Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Court’

Samedi 6 février 2016 | Mise en ligne à 14h15 | Commenter Aucun commentaire

Le court du week-end : Buzkashi Boys

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Le Bouzkachi est le sport national en Afghanistan. ll s’agit d’une version du polo avec une carcasse de chèvre à la place d’une balle. C’est aussi le symbole de l’espoir pour deux jeunes amis qui vivent dans la misère à Kaboul, un orphelin mendiant et un fils de forgeron.

Dotée d’un budget de 200 000 $, Buzkashi Boys (2013) a été la première production cinématographique professionnelle tournée en Afghanistan depuis l’invasion américaine, une décennie plus tôt. Le film a été réalisé par Sam French, un natif de Philadelphie, et produit par Ariel Nasr, un Canadien qui a déjà collaboré avec l’ONF.

Le court de près de 30 minutes est ce qu’on pourrait qualifier de docu-fiction : la trame narrative est portée par des acteurs non professionnels, la ligne entre le réel et l’artificiel est plutôt mince. En fait, beaucoup de jeunes qui ont passé des auditions ne savaient même pas ce qu’était le cinéma. French a discuté de la production ardue de son film en entrevue avec Vanity Fair. Ici il explique pourquoi il a opté pour le format court :

Eh bien, l’un des facteurs était la question de la sécurité. Avec un long métrage, vous êtes sur place pendant des semaines à la fois. Avec un court métrage, vous êtes sur place pendant quelques jours à la fois. Nous ne disions évidemment à personne où nous serions le lendemain; nous changions notre calendrier en conséquence. Une roquette est tombée dans le marché de la vieille ville le lendemain que nous y avons tourné. Il y a eu un gros attentat dans le centre-ville en plein milieu du tournage. Heureusement, nous avions la protection de la police et l’approbation du gouvernement.

Le producteur, Ariel, a passé un an en pré-production à essayer d’obtenir toutes les autorisations et approbations; c’était certainement un long processus. On dit qu’en Afghanistan il faut avoir bu au trois tasses de thé avec quelqu’un avant que quelque chose ne se passe. Il a bu beaucoup, beaucoup de tasses de thé avec beaucoup, beaucoup de responsables gouvernementaux

Et le message qu’il souhaite transmettre :

Vous voyez les manchettes sur l’Afghanistan, et les gens ici, en Occident, on pense que le pays tout entier est plein de terroristes et de gens qui veulent tuer des Américains. Mais ce n’est pas vrai. La plupart des gens là-bas ont les mêmes espoirs rêves que tout le monde… Le choix de faire le film sur des enfants de la rue à Kaboul et sur cet ancien sport – à certains égards, ça peut être vu comme un film d’époque. Lorsque nous montrons Buzkashi Boys en Afghanistan, la réaction est, de façon intéressante, «Pourquoi ne pas avoir fait un film sur un entrepreneur issu du monde moderne qui démarre entreprise». Ils ont faim pour l’avenir. Le pays subit une transformation massive en ce moment. Il y a toute une nouvelle génération qui veut rejoindre le monde. Ils ont des smartphones et sont sur Facebook; ils veulent faire partie de la communauté internationale. En fait, je choisi de présenter l’autre côté de la médaille, mais cela a été mon choix créatif en tant que cinéaste.

Buzkashi Boys a été nominé pour l’Oscar du meilleur court métrage de fiction.

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Samedi 23 janvier 2016 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Commentaires (2)

Le court du week-end : Oh Willy…

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L’esquisse de douce domesticité qu’on aperçoit dans les premiers instants d’Oh Willy… ne préfigure aucunement sa finale aux consonances cosmogoniques, clairement inspirée de l’imagerie uber-romantique de Caspar David Friedrich, et enrichie par l’infiniment majestueuse ouverture de Das Rheingold de Richard Wagner.

Si ce court d’une quinzaine de minutes nous fait voyager à travers le naturalisme, la comédie noire, la science-fiction et même l’horreur, il reste parfaitement focalisé sur l’odyssée émotionnelle de son héros, un homme apparemment solitaire qui vit très mal le deuil de sa mère, et qui recherche désespérément une source de réconfort. Ou, plutôt, un retour aux sources. Un film muet qui parle un langage universel, et qui nous surprend par sa charge émotive.

