Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Court’

Samedi 18 juin 2016 | Mise en ligne à 13h00 | Commenter Un commentaire

Le court du week-end : Jeux virils

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Jan Švankmajer, dont l’équipe nationale a réussi un match nul improbable face à la Croatie hier soir à Saint-Étienne, a posé il y a trois décennies un regard extrêmement singulier sur le plus beau sport du monde. Sélectionné à Cannes en 1989, Jeu virils est un court métrage d’animation surréaliste et déstabilisant. Le film ayant été produit derrière le rideau de fer dans l’un des satellites de l’URSS, la critique politique sous-jacente forme naturellement une partie intégrante de l’oeuvre.

Même si les subtilités concernant les jeux de pouvoir russo-tchécoslovaques ne sont pas notre spécialité, l’on admire Jeux virils pour ce qu’il est au premier degré : un cauchemar visuel tout en textures, au rythme suffoquant, présentant à travers un langage misanthrope et grand-guignolesque les obsessions récurrentes du grand cinéaste, notamment les assemblages baroques entre corps organiques et mécaniques.

Pour revenir au contexte politique, Švankmajer affirme qu’il n’aurait pas pu tourner Jeux virils si ce n’était de la perestroika. Il avait songé au film 15 années plus tôt. «C’était impossible de le réaliser à cette époque car le sport était tabou, faisait partie de l’idéologie. En 1972 cela paraissait exagéré mais maintenant cela est réaliste». Il a d’ailleurs décrit la vision engagée de son art dans une entrevue parue en 2012 :

Le surréalisme a formé un pont idéologique à partir de l’anarchisme jusqu’au marxisme, puis de retour à l’anarchisme. Pour moi, le surréalisme représente une certaine posture rebelle sur la vie et le monde. Sa position contemporaine vise l’état actuel de la civilisation d’un point de vue critique. Le surréalisme m’a appris beaucoup de choses : il a développé ma perception de l’imagination, instillé dans mon esprit qu’il n’y a qu’une seule poésie, peu importe les moyens que l’on utilise pour l’exprimer. Et, enfin et surtout, il m’a libéré de la peur de la collectivité. Le surréalisme est en fait une grande aventure collective. Les opinions des historiens de l’art contemporain ne sont pas pertinentes pour moi.

***

Âgé de 81 ans, Jan Švankmajer prépare son chant du cygne cinématographique. Basé d’après la pièce de théâtre De la vie des insectes des frères Josef et Karel Čapek, son septième long métrage lui rappelle Franz Kafka et sa fameuse nouvelle La Métamorphose , dans laquelle un jeune homme se réveille soudainement transformé en «monstrueuse vermine».

Le projet est présentement en processus de financement via Indiegogo. Voici un aperçu :

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Samedi 14 mai 2016 | Mise en ligne à 18h30 | Commenter Commentaires (3)

Bienvenue au club de l’enfer… (2)

Antonio Maria Da Silva s’est fait beaucoup d’amis cinéphiles il y a huit mois avec son mashup épique intitulé Hell’s Club. Il a récemment remis ça avec une suite, deux fois plus longue.

On revisite le club de l’enfer, «un endroit dangereux où se rencontrent des personnages fictifs en dehors du temps, en dehors de toute logique».

On y retrouve notamment – comme l’indique l’accroche de la vidéo – «Harrison Ford c. Scarface c. Freddy c. Luke [Skywalker] c. Robocop c. Eddie Murphy c. George Clooney c. Terminator c. Denzel Washington».

On ne peut que s’incliner devant un dévouement aussi inspiré envers sa passion.

À lire aussi :

> Bienvenue au club de l’enfer…
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Lundi 18 avril 2016 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (10)

Un républicain entre dans un club vidéo…

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On dirait l’amorce d’une bonne vieille blague avec bouc émissaire dont on ne se rappelle plus tout à fait de la chute. Mais parfois la réalité a le don de fusionner les gags impertinents avec des tranches de vie incongrues. C’est le cas de John Kasich, le gouverneur républicain de l’Ohio, qui n’a clairement pas toujours eu les priorités à la bonne place.

Alors qu’il était simple représentant du Buckeye State, il s’est rendu dans un club vidéo près de chez lui dans l’espoir de passer une agréable et «rare soirée» chez lui en compagnie de sa femme. Le commis lui recommande chaudement Fargo, «un polar sombre et pervers qui a obtenu des critiques généralement enthousiastes».

Je traduis le reste de l’anecdote, telle que relatée dans son livre Stand For Something: The Battle for America’s Soul, publié une dizaine d’années après l’évènement traumatique :

Je me suis rendu près de l’étagère où se trouvent les titres généraux. J’ai pris une copie, et je l’ai ramenée à la maison. Et quand Karen et moi se sommes rendus à la partie où un gars se fait broyer dans une déchiqueteuse à bois, on s’est regardé et on s’est dit : Mais que diable sommes-nous en train de regarder? C’était présenté comme une comédie, mais ce n’était pas drôle. C’était graphique, et brutal, et complètement inutile. Et ça nous a tellement fait grincer des dents, que nous avons dû arrêter la chose en plein milieu… Le lendemain matin, j’ai appelé Blockbuster et exigé qu’ils retirent le film de leurs tablettes.

L’un des trois candidats en lice pour l’investiture républicaine – et le seul du trio qui soit «sain d’esprit», nous assurent les médias américains – a par la suite consacré beaucoup de son temps et de son énergie à tenter de bannir l’oeuvre acclamée des frères Coen. Selon ce papier de Vox, Kasich, réalisant que sa croisade ne s’en allait nulle part, a demandé à Blockbuster d’au moins identifier plus clairement les films contenant de la «violence gratuite». Mais le changement n’a pas été apporté.

Il reprit donc son téléphone, et accusa le gérant du Blockbuster de ne pas avoir respecté leur «entente». Sa femme en eut assez et le pria de «passer à autre chose». Mais l’histoire fit tellement de bruit qu’elle fut relayée dans une chronique de George Will, une éminence grise du mouvement conservateur. Ce dernier, par un éclair de clairvoyance, réussit à l’époque à faire un parallèle entre l’antagonisme de Kasich envers Fargo et ses aspirations présidentielles.

Cette drôle d’anecdote a récemment fait l’objet d’un sketch parodique diffusé lors du Late Show With Stephen Colbert. Steve Buscemi, après avoir lu des passages de Stand For Something, admet se sentir mal à chaque fois que quelqu’un n’apprécie pas son travail. Il a donc choisi de «personnellement financer un film basé d’après ce livre», et d’incarner lui-même le rôle de Kasich :

On oublie cependant que la vengeance est un plat qui se mange froid. Un peu plus d’une décennie après sa croisade infructueuse, Kasich a en effet dû savourer la faillite aussi soudaine que colossale de la plus grande chaîne de location de films en Amérique du Nord. Quoiqu’une copie VHS de Fargo pourrait toujours être disponible, quelque part en Indiana, l’État voisin du gouverneur de l’Ohio…

À lire aussi :

> Fargo : la question Mike Yanagita
> Steve Buscemi : la mort lui va si bien

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