Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Court’

Vendredi 19 juin 2015 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (6)

Le court (et l’entrevue) du week-end : Gloria Victoria

gloriavictoria

Avec Gloria Victoria, Theodore Ushev a réussi à capter l’essence à la fois de la fureur et du chagrin provoqués par les plus grandes horreurs de notre époque. Ce court métrage d’animation dépasse le nécessaire mais commun discours moral anti-guerre; il s’agit d’un déchirant cri du coeur dénonçant la bêtise humaine, un poème viscéral qui crée chez le spectateur une expérience littéralement douloureuse, épuisante, avec un défilement d’images quasi-stroboscopique, et des dessins sublimes dans le vrai sens du terme: ce sentiment où se côtoient menace et beauté. Le tout violemment secoué par la tragique, épique et alarmante Symphonie no 7 de Chostakovitch.

Sorti en 2013, Gloria Victoria est la conclusion d’une trilogie sur «l’art, l’idéologie et le pouvoir», complétée par Tower Bawher (2005) et Drux Flux (2008). Des films qui ont gagné une pléthore de prix dans des festivals nationaux et internationaux et qui ont permis à Ushev de cimenter sa réputation de cinéaste d’animation majeur sur la scène mondiale. Son oeuvre la plus ambitieuse est cependant Les journaux de Lipsett, biographie libre et impressionniste de l’animateur de l’ONF Arthur Lipsett, qui comptait parmi ses admirateurs George Lucas et Stanley Kubrick. Tous ces courts sont intégrés ci-dessous.

Je ne vous cacherais pas que j’ai été franchement intimidé à l’idée de rencontrer Theodore Ushev. On m’a inculqué durant ma jeunesse, via mon père et sa bande impliqués dans le prestigieux studio d’animation Zagrebfilm, la notion que ce type de cinéma, qu’on peut décrire comme abstrait, non narratif, misant sur des figures en mouvement, en gros, weird pour un enfant, représente l’apogée de l’art. Mais ma nervosité s’est vite dissipée dès que j’ai rencontré mon interlocuteur, un grand gaillard doux, généreux de son temps et de son écoute.

Mon entrevue précédait de peu son départ en Europe. Au cours de la dernière semaine, il y a dévoilé son tout nouveau court, Sonámbulo, «un voyage surréaliste à travers couleurs et formes, inspiré par le poème Romance Sonámbulo de Federico García Lorca». D’abord à l’Animafest Zagreb, où il a remporté un Prix spécial remis par Chris Landreth, un autre animateur de l’ONF, lauréat d’un Oscar, qui a vanté «un film d’une folle beauté abstraite, évoquant peut-être Miró, saluant peut-être Maclaren, mais dansant à son propre rythme, et démontrant à quel point l’animation abstraite peut être purement joyeuse».

Sonámbulo a par la suite été présenté au Festival international du film d’animation d’Annecy (15-20 juin), en France, rendez-vous incontournable pour les amateurs du genre.

Marcel Jean, un des grands manitous du cinéma québécois, est le délégué artistique du festival. Producteur d’une cinquantaine de courts métrages, la plupart pour l’ONF, professeur de cinéma à l’Université de Montréal, ancien critique au Devoir, co-auteur du Dictionnaire du cinéma québécois, et nouveau directeur de la Cinémathèque, M. Jean a donné un coup de pouce à la carrière de Theodore Ushev peu de temps après qu’il se soit installé à Montréal, à l’orée du 21e siècle. Son arrivée dans le Nouveau Monde était d’ailleurs le premier sujet de notre discussion, qui a duré environ 75 minutes, et que je retranscris ici presque dans son intégralité.

