Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Cinéma québécois’

Lundi 5 décembre 2016 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Aucun commentaire

Un «laboratoire» de courts sur Facebook

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«Le party commence le 1er décembre prochain!», annonçait Plein(s) Écran(s) sur sa page Facebook jeudi dernier. La porte, ou plutôt la page web de ce festival de cinéma novateur est encore ouverte, jusqu’au 8 décembre. Il reste une dizaine de films à regarder, liker et potentiellement partager (un geste qui équivaut à un vote du public).

Le grand écran c’est bien, mais être vu l’est encore plus. Le format court est parfaitement adapté pour le visionnage en ligne. Le tabou du «plein écran» est, j’aime le croire, en train de s’estomper de plus en plus.

«On a l’impression qu’il se crée de nouveaux espaces pour le court métrage, mais il est devenu très peu accessible. On n’en voit presque plus à la télé et au cinéma, et sur les plateformes, ils sont un peu dans l’ombre. Le court métrage tarde à trouver sa place et à rejoindre un public», estime en entrevue à La Presse le distributeur Jean-Christophe Lamontagne, l’un des initiateurs du projet.

Son collègue Patrice Laliberté, réalisateur de grand talent qui a été primé au TIFF l’an dernier pour son Viaduc, plaide dans le même sens : «Il faut être plus agressif que faire de simples soirées de projection. Nous avons une abondance culturelle très forte pour les courts, et le nerf de la guerre est la promotion. Et Facebook, c’est très ‟dans ta face”!».

Le réseau social a d’ailleurs confirmé que Plein(s) Écran(s) est le premier projet du genre à se manifester sur leur plateforme, et a même contribué gratuitement à sa campagne publicitaire. Jean-Christophe Lamontagne voit déjà grand pour la suite des choses:

Nous voulons rejoindre le public aux quatre coins du Québec, un public qui ne peut pas se déplacer vers les festivals. [...] L’idée pour l’avenir est peut-être d’envisager une compétition internationale et d’exporter le concept, ou d’ouvrir des sections dans des festivals comme Sundance ou Clermont-Ferrand.

Le directeur de la programmation de Plein(s) Écran(s), Paul Landriau (qu’on peut voir à droite sur la photo qui coiffe ce billet), m’a fourni ce week-end une généreuse déclaration au sujet de ce projet auquel on souhaite une vie longue et prospère :

***

L’idée avec Plein(s) Écran(s), ce n’est pas d’entrer en compétition avec les autres festivals, évènements, cinémas, mais bien de proposer une plateforme supplémentaire, une nouvelle opportunité pour le cinéma d’ici d’être vu.

Le cinéma, surtout format court, a une durée de diffusion très éphémère et une vie fragile. C’est pourtant une forme artistique tout aussi noble, souvent plus surprenante que le long. Elle est au cinéma ce que la nouvelle est à la littérature.

On parle de crise du cinéma québécois, mais quand je vois les centaines de courts que l’on produit ici, d’une qualité remarquable, je me dis qu’il a un bel avenir. Encore faut-il pouvoir le mettre de l’avant.

Ce projet est une extension naturelle d’une réflexion personnelle qui m’anime depuis plusieurs années. De quelle(s) façon(s) concevoir, regarder, analyser le court métrage ? Même si la salle demeure l’endroit privilégié pour en découvrir, force est d’admettre que les opportunités sont inconstantes, surtout si l’on s’éloigne de Montréal.

Plutôt que de médire les médias sociaux et de leur faire porter le déclin d’une certaine culture populaire locale, pourquoi ne pas prendre le taureau par les cornes et proposer du contenu de qualité sur cette plateforme utilisée par des milliards d’utilisateurs?

Notre équipe est composée de passionnés, de jeunes du milieu qui se sont regroupés pour cet excitant projet. L’engouement fait plaisir à voir, on constate que l’appétit du cinéma local de qualité est bien présent. À tout le moins, on soulève des réflexions en expérimentant avec un canal de diffusion. Tous les yeux sont rivés sur nous présentement, on espère inspirer l’industrie.

En premier lieu, la programmation s’est construite à travers mes impressions primaires, mes réactions à chaud. Est-ce que le film est bon ? Il y avait également volonté consciente de ma part d’élaborer une programmation protéiforme qui illustre bien la diversité des talents d’ici. Multiplicité des formes du cinéma, multiplicité des plateformes. D’où la paire de « S » entre crochets dans le nom du festival.

Je reçois présentement beaucoup de messages privés, de textos de spectateurs qui me disent être emballés de pouvoir découvrir aussi facilement des films d’ici. De l’autre côté, des commentaires des cinéastes et producteurs qui sont emballés par ce nouveau public et les réactions. C’est une grande fête où tout le monde est convié.

