Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Comédie’

Jeudi 25 juin 2015 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (15)

Will Ferrell sur Lifetime : au-delà de la satire

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Le plus récent film de Will Ferrell, A Deadly Adoption, a eu sa première sur les ondes de la chaîne Lifetime samedi dernier. L’acteur qui se spécialise dans des rôles d’hommes-enfants plus ou moins dingues partage la vedette avec son ancienne collègue de Saturday Night Live Kristen Wiig. Les deux incarnent un couple aisé qui accueille dans leur demeure une jeune et jolie femme enceinte (la chanteuse canadienne Jessica Lowndes) dans l’espoir d’adopter son enfant. Comme le suggère l’accroche de l’affiche, il s’agit de «la naissance d’un plan qui a mal tourné».

En principe, la table est mise pour une hilarante satire des téléfilms produits pas Lifetime, ces mélodrames à saveur de savon de pharmacie bourrés de lieux communs usés sur le mariage, la jalousie, l’adultère, la maternité adolescente ou la religion dans l’univers WASP. Le genre de film qu’on se rappelle avoir regardé distraitement sur TQS un après-midi de semaine pluvieux… Mais, surprise, il semblerait qu’A Deadly Adoption n’est pas tout à fait la parodie absurde à laquelle on s’attendait.

La nature purement comique de la production avait pourtant été suggérée dès l’annonce du projet «top secret», relatée en exclusivité par le Hollywood Reporter le 1er avril dernier, jour saint du canular. On y apprenait que Will Ferrell «est un grand fan des films de Lifetime et avait toujours voulu en faire un lui-même». L’implication étant qu’il avait toujours voulu faire un film tellement mauvais qu’il en deviendrait drôle. Mais, d’après les réactions des téléspectateurs, son admiration pour le genre semblerait bien plus sincère qu’on ne l’aurait cru. Et si c’était nous, et non pas Lifetime, qui étions les dindons de la farce?

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Les critiques de A Deadly Adoption sont divisées. À noter cependant que, dans les deux camps, on retrouve sensiblement les mêmes arguments, qui se résument à beaucoup de confusion; amusée chez les uns, irritée chez les autres.

HitFix :

Selon toute mesure, A Deadly Adoption est un téléfilm Lifetime tout à fait typique. Ce qui le distingue des autres ce sont ses vedettes Will Ferrell et Kristen Wiig, mais sinon il n’y a rien dans ce film, à aucun moment, qui indique qu’il s’agit d’une blague.

Je ne peux pas honnêtement dire que je pense qu’A Deadly Adoption est un «bon» film, mais il est tout à fait réussi en tant qu’exercice de style. La performance de Ferrell est extrêmement contrôlée, et il aurait été si facile d’amplifier la chose et de la rendre ridicule. Mais Wiig et Ferrell s’y commettent pleinement.

Il y a une scène de confession qui est quasiment parfaite en termes de répliquer le fonctionnement de ce type de films. Quand j’étais marié, j’en ai vu beaucoup de ces trucs, et A Deadly Adoption est aussi sauvage dans sa façon de renverser leurs conventions que n’importe lequel des films de Zucker-Abrahams-Zucker.

New York Times :

C’était soit un brillant exemple d’humour pince-sans-rire ou un film Lifetime médiocre. Vous voulez vraiment donner à ses vedettes le bénéfice du doute et les créditer avec un chef-d’œuvre comique, étant donné leurs CV. Mais, bon sang, ça ressemblait certainement à un film Lifetime médiocre!

C’est impossible de regarder ce film et de ne pas à s’attendre à le voir se transformer en une parodie des drames de femmes-et-enfants-en-danger typiques à Lifetime. Dommage que ce ne soit pas le cas; ce qui aurait pu être assez drôle. Mais la parodie ne vient jamais, et une fois que l’on accepte que M. Ferrell et Mme Wiig jouent de manière franche, l’on réalise que le film n’est pas très bon même selon les standards de Lifetime, qui ne sont pas exactement élevés.