IMMIGRANT CULTUREL

J’étais venu trois fois comme touriste ici, avant que je ne déménage. Les trois fois c’était pour des concours de design graphique, à Ottawa. J’avais aussi beaucoup d’amis à Montréal qui me demandaient pourquoi je ne déménage pas ici. L’autre histoire c’est que le gars qui me donnait le visa en Bulgarie était tanné de me voir. Il m’a demandé pourquoi je n’applique pas pour une résidence permanente [au Canada]. Au début j’ai dit non, et mes amis ici me disaient que j’étais fou, qu’ici c’est tranquille. Parce qu’en Bulgarie j’avais une compagnie de design, je travaillais beaucoup beaucoup, jusqu’à 18 heures par jour… Je ne suis pas immigrant économique, je cherchais plutôt la tranquillité; je suis immigrant culturel.

Au début, à Montréal, je travaillais dans les nouveaux médias. J’ai commencé par des films d’animation destinés pour l’internet. Comme ça je n’ai pas eu besoin de producteurs, ni même de beaucoup d’argent. À l’époque, je pense qu’un des premiers films pour l’internet c’était le mien, en 1998, c’était avant YouTube. J’ai ouvert un site web qui s’appelle Mortadella TV – c’est un jeu de mots entre la télé qui est morte et la saucisse cheap très appréciée en Europe de l’Est. Il y a d’autres gens qui ont commencé à mettre des films à cette époque-là, comme HotWire et Animation Xpress ; ils m’ont pris et ont même commencé à me payer.

CBC a ouvert un nouveau site web et ils m’ont donné une page. Chaque fois que je faisais un film ils me payaient. C’est comme ça que j’ai commencé ma carrière dans l’animation. Ce qui est intéressant, c’est que je n’ai pas commencé par les festivals; en fait, les festivals ont vu mes films sur l’internet et après ils ont commencé à m’inviter. C’est le monde à l’envers.

Lors d’une compétition de films pour internet, il y a le producteur Michael Fukushima qui a vu un des mes films, et m’a dit: «OK, on peut faire quelque chose ensemble». À ce moment, j’avais aussi fait le premier site web de l’ONF. Après ça, il y avait un concours du style «cinéastes recherchés» ; j’ai postulé mais je n’ai pas gagné. Par contre cela m’a permis de rencontrer Marcel Jean. Et même si je n’ai pas gagné le concours, l’ONF est venu me chercher pour faire un petit film pour internet, pour des enfants, Tzaritza, qui est inspiré de la vie d’une de mes amies.

LE POUVOIR DE L’ART, L’ART DU POUVOIR

Le constructivisme était beaucoup utilisé par la propagande russe des premiers jours, comme Rodchenko, Vertov, un mouvement qui a été détruit par le totalitarisme. Ce qui m’intéresse dans ce style, ce n’est pas seulement le côté esthétique, mais le lien entre l’art et le pouvoir. Les gens qui ont travaillé dans ce style-là ont cru tellement dans le communisme comme étant un système parfait, dans lequel tous les humains seraient égaux. Et après ça, une fois que ces gens idéalistes sont entrés dans le pouvoir, ils ont détruit les artistes, ils ont interdit ce style. Donc cette naïveté, si on veut, ces gens qui y croyaient et qui se sont fait trahir, je pense que c’est très important pour l’histoire de l’humanité.

Il y a beaucoup de gens qui me disent, «Mais oui, ça c’est du passé». Pour moi c’est pas le passé, c’est le futur. Si on lit bien l’histoire, on voit ce qui va se passer dans le futur… Je vois la même tendance maintenant. Les artistes sont toujours à gauche, croient toujours à l’égalité, à un monde idéal démondialisé, espèrent un futur clair et lumineux. Mais en fait ils sont utilisés par la classe politique. Dans tous les pays, les artistes se mettent au service du pouvoir, ou d’une industrie, ou de l’argent.

On peut parler du mouvement abstrait en Amérique du Nord. Dans les années 60-70, il y avait beaucoup d’art abstrait qui était très avant-gardiste aux États-Unis. Mais c’était une façon pour le pouvoir de mener une propagande pour montrer la liberté d’expression en Amérique, par rapport au communisme. Mais une fois que cette dichotomie s’est terminée, que la Guerre froide s’est terminée, ces artistes-là ont perdu de leur popularité ; ils ont été troqués pour des artistes «réalistes» tellement poches comme Jeff Koons, kitchs, sans goût.