Nous sommes le premier festival de film au monde entièrement sur Facebook. Je souhaite travailler de concert avec les distributeurs, les cinéastes, les institutions afin de développer une expertise et un modèle innovateur.

Au fond, je crois que ce festival répond à un besoin que l’on ignorait avoir. Pour cette première édition, nous avons voulu construire les bases de ce projet et nous commençons à peine à effleurer les possibilités de ce laboratoire. Je vois l’avenir avec optimisme.

***

> La page Facebook de Plein(s) Écran(s)

> Infos sur le party de clôture / remise de prix

> L’entrevue de La Presse avec les organisateurs de Plein(s) Écran(s)

> Le podcast de Paul Landriau, Point de vues

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Lundi 19 septembre 2016 | Mise en ligne à 17h30 | Commenter Commentaires (73)

Xavier Dolan et «la culture du trollisme»

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C’est curieux tout de même, remporter le prix le plus prestigieux de sa carrière pour l’oeuvre la moins bien reçue par la critique de sa carrière. Et, de surcroît, pour le film que l’on considère comme étant le «le plus beau» de sa propre filmographie. C’est ce qui est arrivé à Xavier Dolan en mai dernier lorsqu’il est monté sur la scène du Palais des Festivals pour y cueillir son Grand Prix pour Juste la fin du monde.

Précisons tout de même que «la critique» n’a pas entièrement descendu son sixième long métrage. Certaines publications françaises se sont même montrées très enthousiastes, Le Monde parlant de son film le «plus abouti, son plus fort à ce jour». (Consultez d’autres extraits ici).

Mais ça se gâte du côté des médias anglophones. En effet, à part le Guardian, pratiquement toute la communauté critique qui s’exprime dans la langue de Shakespeare s’est montrée au mieux déçue, au pire, insultée (Variety qualifie le film «d’insupportable»). L’agrégat Metacritic octroie au film un triste 48% – la pire note qu’a récoltée le réalisateur québécois jusque-là était de 67%, pour Tom à la ferme; sa meilleure, 83%, pour J’ai tué ma mère.

Au lendemain de la projection cannoise, Dolan a dénoncé en entrevue au Guardian la twitterisation de l’opinion, tendance à laquelle semble succomber l’élite du journalisme culturel. Il y voit «une sorte de préjudice immédiat, et une culture de la haine, dans laquelle le festival semble s’enfoncer».

Quatre mois plus tard, il admet à la Gazette toujours souffrir des réactions critiques négatives, et plus encore de l’attitude de certains «trolls» américains qui continuaient à s’en prendre à lui après la fin du festival. «C’était si personnel et si cruel. Quand je suis revenu ici après Cannes, j’étais dans un état de choc. Quelque chose s’est brisé et je ne pense pas que ça pourra jamais se réparer», a-t-il confié à Brendan Kelly.

Parlant d’Américains, Dolan est en train de tourner son premier film en langue anglaise, The Death and Life of John F. Donovan, qui comprend quelques vedettes hollywoodiennes : Jessica Chastain, Natalie Portman, Susan Sarandon et Kathy Bates. C’est un Britannique, cependant, qui incarne le rôle-titre : Kit «Jon Snow» Harington. L’intrigue porte sur «une vedette de télé américaine qui est victime d’un coup monté par le système médiatique américain». (Plus de détails ici).

Dolan a affirmé à Kelly jeudi dernier qu’il ne se voyait pas «présenter un film comme celui-ci à Cannes». Il poursuit : «Certains éléments sont très semblables à ce que j’ai vécu à Cannes, et j’ai peur que les gens y voient un projet de revanche. Excepté que je l’ai écrit il y a cinq ans (avec Jacob Tierney)».

Il est revenu sur ses paroles (ou, plutôt, nuancé ses propos) hier, via son compte Instagram :

«Par souci de clarté suite à plusieurs articles et pour contrecarrer la distorsion : je ne soumettrai pas John F. Donovan à Cannes parce que nous tournons jusqu’en juin 2017. Les films appartiennent à tous une fois lâchés dans le monde, et peuvent être aimés ou non, voilà bien une chose que l’on sait. Chaque individu, chaque humain réagit différemment à la confrontation. La culture de la détestation ne devrait pas être du reste une part inextricable de l’expérience critique, mais puisque nous vivons dans une ère où l’on ne peut les dissocier, c’est aussi le droit d’un artiste de choisir des trajectoires différentes sans prêcher par la revanche ou la frustration. Je préfère concentrer mes forces et énergies sur la création, et non la réaction. Je suis infiniment reconnaissant envers le Festival de Cannes et ni critique ni amertume d’une critique en particulier ne me dissuaderont d’y soumettre un film.»

