Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Court’

Samedi 19 avril 2014 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Un commentaire

Le court du week-end : Death for Five Voices

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Un long court pour un long week-end. En fait, il ne s’agit pas à proprement parler d’un court métrage, mais plutôt d’un téléfilm de 60 minutes; vous me pardonnerez cette innocente transgression des règles… Death for Five Voices (1995) est un documentaire sur le compositeur italien réputé, et assassin notoire, Carlo Gesualdo (1566-1613). Une autre fascinante réflexion par Werner Herzog sur la confluence entre la force créatrice et la folie.

Également, une réévaluation du format documentaire, alors que le cinéaste allemand rejette de manière radicale ce qu’il dénonce comme la «vérité des comptables» perpétuée par le cinéma direct, à la faveur de la «vérité extatique». Approche poétique qu’il a énoncée dans son fameux Manifeste du Minnesota. Je retranscris ici un échange à ce sujet avec Paul Cronin tiré du livre-entrevue Herzog on Herzog :

Suis-je en droit de penser que, avec Death for Five Voices, de nombreuses scènes sont à nouveau subtilement stylisées?

Subtilement stylisées? Non, dans ce cas, ce sont de pures inventions. La plupart des histoires dans le film sont complètement inventées et mises en scène, mais elles contiennent les vérités les plus profondes sur Gesualdo. Je pense à tous mes «documentaires; Death for Five Voices est celui qui est le plus insensé, et il est l’un des plus proches de mon cœur.

Le film raconte l’histoire de Carlo Gesualdo, le musicien visionnaire du XVIe siècle et Prince de Venosa. Gesualdo est de tous les compositeurs celui qui m’épate le plus, et je voulais faire un film sur lui parce que sa vie est presque aussi intéressante que sa musique.

Pour commencer, il a tué sa femme, et comme il était le Prince de Venosa il n’a jamais été dépendant financièrement de personne, et a été en mesure de financer ses propres voyages dans l’inconnu musical. Les autres livres sont plus dans le contexte de son temps, mais avec son sixième livre de madrigaux, tout d’un coup, Gesualdo semble 400 ans en avance sur son temps, composant de la musique que nous avons entendu seulement à partir de Stravinsky. Il ya des segments dans Death for Five Voices lorsqu’on entend chacune des cinq voix du madrigal séparément. Chaque voix individuelle semble tout à fait normale, mais en combinaison, la musique sonne tellement en avance sur son temps, même sur notre temps.

Donc, pour Death for Five Voices vous avez pris les faits les plus élémentaires sur Gesualdo et les avez illustrés avec des scènes stylisées qui renforceraient les principaux éléments de l’histoire?

Oui. Prenez, par exemple, la scène filmée dans le château de Venosa où il y a un musée. Dans l’une des vitrines, il y avait une pièce – un disque d’argile contenant des symboles énigmatiques en forme de scripts – qui a vraiment engagé mon esprit avec étonnement et m’a causé des nuits blanches. Je tenais beaucoup à utiliser l’objet dans le film, donc j’ai écrit pour le directeur du musée – en réalité, le doyen de le faculté de droit de l’Université de Milan – un monologue sur le disque qu’il devait dire tout en se tenant à côté de la vitrine. Il présente une lettre de Gesualdo à son alchimiste, demandant son aide pour déchiffrer les signes mystérieux sur le disque :

«Le prince avait passé des nuits blanches à essayer de percer le secret de ces étranges symboles», explique le professeur. «Au cours de cette activité, il s’est perdu dans un labyrinthe de conjectures et d’hypothèses. Il a presque perdu sa raison dans le processus».

Ce que je voulais ici c’était de jouer sur le fait que, dans les dernières années de sa vie, Gesualdo était essentiellement fou; il a vraiment perdu son esprit. Il a abattu à lui seul la forêt en entier autour de son château et a engagé de jeunes hommes qui avaient pour tâche de le fouetter quotidiennement, ce qui lui a donné des plaies purulentes et l’a apparemment tué. Il y a aussi une scène où nous rencontrons une femme qui court autour du château décrépit du prince en chantant sa musique, et qui dit qu’elle est l’esprit de la femme morte de Gesualdo. Elle est là pour souligner l’effet profond que la musique de Gesualdo a eue sur les personnes au cours des siècles. On a néanmoins engagé Milva, une fameuse chanteuse et actrice italienne pour jouer le rôle.

Et qu’en est-il de l’histoire dans laquelle Gesualdo tue son propre fils?

J’ai inventé l’histoire de Gesualdo plaçant son fils de deux ans et demi – dont il se doutait qu’il était réellement son enfant – sur une balançoire et demandant à ses serviteurs de le balancer pendant deux jours et deux nuits jusqu’à ce qu’il meure. Il y a une allusion dans les documents historiques au fait qu’il aurait tué son enfant, mais pas de preuve absolue. Le chœur placé de chaque côté de l’enfant sur ​​la balançoire chantant la beauté de la mort a aussi été inventé, quoique dans une des compositions de Gesualdo il y a un tel texte. Il est absolument certain, cependant, qu’il a pris sa femme en flagrant délit et qu’il l’a poignardée elle et son amant à mort.