C’est toujours ça qui m’intéresse : l’individu, l’artiste, par rapport à la société, au pouvoir, à l’industrie; l’artiste avec un grand A, qui est tout seul, et que ça se peut qu’il s’est fait tromper, mais qui y croit, qui mène sa démarche vers un idéal imaginable, pour être mis à la poubelle après.

Quand j’étais jeune, je n’ai pas manqué une seule manifestation après que le Mur soit tombé. Pendant une période de quatre ou cinq ans j’étais très impliqué dans la politique. Au lieu de travailler sur mes œuvres, je travaillais au service d’autres gens. Je faisais des affiches de propagande en faveur de grèves, contre le gouvernement, etc. Mais après j’ai été tellement déçu, quand j’ai vu comment le pouvoir a monétarisé les désirs de la masse. Et je me suis dit «OK, j’arrête». J’ai perdu mon innocence, ma virginité politique. Je suis devenu cynique. Et même quand j’ai de temps en temps le goût de participer à des manifestations, je me restreins. Mes actes politiques passent désormais à travers mes films.

Le personnel c’est le nouveau mondial. Je pense qu’en faisant des films personnels, ta voix va mieux être entendue. Justement, Manifeste de sang est un de mes films les plus désespérés, cyniques, qui dit que ça ne sert à rien de gaspiller ton sang. Ce film a été inspiré par une manifestation que j’ai vue où des policiers battent des étudiants. Et quand on voit ces jeunes ensanglantés, je me suis demandé si ça vaut la peine de verser du sang pour un idéal, de mourir pour un idéal. Et je ne suis même pas sûr que ça a valu la peine pour mon film! Il n’a pas eu beaucoup de distribution, ni de succès. Il a été envoyé dans deux trois festivals, et n’a pas été pris. Je me sens très attaché à ce film que presque personne n’a vu. C’était pour moi une création ultime et intime.

GUERRE PERPÉTUELLE

Quand je faisais Gloria Victoria, il n’y avait pas encore tous les conflits qu’on connaît aujourd’hui. Mais j’ai senti que la guerre va venir. C’est un film sur la haine humaine. Et quand j’ai fini le film, il y a eu le printemps arabe, qui est devenu une guerre arabe. Quand les gens innocents commencent à mourir, ça c’est une vraie guerre. La semaine passée j’ai vu un article qui disait que l’EI a pris une ville et tué 400 personnes, enfants, femmes et vieillards. Un massacre qui rappelle certainement ce que faisaient Hitler et Staline. Pour moi c’est la Troisième Guerre. La seule différence c’est que c’est des petits conflits ici et là, pas des états contre des états. Mais si ça continue, ce sera la guerre la plus sévère jusqu’à maintenant. Et ça confirme ce que je dis dans mon film, que la guerre est inévitable ; c’est un clash des civilisations.

En fait, mon film est inspiré par un livre très intéressant, qui s’appelle La fin de l’histoire de Francis Fukuyama [essai qui avance qu’un «consensus universel sur la démocratie mettra un point final aux conflits idéologiques»]. Ce qu’il dit c’est que, à «la fin de l’histoire», il va toujours y avoir des gens qui seront nostalgiques, qui vont essayer de se révolter. Si on suppose que le système libéral a gagné, il y aura un retour au système totalitaire; c’est le retour du balancier. Tous mes films parlent du passé et du futur, mais jamais du présent. Quand j’ai fait Drux Flux, qui parle de la gloire de l’industrialisation, peu de temps après a éclaté la crise économique de 2009.