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Vanity Fair :

Après deux minutes, c’est clair: la blague de A Deadly Adoption n’est pas que c’est une blague, mais que ça ne l’est pas. La chose la plus drôle dans le film – qui, pour être clair, débute avec une noyade partielle et une fausse couche traumatisante – est son casting, mais Ferrell et Wiig semblent entièrement désintéressés à charrier avec leur bagatelle télévisée.

Le film est nul avec les familiarités des téléfilms, avec des répliques comme «you seem distracted» et «I can still picture the accident like it was yesterday» and «her diabetes!» et «you know I can’t have children». [...] Il y a des moments où les styles comiques de Ferrell et de Wiig semblent sur le point de se dévoiler; une formulation particulière, une emphase sur un seul mot, la contraction d’un oeil… mais cela ne se produit jamais, et le film se poursuit comme n’importe quelle proposition de Lifetime, quoique soutenue par un peu de vedettariat.

The Guardian :

Ça se réchauffe assez lentement au départ, avec la réalisatrice Rachel Lee Goldenberg (qui a fait ses armes dans le studio bon marché The Asylum) savourant les marques de commerce du genre; il y a des orchestrations inquiétantes, de la télégraphie narrative assourdissante, des cascades ineptes et un tas de fausse sincérité. Tout annonce un thriller d’intrusion domestique, à la manière de Orphan, The Stepfather ou du classique de Gary Busey Hider in the House, plus un soupçon de Fatal Attraction, le tout avec un sourire légèrement mais fermement en coin.

Avant que les choses ne se corsent et que tout fout le camp, nous avons l’occasion de savourer le ridicule infini de la fausse barbe de Ferrell – qui est plus drôle à chaque fois qu’on la revoit – ainsi que son allure ridiculement rigide et pompeuse; même dans une scène de poursuite en bateau soi-disant remplie de suspense, l’émotion de son visage est gelée, ses yeux parfaitement morts, tout ça durant trois longs plans successifs.

Je n’ai malheureusement pas fait partie des six millions de téléspectateurs qui ont vu A Deadly Adoption lors de sa première ou de ses rediffusions, mais d’après ce que j’ai lu et ce que j’ai vu, je me dois d’admirer l’audace de Ferrell et de son équipe créative (qui inclus notamment Adam McKay, le réalisateur des Anchorman, à la production).

Selon le paradigme de Lester, le producteur de sitcoms prétentieux dans Crimes and Misdemeanors, ils ont choisi de «plier» leur propos à un angle qui semble délicatement osciller entre le premier et le deuxième degré. Ils ont compris qu’avec un public de plus en plus sophistiqué, l’humour n’a pas nécessairement besoin de provenir de ceux qui pratiquent la comédie, mais bien de ceux qui la consomment. Une sorte d’anti-satire qui, si elle n’est pas tout à fait à point ici, présage un avenir heureux.

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Vendredi 5 juin 2015 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Commentaires (20)

Kung Fury : hommage démentiel au «80s Action»

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Sous son vernis de prestige solennel, et derrière le glamour de ses tapis rouges VIP, le Festival de Cannes est capable d’afficher un esprit badin fort bienvenu. C’était le cas le mois dernier avec la projection en première mondiale d’un court métrage suédois complètement débile intitulé Kung Fury.

Le synopsis fourni par la Quinzaine des réalisateurs, sélection parallèle du festival dans laquelle le film a été sélectionné :

Détective à la police de Miami et adepte des arts martiaux, Kung Fury entreprend un voyage dans le temps depuis les années 80 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Son objectif : tuer Adolf Hitler, alias “Kung Führer”, et venger son ami tué par le leader nazi. Un problème technique va le conduire jusqu’à l’époque Viking.

Cette description, aussi colorée soit-elle, ne rend pas tout à fait justice à l’audace de cet hommage au cinéma de gros bras des années 1980. Kung Fury c’est une surenchère de virilité kitsch combinée à des scènes d’action et des effets visuels si absurdes qu’ils font passer Commando pour du Bresson.

Et pourtant, malgré la facture sarcastique de l’entreprise, la démarche de ses créateurs n’est pas mue par des pulsions narquoises; on ne ressent pas une volonté de se distancier du genre pour mieux pouvoir s’en moquer, le film témoigne au contraire d’une véritable affection pour le 80s Action.

