Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Court’

Mardi 25 mars 2014 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (6)

Soccer d’art et d’essai

short-plays-daniel-gruener

Si tout se déroule comme prévu, je serai sur la place centrale de Zagreb le 12 juin entouré de milliers de mes compatriotes afin d’encourager notre équipe nationale lors du match d’ouverture de la Coupe du Monde, alors que la Croatie se mesurera au Brésil; David contre Goliath.

C’est dans cet état d’esprit de ferveur partisane de plus en plus bouillante que j’apprends ce matin que le plus beau sport au monde aura droit à un traitement cinématographique des plus intrigants. En effet, le réalisateur mexicain Daniel Gruener a réuni un solide groupe de cinéastes internationaux afin de créer un omnibus intitulé Short Plays, rapporte Variety :

Les films doivent être d’une durée de trois à cinq minutes, en grande partie sans dialogue, offrir une analogie sur certains aspects du soccer, mais mettre en scène des gens ordinaires du pays du réalisateur.

Gruener a réussi à mettre la main sur des collaborateurs de choix, comme Apichatpong Weerasethakul (Oncle Boonmee), Carlos Reygadas (Lumière silencieuse) et Gaspar Noé (Enter the Void), tous connus pour leur approche aventureuse du langage formel et narratif du cinéma; on peut être certains qu’on aura droit à des capsules qui dépasseront le simple reportage sportif.

Parmi les autres réalisateurs participants : Vincent Gallo (États-Unis), Bobo Jelcic (Croatie), Juan Carlos Valdivia (Bolivie), Carlos Moreno (Colombie), Abner Benaim (Panama), Fernando Eimbcke (Mexique), Sebastian Cordero (Équateur), Duane Hopkins (Grande-Bretagne), Rune Denstad Langlo (Norvège), Yang Ik-june (Corée du Sud), Pablo Fendrik (Argentine), Pablo Stoll (Uruguay), Matias Cruz (Chili), Faouzi Bensaidi (Maroc), Luca Lucini (Italie) et Pedro Amorim (Portugal).

Environ la moitié des courts sont complétés. Selon les quelques descriptifs fournis par Variety, le film croate verra de nouveaux mariés échanger leurs maillots après la cérémonie de mariage; le panaméen montrera des clients d’un resto-bar qui attendent, comme des substituts sur un banc de soccer, que quelque chose se passe; le bolivien met en vedette nul autre que le président – et joueur de foot vicieux – Evo Morales.

Weerasethakul a tourné son film dans son village natal en Thaïlande, où il a filmé 22 plans de son lac, qui représentent chacun un joueur dans un affrontement entre deux équipes. Gruener lui-même s’est prêté à l’exercice, alors qu’il se prépare à collaborer avec l’acteur israélo-égyptien Sammy Samir pour relater le dernier match qu’un pays du Moyen-Orient a disputé contre israël – c’était en 1974.

Short Plays sera distribué à partir de la fin avril, sous différents formats (en salle, DVD, vidéo sur demande, télévision).

Le Barça sur grand écran

640x360_CAMPIONS.v1368025208

Un des films (de soccer, ou autre) que j’attends le plus cette année est le long métrage documentaire du Britannique Paul Greengrass (United 93, Captain Phillips) sur le mythique club de foot espagnol FC Barcelone. Le projet a été annoncé en mai 2012, mais depuis ce temps-là, très peu d’info concrète est sortie. En espérant que l’échéancier – une sortie en juin pour coïncider avec le Mondial – sera respecté.

Intitulé Barca, le film examine les préparatifs de l’équipe en vue de la campagne 2012-2013, au cours de laquelle elle tenta de reconquérir le titre du championnat d’Espagne, qu’elle a remporté à 21 reprises au courant de son existence plus que centenaire – Le FC Barcelone l’a finalement remporté «en égalant le record de points (100) et en établissant un nouveau record de points d’écart entre le premier et le deuxième : 15 points.»

Le documentaire se penchera plus particulièrement sur le style de jeu du Barça, connu pour ses jeux de passes gracieux, ainsi que sur les stratégies d’affaires de l’équipe, à la manière de Moneyball. Greengrass a obtenu un accès privilégié au FC Barcelone en raison de son association avec le journaliste sportif d’El País John Carlin (Invictus).

Oliver Stone dans le feu de l’action

Probablement sa seule oeuvre produite en Amérique du Sud dénuée de connotation politique (à savoir, pro-socialiste, quoique certains diraient pro-communiste), la pub survitaminée et pleine d’autodérision d’Oliver Stone pour la filiale DirecTV Latin America est une démonstration saisissante des capacités de la caméra RED EPIC.

