Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Court’

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Il y a un fameux adage dans le milieu du cinéma qui suggère d’éviter, dans la mesure du possible, de tourner avec des enfants ou des animaux. Pour son troisième court métrage, Hervé Demers à fait fi de cet avertissement. En fait, il a même augmenté les enchères : son film met en scène des enfants non professionnels, ainsi que des animaux exotiques, et un autre qui est sauvage. Le tout filmé dans le rude hiver québécois.

Cela dit, Les adieux de la Grise ne reflète aucunement un quelconque chaos qu’auraient pu engendrer les contraintes susmentionnées. Bien au contraire, il s’en dégage une impression de calme méditatif; on peut dire que cette oeuvre portant sur une épreuve initiatique de l’enfance est aussi douce et réconfortante que la laine de l’alpaga qui incarne le rôle-titre.

L’aspect documentaire de cette fiction d’une quinzaine de minutes est tout à fait souhaité par son cinéaste. Il a passé en audition quelque 20 familles issues du monde rural, avant d’arrêter son choix sur les Petit, résidants de la municipalité de Saint-Bonaventure, près de Drummondville. C’est au gré des discussions avec ses acteurs novices qu’il a peaufiné son scénario, qui s’inspire librement d’une nouvelle de Lionel Groulx.

Les adieux de la Grise a été présenté dans environ 75 festivals nationaux et internationaux, et a été élu parmi les 100 meilleurs vidéos de 2014 par le site Vimeo. Hervé Demers, qui travaille également dans le milieu de la mode, est en train de compléter son quatrième court, Le nom que tu portes, un drame explorant le thème de la filiation, et mettant en vedette l’acteur d’origine ukrainienne Sasha Samar et son fils Vlace.

J’ai rencontré Hervé Demers dans un bar du quartier Villeray, il y a environ un mois, le soir d’une tempête de neige plutôt dense tout à fait appropriée pour l’occasion.

CINÉASTE ZEN

Mon tout premier court, j’avais 26 ans, et j’ai été invité à Tokyo pour recevoir un prix. Le monsieur qui m’a décerné le prix, c’était le président de l’association des directeurs de la photographie du Japon. Il avait travaillé avec Ozu. Et moi je le rencontre, tout jeune de même, et ça a fait ma vie. Ozu, je dirais qu’il est un des piliers de mon amour pour le cinéma. Des fois, je trouve que j’ai une sensibilité de vieux japonais, dans ma façon de faire épurée, une volonté de rendre dans sa plus simple expression des formes plus complexes, d’aller vers l’essentiel, de ne pas beurrer épais.

Mon premier film, Sur la terre comme au ciel, je n’avais pas nécessairement de récit structuré en tête. Je me suis endetté pour acheter une caméra vidéo, et je me suis rendu à l’Île d’Orléans pour filmer. J’ai trouvé un arbre au milieu d’un champ ; il y avait quelque chose dans ce paysage qui m’inspirait un récit. Ça raconte l’histoire d’un agriculteur de 82 ans qui perd sa femme. C’est devenu quelque chose d’hyper personnel. Notamment, ma grand-mère est décédée pendant le tournage. J’ai voulu lui rendre hommage en l’intégrant dans le récit.

CINÉPHILIE VIDÉO

Je viens des arts visuels à la base. Je me nourrissais beaucoup des écrits de Bill Viola, qui est un pionnier de l’art vidéo. Je pense qu’il est un des plus grands penseurs de l’image. J’ai vu quelques installations de lui à New York, et ça fait partie des expériences esthétiques les plus riches que j’ai vécues. Il réfléchit beaucoup à la durée de l’image et à son impact sur la conscience. Son livre Reasons for Knocking at an Empty House a beaucoup influencé ma façon de concevoir l’image et le son.

À l’Université Laval, je n’avais pas eu de cours sur comment faire des films, j’étudiais l’histoire et la théorie. Je m’abreuvais comme un damné de tout ce qui était Criterion, commentaires audio, des lectures sur des cinéastes que j’aimais… Je n’ai jamais beaucoup côtoyé le milieu culturel, mes parents ne font pas de métier qui se rapportent à ça : mon père travaillait dans le transport, ma mère était brigadière scolaire. Je n’ai pas grandi là-dedans, c’est vraiment l’éducation qui m’a amené là, et la rencontre de professeurs-clé. Surtout au cégep, il y en a un qui m’a fait découvrir à la fois Chris Marker, Bresson, Antonioni, et j’en redemandais!

DES ADIEUX

Il y a quelque chose de très beau qui se produit dans la tête d’un enfant quand il y a cette prise de conscience du concept de la mortalité. S’il s’agit d’un animal, ce n’est pas un grand drame, plus une réalisation, mais elle est fondamentale. Tu gagnes une certaine maturité. On comprend le concept de la mortalité seulement après l’attachement ; il doit d’abord y avoir un attachement affectif sur une bonne période, et après l’absence instantanée de cet être-là. Souvent, en bas âge, c’est l’animal de compagnie.

Hervé Demers pendant le tournage. - Photo fournie par hervedemers.com

Hervé Demers pendant le tournage. - Photo fournie par hervedemers.com

LE TERROIR REVISITÉ

Les adieux de la Grise, à la base, c’est une nouvelle de Lionel Groulx qui se passe sur une terre de Vaudreuil au début du 20e siècle. Une famille qui grandit et évolue autour d’un cheval qui fait toutes les tâches à la ferme – le transport, le labour – il est la source de la subsistance de leurs vies. Il est même témoin des premiers amours… À la fin de sa vie, parce que le cheval n’est plus capable de travailler, la famille doit s’en débarrasser. Il y a une aura un peu misérabiliste typique de la littérature du terroir. Aujourd’hui Lionel Groulx a mauvaise presse, on le traite de raciste, d’antisémite, etc. Mais quand j’ai lu sa nouvelle, je trouvais qu’il avait une vision quand même assez moderne de l’animal ; il portait un regard noble sur une bête de somme.

