Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Cinéma québécois’

Dimanche 5 octobre 2014 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (3)

Le court du week-end : Dimanche

Poster-Dimanche

Pour ce rare court du week-end présenté un dimanche, je peux difficilement faire mieux que de vous suggérer le délicat (et convenablement titré) film d’animation de Patrick Doyon.

Conçu à l’aide de techniques de dessin traditionnelles, Dimanche est le premier film professionnel du cinéaste québécois, qui y relate ses souvenirs d’enfance dans la ville de Desbiens, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

«J’ai mis deux ans à le faire. Chaque seconde dans le film est dessinée, il n’y a aucun effet spécial. Tout est dessiné, même la neige», a-t-il dit à l’époque.

Ce court métrage d’animation, sélectionné aux Oscars et aux Prix Annie 2012, raconte l’histoire d’un jeune garçon qui, pour chasser son ennui du dimanche, place des pièces de monnaie sous le passage du train. Son expérience prendra toutefois une étonnante tournure. Adoptant le point de vue de l’enfant, Dimanche de Patrick Doyon est un dessin animé aux traits naïfs, un clin d’œil amusant sur la façon de briser la monotonie de ces dimanches gris.

> La page tumblr de Patrick Doyon

> Personnalité de la semaine, La Presse / Radio-Canada

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Samedi 6 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Un commentaire

Le court du week-end : La boutique de forge

La-boutique-de-forge

Avec peu de moyens mais beaucoup d’ingéniosité, Olivier Godin réussit à créer des mondes parallèles éloquents, remplis d’émerveillement, de magie, de candeur et de douceur. Ses courts et long métrages bénéficient d’une direction artistique épurée, par moments de facture théâtrale, enveloppée par une riche texture visuelle au grain bien appuyé, témoignant de son amour sincère pour la pellicule.

La majorité de ses films ont été tournés en 16 mm et, dans La boutique de forge, peut-être la plus «accessible» de ses oeuvres, la caméra y fait même figure de personnage à part entière, quoique hors champ. Si on entend le défilement de la pellicule, c’est en partie par manque de financement (pas de mixage sonore en post-prod), mais aussi par choix artistique:

«On n’a pas recouvert la caméra comme on aurait pu le faire, mais je ne jugeais pas ça nécessaire, c’est un petit ronron que franchement je ne trouve pas détestable», m’a dit le réalisateur de 29 ans lors d’une rencontre il y a quelques mois dans un café particulièrement bruyant du Plateau.

Le parcours cinématographique d’Olivier Godin a officiellement débuté au cégep, alors qu’il a vu son premier film remporter un prix au Festival du film étudiant de Montréal. Il a obtenu sa récompense des mains de Chris Fujiwara, auteur entre autres de livres prisés sur Jacques Tourneur et Otto Preminger, deux cinéastes chers à l’esprit du jeune lauréat.

Au cours de la décennie qui a suivi, Godin a continué à réaliser sur une base régulière des films de durées variables, rarement appuyé par les institutions, mais toujours soutenu par une fidèle équipe créative, tant derrière que devant la caméra. Entre-temps, il profitait de son poste de commis à la Boîte Noire pour satisfaire ses besoins cinéphiliques, ainsi que ceux plus pécuniaires de sa jeune famille.

En réaction à une de mes brèves entrées en prévision de Saguenay 2013 : «T’avais écrit ça sur La boutique de forge, que c’est un film extra-terrestre, mais c’est des trucs qui viennent du folklore québécois. Il n’y a rien de très étrange là-dedans pour moi… J’accorde une attention particulière à la parole dans mes films, c’est important dans la mesure où la parole sert à définir les lieux, les époques, dans lesquels on est. Full Love, mon dernier, c’est un bel exemple : On n’est clairement pas à Houston, mais comme les personnages disent qu’ils sont à Houston, eux le croient, donc le spectateur le croit aussi. Un peu comme au théâtre, une chaise peut être un tronc, il y a cette idée-la… Pour La boutique de forge, il y a beaucoup de Yves Thériault dedans; j’ai montré le film à Fred Pellerin, qui l’a beaucoup apprécié. Mais peut-être que dans le jeu, ou l’approche minimale, ça peut en effet être assez déroutant.»