Il est venu le temps d’admettre que moi-même j’ai participé à la soi-disant «culture du trollisme» qui fut dirigée envers le cinéaste de 27 ans. J’ai fait savoir publiquement que je n’approuvais pas son argumentaire pour rebuter un critique qui avait été peu tendre envers son film, plus spécifiquement envers l’une de ses actrices. Dans son entrevue au Guardian, Dolan a affirmé :

«Si le gars qui donne cinq étoiles à Creed et quatre étoiles et demie à Fast and the Furious dit que Marion Cotillard est ennuyeuse dans mon film, eh bien c’est vraiment la fin du monde». Avant de conclure «And you wonder what the fuck he’s doing here».

Ma réaction, qui ne fut pas des plus habiles (et qui d’autant plus était entachée d’une coquille), suggérait qu’il s’est planté en tentant de délégitimer les compétences du critique en question, puisque Creed est génial. J’ai insinué que Dolan n’a pas vu le film, et qu’il présumait qu’il s’agissait d’une oeuvre intrinsèquement inférieure à un film présenté en compétition officielle au festival le plus prestigieux de la planète.

Erreur : il a vu Creed, et l’a même «beaucoup aimé» (pour ensuite présumer à son tour que, moi, je n’avais pas lu la critique en question). Sa réponse m’a valu une avalanche d’insultes «personnelles et cruelles». Si son objectif était que je goûte (en partie) au trollisme qu’il a vécu, il a réussi haut la main.

Il reste que je n’ai toujours pas bien saisi l’intention de son analogie (aimer Creed et ne pas aimer la performance de Cotillard, est-ce vraiment un choc apocalyptique?). Et puis, lors de son discours de remerciements, j’ai eu une sorte de réponse, qui à vrai dire me satisfait pleinement. «Plus je grandis, plus je réalise qu’il est difficile d’être compris, et, paradoxalement, je me comprends moi-même et je sais maintenant qui je suis.»

- Mon compte Twitter

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Samedi 17 septembre 2016 | Mise en ligne à 17h30 | Commenter Un commentaire

Le court (et l’entrevue) du week-end : Gaspé Copper

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Un sentiment de calme angoissant nourrit une bonne partie de Gaspé Copper, et ce ne sont pas les images de verdure luxuriante, ou les mouvements de caméra berçants qui réussiront à nous convaincre qu’on s’inquiète pour rien. À travers des yeux d’enfants, on voit un père à la mine grave, qui cherche désespérément un exutoire pour sa mauvaise humeur. Il réussira à le trouver, en partie, sur le terrain de la défaite, le temps d’y laisser sa marque une dernière fois, comme se le doit de faire un homme droit de son époque, avec une protestation stoïque.

Le cadre du court métrage d’Alexis Fortier-Gauthier, sorti en 2013, est la grève de Murdochville, un des jalons du mouvement syndicaliste québécois, qui s’est soldé par la mort d’un travailleur. «Ce que je voulais raconter, c’est l’héritage de la violence», explique le réalisateur lors d’une entrevue dans un bar du centre-sud. «C’est l’histoire d’une oppression qui vient du haut, le gouvernement Duplessis, la compagnie qui vient des Américains. Le père est broyé par le système, et n’est pas capable de gérer la situation».

Il ne faut cependant pas voir Gaspé Copper comme une leçon d’histoire. La grève de 1957 n’est pas le sujet du film; la mine maudite sert plutôt de canevas métaphorique. Cette grosse entité qui nous dépasse; on la voit et l’entend constamment, mais on ne peut pas la contrôler. Appelons ça du fatalisme, ou le caillou dans la botte… Pourtant, et c’est tristement typique, on va toujours tomber sur des spectateurs qui refusent d’accepter, ou de comprendre, la notion de licence artistique.

Dans un billet publié sur le site de 24 Images, intitulé La fois où j’ai insulté la Gaspésie, Alexis Fortier-Gauthier revient sur un échange Facebook qu’il a eu avec un homme de la région qui n’a pas digéré que que Thetford Mines ait servi de substitut visuel à Murdochville. Un extrait de la réplique du cinéaste :

Le cinéma est un art du raccourci et de l’illusion. Le défi de raconter une époque révolue est énorme. Déjà, la mémoire est subjective d’une personne à une autre, mais aussi les détails s’émoussent, les évènements se diffusent avec le temps. C’est donc invariablement un échec de penser rendre le passé tangible dans le présent. D’où mon idée de rester vrai avec les sentiments et les émotions, qui sont des choses intemporelles et universelles.

