Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Court’

Samedi 18 octobre 2014 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Un commentaire

Le court du week-end : The Program

Un an avant qu’Edward Snowden ne révèle l’étendue alarmante du programme de surveillance américain, et qu’il devienne de facto le fugitif le plus recherché de la planète, il est tombé sur une «chronique documentaire» réalisée par Laura Poitras, et publiée par le New York Times.

Le film de huit minutes s’intitule The Program, en référence au surnom donné par la NSA à Stellar Wind, un vaste système informatique qui a recueilli sans mandat d’autorisation les données personnelles de millions de citoyens américains. Le programme a été approuvé par George W. Bush suite au 11-Septembre. Il a été reconduit par Barack Obama l’année de son élection, et aurait été abandonné pour de bon en 2011.

Stellar Wind a été inventé par William Binney, le sujet du documentaire. Ce briseur de codes haut placé dans la NSA a démissionné en octobre 2001, après 30 ans de loyaux services. Il était dégoûté de voir son programme, qui avait été conçu pour espionner les gouvernements étrangers, «se retourner contre son propre pays». Son geste de protestation a eu de graves conséquences. Il a été mis sous écoute et a été la cible d’un raid à son domicile en 2007. Un agent du FBI a braqué un fusil sur sa tempe alors qu’il sortait de la douche. Aucune accusation formelle n’a jamais été portée contre lui.

L’information dévoilée dans The Program peut sembler plutôt terne aujourd’hui, après plus d’an de révélations explosives fournies par Edward Snowden. Mais à l’époque, le docu de Poitras, ainsi que Binney lui-même, pouvaient sembler un brin paranoïaques dans l’esprit de plusieurs. Tout cela allait changer peu de temps après que la réalisatrice reçut le message crypté d’un certain Citizenfour. Il s’agissait de la première étape d’un travail haletant qui allait finir par être récompensé par le prix Pulitzer, qu’elle a partagé en avril dernier avec une poignée de journalistes du Guardian et du Washington Post.

En plus du plus prestigieux prix journalistique, Poitras est passé près de décrocher son équivalant cinématographique. En 2006, elle a été nominée à l’Oscar du meilleur documentaire pour My Country, My Country, le portrait d’un docteur arabe sunnite et de sa famille à l’approche des élections irakiennes, en 2005. Le film est «un chef-d’oeuvre d’empathie» aux dires de George Packer, qui a signé un long papier sur Poitras dans le plus récent numéro du New Yorker. Il y est surtout question du tournage et de la production de Citizenfour, son documentaire sur Edward Snowden qui a eu sa première mondiale le 10 octobre au New York Film Festival. La réception critique a été dithyrambique.

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Dimanche 5 octobre 2014 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (3)

Le court du week-end : Dimanche

Poster-Dimanche

Pour ce rare court du week-end présenté un dimanche, je peux difficilement faire mieux que de vous suggérer le délicat (et convenablement titré) film d’animation de Patrick Doyon.

Conçu à l’aide de techniques de dessin traditionnelles, Dimanche est le premier film professionnel du cinéaste québécois, qui y relate ses souvenirs d’enfance dans la ville de Desbiens, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

«J’ai mis deux ans à le faire. Chaque seconde dans le film est dessinée, il n’y a aucun effet spécial. Tout est dessiné, même la neige», a-t-il dit à l’époque.

Ce court métrage d’animation, sélectionné aux Oscars et aux Prix Annie 2012, raconte l’histoire d’un jeune garçon qui, pour chasser son ennui du dimanche, place des pièces de monnaie sous le passage du train. Son expérience prendra toutefois une étonnante tournure. Adoptant le point de vue de l’enfant, Dimanche de Patrick Doyon est un dessin animé aux traits naïfs, un clin d’œil amusant sur la façon de briser la monotonie de ces dimanches gris.

> La page tumblr de Patrick Doyon

> Personnalité de la semaine, La Presse / Radio-Canada

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Samedi 13 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (2)

Le court du week-end : Il giorno della prima di Close-Up

il-giorno-della-prima-di-close-up2

Dans ce curieux court métrage sorti en 1996, le réalisateur italien palmé Nani Moretti (La chambre du fils) porte son chapeau de propriétaire du Nuovo Sacher, une salle de cinéma située en plein coeur de Rome. On le suit durant une journée plutôt stressante durant laquelle il prépare la sortie de Close-up (1990) d’Abbas Kiarostami, tentant d’orchestrer tous les détails relatifs à la projection tel un metteur en scène au mieux exigeant, au pire autoritaire.

