
Pour être franc, Danny Boyle est un réalisateur qui me laisse au mieux complètement indifférent, mais je dois admettre que sa plus récente sortie m’a énormément plu. Lors d’une entrevue dans le cadre de la sortie récente de son thriller Trance, le cinéaste britannique a affirmé regretter la disparition progressive du cinéma pour adultes au profit du cinéma familial, qui dilue la demande et l’expression de thèmes matures, voire provocants, dans la sphère commerciale.
Quand on recule dans le temps, on peut voir ce qui s’est produit avec les films : il y a ce que j’appelle une «Pixarification» du cinéma qui se passe – maintenant, Pixar fait de grands films, ne me méprenez pas, ce sont des conteurs très sophistiqués, tellement qu’on se doit de retrousser les manches pour rivaliser avec eux tant ils sont brillants.
MAIS, ils s’adressent à la famille. D’où le danger. Si on réunit Star Wars, Pixar, tous ces gros films d’action ensemble… Ils contiennent de la violence, mais pas de la violence qui fait mal, c’est de la violence sans coût, comme des toupies. Et on se dit où sont les films adultes? On a même perdu ce terme, les films adultes signifient maintenant films pornos. C’est terrible!
Le cinéma pour «toute la famille» est d’ailleurs vendeur pour une raison pratique : il y a toujours au moins un adulte pour accompagner l’enfant. Au moins deux billets d’achetés pour combler le désir d’un seul client. Le génie des studios, c’est d’avoir su transformer l’accompagnateur en client autonome en assaisonnant ce type de films de thèmes plus sérieux, parfois osés, exprimés à l’aide de sous-entendus. Ainsi, de plus en plus d’adultes vont au cinéma voir des dessins animés, parfois, on l’imagine, en confiant leurs enfants à un service de garde…
Lentement mais sûrement, la ligne entre le cinéma pour tous et le cinéma pour adultes s’embrouille. Et, si l’on se fie à la récente déclaration du président de la MPAA, Chris Dodd, lors de la présentation de nouvelles règles de classification, cette tendance à l’infantilisation n’est pas près de se renverser. L’ancien sénateur démocrate a servi une sorte de mise en garde aux studios : «Je sais que c’est cool être Quentin Tarantino… et d’explorer toutes ces choses qu’on peut (avec une cote R). Mais le public nous dit, “Nous voulons plus de films familiaux”. Et nous aussi.»
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