MUSIQUE

J’utilise souvent la musique de l’Europe de l’Est. Pour la trilogie c’était tout russe. Chaque morceau que j’utilise a une histoire derrière lui, et qui est en lien avec mon film. Par exemple, Tower Bawher a une musique de Gueorgui Sviridov, un compositeur qui avait beaucoup de talent mais qui était proche du parti communiste. Il est devenu chef d’une union de compositeurs soviétiques. Il était l’élève le plus talentueux de Chostakovitch, mais il a perdu son talent parce qu’il s’est mis au service du pouvoir; c’est un peu sa tragédie.

La deuxième musique, qui est sur Drux Flux, c’est absolument le contraire. C’est un des premiers cas de musique minimaliste, industrialiste – on entend des sons de marteaux, de métal, etc. C’est rès répétitif aussi, avant même Philip Glass ou Steve Reich ou Rammstein. Et cette musique-là a été perdue, parce que le compositeur, Alexandre Mossolov, a été mis dans un camp de travail. Il n’avait plus le droit d’écrire ni de composer, et il a caché ses partitions. Le mouvement en question fait partie d’un ballet qui s’appelle L’Acier et qui a été joué à Cleveland dans les années 30. Et c’est grâce à cette performance que cette musique a été conservée, sinon elle aurait sûrement été perdue à jamais. Il y a eu une performance musicale live pour ma trilogie à Poznań, en Pologne, en juillet 2013, et le chef d’orchestre m’a dit que c’est le morceau le plus difficile qu’il a jamais joué.

INTERPRÉTER L’ART AVEC SON COEUR

La question qu’on me pose souvent c’est «Es-tu un cinéaste canadien ou un cinéaste bulgare?». La réponse que je donne c’est que je suis un affichiste bulgare et un cinéaste canadien. Je n’ai fait aucun film en Bulgarie, seulement du design graphique. En déménageant ici, je suis devenu cinéaste grâce à l’aide de l’ONF, à des producteurs qui m’ont presque toujours donné carte blanche. Même s’ils ne comprennent pas le film, ou n’aiment pas le film, ils me donnent toujours l’opportunité de me casser la tête, et j’en profite!

Il y a des gens qui me disent qu’ils ne comprennent rien à ce que je fais. Et ma contre-question c’est «Est-ce que vous avez senti quelque chose?». Et ils disent que, oui, ils sentent beaucoup de choses, mais ils sont fâchés contre moi parce qu’ils ne sont pas capables de formuler leurs propres émotions. Ma réponse c’est toujours : Le cinéma ne doit pas rentrer dans le cerveau. Il doit d’abord rentrer par ici, par le cœur, et après il peut aller dans le cerveau. Il y a beaucoup de niveaux dans mes films, c’est comme un oignon, avec beaucoup de pelures. Si tu veux vraiment sentir l’oignon, tu dois enlever les différentes couches pour aller au cœur du problème.

THEODORE_USHEVIl y a un essai de Susan Sontag qui s’appelle Contre l’interprétation. Maintenant on juge la musique, la photographie, la peinture, avec des termes comme : c’est bien maîtrisé, c’est un bon musicien, un bon compositeur, un bon réalisateur, etc. Des trucs faciles à mesurer, avec des critères préétablis. Mais la façon qu’on devrait juger les œuvres, la seule critique valide c’est : est-ce qu’on aime, ou on n’aime pas? Est-ce qu’on sent le film avec son cœur, ou pas? Et ça se peut que ce soit un «mauvais» film, mais qui te parle, qui te touche. C’est le seul moyen pour interpréter une œuvre d’art.

Il y a des gens dans des festivals qui me disent: «Oui mais, tes films ont leur place dans les galeries – l’art abstrait c’est pas du cinéma». Moi je crois au cinéma des premiers jours, quand Dovjenko et Vertov faisaient leurs expérimentations. Le cinéma ce n’est pas seulement du commerce – bien sûr, ça existe – mais je crois qu’il doit rester un cinéma qui est pur. Ce qui me dérange beaucoup c’est quand je regarde un film qui n’est que de la littérature, qui n’a pas presque besoin d’images.