Du folklore québécois, certes, mais il y a aussi un côté aventure médiévale dans La boutique de forge. Et Godin ne cache pas son amour pour le genre. «Si tu me disais “Fais le film que tu veux”, je ferais un Conan le barbare avec le Arnold du début des années 1990! J’aime bien le fantastique, la littérature fantastique, ça m’a toujours stimulé, autant québécoise et américaine, qu’anglaise ou irlandaise»…

Pour l’écriture de mon film, j’avais beaucoup lu de Yves Thériaut. Un de ses contes s’appelle Le forgeron, ou La forge, je ne me souviens plus. La forge c’est emblématique du village québécois traditionnel. Toute cette façon de parler, l’espèce d’errance du quêteux, c’est très québécois aussi, qui va de village en village, qui rencontre la prostituée… Je m’inspire de la littérature québécoise fin 19e siècle, mais sans le côté religieux appuyé, qui peut paraître un peu ringard. C’est sûr qu’il y a aussi mes influences contemporaines, par exemple le fantastique chez Rohmer, dans La Marquise d’O ou Perceval le Gallois, et tout ce travail sur la langue.

Olivier Godin travaille présentement à la postproduction de son deuxième long métrage, Nouvelles, Nouvelles, un «film fantastique se déroulant à Montréal quelques jours avant Noël», nous raconte André Duchesne dans son papier publié en juin.

En attendant, on peut profiter d’une rétrospective de son travail le 11 et le 12 septembre à la Cinémathèque Québécoise. On pourra y voir six de ses courts, dont Full Love, primé par le CALQ en février, ainsi que son premier long, Le Pays des âmes (2011), «l’histoire troublante d’une jeune femme qui cherche à entrer en communication avec son mari défunt coûte que coûte, en prenant tous les risques quitte à solliciter le démon».

> La page Vimeo d’Olivier Godin

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The-Devils-TOY-ok-645x400

Il y a un peu plus de 50 ans, un groupe de jeunes cinéastes intrépides issus de l’Office national du film du Canada posa les jalons de ce qu’on allait bientôt appeler le cinéma direct, une approche moderne et rafraîchissante du métier qui allait révolutionner le 7e art à l’échelle mondiale.

Aujourd’hui, de nouveaux acteurs de l’ONF s’inspirent de l’ingéniosité de leurs fameux prédécesseurs en proposant une manière inédite de faire des films, de réfléchir le cinéma: l’interactivité. De nombreux projets du genre, qui intègrent notamment le «documentaire, l’animation, la photographie et l’art sonore», sont régulièrement mis en ligne sur le site web de l’ONF. On en dénombre une quarantaine pour le moment.

Parmi toutes ces oeuvres interactives, il y en a une qui se démarque du lot, tant par l’importance de sa couverture médiatique que par sa portée internationale: The Devil’s Toy Remix. À la fois hommage et réappropriation du mythique court métrage sur le skateboard de Claude Jutra, ce webdocumentaire co-produit par Arte a bénéficié de la collaboration de quatorze réalisateurs d’à travers le monde, et a été traduit en trois langues (français, anglais et allemand).

La portion québécoise de The Devil’s Toy Remix a été prise en charge par Myriam Verreault, co-réalisatrice du merveilleux À l’ouest de Pluton, que j’ai récemment analysé ici. Nous nous sommes rencontrés ce week-end dans un resto-bar du Plateau, la première demie d’Espagne – Pays-Bas en trame de fond, pour discuter de divers sujets relatifs à son projet des plus particuliers.

«PAS UN DOCUMENTAIRE INTERACTIF»

C’est Hugues Sweeney qui a eu l’idée. C’est un producteur très créatif, un bon idéateur. Dans sa fonction de producteur interactif, il cherche à revaloriser les archives de l’ONF; il est assis sur un trésor national. L’ONF c’est un acteur majeur dans notre cinématographie, mais c’est souvent des films oubliés.

Dans le mot «interactif» il y a aussi beaucoup le mot «remix»; vouloir remixer des trucs dans la culture postmoderne, de faire des choses nouvelles avec des vieilles choses. Donc il s’est mis à fouiller dans les archives, et il tombe là-dessus. Il l’avait jamais vu, moi je l’avais déjà vu. C’est un film que je trouvais beau simplement, un petit film en 16 mm, 15-16 minutes, de Claude Jutra. Ça m’avait surprise parce que dans ma tête le skate c’est né fin années 1970, début 1980. Et là je vois qu’en 1964 ils font du skate à Montréal!