La dernière scène du film a été tournée sur les lieux d’un tournoi médiéval local, une activité prisée par les Italiens. Je voulais que le directeur musical parle d’audace et d’aventure dans la musique, et tandis que je lui parlais, j’ai remarqué le visage d’un jeune homme qui jouait le valet de pied d’un des chevaliers. Toute cette scène avec ce laquais qui ramasse son portable et parle à sa mère a été, bien sûr, mise en scène. La personne qui a fait l’appel était mon propre frère, qui savait exactement quand faire l’appel vu qu’il se tenait dix pieds de distance. J’ai dit au jeune homme d’agir comme si c’était sa mère qui l’appelait, et qu’elle voulait qu’il rentre pour dîner. Je savais que ça allait être la dernière scène du film, et il dit :

«Maman, ne t’inquiète pas, je serai à la maison très bientôt, parce que le film sur ​​Gesualdo est presque fini.»

Je lui ai demandé de regarder droit dans la caméra après sa réplique et d’afficher un air très grave. J’étais juste à côté de la caméra, en train de m’amuser et de faire toutes sortes de plaisanteries. Il y a une expression étrange sur son visage parce qu’il ne savait pas s’il devait rire ou être sérieux, alors il fixe longtemps la caméra, et le film se termine.

- Avis aux fans d’Herzog, Shout! Factory distribuera fin juillet un coffret Blu-ray contenant 16 de ses long métrages les plus renommés, dont son cycle avec Kinski, ses deux films avec Bruno S., ainsi que les inclassables et moins connus Even Dwarfs Started Small, Fata Morgana et Lessons of Darkness.

- Il est en train d’apporter les touches finales à Queen of the Desert, son biopic sur l’exploratrice, archéologue, espionne, diplomate et cartographe Gertrude Bell (1868-1926), mettant en vedette Nicole Kidman, James Franco, Robert Pattinson et Damian Lewis (le Brody de Homeland).

- Son prochain film sera une adaptation du roman de D.B.C. Pierre Vernon God Little, lauréat du Booker Prize en 2003, a rapporté le Hollywood Reporter en février. Le récit se déroule au Texas, où un ado de 15 ans est injustement soupçonné d’être l’auteur d’une fusillade mortelle dans son école. Avec un casting disjoncté qui comprend, pour l’instant, Pamela Anderson, Russell Brand et Mike Tyson dans le rôle d’un tueur à la hache…

À lire aussi :

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Mardi 25 mars 2014 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (6)

Soccer d’art et d’essai

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Si tout se déroule comme prévu, je serai sur la place centrale de Zagreb le 12 juin entouré de milliers de mes compatriotes afin d’encourager notre équipe nationale lors du match d’ouverture de la Coupe du Monde, alors que la Croatie se mesurera au Brésil; David contre Goliath.

C’est dans cet état d’esprit de ferveur partisane de plus en plus bouillante que j’apprends ce matin que le plus beau sport au monde aura droit à un traitement cinématographique des plus intrigants. En effet, le réalisateur mexicain Daniel Gruener a réuni un solide groupe de cinéastes internationaux afin de créer un omnibus intitulé Short Plays, rapporte Variety :

Les films doivent être d’une durée de trois à cinq minutes, en grande partie sans dialogue, offrir une analogie sur certains aspects du soccer, mais mettre en scène des gens ordinaires du pays du réalisateur.

Gruener a réussi à mettre la main sur des collaborateurs de choix, comme Apichatpong Weerasethakul (Oncle Boonmee), Carlos Reygadas (Lumière silencieuse) et Gaspar Noé (Enter the Void), tous connus pour leur approche aventureuse du langage formel et narratif du cinéma; on peut être certains qu’on aura droit à des capsules qui dépasseront le simple reportage sportif.

Parmi les autres réalisateurs participants : Vincent Gallo (États-Unis), Bobo Jelcic (Croatie), Juan Carlos Valdivia (Bolivie), Carlos Moreno (Colombie), Abner Benaim (Panama), Fernando Eimbcke (Mexique), Sebastian Cordero (Équateur), Duane Hopkins (Grande-Bretagne), Rune Denstad Langlo (Norvège), Yang Ik-june (Corée du Sud), Pablo Fendrik (Argentine), Pablo Stoll (Uruguay), Matias Cruz (Chili), Faouzi Bensaidi (Maroc), Luca Lucini (Italie) et Pedro Amorim (Portugal).

Environ la moitié des courts sont complétés. Selon les quelques descriptifs fournis par Variety, le film croate verra de nouveaux mariés échanger leurs maillots après la cérémonie de mariage; le panaméen montrera des clients d’un resto-bar qui attendent, comme des substituts sur un banc de soccer, que quelque chose se passe; le bolivien met en vedette nul autre que le président – et joueur de foot vicieux – Evo Morales.

