Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Court’

Samedi 22 novembre 2014 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Aucun commentaire

Le court du week-end : The Delian Mode

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Delia Derbyshire a été surnommée «l’héroïne méconnue de la musique électronique» peu de temps après sa mort, en 2001, à l’âge de 64 ans. Cette pionnière britannique a créé dans un anonymat relatif la musique et les bruitages de quelque 200 programmes de radio et de télévision. Son nom restera à tout jamais associé au thème original du générique de la série Doctor Who, travail pour lequel elle ne fut pas créditée à l’époque.

Cette musique aujourd’hui emblématique du genre de la science-fiction a été réalisée par Derbyshire dans l’atelier radiophonique de la BBC en 1963, d’après une partition du compositeur australien Ron Grainier. Il s’agit d’une première oeuvre musicale diffusée à la télévision qui a été entièrement conçue avec des instruments électroniques

Le thème de Doctor Who est le fruit d’une variété de techniques, dont l’accélération ou le ralentissement de l’enregistrement d’un pincement de corde, le traitement manuel de bandes analogiques, l’utilisation d’un oscillateur à ondes ou de bruit blanc… Quand Grainier a entendu le résultat, il a demandé à Derbyshire : «Ai-je vraiment écrit cela?». Ce à quoi elle a répondu : «La plupart».

Le court métrage documentaire de Kara Blake The Delian Mode, récompensé par un prix Genie en 2010, est un portait absolument captivant et fidèle de son sujet. Ce collage de sons et d’images, agrémenté d’envolées visuelles désorientantes, reflète par sa forme le processus expérimental de Derbyshire. Un film par moments aussi onirique que la fameuse musique de Doctor Who, mais qui également a su remonter à la surface la riche mélancolie qui s’y dissimule.

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Lundi 10 novembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (3)

Ara Ball : filmer l’infilmable

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Le Pédophile. Voilà un titre qui ne laisse pas tellement de place à l’imagination. Pas de vernis poétique comme c’est le cas pour d’autres oeuvres qui traitent de ce sujet des plus tabous, du style Lolita, The Lovely Bones, Hard Candy, The War Zone… Cette qualité rentre-dedans est néanmoins caractéristique de l’approche Ara Ball, qui nous avait décoiffés l’an dernier avec son fracassant L’Ouragan Fuck You Tabarnak!.

Pour reprendre l’exquise description de ce court métrage par Jason Béliveau : «OVNI monochrome récupéré des années 80-90, troquant le pastel et l’électronique pour la froc de jean et le punk rock, L’OFYT! expose sous le mode de la confession l’existence crasseuse de Delphis, 11 ans, autobaptisé l’Ouragan.

«Pour le style, on vacille gaiement entre The Warriors et Repo Man. Pour le sujet, c’est Léolo chez les Bougon. D’aucuns trouveront la proposition déplacée – cette glorification d’une tumeur bénigne qui deviendra cancer de société -, mais derrière tout le lustre trashoïde se terre un peu de tendresse pour ce déshérité de naissance.»

L’exubérance et l’impolitesse fièrement assumée de L’Ouragan ont laissé place à un style plus introspectif et léché dans Le Pédophile. On passe de l’allegro en noir et blanc sale à l’adagio en couleurs vives. Mais le coefficient danger, lui, est toujours bien présent, et crinqué au max. Avec un bonne dose de malaise en extra.

«C’était le film le plus impossible à faire de ma vie, m’a dit Ara Ball le jour de l’Halloween, lors d’une discussion dans un bar dans le Vieux-Montréal. On rentrait toujours dans un mur. C’est un sujet que personne ne veut toucher. Je pense que les programmeurs vont avoir un peu peur de sauter dans le noir: c’est un film d’exploitation qui deal de façon vraiment sentimentale et psychologique avec le sujet».

Malgré la tentation ou, plutôt, malgré une certaine convention sociale, Ara Ball s’est abstenu de faire de son personnage-titre (Patrick Renaud, le père dans L’Ouragan) un monstre unidimensionnel. «Quand je regarde des films sur la pédophilie, comme celui de Peter Jackson, ou The Woodsman avec Kevin Bacon, c’est hyper dramatique, le pédophile c’est vraiment le bad guy. C’est sûr que ce qu’il fait c’est vraiment malsain, je suis tout à fait d’accord, mais en même temps, lui, il doit venir de quelque part où il souffre. Quand on veut agresser quelqu’un on est aussi souvent victime nous-même, que ce soit de par notre environnement, de circonstances…».