Fait plutôt rare dans l’industrie du court québécois, l’idée ni même le scénario original ne proviennent du réalisateur. Alexis Fortier-Gauthier a eu vent du projet à travers une connaissance mutuelle, Alexandre Auger, qui s’est inspiré des souvenirs de jeunesse de la mère pour le récit. Ce dernier n’avait cependant pas l’expérience nécessaire aux yeux de la SODEC pour mettre en scène le film, et c’est ainsi que les deux Alex ont choisi d’unir leurs forces.

«Alexandre, je l’ai gardé le plus proche possible dans la production. C’est une âme sœur créative. Son histoire avait les mêmes préoccupations que d’autres films que j’ai faits avant; comment les gens se sentent en situation de crise, ou délicate. Dans la plupart des films historiques on est plutôt dans le social, dans le politique – ici j’ai vu la possibilité de faire quelque chose de plus intime».

Autre fait inusité : un court qui nécessite une méticuleuse reconstitution d’époque. Et, pour rajouter à la complexité de l’entreprise, il fallait diriger des enfants et des animaux (un chien qui «n’était pas très docile») : «Beaucoup de difficultés assez célèbres du cinéma se sont rassemblées dans un même film. Il y avait donc un défi. Toutes ces choses qui me faisaient peur, en même temps c’est ce qui me donnaient le goût de le faire.»

«Plusieurs choix de réalisation étaient faits en raison de contraintes, pour faciliter le mouvement des enfants par exemple, pour les distraire le moins possible. Il n’y avait pas de marques [au sol], on répétait comme pour une pièce de théâtre. J’ai tourné le film en plan-scène; c’est-à-dire en plan-séquence, et après ça a été monté.»

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Dans son blog de 24 Images, il rajoute des anecdotes cocasses :

J’aurais plusieurs histoires à vous raconter sur le tournage du film. Comment Laurie, la petite Jocelyne du film, revenait chez elle les soirs de tournage et refusait de nouer ses propres chaussures, déjà habituée à ce que les habilleuses le fassent pour elle. Ou bien Mathieu qui, vers 17h, devenait mou comme de la guenille et devait être nourri de barres de céréales afin de pouvoir dire son dialogue sans s’endormir. Ou encore le petit Dérick, 5 ans, qui demandait à ses parents, après la dernière journée de tournage : «C’est quand qu’on tourne le vrai film?».

La production a nécessité plusieurs mois. Une centaine d’enfants ont passé des auditions dans des écoles de la région de Thetford Mines. Un vieux bureau de poste qui a passé au feu a été converti en maison familiale pour les besoins du film. Une des scènes finales a été tournée à Black Lake, où se déroule et où a été filmé Mon oncle Antoine.

Gaspé Copper est doté d’un certain souffle épique qu’on ne retrouve pas dans la grande majorité des courts québécois, généralement satisfaits de leur modestie minimaliste. Alexis Fortier-Gauthier se fait même parfois critiquer pour cette approche, pour cette idée de «version courte d’un long métrage». «Ça n’a pas la structure d’un court, ou d’une nouvelle littéraire, avec une chute. Ce qui m’intéresse c’est les personnages, c’est l’émotion… Je ne voulais pas faire la formule du petit film bien emballé, avec la fin en queue de poisson, ou la surprise. Je veux que le payoff soit dans quelque chose d’humain, et non de conceptuel».

La caractéristique la plus intéressante de Gaspé Copper est sa «réflexion sur le film d’époque», pour reprendre les termes du réalisateur. Qui comprend notamment le désir d’éviter le piège de «filmer des décors».

«J’ai travaillé avec un ami directeur photo, qui fait beaucoup de documentaires. Il a opéré une petite steadicam, une Red Scarlet. En tournant la plate-forme à l’envers, on arrivait à la hauteur des enfants. Je voulais du mouvement, je voulais tourner avec l’esthétique de maintenant, je ne voulais pas que ce soit trop classique, fixe. Comme si on avait pris les caméras d’aujourd’hui et qu’on avait tourné à cette époque. Je voulais quelque chose de contemporain dans le traitement.»

> Le film est disponible sur le site de TFO

En lice pour un Jutra en 2014, Gaspé Copper est le troisième court métrage d’Alexis Fortier-Gauthier, détenteur d’un bac en communication à l’UQAM et gradué du programme de réalisation à l’INIS. Il se trouve présentement au Festival de Cinéma de la Ville de Québec pour y présenter en première mondiale son long métrage collectif, D’encre et de sang.

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