PAS INTÉRESSÉ À IMITER LA RÉALITÉ

Quand j’ai une idée pour un film, je le vois dans ma tête au complet : j’ai la musique, j’ai le début, j’ai la fin. Je sais quel film je vais faire, quel sera le message, l’émotion que je veux évoquer au public. Je veux les déranger. On me demande : Pourquoi veux tu que les gens sortent de la salle? Mais les gens ne sortent jamais, même s’ils se sentent inconfortables, ils restent jusqu’à la fin. Ça aide que mon cinéma soit court; s’il durait une heure et demie, là les gens vont sortir!

Pour moi chaque idée, chaque film, porte ses propres techniques. Si un message demande que je dessine avec des lumières sur la lune, je vais le faire. Et si la technique n’existe pas, tu dois l’inventer. Il y a des films que je ne me souviens même pas comment je les ai faits. J’utilise souvent des ordinateurs, pour la rapidité, mais aussi des peintures, des dessins sur papier, tout ça provient de mon expérience en arts plastiques. Le seul truc que je connais moins bien c’est la 3D, même si j’ai déjà fait des graphiques 3D. Ça ne m’intéresse pas d’imiter la réalité, si je veux montrer le monde réel, je vais faire des prises de vues réelles. Si un jour je fais un film 3D, je ne vais pas le faire réaliste ni figuratif.

Je dessine très vite, mais j’en paie le prix parce que mes films ne sont pas parfaits. En même temps ça ne m’intéresse pas d’être parfait. Les journaux de Lipsett ont été entièrement dessinés sur papier. Ça m’a pris trois ans ; je travaillais jour et nuit. Pour Lipsett c’était difficile parce que j’habitais dans la tête de quelqu’un qui s’est suicidé, qui était bipolaire. À la fin j’étais presque mort…

Le réalisateur Iouri Norstein [auteur du «meilleur film d'animation de tous les temps»] a dit dans des entrevues, dans des journaux français et russes, que Lipsett faisait partie de ses films préférés. La première fois qu’il l’a vu, il a pleuré. Quand je l’ai rencontré, dans un festival en Russie, il m’a arrêté et m’a dit, les larmes aux yeux : «Il y a des films qui sont bons et des films qui ne sont pas bons, mais au-delà de ça il y a des films qui ne peuvent pas être faits, et ton film en est un». C’était très touchant.

DOLAN NARRATEUR

Je suis un grand admirateur des films de Xavier. Quand j’ai vu J’ai tué ma mère, je suis tombé sur le cul. Je me suis dit que c’est un gars extrêmement intelligent et talentueux. Quand je l’ai rencontré, cette impression s’est encore approfondie. Il était la seule personne qui, en regardant Lipsett, et avant d’en faire la narration, a relevé toutes les citations que j’ai placées. Et ce n’est pas évident! Il savait quel plan vient de quel film; il y a beaucoup de références dans mon film, de Godard à Bergman et en passant par Gus Van Sant. Aussi, il a reconnu des artistes qui m’ont influencé, comme Egon Schiele et Francis Bacon, etc.

«VIEUX» CINÉPHILE

Je vois beaucoup de films, mais je n’aime pas trop les films récents. Je préfère les vieux, comme Scènes de la vie conjugale ou L’heure du loup de Bergman, L’Avventura d’Antonioni, L’homme à la caméra de Vertov, les films de Bresson, Truffaut à ses débuts. J’adore les films de Fernand Léger. J’aime beaucoup Le procès d’Orson Welles, qui devient meilleur chaque fois que je le revois. Je suis fan fini de Tarantino. Cendres et Diamant d’Andrzej Wajda. Je suis fou de tous les films de Krzysztof Kieślowski. Mon film préféré à vie c’est soit Stalker de Tarkovski ou Psycho de Hitchcock.