Il giorno della prima di Close-Up («Le Jour de la première de Close-up») rend hommage au chef-d’oeuvre iranien en répliquant sa méthode faux documentaire. Le film en question raconte l’histoire vraie d’Ali Sabzian, un pauvre chômeur divorcé qui s’intègre dans une famille aisée en se faisant passer pour le populaire réalisateur Mohsen Makhmalbaf. L’imposteur est éventuellement démasqué à l’aide d’un journaliste à potins et se fait arrêter par la police. Un procès pour fraude aura lieu, Sabzian ayant soutiré de l’argent à la famille.

Close-up se présente comme une habile fusion entre documentaire et fiction. La partie documentaire se penche sur le procès de Sabzian (étonamment, Kiarostami a eu accès à la salle d’audience et s’est même permis d’interrompre le juge en pleine délibération!). La partie fiction concerne le reste du film, à savoir trois dramatisations, chacune mettant en scène les personnes qui ont réellement été impliquées dans l’affaire. Tout le long, une question s’impose: à quel point ces derniers jouent pour la caméra?

Complexe et fascinant, Close-up est une réflexion sur l’identité qui examine, en parallèle, la mince ligne qui sépare le cinéma et la vie. La tension entre ces deux niveaux de réalité est constante. Prenons le titre du film. Il y a d’abord la référence à l’aspect technique: Sabzian est presque toujours filmé en gros plan, littéralement prisonnier de la caméra. Il y a aussi la connotation intellectuelle: le cinéma détient-il un pouvoir de révélation plus fort que celui de la société, représentée ici par le système de justice et les médias? Est-il en mesure de s’approcher plus près de la vérité que ne le peuvent nos institutions?

On aperçoit un extrait de Close-up dans le film de Moretti; la sublime finale dans laquelle le faux et le vrai Makhmalbaf roulent ensemble à moto, alors qu’ils sont suivis en voiture par l’équipe technique qui a toute la misère du monde à capter la scène (le cadre est instable, l’image est parfois floue, la prise de son est déficiente, etc.). Tout d’un coup, on se rend compte de quelque chose de complètement inusité: Kiarostami joue avec nous, il prétend être un «mauvais» réalisateur. Le relâchement formel prend alors tout son sens: il reflète la délivrance, physique et psychologique, du sujet. Il s’agit également d’une magnifique démonstration de pudeur de la part d’un cinéaste qui médite sur les limites de son propre art.

N.B.: Vers la fin du film, il est question d’un spectateur âgé qui regrette que Close-up n’ait pas été présenté en version doublée. Il s’agit d’une allusion à un règlement implanté à la fin des années 1930 en Italie dans lequel :

Tous les films étrangers projetés dans le pays devaient sortir en version doublée, afin de garantir un emploi aux acteurs italiens. Cette défense du métier de comédien, se manifestant par la primauté du procédé technique du doublage et de la post-synchronisation, eut pour effet d’éclipser pendant longtemps la pratique de la prise de son direct. Les films néo-réalistes de Roberto Rossellini mis à part, la plupart des films italiens d’après-guerre furent ainsi post-synchronisés. Il a fallu attendre la fin des années 1960 pour voir revenir le son direct.

> Close-up a été voté meilleur film de l’histoire de l’Iran par le magazine iranien Film International. Il est classé en 43e position dans le Top 250 des critiques publié par le prestigieux magazine britannique Sight & Sound, ex-aequo avec Pierrot le fou, Some Like It Hot, Playtime et Gertrud. Il a obtenu le prix de L’Association québécoise des critiques au Festival du Nouveau Cinéma, curieusement une de ses rares distinctions en festival.

> Le film a été édité pour notre plus grand bonheur par Criterion, en DVD et Blu-ray. Parmi les suppléments notables, on retrouve le premier long métrage de Kiarostami, The Traveler (1974), ainsi qu’un commentaire audio fourni par l’inestimable Jonathan Rosenbaum.

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