Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Cinéma québécois’

Dimanche 3 octobre 2010 | Mise en ligne à 15h35 | Commenter Commentaires (2)

Curling de Denis Côté : la bande-annonce

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Fort du Prix de la mise en scène et de la Meilleure interprétation masculine (Emmanuel Bilodeau) au Festival de Locarno, Curling de Denis Côté sera présenté en première nationale lors de la soirée de clôture du FNC, le 23 octobre, au Cinéma Impérial. La sortie en salle au Québec aura lieu le 12 novembre.

Le cinquième long métrage du cinéaste québécois de 36 ans – qui nous a habitués à un cinéma très personnel, aux confins de la fiction, de l’essai et du documentaire, dans lequel naturalisme et surréalisme ont l’habitude de se côtoyer – est annoncé comme étant son plus «accessible» jusqu’à maintenant. Le synopsis :

Dans une nature hivernale et rude, en douce marge du monde, Curling s’intéresse à l’intimité d’un père et sa fille solitaire de 12 ans. Entre les boulots ordinaires, Jean-François Sauvageau consacre un temps maladroit à Julyvonne. L’équilibre fragile de leur relation est mis en péril par des événements singuliers.

En complément à la nouvelle bande-annonce du film, qu’on peut voir ci-dessous, je vous propose fortement cette entrevue franche que Côté à accordée à Cinema Scope. Il y discute entre autres des thèmes explorés dans Curling, du rapport de son nouveau film envers le reste de son oeuvre, de son dédain pour les personnages d’enfants cutes qui volent le show, de sa relation avec la SODEC et de son métier de metteur en scène. Sur ce dernier point, je traduis un passage:

Je ne suis pas si concerné par les décors. Je n’aime pas avoir des trucs sur les murs. Je ne suis pas aussi extrême qu’Alain Cavalier mais je n’aime pas vraiment ces films où l’on regarde davantage les objets que les personnes. Il y avait ce film il y a quelques années, Continental, un film sans fusil (2007), que les gens ont beaucoup aimé et que j’ai vraiment trouvé agréable, aussi. La photographie était extrêmement austère et marron et jaune. Mais le problème principal est que c’était à propos des objets, des objets cool. On oubliait les gens. On y voyait un Jiffy Pop, une machine à arachides, un drôle de téléphone antique. Dans ce film, le plan du briquet avec un chat dessus est le seul gros plan sur une chose du film en entier. J’aime demeurer très rigoureux et toujours rester avec les gens. Il n’y a rien de spectaculaire avec le film, rien que la caméra fait qui dit : «Regardez ce plan». C’est toujours fonctionnel. C’est probablement ce qu’il y a de plus différent avec mes films précédents. Avec Carcasses, Il s’agissait seulement de plans fixes, très discipliné. Avec Elle veut le chaos, c’était très spectaculaire et on avait 40 pieds de rails [de caméra] partout. Avec mes deux premiers films, c’était toujours caméra à l’épaule. Le nouveau, c’est formellement plus mature, ça c’est sûr.

> Pour d’autres infos, des photos et des vidéos, consultez la page Facebook du film.

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Mardi 3 août 2010 | Mise en ligne à 13h00 | Commenter Commentaires (81)

La citation du jour

<i>Cooking with Stella</i> (2009) de Dilip Mehta.

Cooking with Stella (2009) de Dilip Mehta.

Il a mille fois raison. Je ne comprends pas que notre industrie cinématographique, à l’exemple de la fonction publique, ne se soit pas donné des règles pour corriger cela, règles qu’on pourrait appeler «de représentation positive». Pour être financé, tout film québécois devrait obligatoirement compter dans sa distribution un juif, cinq Haïtiens, deux Pakistanais, deux Indiens des Indes, un Bulgare, trois Libanais, un Iranien, un Russe et un Indien de chez nous, tous en costume national.

- Pierre Foglia, qui ajoute son grain de sel à l’affaire Jacob Tierney.

La réplique sarcastique soulève ici une question pertinente, qui n’a jamais vraiment été considérée par le jeune cinéaste montréalais en manque de diversité : si l’on déplore que le cinéma québécois ne reflète pas suffisamment une certaine réalité multiculturelle, quelle serait alors la solution pour palier ce «problème»?