Le premier film de Tarkovski que j’ai vu, je devais avoir 12 ou 13 ans, et je pensais que c’était trop lent. Mais quand je le regarde aujourd’hui, au contraire j’y vois plein d’action. Et c’est le contraire avec les films contemporains, où il y a beaucoup d’action mais où il ne se passe rien. Je me trouve souvent dans une situation où je suis face à un nouveau film – qui a fait beaucoup de bruit, qui a gagné à Cannes ou je ne sais pas où, qui est présenté comme un chef-d’œuvre – et je suis souvent déçu. Quand j’hésite entre voir un vieux ou un nouveau film, je choisis presque toujours le vieux et je ne me trompe jamais ; peut-être que moi-même je deviens vieux!

> La page ONF de Theodore Ushev

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Vendredi 12 juin 2015 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (17)

Le court du week-end : Whiplash

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Avant Whiplash, le long métrage de Damian Chazelle qui a conquis le Festival de Sundance, la critique, le public et finalement l’Académie (mais qui a outré bon nombre de jazzophiles), il y avait Whiplash, un court métrage de 18 minutes.

S’il n’en tenait qu’à la volonté du jeune réalisateur, il n’y aurait eu qu’une version de Whiplash : la longue. Mais voilà, cette histoire sur la relation sado-maso entre un enseignant de jazz tyrannique et un ambitieux batteur de 19 ans n’a pas réussi à séduire les studios. Chazelle a donc mis en scène une portion de son scénario de 85 pages – la première confrontation entre prof et élève – question de fournir un échantillon plus net de son projet.

Le court a remporté le prix du Jury dans la catégorie «fiction américaine» à Sundance en 2013; les investisseurs se sont manifestés peu de temps après. Le long métrage a conservé une bonne partie de l’équipe qui a travaillé sur le court, notamment J.K. Simmons (qui a remporté l’Oscar du meilleur acteur de soutien) et Tom Cross (Oscar du meilleur montage). La principale modification concerne le rôle du protagoniste, Miles Teller remplaçant Johnny Simmons.

Whiplash s’inspire à la fois de la jeunesse de Chazelle et de sa cinéphilie. À ce propos, voici quelques extraits de son entrevue à Télérama :

Whiplash, c’est votre histoire ?

En partie. J’ai pris des cours de batterie dans un orchestre de jazz avec un prof très dur. Sans cette expérience, je n’aurais jamais eu l’idée de faire ce film. Le cinéma doit être personnel, mais pas forcément autobiographique. On peut faire un film de science-fiction qui se passe sur Mars et raconter des trucs très personnels.

Certains films de jazz vous ont-ils inspiré ?

Surtout des films documentaires comme Jazz Dance [Roger Tilton, 1954], After Hours [Shepard Traube, 1961], avec Coleman Hawkins, Black and Tan Fantasy [Dudley Murphy, 1929] ou ‘Round Midnight, de Bertrand Tavernier. Des films où l’on voit les vrais musiciens de jazz.

Au cinéma, la notion de dépassement de soi passe plutôt dans les films de sport…

En effet, la plupart des films qui m’ont inspiré ne sont pas des films musicaux mais des films de sport comme Raging Bull, ou des films de guerre ou de gangsters, où la violence physique est palpable.

On pense tout de suite au sergent instructeur Hartman de Full Metal Jacket

La première fois que j’ai vu Full Metal Jacket, j’étais dans mon orchestre de jazz. Je voyais enfin un film qui correspondait à ce que je vivais. À la souffrance corporelle. Ce film a évidemment été une influence majeure.

La référence la plus explicite au film de Kubrick apparaît dans les deux Whiplash, lorsque l’enseignant confronte et humilie un élève enveloppé et sans défense, évoquant ainsi les duels (inégaux!) entre Hartman et Gomer Pyle. L’équipe de production du film l’a d’ailleurs promu sur le circuit festivalier comme un «Full Metal Jacket à Juilliard», allusion au prestigieux conservatoire de musique situé à New York.

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Vendredi 5 juin 2015 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Commentaires (20)

Kung Fury : hommage démentiel au «80s Action»

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Sous son vernis de prestige solennel, et derrière le glamour de ses tapis rouges VIP, le Festival de Cannes est capable d’afficher un esprit badin fort bienvenu. C’était le cas le mois dernier avec la projection en première mondiale d’un court métrage suédois complètement débile intitulé Kung Fury.