À partir de là, j’ai construit un scénario avec mes collaborateurs qui conserve une résonance avec le texte de Groulx, avec cet héritage littéraire qui n’est plus vraiment à la mode, pour jeter les bases d’un regard neuf sur le Québec rural d’aujourd’hui ; qu’est-ce qu’il est devenu, quels sont ses nouveaux symboles. On a transformé l’animal, on en a pris un qui est au Québec depuis seulement sept ans : l’alpaga. Un animal déraciné, qui se retrouve dans un environnement qui lui est complètement étranger. Il y a quelque chose d’ironique au sens où c’est un animal de montagne, et nous on l’a filmé au Centre-du-Québec, où c’est la plaine absolue. Il a peut être chaud avec sa laine, mais l’alpaga déteste le vent, qui est très présent dans la plaine.

QUATRE HEURES AVEC UN LOUP

Ç’a été de loin la plus grosse dépense du film. Mais je ne pouvais pas m’en passer. C’est une compagnie qui s’appelle Ciné-Zoo, en Estrie, qui est dirigée par Jean Cardinal. Il entraîne des animaux pour le cinéma et la télé. La scène du loup, il y a à peu près 40% de ce que j’avais planifié qui est là. Le reste c’est des surprises très agréables. On l’a tourné à deux caméras en même temps, en quatre heures. C’est la séquence que j’appréhendais le plus, et finalement c’est celle qui a probablement été la mieux exécutée. J’ai eu beaucoup plus de mal à gérer les classes d’élèves…

C’est clair que ce film est né d’une obsession pour Au hasard Balthazar, qui est pour moi un des plus beaux films de tous les temps. Je voulais donner aux animaux une dimension quasi-anthropomorphique dans leur façon de réagir, et d’interagir. Les humains, on a une fascination profonde pour les animaux, parce qu’ils nous ressemblent vraiment, et on a de tout temps projeté plein de concepts sur eux pour s’expliquer le monde.

***

> Le site officiel de Hervé Demers

> Sa page Vimeo

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Samedi 28 février 2015 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (3)

Le court du week-end : La Vieille Dame et les Pigeons

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Merci à The Playlist pour avoir dégoté cette version «intégrable» du sublime et étrange court métrage d’animation La Vieille Dame et les Pigeons. Il s’agit du premier film du dessinateur de BD et réalisateur français Sylvain Chomet; entamé au début des années 1990, il a été complété une demi-décennie plus tard à Montréal.

Cette sorte de fable morale décalée qui marie habilement clichés de la vieille France et surréalisme grotesque, entièrement dessinée à la main, a obtenu une nomination à l’Oscar en 1997. Chomet a par la suite eu deux autres invitations au grand gala américain : pour ses longs métrages Les Triplettes de Belleville (2003) et L’illusionniste (2010), hommage au cinéma de Jacques Tati, avec qui il partage une affinité pour la narration muette.

La perception tronquée de la culture française par des Américains ignares, comme on le voit au début et à la fin de La Vieille Dame et les Pigeons, est une préoccupation récurrente dans l’oeuvre Chomet. C’est ce qui ressort dans ce couch gag particulièrement acide qu’il a réalisé l’an dernier. (Il semble également avoir un faible pour les oiseaux obèses…).

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Samedi 14 février 2015 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Un commentaire

Le court du week-end : Belly

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Belly est le travail de graduation que Julia Pott a réalisé à la London’s Royal College of Art. Le court métrage d’animation de sept minutes a fait la ronde des festivals en 2011 et a remporté une douzaine de prix en Europe et en Amérique du Nord.

L’accroche du film, «Je peux te sentir dans mon ventre», devient plus claire une fois qu’on l’a vu. L’oeuvre s’attaque en effet à notre ventre, au mou de notre ventre plus précisément; elle a une qualité mélancolique, mystérieuse, et même inquiétante, qui cherche à faire ressurgir nos souvenirs lointains les plus diffus, peut-être même des sentiments qu’on espérait avoir enfouis pour de bon il y a de nombreuses années de cela.

En entrevue à Filmmaker Magazine, qui l’a élu comme un de ses «25 nouveaux visages du cinéma indépendant» en 2012, Pott raconte l’émotion contradictoire qui a guidé la conception de son court : «J’aime vraiment me sentir triste. C’est si bon parfois de simplement se vautrer dans la misère».

Du côté de Motionographer, elle explique que la source de l’intrigue provient de sa relation avec sa soeur aînée. Avant de préciser :

Quand on est enfant, je pense que nous nous immergeons plus volontiers dans l’étrange, heureux de se sentir inexplicablement bizarres. J’ai été absolument fascinée par l’idée de m’enfoncer dans des sables mouvants, d’être décapitée, par les fantômes… En grandissant, j’ai perdu mon immunité d’enfant contre les histoires sinistres – je ne suis plus aussi prête à avoir peur, je ne veux plus la sentir du tout, en fait.

Enfin, Pott parle de son style d’animation en entrevue à IndieWire :

Mon inspiration provient généralement des films, des trucs du genre Twin Peaks, des vieilles comédies romantiques ou musicales, et des paysages américains, l’Arizona et des choses comme ça… Les personnages sont des animaux parce que ça me semble plus réel. Ils sont techniquement juste des personnes déguisés en costumes d’animaux.

> La page de Julia Pott

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