Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Court’

Samedi 28 février 2015 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (3)

Le court du week-end : La Vieille Dame et les Pigeons

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Merci à The Playlist pour avoir dégoté cette version «intégrable» du sublime et étrange court métrage d’animation La Vieille Dame et les Pigeons. Il s’agit du premier film du dessinateur de BD et réalisateur français Sylvain Chomet; entamé au début des années 1990, il a été complété une demi-décennie plus tard à Montréal.

Cette sorte de fable morale décalée qui marie habilement clichés de la vieille France et surréalisme grotesque, entièrement dessinée à la main, a obtenu une nomination à l’Oscar en 1997. Chomet a par la suite eu deux autres invitations au grand gala américain : pour ses longs métrages Les Triplettes de Belleville (2003) et L’illusionniste (2010), hommage au cinéma de Jacques Tati, avec qui il partage une affinité pour la narration muette.

La perception tronquée de la culture française par des Américains ignares, comme on le voit au début et à la fin de La Vieille Dame et les Pigeons, est une préoccupation récurrente dans l’oeuvre Chomet. C’est ce qui ressort dans ce couch gag particulièrement acide qu’il a réalisé l’an dernier. (Il semble également avoir un faible pour les oiseaux obèses…).

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Samedi 14 février 2015 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Un commentaire

Le court du week-end : Belly

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Belly est le travail de graduation que Julia Pott a réalisé à la London’s Royal College of Art. Le court métrage d’animation de sept minutes a fait la ronde des festivals en 2011 et a remporté une douzaine de prix en Europe et en Amérique du Nord.

L’accroche du film, «Je peux te sentir dans mon ventre», devient plus claire une fois qu’on l’a vu. L’oeuvre s’attaque en effet à notre ventre, au mou de notre ventre plus précisément; elle a une qualité mélancolique, mystérieuse, et même inquiétante, qui cherche à faire ressurgir nos souvenirs lointains les plus diffus, peut-être même des sentiments qu’on espérait avoir enfouis pour de bon il y a de nombreuses années de cela.

En entrevue à Filmmaker Magazine, qui l’a élu comme un de ses «25 nouveaux visages du cinéma indépendant» en 2012, Pott raconte l’émotion contradictoire qui a guidé la conception de son court : «J’aime vraiment me sentir triste. C’est si bon parfois de simplement se vautrer dans la misère».

Du côté de Motionographer, elle explique que la source de l’intrigue provient de sa relation avec sa soeur aînée. Avant de préciser :

Quand on est enfant, je pense que nous nous immergeons plus volontiers dans l’étrange, heureux de se sentir inexplicablement bizarres. J’ai été absolument fascinée par l’idée de m’enfoncer dans des sables mouvants, d’être décapitée, par les fantômes… En grandissant, j’ai perdu mon immunité d’enfant contre les histoires sinistres – je ne suis plus aussi prête à avoir peur, je ne veux plus la sentir du tout, en fait.

Enfin, Pott parle de son style d’animation en entrevue à IndieWire :

Mon inspiration provient généralement des films, des trucs du genre Twin Peaks, des vieilles comédies romantiques ou musicales, et des paysages américains, l’Arizona et des choses comme ça… Les personnages sont des animaux parce que ça me semble plus réel. Ils sont techniquement juste des personnes déguisés en costumes d’animaux.

> La page de Julia Pott

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Vendredi 23 janvier 2015 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Un commentaire

Le court (et l’entrevue) du week-end : Éclat du jour

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Les films sur les épreuves de l’enfance, il y en a à la tonne. Dans bien des cas on a droit à un portrait mielleux de «l’innocence de la jeunesse». Dans d’autres, réaction allergique à tout cet angélisme, on démasque le démon qui se cache derrière un visage si pur. Si ces deux approches disparates partagent un trait commun, c’est bien un point de vue à hauteur d’adulte, avec les inévitables leçons de vie qui s’ensuivent. Parce qu’être petit au cinéma, que ce soit dans un mélodrame ou un film d’horreur, c’est plus souvent qu’autrement un prélude pour devenir adulte, ou du moins un moyen pour comprendre le monde des grands avec un regard de biais. Presque jamais une fin en soi.

Éclat du jour aborde le sujet en question mais opère dans un autre registre. L’«épreuve» ici n’a pas d’explication. On ne connaît pas tout à fait sa cause non plus, et sa conséquence est au mieux ambigüe. L’action est observée par un protagoniste d’une dizaine d’années et, ce qu’il y a d’original dans le traitement, est que le réalisateur se refuse d’intervenir dans sa psyché, préférant laisser parler le mystère. C’est ce qui rend cette vision de l’expérience de l’enfance d’autant plus authentique, qui permet de lier le particulier à l’universel, et qui laisse de la place à l’identification; parce que nos souvenirs les plus intenses sont ceux qu’on comprend le moins.

