Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Citation du jour’

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Pour être franc, Danny Boyle est un réalisateur qui me laisse au mieux complètement indifférent, mais je dois admettre que sa plus récente sortie m’a énormément plu. Lors d’une entrevue dans le cadre de la sortie récente de son thriller Trance, le cinéaste britannique a affirmé regretter la disparition progressive du cinéma pour adultes au profit du cinéma familial, qui dilue la demande et l’expression de thèmes matures, voire provocants, dans la sphère commerciale.

Quand on recule dans le temps, on peut voir ce qui s’est produit avec les films : il y a ce que j’appelle une «Pixarification» du cinéma qui se passe – maintenant, Pixar fait de grands films, ne me méprenez pas, ce sont des conteurs très sophistiqués, tellement qu’on se doit de retrousser les manches pour rivaliser avec eux tant ils sont brillants.

MAIS, ils s’adressent à la famille. D’où le danger. Si on réunit Star Wars, Pixar, tous ces gros films d’action ensemble… Ils contiennent de la violence, mais pas de la violence qui fait mal, c’est de la violence sans coût, comme des toupies. Et on se dit où sont les films adultes? On a même perdu ce terme, les films adultes signifient maintenant films pornos. C’est terrible!

Le cinéma pour «toute la famille» est d’ailleurs vendeur pour une raison pratique : il y a toujours au moins un adulte pour accompagner l’enfant. Au moins deux billets d’achetés pour combler le désir d’un seul client. Le génie des studios, c’est d’avoir su transformer l’accompagnateur en client autonome en assaisonnant ce type de films de thèmes plus sérieux, parfois osés, exprimés à l’aide de sous-entendus. Ainsi, de plus en plus d’adultes vont au cinéma voir des dessins animés, parfois, on l’imagine, en confiant leurs enfants à un service de garde…

Lentement mais sûrement, la ligne entre le cinéma pour tous et le cinéma pour adultes s’embrouille. Et, si l’on se fie à la récente déclaration du président de la MPAA, Chris Dodd, lors de la présentation de nouvelles règles de classification, cette tendance à l’infantilisation n’est pas près de se renverser. L’ancien sénateur démocrate a servi une sorte de mise en garde aux studios : «Je sais que c’est cool être Quentin Tarantino… et d’explorer toutes ces choses qu’on peut (avec une cote R). Mais le public nous dit, “Nous voulons plus de films familiaux”. Et nous aussi.»

À lire aussi :

> La revanche de l’adulte
> Le prix (élevé) du cinéma pour adultes
> La domination du cinéma pour enfants

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L’effet du printemps semble avoir saisi trois cinéastes de renom qui, au cours de la dernière semaine, ont chacun complété un ménage de leur esprit et ont senti le besoin de percer publiquement leur sac d’ordures ou, dans un des cas, le sac de recyclage…

La première confidence provient de Michael Bay, grand maître de la symphonie pyrotechnique et du box-office, qui a eu l’humilité de carrément s’excuser pour une des plus grandes offenses perpétrées sur grand écran. En entrevue au Miami Herald dimanche dernier, dans le cadre de la promotion de son nouveau «petit film» Pain & Gain, il y est allé de cette déclaration pour le moins étonnante (avec cependant une petite pointe de vantardise; on ne peut tout de même pas sortir Bay de Bay aussi facilement) :

«Je vais présenter des excuses pour Armageddon, parce que nous avions à faire tout le film en 16 semaines. Ce fut une entreprise colossale. Ce n’était pas juste pour le film. Je referais l’ensemble du troisième acte si je le pouvais. Mais le studio a littéralement arraché le film de nos mains. C’était terrible. Mon superviseur des effets visuels a eu une dépression nerveuse, donc je devais être en charge de cela. J’ai appelé James Cameron et lui ai demandé «Que faire quand on fait tous les effets soi-même?» Mais le film a très bien fait.

***

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Il y a ensuite le vétéran néerlandais Paul Verhoeven, qui a marqué Hollywood dans les années 1980/1990 avec une série de films cultes jouissivement subversifs dont RoboCop, Total Recall, Basic Instinct, Showgirls et Starship Troopers, avant de heurter un mur au tournant du siècle avec une production vidée de tout plaisir et de pertinence judicieusement titrée Hollow Man. Le cinéaste de 73 ans, qui se prépare à présenter à Tribeca son curieux projet filmique crowdsourcé Tricked, a fait part de ses regrets à propos de sa dernière expérience hollywoodienne lors d’une très bonne entrevue accordée mardi au Hollywood Reporter :

J’ai décidé après Hollow Man, ceci est un film, le premier film que j’ai fait que je pensais que je n’aurais pas dû faire. D’accord, il a fait de l’argent et ceci et cela, mais ce n’est plus vraiment moi. Je pense que beaucoup d’autres personnes auraient pu le faire. Je ne pense pas que beaucoup de gens auraient pu faire RoboCop de cette façon, Starship Troopers non plus. Mais Hollow Man, je pensais qu’il y aurait pu y avoir une vingtaine de réalisateurs à Hollywood qui auraient pu le faire. Je me suis senti déprimé après 2002.

***

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Enfin, il y a Todd Phillips; pas d’excuses ni de regrets de son côté, mais une démonstration de franchise quelque peu amère et définitivement contrarienne, avec l’apologie de son The Hangover Part II – essentiellement un remake conceptuel du classique instantané The Hangover – qu’il clame être supérieur à l’original en entrevue à Empire mardi :

Oui, nous faisons un réveil et un black-out, mais chaque blague dans Hangover II est complètement différente. Mon sentiment est que c’est le meilleur film des deux. [...] Je pense que c’est dans la nature humaine que chaque fois que l’on essaye quelque chose pour la deuxième fois, les gens réagissent par la négative. Je pense que dans cinq ou dix ans, les gens vont se rendre compte à quel point Hangover II est brillant.

On s’en reparle d’ici là. En attendant, il y a The Hangover Part III qui prend l’affiche sous peu, le 29 mai. Le nouveau Bay, quant à lui, est en salle dès vendredi. Pour ce qui est de Verhoeven, pour ceux qui n’ont pas vu sa magnifique rédemption post-Hollywood, Black Book (2006), un aperçu plus bas.

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Vendredi 1 février 2013 | Mise en ligne à 10h30 | Commenter Commentaires (4)

La citation du jour

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Bien plus inquiétant est son partenaire, un jeune agent barbu de la CIA qui maîtrise parfaitement l’art de passer aisément de la torture à l’amabilité, une fois que la victime est brisée (lui allumant une cigarette, et échangeant des blagues). Il y a quelques chose de profondément dérangeant quand, plus tard, il se transforme de tortionnaire en jeans à un bureaucrate de Washington bien habillé. Il est question de normalisation à son plus pur et à son plus efficace.

Il y a un certain malaise, davantage à propos des sensibilités blessées qu’à propos de l’éthique, mais la job doit être faite. Cette reconnaissance de la sensibilité blessée du tortionnaire en tant que (principal) coût humain de la torture assure que le film ne s’apparente pas à de la médiocre propagande de droite: la complexité psychologue est dépeinte afin que les progressistes (liberals) puissent apprécier le film sans se sentir coupables.

- Le philosophe slovène Slavoj Žižek qui dénonce la «normalisation de la torture» dans Zero Dark Thirty, dans un bref essai publié dans le Guardian.

À lire aussi :

> Zero Dark Thirty : combattre le mal par le mal
> Slavoj Žižek: professeur pervers

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