Le directeur photo Rodrigo Prieto discute des techniques de tournage de la vidéo dans ce making-of disponible sur le site de RED.

À lire aussi :

> La Coupe du Monde, façon Nike et Iñárritu

Lire les commentaires (6)  |  Commenter cet article






Lundi 24 mars 2014 | Mise en ligne à 12h30 | Commenter Commentaires (10)

Quelqu’un d’extraordinaire, pour 24 heures

arton37494

Il n’y a pas de doute, Quelqu’un d’extraordinaire de Monia Chokri est le court métrage québécois le plus médiatisé depuis Next Floor de Denis Villeneuve, sorti en 2008.

Une reconnaissance qui s’est bâtie à coups de prix nationaux et internationaux (Locarno, SXSW, Saguenay, RVCQ, Jutra!), et grâce à une distribution (féminine) tout étoile que pourraient à peine se payer les projets de longs les plus prestigieux sanctionnés par la SODEC/Téléfilm. Le tout relevé par quelques ingrédients de choix comme Xavier Dolan au montage, et Josée Deshaies, la directrice photo de Bertrand Bonello et de Denis Côté, qui s’occupe de l’image.

Avec tout ça, on oublie presque de parler du film lui-même. Extraordinaire? Je n’irai pas jusque-là – c’est un qualificatif que j’emploierai davantage dans le cas de L’Ouragan Fuck You Tabarnak!, qui n’avait à vrai dire aucune chance de l’emporter face au mammouth de Chokri au gala des Jutra, mais qui est l’oeuvre sans concession d’un véritable poète trash qui refuse de quitter votre esprit – mais réussi, certainement; believe the hype!

Une sorte de plaidoyer tonique anti-hypocrisie à la réalité finement amplifiée, divertissant de bout en bout, servi par des comédiennes qui semblent franchement s’amuser et, plus encore, s’assurer de fournir leur maximum à une collègue qui entame son passage derrière la caméra.

Sarah, 30 ans, belle et intelligente, a tout pour réussir. Mais son anxiété et sa peur de ne pas être exceptionnelle la poussent à l’inertie. Un matin de janvier, après un énorme blackout, elle se réveille dans une maison de banlieue inconnue. De cet incident naîtra l’envie de se reconstruire. Pour y arriver, elle devra détruire tout ce qui l’entoure, en commençant par ses copines.

> Quelqu’un d’extraordinaire est disponible sur le site de La Distributrice, pour 24 heures seulement.

446069138_640

En boni, l’autre lauréat dans la catégorie du court métrage, d’animation celui-là : Le courant faible de la rivière de Joël Vaudreuil, avec en vedette la voix de Gaston Lepage. À voir sur le site de La Fabrique culturelle. (Je vous avais présenté un autre court du cinéaste iconoclaste – et membre du groupe de musique Avec pas d’casque – en novembre 2011, l’ovni à l’humour figé, décalé, tordu, carrément fou, Un vortex dans face).

Lire les commentaires (10)  |  Commenter cet article






Vendredi 7 mars 2014 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (5)

Le court du week-end : Gods, Weeds and Revolutions

443323013_640

Dans Gods, Weeds and Revolutions, la jeune réalisatrice Meryam Joobeur retourne dans le village d’origine de sa famille à la rencontre de son grand-père, qui ne se souvient plus tout à fait de sa petite-fille, et de son pays, la Tunisie, qui, lui, tente tant bien que mal d’oublier son passé trouble.

Le court métrage de 20 minutes est une fine médiation sur le temps; celui qui passe, celui qu’on a perdu, celui qu’on tente désespérément de reconstituer, ou de refouler (La première réplique, après le prologue, est «Quelle heure est-il?»). Le processus mémoriel, notion aussi abstraite soit-elle, devient carrément un protagoniste dans le film, se matérialise devant nos yeux grâce notamment à une mise en images impressionniste, une structure narrative onirique, et la voix off éthérée de la narratrice.

Gods, Weeds and Revolutions réussit à exprimer des idées et des émotions universelles à travers une expérience personnelle, et vice versa. Les questions de distance et de proximité se livrent ici une danse perpétuelle. Meryam Joobeur possède le talent remarquable de vivement capter l’intimité tout en maintenant une position de recul, invitant le spectateur à combler cet espace laissé vacant, tout en imprégnant la forme documentaire d’un soupçon lyrique de fiction.

