure chose à faire».

Afin de contrer l’ubiquité du relativisme, Bailey lance cette année un volet compétitif baptisé Platform, en l’honneur du film de Jia Zhangke sorti en 2000 (image ci-dessous). Une douzaine de longs métrages réalisés par des «cinéastes de réputation internationale» seront en lice pour un prix d’une valeur de 25 000 $. Le gagnant sera sélectionné par un jury de trois personnes issues de la «communauté artistique de tout horizon».

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Platform tentera néanmoins de se distinguer des autres compétitions du genre en misant sur une plus grande accessibilité aux projections de prestige et sur une participation des plus démocratiques. «Nous voulons une conversation, autant que possible. Nous voulons que les critiques, que les gens qui achètent et vendent des films dans l’industrie, nous voulons que le public en général soient là tous ensemble», conclut Bailey.

Trop c’est comme pas assez

Aussi nobles soient les intentions du directeur artistique du TIFF, je crains que son désir de «conversation» entre cinéphiles de tout acabit se transformera assez vite en cacophonie : si tout le monde est un critique, ou un expert, il n’y a plus personne pour écouter.

Un constat qu’avait établi Gus Van Sant il y a 20 ans dans son criminellement sous-estimé To Die For. Dans cette redoutable satire des médias et de la célébrité, Nicole Kidman, qui incarne une Miss Météo psychopathe, explique à une de ses jeunes complices que : «Si tout le monde était à la télé tout le temps, tout le monde serait une meilleure personne». Ce à quoi son interlocutrice répond, face caméra, faisant écho au sentiment de confusion de Cameron Bailey: «Mais, si tout le monde était à la télé tout le temps, il n’y aurait plus personne pour la regarder, et c’est là que je deviens mêlée».

Le réalisateur canadien David Cronenberg, grand habitué du TIFF, qui fait d’ailleurs un caméo dans le film de Van Sant, s’est porté à la défense des critiques «légitimes» fin décembre dans une entrevue à La Presse Canadienne qui a fait couler beaucoup d’encre amer:

Je pense que le rôle des critiques a été très diminué, parce que vous avez beaucoup de gens qui s’improvisent comme tels en ayant un site Web où il est indiqué qu’ils sont un critique. Si vous allez sur Rotten Tomatoes, vous avez des critiques et puis vous avez des «Top Critics», c’est-à-dire des critiques légitimes, qui ont acquis ce statut et ont travaillé dur et écrivent sur un site légitime peut-être lié à un journal, ou peut-être pas.

Ensuite, il y a tous ces gens qui ne font que dire qu’ils sont critiques et vous lisez leurs écrits et ils ne peuvent pas écrire, ou ils peuvent écrire mais leur écriture révèle qu’ils sont plutôt stupides et ignorants… Certaines voix ont émergé qui sont en fait assez bonnes, et qui n’auraient jamais vu le jour autrement. Mais je pense qu’en général tout ça a contribué à diluer les critiques efficaces.

À noter que Cronenberg incarne un élégant tueur à gages dans To Die For, qui amène Kidman dans un endroit isolé et glacé avant de la taire à tout jamais. Je vous laisse dresser les analogies que vous voulez…

À lire aussi :

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> Godard, élitisme et consensus critique
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