Je trouve que c’est une belle fonction du département créatif d’être capable de ressusciter des œuvres de l’ONF, mais de faire autre chose que simplement les rediffuser. Je pense que de remixer Devil’s Toy comme ça c’est d’y redonner une signification nouvelle. C’est un hommage que Claude Jutra probablement aimerait parce qu’il était très avant-gardiste par rapport à la technologie. Il fait partie de la vague des cinéastes du cinéma direct du début des années 1960 où ils cherchaient une manière nouvelle de faire du cinéma, du documentaire. Ils cherchaient à se débarrasser d’un certain carcan, d’un certain classicisme. Ils voulaient être plus mobiles, être dans la rue, rencontrer des gens. Ils étaient tannés du telephoto. L’interactif à l’ONF c’est un peu ça, c’est des nouvelles technologies…

devilstoyLe documentaire interactif c’est une chose, mais ce que fait le département interactif à l’ONF c’en est une autre. Ils font des œuvres web et pour moi ça s’éloigne du documentaire. Devil’s Toy c’est pas un documentaire interactif, c’est une œuvre interactive. Du documentaire classique ça reste du cinéma. Il y a deux dimensions: son, image. Et quand tu fais de l’interactif, tu rajoutes une couche: l’intervention du spectateur. Il y a quelque chose d’assez perturbant en tant que réalisateur, j’étais un peu craintive par rapport à ça. Il faut accepter qu’on n’est plus le maître absolu. Le spectateur va toujours intervenir dans ton œuvre, ce qui peut être chiant, mais si tu l’acceptes, tu peux jouer avec ça.

Le cinéma c’est un timeline, ça joue en ordre chronologique, c’est linéaire, mais avec le web tu peux défaire cette temporalité. Devil’s Toy c’est comme un quadrillé, t’as des villes, t’as des thèmes, et tu peux te promener de l’un à l’autre. L’interactif c’est aussi un symptôme de notre époque qui est beaucoup dans le déficit d’attention. On est tellement dans la rapidité qu’on zappe; tant qu’à avoir des spectateurs qui sont peu focus, qui font du multitâche sur leur ordinateur, pourquoi pas offrir du multitâche dans ton œuvre à toi.

«UN JOUET INCROYABLE»

Quand Hugues est venu me chercher pour faire un documentaire web, j’y ai demandé ce que c’était, et il m’a dit «Je sais pas, il faut l’inventer. C’est tellement le début d’un truc, qu’on peut faire ce qu’on veut.» Quand j’ai rencontré Michel Brault, avant qu’il décède, il m’a dit que, «dans le temps qu’on faisait Pour la suite du monde, et ces films-là, notre âge d’or à nous, on ne réfléchissait pas, on fonçait dans le tas, on inventait des choses – ils ont inventé la perche! Quand on faisait Les raquetteurs, on ne se disait pas: “On est en train de faire du cinéma direct, ça va révolutionner le monde”, non, on filmait des raquettes!»

Et Hugues m’a dit qu’avec le cinéma direct «on expérimente à fond, c’est un jouet incroyable, amusons-nous. On va sûrement faire des choses vraiment mauvaises, mais là-dedans on va sûrement tracer les pas d’un début de média, qui va devenir dans 20-30 ans quelque chose de beaucoup plus solide.»

Myriam Verreault en compagnie de Michel Brault - Photo : Maude Chauvin

Myriam Verreault en compagnie de Michel Brault - Photo : Maude Chauvin

COMBATTRE L’INTOLÉRANCE (AVEC IRONIE)

Devil’s Toy c’est une belle idée de remix parce que, autant que le cinéma direct fête ses 50 ans, le skate aujourd’hui a aussi 50 ans. C’est deux cultures vraiment différentes qui se suivent dans les époques, mais qui sont quand même motivées par les mêmes intentions. Le cinéma direct c’est une manière de se libérer d’une certaine autorité; l’ONF a été fondé pour faire de la propagande de guerre, des documentaires très classiques, on ne se rapproche pas des gens, avec un commentaire austère.

Je pense que le film de Jutra est construit comme une métaphore de la transformation du cinéma à son époque. Au départ, Rouli-roulant ça ressemble à un vieux documentaire de l’ONF; c’est tourné en telephoto, il filme des madames avec des chiens au loin, avec un commentaire qui ressemble à un vieux film des années 1940. Et tout d’un coup Charles Denner [le narrateur] fout le camp, on ne l’entend plus, et là c’est très cinéma direct, c’est les jeune, c’est la liberté et la mobilité.

Pour l’hommage, je savais que les autres réalisateurs étaient dans un trip de skate, ils pensaient à qu’est-ce qu’est devenu le skate aujourd’hui. Et moi c’était plus le côté cinéma qui m’intéressait. Pas tant le côté cinéma direct, mais plus le côté ironie. Claude Jutra a dédié son film à toutes les victimes de l’intolérance. Les gens pensent à «la police qui les arrête», mais pour moi c’est clair qu’il y avait plus que ça dans le message. Il a affirmé son homosexualité dans À tout prendre, dans les années 1960. À l’époque c’était courageux. Je trouvais intéressant de jouer avec l’intolérance, justement, et l’autorité, et le côté conservateur; j’ai décidé de mettre ça de l’avant plus que le côté skate.