Pour être franc, je ne vois pas autre chose que l’implantation d’une société gouvernementale de type Politburo recherchant des artistes propagandistes et des projets politiquement convenables dans la veine de Cooking with Stella. «Une merde, mais une merde! Qui a bien évidemment enchanté le Canada anglais, où faire des films de merde n’est pas si grave pour autant qu’ils soient multiculturels», de conclure M. Foglia.

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Lundi 2 août 2010 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (55)

La censure au Québec et autres réflexions

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Un reportage fort intéressant sur l’histoire de la censure au Québec a récemment été diffusé sur Radio-Canada. On apprend qu’«en 50 ans, plus de 6000 films ont été refusés ou charcutés pour garder intacte la morale des Québécois.»

Voici une présentation des principaux intervenants :

En 1960, le psychanalyste André Lussier publie dans Cité Libre un texte percutant qui sonne le glas de la censure. Il explique ce qui l’a poussé à dénoncer les règles établies. Pierre Juneau, fondateur du Festival international du film de Montréal, évoque les préjugés de l’époque. Maurice Leroux, membre du Comité d’étude sur la censure mis sur pied par le gouvernement Lesage, décrit les obstacles pour en arriver à l’abolition des ciseaux. Le censeur Gilles Desruisseaux raconte comment la crise d’Octobre provoque des remous, même dans les salles de cinéma. Enfin, Roger Cardinal, réalisateur d’Après-ski, raconte ses déboires avec les autorités politiques et religieuses.

Les arguments les plus acides proviennent de M. Lussier qui, des décennies après la fin de la censure religieuse, conserve toute sa passion réprobatrice : «Je pèse mes mots. La censure est au service des voeux de chasteté de toute la communauté religieuse. [...] Ils font payer les laïcs pour les difficultés que représente de vivre avec des voeux de chasteté. Quand on renonce mal à la sexualité, on trouve des voies de substitution : c’est le contrôle, c’est la domination, c’est hypocrite».

> Regardez le reportage

La censure des moeurs n’est peut-être qu’un lointain souvenir, mais le réflexe puriste demeure néanmoins profondément ancré dans le cinéma contemporain. En particulier américain.

Dans le reportage, André Lussier relate les propos d’un curé/censeur qui commente Les Enfants du paradis (1945) de Marcel Carné : «Dans la première partie, il y a le commencement d’une liaison; si dans la deuxième partie ils ne sont pas sévèrement punis, le film ne peut pas passer».

Aujourd’hui, ce principe a été intériorisé.

En effet, si le sexe pour le plaisir ne met plus en danger la viabilité des films, il est généralement révélateur du destin que connaîtra le héros fictif qui a cédé à la tentation. Dans le cinéma de genre (surtout l’horreur et l’action), une partie de jambes en l’air avec une partenaire autre que sa femme – ou celle qui va le devenir – résulte presque toujours par des conséquences négatives, souvent sanglantes (voir les James Bond). En contrepartie, la vaillante femme au foyer génère habituellement le salut du héros (Yo Adrian!).

D’ailleurs, la valeur du héros est souvent inversement proportionnelle à son degré d’hédonisme. Un exemple récent : dans The Book of Eli, Denzel Washington incarne un survivant de l’apocalypse qui marche vers l’Ouest depuis 30 ans. Il finit par se faire capturer par le méchant Gary Oldman qui, pour l’inciter à joindre sa bande, lui offre Mila Kunis pour la nuit. Bien évidemment, Washington refuse. Il ne jette même pas un oeil sur cette beauté malgré le fait qu’il a vécu une chasteté forcée durant la majeure partie de sa vie adulte. Non, ce qui l’allume, le principal objet de son affection, ce qui va lui permettre de sauver le monde : c’est sa Bible. Les censeurs de la grande noirceur auraient été fiers.

Qu’on le veuille ou non, le message du clergé continue de produire son effet. Est-ce la preuve que, dans le fond, on cultive la morale judéo-chrétienne bien plus qu’on ne voudrait l’admettre?

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