Le synopsis fourni par la Quinzaine des réalisateurs, sélection parallèle du festival dans laquelle le film a été sélectionné :

Détective à la police de Miami et adepte des arts martiaux, Kung Fury entreprend un voyage dans le temps depuis les années 80 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Son objectif : tuer Adolf Hitler, alias “Kung Führer”, et venger son ami tué par le leader nazi. Un problème technique va le conduire jusqu’à l’époque Viking.

Cette description, aussi colorée soit-elle, ne rend pas tout à fait justice à l’audace de cet hommage au cinéma de gros bras des années 1980. Kung Fury c’est une surenchère de virilité kitsch combinée à des scènes d’action et des effets visuels si absurdes qu’ils font passer Commando pour du Bresson.

Et pourtant, malgré la facture sarcastique de l’entreprise, la démarche de ses créateurs n’est pas mue par des pulsions narquoises; on ne ressent pas une volonté de se distancier du genre pour mieux pouvoir s’en moquer, le film témoigne au contraire d’une véritable affection pour le 80s Action.

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Kung Fury est le projet de David Sandberg, réalisateur de pubs et de vidéoclips dans sa Suède natale. Il a découvert la culture pop américaine dans son enfance grâce à des VHS d’émissions comme Teenage Mutant Ninja Turtles et Thundercats. Dès l’âge de 17 ans, alors qu’il se gavait de films mettant en vedette les Schwarzenegger, Van Damme, Stallone et autres Chuck Norris, il s’est mis en tête qu’il allait imiter ses héros un jour.

Comme la plupart des réalisateurs ambitieux d’aujourd’hui qui n’ont à peu près pas de contacts dans l’industrie, Sandberg s’est tourné vers Kickstarter pour lever des fonds. Grâce à sa délicieuse prémisse incluant nazisme et arts martiaux, il a réussi à amasser 680 000 $. Le concept a notamment attiré Jorma Taccone, ancien membre de Saturday Night Life qui a fini par incarner Hitler, ainsi qu’un de ses idoles, David Hasselhoff, qui s’est rendu en Suède pour y tourner un vidéoclip qui allait se transformer en redoutable outil promotionnel.

Après sa sélection à Cannes, Kung Fury a attiré l’attention d’Hollywood. Sandberg y a rencontré David Katzenberg, fils du fondateur de DreamWorks Jeffrey Katzenberg, qui l’a mis en contact avec Tyler Burton Smith, un scénariste de jeux vidéo américain qui réside en Finlande. Les deux hommes sont en train de rédiger le script d’un long métrage basé sur Kung Fury; l’histoire sera réinventée mais demeurera cependant dans le même univers.

On espère que la nouvelle version saura garder l’esprit do it yourself de l’original, qui a été fait avec des bouts de ficelle, et presqu’entièrement tourné dans un studio vétuste muni de greens screen. Dans le making-of du film, Sandberg explique que le budget était si serré que la production ne pouvait se procurer qu’un seul uniforme de policier, et qu’il a fallu un habile travail de compositing afin de créer l’illusion d’un poste de police relativement crédible.

Enfin, côté casting, je ne vois pas qui d’autre que Sandberg lui-même pour assurer le rôle-titre à nouveau. Avec sa gueule de jeune premier, sorte de mélange entre le Ralph Macchio de Karate Kid, le Ryu de Street Fighter et le Barry Pepper de… pas mal tout ce qu’il a fait, il personnifie un pastiche plus qu’achevé du héros du 80s Action – moins les bras gonflés. Et que dire de sa voix de mâle alpha, qui ferait assurément rougir le Batman de Christian Bale!

Kung Fury est un véritable blockbuster du web. Mis en ligne jeudi dernier, il compte déjà près de 13 millions de vues, c’est-à-dire presque autant que True Survivor

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