La genèse du Pédophile remonte aux années de jeunesse insouciante du réalisateur de 32 ans. «Quand j’ai commencé à faire des films, je faisais vraiment du cinéma trash, dégoûtant, c’était vraiment pas du bon cinéma. Pis on avait créé un concept qui s’appelait Le Pédophile, et c’était comme une sitcom hyper trash d’un pédophile qui s’en va chez des gens, et les parents le laissent entrer dans la chambre des enfants, et on riait. On prenait un verre, et on faisait des jokes, et c’était sûr qu’on n’allait jamais faire un film de même.»

Mais tout a changé un matin suite à «un rêve complètement débile» qu’Ara Ball s’est dépêché de coucher sur papier dans les heures et les jours qui ont suivi. Il y avait également un aspect plus personnel qui est venu se greffer à la conception du projet. «Tout le monde m’a demandé pourquoi je voulais le faire. C’est toujours la première question. Je connais quelqu’un qui est passé à travers ça, quelqu’un de très important pour moi. Je l’ai fait pour cette personne-là. Pour moi, c’était thérapeutique de faire un film comme ça, pouvoir éventuellement en parler. Depuis que j’y ai montré le film, les choses sont plus ouvertes.»

Ce qu’il y a d’admirable avec Le Pédophile est qu’il réussit à éviter les deux principaux écueils qu’on associe généralement à cette thématique délicate : le jugement et le sentimentalisme. Et, surtout, il refuse de nous fournir des réponses faciles. À ce titre, la notion de vengeance est ici particulièrement nuancée, et ce, même si le réalisateur ne renie pas son héritage trash, bien au contraire! Enfin, le discours narratif est très assuré; la facture visuelle ample et le ton oscillant constamment entre humour et menace rendent l’infilmable – ose-t-on le dire – tout à fait captivant.

«J’ai montré le film à quelques personnes, et ils ne savent pas où mettre leurs sentiments négatifs, affirme Ara Ball. “Je les mets dans la victime? Dans l’agresseur? Dans la mère?”. Souvent c’est la mère qui revient, c’est elle qui finit par être la méchante du film.»

Ah la mère! Ce personnage ingrat est incarné par Monia Chokri, dont le court métrage Quelqu’un d’extraordinaire, avec son armée de vedettes établies, avait battu L’Ouragan Fuck You Tabarnak! lors de la dernière soirée des Jutra. La présence de l’actrice-cinéaste dans Le Pédophile permet de dresser un joli pont entre l’establishment et l’underground.

Un passage qu’Ara Ball ne pensait pas qu’il allait pouvoir fouler de sitôt. Se remémorant le gala : «On était le seul film qui n’a pas été subventionné par le gouvernement, qui n’avait pas un vrai nom de compagnie de production, qui a été financé par mes propres poches, ma carte de crédit. J’étais tanné de voir des courts métrages québécois qui sont un peu fluffy, des courts métrages suicidaires. Sont lents, sont plates, il n’y a rien qui se passe… J’ai fait un film pour moi, je m’en foutais de ce que les autres pensaient. Ce n’est pas prétentieux, c’est pas d’essayer d’être meilleur que les autres, c’était quelque chose que mes yeux voulaient regarder. Et là, tout d’un coup, j’ai remarqué que le Québec est tombé en amour avec mon court métrage. Ça m’a donné beaucoup d’espoir.»

AUTODIDACTE

Originaire de Montréal, Ara Ball est né d’un père québécois francophone et d’une mère anglophone, moitié libanaise et moitié britannique. Il s’exprime en anglais dans le quotidien, mais préfère écrire ses scénarios dans la langue de Molière. Durant l’entrevue, il n’avait de cesse de s’excuser pour la qualité de son français parlé, malgré mes protestations.

ara«J’adore le cinéma québécois. Dans ma jeunesse, mon film préféré c’était Opération beurre de pinottes, ça m’a traumatisé! Vers 12 ans, ma grand-mère m’a appris beaucoup de choses sur le cinéma, m’a montré les films qu’on se doit de regarder en grandissant, comme Citizen Kane, Harold & Maude, Goodfellas, Easy Rider…»

Ara Ball a étudié pendant un an dans le programme Technologie des médias et plateaux de tournage au O’Sullivan College. «C’est tout. Il n’y a personne qui m’a appris comment réaliser. Il n’y a personne qui m’a appris comment écrire; je n’ai pas eu de cours. Je me suis enseigné le cinéma moi-même en regardant beaucoup de films». Parmi ses réalisateurs préférés on retrouve Peter Greenaway, Harmony Korine et surtout Wes Anderson.