J’ai eu la chance de voir Gods, Weeds and Revolutions à l’occasion du festival Prends ça court!, l’année dernière, alors que j’ai été mandaté de remettre le prix des Ambassadeurs Culturels (incidemment, le prix mention est allé à un bon ami de Meryam, Jeremy Comte, qui a réalisé le film de skate Rueda, que j’ai mis en ligne l’année dernière).

Quelques semaines plus tard, j’ai rencontré la lauréate pour discuter de son merveilleux film qui, j’ai été choqué de l’apprendre, est ni plus ni moins une production étudiante, faite dans le cadre de son cours à Concordia, alors qu’elle n’avait que 19 ans…

5480124_300

LE SUJET

Je voulais que ce soit à propos de la maladie d’Alzheimer, et de la révolution tunisienne. Pour ce qui est de l’aspect politique, je ne voulais pas que ce soit spécifique à la Tunisie, mais que ça puisse traduire à la dictature dans le monde entier. Ben Ali n’est mentionné que par son nom, mais on ne connaît rien de son histoire, on a juste une idée de son effet sur ​​les gens.

Je voulais filmer d’une manière qui transmet la maladie sans être explicite à ce sujet. Il n’est jamais dit explicitement que mon grand-père souffre de la maladie d’Alzheimer, ou de la démence, mais il est clair qu’il a des pertes de mémoire, donc je voulais transmettre cela de manière visuelle.

LE TOURNAGE

L’équipe de tournage c’était moi et mon directeur photo. Parfois mes petits cousins nous aidaient. C’était tourné à l’aide d’une Canon 5D, avec un budget pratiquement inexistant. Pour le dolly, on l’a fait faire chez un forgeron du village, parce que c’était trop cher à la location. Le tournage a duré trois semaines et demi. Le montage, lui, quatre mois; on avait entre 13 et 15 heures de matériel, qu’il fallait ramener à 20 minutes.

J’avais planifié dans ma tête l’ambiance et la sensibilité du film, mais la structure narrative a pris forme dans la salle de montage. Pour moi, ce qui était surprenant, c’est toutes ces choses que je n’avais pas planifiées qui se sont retrouvées dans le film. Comme par exemple la scène avec la pieuvre, la scène dans la voiture, la scène avec l’homme qui a été torturé…

JAUGER SON IMPLICATION

Je ne voulais pas être filmée de face, je voulais que le public puisse se mettre à ma place. Je crois que si l’on voit un visage, c’est très difficile de s’en détacher. Mon grand-père est au centre du film, c’est pourquoi j’ai voulu le filmer le plus possible, montrer son visage le plus possible.

À l’origine, j’avais planifié faire une scène à la fin où on me voit marcher à travers la maison, aller voir mon grand-père… Mais dans la salle de montage, c’est devenu très clair que ce n’était pas nécessaire, c’était trop.

C’était la partie la plus dure du montage : évaluer l’importance accordée à la narration, à mon implication dans le récit. Mais j’ai aussi réalisé que, afin d’avoir une structure narrative solide, il devait y avoir quelqu’un qu’on puisse suivre, et je me devais d’occuper cette position parce que mon grand-père n’en était pas capable.

PREMIER CONTACT AVEC LE CINÉMA

Le premier cinéaste qui m’a vraiment marqué est Gus Van Sant. J’ai regardé My Own Private Idaho quand j’avais 14 ans, et j’ai réalisé pour la première fois qu’il y avait un réalisateur, et une voix, derrière un film. Ces magnifiques paysages du Midwest, c’est ce dont je me souviens le plus.

Je n’arrive pas à trouver le moment exact où j’ai voulu faire du cinéma. Pour moi, faire des films c’est thérapeutique. J’aime regarder des films, je suis très touchée par eux. J’aime les belles images qui ont toutefois un sens derrière elles (Terrence Malick, Wong Kar-wai).

J’ai également toujours aimé les histoires; je me souviens que je demandais à ma grand-mère de me raconter des histoires encore et encore. Quand j’ai réalisé que ces histoires verbales pouvaient se traduire par l’image, c’est là que j’ai vraiment commencé à m’intéresser au cinéma.

***

Meryam Joobeur voit en Gods, Weeds and Revolutions son premier «vrai» film, après une série d’exercices filmés qu’elle a réalisés auparavant, et qui l’ont fait entrer dans le programme très contingenté de Film Production à Concordia.

Elle travaille présentement sur un long métrage qu’elle a tourné dans son État natal du Connecticut; une sorte de «Conte de deux cités» conceptuel; «une ville sera un documentaire, et l’autre sera une fiction». À suivre.

Lire les commentaires (5)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    avril 2009
    L Ma Me J V S D
    « mar   mai »
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930  
  • Archives

  • publicité