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Kung Fury est le projet de David Sandberg, réalisateur de pubs et de vidéoclips dans sa Suède natale. Il a découvert la culture pop américaine dans son enfance grâce à des VHS d’émissions comme Teenage Mutant Ninja Turtles et Thundercats. Dès l’âge de 17 ans, alors qu’il se gavait de films mettant en vedette les Schwarzenegger, Van Damme, Stallone et autres Chuck Norris, il s’est mis en tête qu’il allait imiter ses héros un jour.

Comme la plupart des réalisateurs ambitieux d’aujourd’hui qui n’ont à peu près pas de contacts dans l’industrie, Sandberg s’est tourné vers Kickstarter pour lever des fonds. Grâce à sa délicieuse prémisse incluant nazisme et arts martiaux, il a réussi à amasser 680 000 $. Le concept a notamment attiré Jorma Taccone, ancien membre de Saturday Night Life qui a fini par incarner Hitler, ainsi qu’un de ses idoles, David Hasselhoff, qui s’est rendu en Suède pour y tourner un vidéoclip qui allait se transformer en redoutable outil promotionnel.

Après sa sélection à Cannes, Kung Fury a attiré l’attention d’Hollywood. Sandberg y a rencontré David Katzenberg, fils du fondateur de DreamWorks Jeffrey Katzenberg, qui l’a mis en contact avec Tyler Burton Smith, un scénariste de jeux vidéo américain qui réside en Finlande. Les deux hommes sont en train de rédiger le script d’un long métrage basé sur Kung Fury; l’histoire sera réinventée mais demeurera cependant dans le même univers.

On espère que la nouvelle version saura garder l’esprit do it yourself de l’original, qui a été fait avec des bouts de ficelle, et presqu’entièrement tourné dans un studio vétuste muni de greens screen. Dans le making-of du film, Sandberg explique que le budget était si serré que la production ne pouvait se procurer qu’un seul uniforme de policier, et qu’il a fallu un habile travail de compositing afin de créer l’illusion d’un poste de police relativement crédible.

Enfin, côté casting, je ne vois pas qui d’autre que Sandberg lui-même pour assurer le rôle-titre à nouveau. Avec sa gueule de jeune premier, sorte de mélange entre le Ralph Macchio de Karate Kid, le Ryu de Street Fighter et le Barry Pepper de… pas mal tout ce qu’il a fait, il personnifie un pastiche plus qu’achevé du héros du 80s Action – moins les bras gonflés. Et que dire de sa voix de mâle alpha, qui ferait assurément rougir le Batman de Christian Bale!

Kung Fury est un véritable blockbuster du web. Mis en ligne jeudi dernier, il compte déjà près de 13 millions de vues, c’est-à-dire presque autant que True Survivor

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Lundi 12 mai 2014 | Mise en ligne à 18h30 | Commenter Commentaires (21)

Adam Sandler, ou l’art du dégoût de soi

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C’est à 18 ans que j’ai vécu la pire expérience en salle de ma vie, alors que j’ai été amené de force par un groupe d’amis qui avaient terriblement hâte de revoir la comédie de l’heure : Big Daddy d’Adam Sandler. Le film était si exécrable que mon corps a enclenché un système de défense de dernier recours : le sommeil profond. Un exploit plutôt impressionnant considérant les rires gras et soutenus de mes voisins.

Détester le cinéma du roi des Razzies n’est certes pas une affirmation téméraire; ses films sont si atroces que les critiques se mettent au défi les uns les autres pour pondre la plus extrême et divertissante des diatribes. Ainsi, lorsqu’un scribe sérieux propose une analyse sérieuse de sa filmographie, en demandant d’entrée de jeu si Sandler ne serait pas «le comédien le plus important de sa génération», la moindre des choses c’est de la lire jusqu’à la fin.