«Je me suis fait poser la question après être sorti de l’école : “Vas-tu faire un long métrage?”. Et j’ai dit : “Je ne suis pas prêt. Comment vais-je faire quelque chose qui est tellement plus gros que moi si je ne comprends pas la vie?”. Werner Herzog a dit : “Tu n’a pas fait de film tant que tu n’a pas marché 1000 miles”. Pour moi ça veut tout dire. J’ai pris mon backpack et je suis allé voyager. J’ai passé six mois en Inde, je suis allé un peu partout dans le sud-est de l’Asie, en Égypte… J’ai vécu quatre mois à Cuba, je suis resté chez une famille hyper pauvre».

«PLUS PUISSANT QUE L’OURAGAN»

Le Pédophile a eu sa première au Festival SPASM, fin octobre. C’est à peu près à ce moment qu’Ara Ball a réalisé l’impact réel de son propre travail. «C’est quand j’étais en montage que je me suis vraiment rendu compte du film que je venais de faire, et ça m’a troublé! À SPASM, j’avais l’impression de regarder le film en tant que spectateur et non en tant que réalisateur. Il y avait 250 personnes dans la salle, et personne n’a parlé. C’est beaucoup plus puissant à mon avis que L’Ouragan, qui est un film cool et intense, mais Le Pédophile te prend par les reins et te ramasse à terre».

«On a signé un contrat de distribution avec Travelling, on s’en va au Festival de Mont-Tremblant, en décembre. Et puis pour après, on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Ç’a été comme ça avec L’Ouragan aussi. On a commencé par Fantasia, où on n’a rien gagné, et j’ai eu l’impression que le film allait rester un peu dormant. Mais après quelques mois, on a eu de l’aide précieuse de Mélissa Bouchard [directrice de la programmation du Festival REGARD sur le court métrage au Saguenay] et de Danny Lennon [Commissaire film chez PHI, directeur de Prends ça court!, partenaire à Talent Tout Court, entre autres] et ça a explosé».

Parlant d’avenir, Ara Ball est en train d’écrire le scénario de son premier long métrage, qui est basé d’après L’Ouragan Fuck You Tabarnak!. Produit par Gabrielle Tougas-Fréchette et Estelle Champoux, le film sera aussi soutenu par la boîte Les enfants terribles, équipe composée en bonne partie d’anciens du O’Sullivan College. «On est une gang d’amis, on fait des films un peu différents, un peu dangereux, et beaucoup le fun ; pour moi c’est super important de ne pas faire quelque chose qui mène juste au choc, mais qui mène aussi à la réflexion. Comme l’a dit Jodorowsky : “On n’est pas là pour tout le temps voir du bonbon”».

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Samedi 8 novembre 2014 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Aucun commentaire

Le court du week-end : I Throw Like A Girl de Spike Lee

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Mo’ne Davis est une success story comme seuls les Américains savent les faire. Une jeune ado noire venant d’un quartier pauvre de Philadelphie qui, au gré de son talent et de ses efforts, est devenue une héroïne sportive à l’échelle nationale.

Voici une description du moment qui a scellé sa gloire :

Le 15 août 2014 au stade Howard J. Lamade de South Williamsport, en Pennsylvanie, Davis devient la première joueuse en séries de la Little League Baseball à réussir un blanchissage alors qu’elle lance le match complet dans la victoire de 4-0 de son équipe sur celle de Nashville. Elle réussit 8 retraits sur des prises aux dépens de l’équipe adverse, composée uniquement de joueurs masculins, et n’accorde que deux coups sûrs et aucun but-sur-balles. Elle est la 18e fille en 68 ans, et la 4e Américaine, à participer à cette compétition, et sa présence, avec celle d’Emma March de l’équipe du Canada, fait de ce tournoi le premier depuis sa création en 1947 à mettre en vedette deux filles.

S’en sont suivis quantité d’honneurs et de reconnaissances: la Une historique du magazine Sports Illustrated, des félicitations de la part d’icônes féminines comme Ellen DeGeneres, Rachel Maddow, Billie Jean King et Michelle Obama, une place dans le Top 25 des adolescents les plus influents de 2014 selon Time, un topo à l’émission Sports Science d’ESPN, enfin, le chandail porté lors de son fameux blanchissage sera exposé dans le musée du Temple de la renommée du baseball.

Dans I Throw Like A Girl, un documentaire de 16 minutes réalisé par Spike Lee pour le compte de Chevrolet, le réalisateur de Do the Right Thing et de Malcolm X enjambe l’imposante façade médiatique afin de découvrir la personne derrière le phénomène Mo’ne Davis; ses relations familiales, son rapport avec son entraîneur, son impact dans la communauté, ses plans d’avenir… Difficile d’y croire, mais il semblerait que le baseball ne soit même pas son principal talent sportif malgré tout!

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