Éclat du jour est un cauchemar éveillé baignant dans une lumière de rêve. Un véritable délice pour les yeux, entre autres. Avant de se lancer dans la réalisation, Ian Lagarde s’est spécialisé dans la photographie et la direction photo, ses passions premières. Il a notamment filmé Vic + Flo ont vu un ours de Denis Côté. Il a connu du succès dès son premier court métrage, Vent solaire (2010), qui lui a valu le prix du meilleur réalisateur au festival REGARD à Saguenay. Éclat du jour, quant à lui, s’est distingué à Slamdance, y récoltant le prix du jury pour un court de fiction, en janvier dernier.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec Ian Lagarde, le mois dernier. On a parlé un peu de ses films, mais l’entrevue a vite dévié vers d’autres sujets fascinants, dont les Raëliens, la place du cinéma de genre au Québec, mon héros Werner Herzog, ainsi que Le Club des 100 Watts

AUTOBIOGRAPHIQUE

Le ralenti ce n’est pas pour faire cool, pour faire cute : quand quelque chose de dramatique se passe, quand tu te sens menacé, quand tu vis une extase, le monde à tendance à ralentir. Quand ça m’est arrivé, je me sentais comme un spectateur… On se tenait tous ensemble dans une banlieue assez cossue, à St-Lambert. Et moi je venais de Greenfield Park qui à l’époque était pas mal moins cossu. On est allé chez un petit gars à Lemoine, qui lui était frustré contre sa mère – il y a des rumeurs qu’il se faisait battre, mais rien de confirmé. Il nous ouvre la porte, exactement comme dans le film, il met de la musique et se met à tout casser. Et mes amis rentrent comme s’ils savaient que tout ça allait se passer. Et moi je ne comprends pas pourquoi on essaie de démolir l’appart du gars qui a le moins d’argent de toute l’école ; je me sentais bien plus proche de lui en terme de classe que des autres. C’est du défoulement, se défouler de quoi? Fouille moi.

SECTES

Les sectes m’ont toujours fasciné. Que ce soit les religions ou autre. Je ne suis pas baptisé et j’ai toujours regardé ça de l’extérieur. Je suivais des cours de morale depuis le primaire et à un moment donné je suis devenu tanné de me faire dire : «La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres». En secondaire 5, j’ai choisi un cours qui portait sur toutes les religions, et je me suis intéressé aux Raëliens. Je suis allé à une conférence de Raëliens, avec un chaperon de la secte qui nous guidait. Je trouve ça assez inoffensif: que des adultes consentants veulent se crosser en gang, j’ai rien contre ça.

Quand j’étais petit j’allais au Salon du livre, dans la section New Age, et me demandais : Qu’est-ce qui fait que tu sais que les choses se passent comme ça? Que t’as sept enveloppes angéliques sur ton corps, que si ton aura est brune ça veut dire ça, si elle est rouge ça veut dire ça. Comment peux-tu être aussi catégorique sur le mystère? Les réponses m’ont toujours déçu. S’il y a un réel mystère, avec un M majuscule, il est irréductible à une explication, à un système, à une religion. L’acte de foi, tu peux pas t’obstiner contre ça. L’expression anglaise est parfaite : leap of faith. Comme un saut dans la foi; t’abandonne la raison. Comment peux tu t’obstiner avec quelqu’un qui a abandonné la raison? Eh bien tu peux pas.

Pour revenir à la conférence de Raëliens, on a vu une vidéo super malaisante, avec une fille qui dit : «Avant je n’avais pas d’amis, maintenant j’ai une famille». Tu peux pas avoir d’illustration plus claire du besoin d’appartenance. En même temps, je ne les juge pas. Quand j’ai fait Vent solaire, je me suis inspiré de la gang de Heaven’s Gate, qui se sont acheté des costumes et des souliers Nike neufs pour leur «transfert». Sur YouTube – et c’est traumatisant – t’as leur Final Exit Statements; tu vois que c’est des gens intelligents, mais vulnérables à l’os. C’est tout le temps ça.

INFLUENCES

Je dis tout le temps Herzog. Il me fait capoter. Herzog c’est un vrai romantique, dans le sens où il met tout le temps l’humain contre la nature, l’humain qui conquiert la nature. Ce que j’aime de Herzog c’est la différence entre Into the Wild et Grizzly Man. Le premier c’est un film hyper romantico-quétaine, mais en même temps admirable; le gars, ça m’inspire ce qu’il fait. Mais il n’y a pas de second degré. Alors que Grizzly Man – as-tu vu sa fameuse entrevue dans Burden of Dreams, qui est rendue célèbre aujourd’hui? [En imitant la voix de Herzog] : «Nature is struggle, it’s conflict, it’s obscene it’s perpetual death». Il n’idéalise rien ni personne! Il s’intéresse à l’irrationnel. Et ça, ça m’intéresse mille fois plus.