Le texte de Bilge Ebiri, collaborateur régulier chez New York Magazine et hôte de l’excellent blogue They Live By Night, développe deux thème principaux. 1. Le dégoût de soi, un trait de caractère qui unit tous ses personnages. L’argument est bien illustré, mais on ne saisit jamais pourquoi cela ferait de lui un «comédien important». Le seul réalisateur qui a su transformer cette rage en art, c’est Paul Thomas Anderson :

2. Son détachement. Là ça devient plus intéressant, et Ebiri nous offre une piste, aussi ténue soit-elle, afin de reconnaître et d’apprécier le concept qui se cache derrière l’absence de performance chez Sandler.

Même dans ses films plus récents, alors que Sandler s’est débarrassé de ses maniérismes exagérés et a abordé plusieurs rôles «normaux», il a continué à se tenir à distance. Il ne peut pas tout à fait se résoudre à jouer, presque comme Jim Morrison qui ne pouvait pas vraiment se mettre à chanter. Son numéro de l’homme droit est autant une blague que son numéro de l’imbécile strident. Que son personnage soit sensible ou cruel, victime ou bouillant de colère, amoureux ou s’engageant dans une duplicité romantique, il reste au-dessus de tout cela.

Ce non-engagement peut s’avérer agaçant pour certains, mais cela pourrait aussi représenter la clé de l’attrait de Sandler. C’est peut-être ce qui le rend davantage comme l’Américain moyen. Les manières exagérées, les mots inventés, les accents stridents et l’idiotie baroque de ses premiers films … Ce n’est pas du jeu, c’est jouer de la comédie. C’est ce que nous faisons lorsque nous chantons sous la douche. Et les accès de colère tumultueuse dans ses premiers films, ils sont l’équivalent cinématographique d’une crise simulée sur Twitter en CAPS LOCK. Rien de tout cela n’est vrai, Sandler nous le rappelle à plusieurs reprises à travers sa présence désengagée.

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Et plus loin, un exemple concret, à propos de la «connexion fondamentale entre son non-engagement et son dégoût de soi» :

Considérons le très inégal Click, qui est présenté comme une comédie, mais qui pourrait être l’un des films les plus étranges et les plus dramatiques de l’œuvre de Sandler. L’intrigue porte sur ​​une télécommande universelle que le personnage de Sandler peut utiliser pour accélérer, mettre en pause, et couper le son de sa propre vie. La trajectoire émotionnelle du film est un cliché désespéré. L’architecte surmené de Sandler commence régulièrement à accélérer le souper avec ses parents, les arguments avec sa femme, etc.

Au bout du compte, cependant, la télécommande devine son comportement et commence à avancer rapidement pour lui. Le temps de le dire, il est vieux et alité. [...] La fin est quelque peu touchante, mais étant donné que Sandler ne prend pas la peine de jouer, le film finit par être une sorte de blague. Un film sur les dangers de l’aliénation finit par devenir un examen de l’aliénation.

C’est ce qui le rend en fait étrangement hilarant. Rien de tout cela importe, nous dit Sandler en secret. Même si je vous dis d’être cool et de rester à l’école, ou d’arrêter de vous en prendre aux perdants, ou de suivre vos rêves, ou de toujours mettre la famille d’abord, vous le savez, dans votre for intérieur, que je ne le pense pas vraiment. Parce que ça craint et le monde est stupide.

Tout compte fait, une tentative honorable de sortir Adam Sandler de son trou profond, mais rien pour nous le faire confondre avec un génie de l’humour «nihiliste insouciant» comme un Louis C.K., par exemple. J’y vois davantage un entertainer démago, impression articulée par un certain JMan12345 dans la section commentaires suivant l’article :

«Je pense que la raison qui explique pourquoi Sandler est aimé par tant de gens, c’est parce qu’on ne trouve pas chez lui une allure typiquement hollywoodienne. Dans la plupart de ses films (et hors du plateau de tournage) Sandler apparaît comme un gars «normal», il n’est pas bouché, n’est pas imbu de lui-même, il semble très accessible. Vous le voyez, et pensez : «Hey, ce gars-là pourrait être mon voisin.»

La star avec qui on se verrait bien prendre une bière, en somme. N’avait-on pas dit la même chose à propos de W.?

Et merci à sim_senechal de m’avoir rafraîchi la mémoire au sujet de l’analyse la plus complète d’un film de Sandler, celle de Jack and Jill par Red Letter Media.

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