Weerasethakul a tourné son film dans son village natal en Thaïlande, où il a filmé 22 plans de son lac, qui représentent chacun un joueur dans un affrontement entre deux équipes. Gruener lui-même s’est prêté à l’exercice, alors qu’il se prépare à collaborer avec l’acteur israélo-égyptien Sammy Samir pour relater le dernier match qu’un pays du Moyen-Orient a disputé contre israël – c’était en 1974.

Short Plays sera distribué à partir de la fin avril, sous différents formats (en salle, DVD, vidéo sur demande, télévision).

Le Barça sur grand écran

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Un des films (de soccer, ou autre) que j’attends le plus cette année est le long métrage documentaire du Britannique Paul Greengrass (United 93, Captain Phillips) sur le mythique club de foot espagnol FC Barcelone. Le projet a été annoncé en mai 2012, mais depuis ce temps-là, très peu d’info concrète est sortie. En espérant que l’échéancier – une sortie en juin pour coïncider avec le Mondial – sera respecté.

Intitulé Barca, le film examine les préparatifs de l’équipe en vue de la campagne 2012-2013, au cours de laquelle elle tenta de reconquérir le titre du championnat d’Espagne, qu’elle a remporté à 21 reprises au courant de son existence plus que centenaire – Le FC Barcelone l’a finalement remporté «en égalant le record de points (100) et en établissant un nouveau record de points d’écart entre le premier et le deuxième : 15 points.»

Le documentaire se penchera plus particulièrement sur le style de jeu du Barça, connu pour ses jeux de passes gracieux, ainsi que sur les stratégies d’affaires de l’équipe, à la manière de Moneyball. Greengrass a obtenu un accès privilégié au FC Barcelone en raison de son association avec le journaliste sportif d’El País John Carlin (Invictus).

Oliver Stone dans le feu de l’action

Probablement sa seule oeuvre produite en Amérique du Sud dénuée de connotation politique (à savoir, pro-socialiste, quoique certains diraient pro-communiste), la pub survitaminée et pleine d’autodérision d’Oliver Stone pour la filiale DirecTV Latin America est une démonstration saisissante des capacités de la caméra RED EPIC.

Le directeur photo Rodrigo Prieto discute des techniques de tournage de la vidéo dans ce making-of disponible sur le site de RED.

À lire aussi :

> La Coupe du Monde, façon Nike et Iñárritu

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Lundi 24 mars 2014 | Mise en ligne à 12h30 | Commenter Commentaires (10)

Quelqu’un d’extraordinaire, pour 24 heures

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Il n’y a pas de doute, Quelqu’un d’extraordinaire de Monia Chokri est le court métrage québécois le plus médiatisé depuis Next Floor de Denis Villeneuve, sorti en 2008.

Une reconnaissance qui s’est bâtie à coups de prix nationaux et internationaux (Locarno, SXSW, Saguenay, RVCQ, Jutra!), et grâce à une distribution (féminine) tout étoile que pourraient à peine se payer les projets de longs les plus prestigieux sanctionnés par la SODEC/Téléfilm. Le tout relevé par quelques ingrédients de choix comme Xavier Dolan au montage, et Josée Deshaies, la directrice photo de Bertrand Bonello et de Denis Côté, qui s’occupe de l’image.

Avec tout ça, on oublie presque de parler du film lui-même. Extraordinaire? Je n’irai pas jusque-là – c’est un qualificatif que j’emploierai davantage dans le cas de L’Ouragan Fuck You Tabarnak!, qui n’avait à vrai dire aucune chance de l’emporter face au mammouth de Chokri au gala des Jutra, mais qui est l’oeuvre sans concession d’un véritable poète trash qui refuse de quitter votre esprit – mais réussi, certainement; believe the hype!

Une sorte de plaidoyer tonique anti-hypocrisie à la réalité finement amplifiée, divertissant de bout en bout, servi par des comédiennes qui semblent franchement s’amuser et, plus encore, s’assurer de fournir leur maximum à une collègue qui entame son passage derrière la caméra.

Sarah, 30 ans, belle et intelligente, a tout pour réussir. Mais son anxiété et sa peur de ne pas être exceptionnelle la poussent à l’inertie. Un matin de janvier, après un énorme blackout, elle se réveille dans une maison de banlieue inconnue. De cet incident naîtra l’envie de se reconstruire. Pour y arriver, elle devra détruire tout ce qui l’entoure, en commençant par ses copines.

> Quelqu’un d’extraordinaire est disponible sur le site de La Distributrice, pour 24 heures seulement.

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En boni, l’autre lauréat dans la catégorie du court métrage, d’animation celui-là : Le courant faible de la rivière de Joël Vaudreuil, avec en vedette la voix de Gaston Lepage. À voir sur le site de La Fabrique culturelle. (Je vous avais présenté un autre court du cinéaste iconoclaste – et membre du groupe de musique Avec pas d’casque – en novembre 2011, l’ovni à l’humour figé, décalé, tordu, carrément fou, Un vortex dans face).

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