C’est quoi Fitzcarraldo? C’est un gars qui veut mettre un opéra dans le fin fond de l’Amazone. Et tout le monde lui dit: «T’es fou!». Mais on ne comprend jamais vraiment pourquoi il veut faire ça; il n’y a pas un flashback qui le montre quand il était petit et qu’il trippait sur l’opéra… J’ai hâte que les gens comprennent que le social-réalisme c’est un genre au même titre que les films de genre. Et j’ai hâte qu’on comprenne ça au Québec.

Ian Lagarde -  Photo : Yannick Grandmont

Ian Lagarde - Photo : Yannick Grandmont

RECETTES

Je n’ai rien contre le social-réalisme. J’adore Haneke. Il y a beaucoup de chefs-d’œuvres québécois social-réalistes. Mais c’est que ça a fait école. C’est comme si c’était la seule voie du cinéma d’auteur. Comme si c’était la seule forme pertinente. Et c’est n’importe quoi. Nos exemples de cinéma de genre au Québec… j’aurais de la misère à en trouver un intéressant. Le problème c’est que ceux qu’on a essayé de faire dans les 10 dernières années, c’est de la copie de ce qui se fait à Hollywood. Il y quelqu’un qui a déjà dit lors d’une conférence à Concordia : «If you can’t beat them, join them». Ce qu’il voulait dire : leur recette fonctionne, on devrait faire pareil. Le problème c’est que même eux ne font plus ça. Partir avec l’idée d’imiter des films à succès c’est complètement illusoire. Ça n’existe pas. C’est la mort du cinéma si tu penses que tu vas répliquer des recettes.

Et puis ce même conférencier disait : «Vous savez, l’ouvrier, quand il rentre chez eux, après sa journée de travail, tout ce qu’il veut c’est s’asseoir, s’ouvrir une bière, pis pas se poser de questions». Et ça m’avait mis en furie. Je lui ai dit : «L’ouvrier, eh bien c’est mon père, et il a fait en sorte que je ne regarde pas les films de marde que tu fais». L’affaire c’est que, ce qu’il dit, c’est un sentiment répandu, et ça m’avait rendu fou. Comme si il n’y avait pas des gens d’Outremont qui ne veulent pas des fois se mettre à off, et comme s’il n’y avait pas des ouvriers qui ont envie de voir autre chose.

Il y a Forcier qui faisait des films de genre cool, qui se permettait un genre de réalisme poétique. Jean-Claude Lauzon, aussi, avec Léolo… Je jouais dans Le Club des 100 Watts quand j’étais petit, avec Maxime Collin. Et la même année qu’il a joué dans Léolo [le rôle-titre], j’ai joué dans Au nom du père et du fils. Cette année-là je me faisais abuser par un curé, et lui se crossait dans un foie. On était dans le sous-sol de TVA, où se tournaient les 100 Watts, pis on se disait : «Esti qu’ils sont fuckés les adultes de nous faire faire des affaires de même!».

CATHARSIS

Pour Éclat du jour, les réactions étaient polarisées. Et ça me rassure. Ce qui m’a étonné c’est que les gens ont trouvé ça rough. Moi je trouve pas ça rough! C’est pas l’Éthiopie, c’est pas la guerre, c’est pas de l’abus… C’est humain, c’est une catharsis. Il ne faut pas surestimer ça. C’est pas nécessairement désolant, c’est plus un passage obligé. Si tu ne passes pas par là, c’est comme un complexe d’Oedipe irrésolu. Je pense que t’as manqué quelque chose si tu ne fais pas le cave un peu dans la vie. En fait tu vas virer en tueur en série ou, je sais pas, c’est sûr que ça va aller mal si tu fais pas le cave un jour!

Ce qui m’intéresse dans le film c’est la question : Veux-tu être spectateur ou acteur? Et qu’est-ce que tu fais dans ce temps-là? Tu regardes ta vie passer, ou tu la vis? Cette catharsis m’intéresse beaucoup plus que le jugement moral. J’en ai rien à câlisser de la morale. C’est pour ça que cette équation émotion + psychologie = profondeur, je trouve que c’est tellement réducteur. C’est comme si l’émotion et la psychologie avaient le monopole de la profondeur. C’est pas vrai. Tu peux faire un film hyper détaché, sans aucune psychologie, sans aucune émotion, et ça va te faire réfléchir bien plus que quelque chose qui te donne tout cru dans la bouche.

Ian Lagarde : Sur VimeoSite officiel

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