Réalisé en 2012 par le couple belge Emma De Swaef et Marc James Roels, Oh Willy… a obtenu nombre d’accolades de par le monde, dont les grands prix du jury à l’American Film Institute Festival et à SXSW, ainsi que le prix du public dans ma ville natale, à l’Animafest Zagreb. En entrevue à Cartoon Brew, Roels explique le procédé plutôt singulier d’animation de laine et d’étoffes. Un résultat si séduisant que vous vous surprendrez à vouloir toucher votre écran pendant le visionnement…

«Eh bien, contrairement à la plupart des gens, Emma a grandi sur une ferme entourée de moutons. Elle a tricotait, cousait et fabriquait des poupées et marionnettes à partir d’un très jeune âge. Donc, en ce qui concerne l’utilisation de laine et de textile dans nos films, ce n’est pas une idée qui nous a soudainement frappé comme étant quelque chose d’unique et de différent parmi les matériaux traditionnels utilisés dans le stop-motion. Nous l’avons davantage vu comme un matériau facilement disponible avec lequel Emma avait l’habitude de travailler.

«Nous avons commencé à utiliser la laine pendant qu’Emma faisait des études en réalisation de documentaires. Elle a eu l’idée d’intégrer des parties animées dans ses documentaires à l’aide de marionnettes tricotées, question de créer une tension entre le récit et le style. Emma avait peu d’expérience avec les armatures, de sorte que ses premiers personnages étaient à l’état très brut. Mais nous avons aimé la façon dont la lumière a réagi sur la laine et nous avons trouvé que nous pourrions créer une cohérence dans le style, donc nous y avons persisté.

«Pour ce qui est de la difficulté d’animer la laine, c’est vrai que le matériau bouge sans cesse, il fluctue avec les variations de température. Le fait d’avoir des personnages couverts de feutre les rend très rigides, de sorte que nous devons continuellement planifier et écrire nos films en fonction de leur rigidité. La retenue dans la mise-en-scène est due en grande partie à cette notion. Même les actions les plus simples finissent par être cauchemardesque lorsqu’on anime de la laine, donc nous avons constamment eu à repenser et à réécrire nos films, ce qui, en bout de ligne, semble toujours avoir été une bonne chose.»

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Samedi 9 janvier 2016 | Mise en ligne à 14h30 | Commenter Commentaires (4)

Le court du week-end : Capolavoro

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«Le classique inoubliable que l’on ne comprend toujours pas». Voici l’accroche du court métrage Capolavoro, pastiche très réussi du cinéma d’art et d’essai européen des années 1950-60 produit par l’équipe du jeu vidéo GTA V. Le film de quelque 10 minutes est projeté tous les jours dans les salles de cinéma de la ville fictive de Los Santos, entre 13h00 et 17h00.

Réalisé par Emanuelle Pasorelli, Capolavoro (chef-d’oeuvre en italien) est sorti en 1963, année qui a vu la sortie du de Fellini, une des influences majeures de notre court. Le film s’inspire également de drames existentiels en noir et blanc d’Antonioni ou de Bergman. «Alors que le film est surtout satirique envers le cinéma moderniste», explique la page wiki de GTA, «Capolavoro présente également quelques thèmes philosophiques et psychologiques, la plupart du temps autour de la notion d’anima dans la psychologie analytique de Carl Jung.

«Dans son travail, Jung définit l’anima en tant que personnalité intérieure féminine inconsciente chez l’homme; il en est ainsi de la femme mystérieuse qu’Antonio écoute dans ses rêves. L’idée est renforcée par le mime dont elle prend parfois l’apparence, suggérant qu’elle est simplement une imitation de l’inconscient d’Antonio. Jung soutient que le contact avec l’anima est le “chef-d’oeuvre”, d’où le titre du film».

L’intrigue de Capolavoro tourne autour d’un «homme qui est ou qui n’est pas un voleur. Il écoute son épouse acariâtre ainsi qu’une belle femme dans sa tête, et les deux conspirent à le rendre fou tandis qu’il est rongé par l’angoisse à cause de son rôle dans la mort de son ami Luigi.

«Les bouches des acteurs se déplacent rarement, par contre le spectateur peut entendre leurs voix, une technique que le réalisateur utilise dans plusieurs de ses films. L’échelle à la fin symbolise quelque chose, mais on ne sait pas trop quoi».

Mention spéciale à la pluie de bétail, et surtout au scénario subtil, avec des répliques comme : «Freud a beaucoup d’explications à donner!» ; «Quel est le mensonge, et quelle est la moitié de la vérité?», et ma préférée : «Dans cette vie nous sommes uniquement des prisonniers des prisons que nous construisons nous-mêmes».

Capolavoro a remporté le prix du meilleur film en langue étrangère au Festival de Film Algonquin.

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