C’est un des films de Claude Jutra les plus vus dans le monde, bien plus que Mon oncle Antoine. Il y a une côte à Westmount que les skaters appellent la «Devil’s Toy», mais ils ne savent pas pourquoi, ils ne savent pas que ça fait référence au film. J’ai tourné dans des lieux originaux, dans le parc Pratt aussi, mais j’ai rajouté le stade olympique, juste parce que je voulais qu’il y ait une marque emblématique de la ville dans le film, pour que les gens d’ailleurs reconnaissent Montréal.

UNE OEUVRE FÉMINISTE?

Les skateuses que j’avais, les skirtboarders, elles étaient super sympathiques, étaient bonnes «pour des filles», mais ça reste qu’elles ne sont pas les plus spectaculaires au monde. Je le vois pas féministe mon film, je le vois plus comme : Qu’est-ce que nous nous imposons à nous-mêmes simplement à cause des apparences. Ces filles-là, je leur demandais : C’est quoi l’intolérance en tant que skaters pour vous, et elles répondaient «On est toujours un peu victimes de railleries, c’est pas un sport de fille». Mais je n’ai jamais senti qu’elles sentaient leur féminité en jeu.

Je ne suis pas sûre qu’à Athènes ou à Johannesburg j’aurais pu faire un film comme ça avec des filles. Les Québécoises c’est probablement les filles qui s’affirment le plus. Je trouve que le film démontre bien la culture montréalaise à l’extérieur. Le message du film, d’un côté québécois, je le trouve moi-même dépassé. On s’entend que c’est pas si vrai que ça que les filles sont opprimées ici. Mais c’est pas nécessairement évident partout dans le monde. Le fait que ce soit une œuvre internationale, que ça soit vu partout, ça a plus de résonance, par exemple en Afrique qu’ici.

MAKING-OF… UN DEMI-SIÈCLE PLUS TARD

J’ai aimé faire le film-hommage, mais c’est la partie avec les artistes originaux que j’ai préféré. J’ai rencontré Werner Nold – c’est lui qui a monté Pour la suite du monde, il a fait quelque 70 longs métrages, dont pas mal tous les films de Jutra, Gilles Carle, Pierre Perreault et cie. Il était en train de monter un documentaire avec Claude Jutra à l’ONF qui s’appelle Comment savoir, qui est un super bon documentaire sur les nouvelles technologies dans l’éducation au début des années 1960. Il y avait une montagne de pellicule, ça faisait un an qu’ils montaient, et puis Claude Jutra arrive avec un skate, et dit à Werner Nold qui n’en avait jamais vu un : «Il y a des jeunes en avant de chez nous qui glissent là-dessus!».

Quand ils font dans le film original l’espèce de démonstration, oui il y a de l’ironie, mais en même temps, c’est vrai, il fallait qu’ils expliquent c’est quoi. Claude Jutra était tanné de monter, et a demandé à Werner de tourner avec lui. Ensuite ils ont demandé à Michel Brault. Ils ont emprunté une caméra sans le dire… Ce n’était pas un projet officiel de l’ONF, c’était vraiment une initiative personnelle, comme un film entre amis, pas d’argent.

Dans le film original, il y a un gars cute avec un skate sur l’épaule et du vent dans la face, il s’appelle Marc Harvey. Il est maintenant un scientifique à la retraite, un peu magané par la vie. Je l’ai appelé et il m’a dit que ça faisait 35 ans qu’il n’avait pas vu Rouli-roulant. Sur mon iPod je lui ai montré le film, et il s’est mis à pleurer. Il disait que Claude Jutra serait probablement passionné par une œuvre comme ça, lui qui était toujours en avance sur la technologie. Werner Nold m’a aussi dit ça.

C’est comme si je faisais un making-of d’un film 50 ans plus tard. Il y avait Michel Brault, Werner Nold et deux skaters. Ils avaient des souvenirs diffus, ils se contredisaient. Michel disait que c’est Werner qui a monté le film; Werner disait que c’est en fait Claude Jutra qui l’a monté. Il l’a emmené dans ses bagages les rushs de Rouli-roulant et sa table de montage portative dans sa chambre de résidence en Californie – il enseignait le cinéma à UCLA. Werner, qui est un monteur émérite, n’a même pas monté Rouli-roulant; il a filmé un peu et a fourni sa voiture…

> Consultez The Devil’s Toy Remix sur le site de l’ONF

À lire aussi :

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> À l’ouest de Pluton : participe présent
> Le petit vieux dans la petite salle de classe à St-Jérôme

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