Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Cinéma québécois’

Lundi 24 mars 2014 | Mise en ligne à 12h30 | Commenter Commentaires (10)

Quelqu’un d’extraordinaire, pour 24 heures

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Il n’y a pas de doute, Quelqu’un d’extraordinaire de Monia Chokri est le court métrage québécois le plus médiatisé depuis Next Floor de Denis Villeneuve, sorti en 2008.

Une reconnaissance qui s’est bâtie à coups de prix nationaux et internationaux (Locarno, SXSW, Saguenay, RVCQ, Jutra!), et grâce à une distribution (féminine) tout étoile que pourraient à peine se payer les projets de longs les plus prestigieux sanctionnés par la SODEC/Téléfilm. Le tout relevé par quelques ingrédients de choix comme Xavier Dolan au montage, et Josée Deshaies, la directrice photo de Bertrand Bonello et de Denis Côté, qui s’occupe de l’image.

Avec tout ça, on oublie presque de parler du film lui-même. Extraordinaire? Je n’irai pas jusque-là – c’est un qualificatif que j’emploierai davantage dans le cas de L’Ouragan Fuck You Tabarnak!, qui n’avait à vrai dire aucune chance de l’emporter face au mammouth de Chokri au gala des Jutra, mais qui est l’oeuvre sans concession d’un véritable poète trash qui refuse de quitter votre esprit – mais réussi, certainement; believe the hype!

Une sorte de plaidoyer tonique anti-hypocrisie à la réalité finement amplifiée, divertissant de bout en bout, servi par des comédiennes qui semblent franchement s’amuser et, plus encore, s’assurer de fournir leur maximum à une collègue qui entame son passage derrière la caméra.

Sarah, 30 ans, belle et intelligente, a tout pour réussir. Mais son anxiété et sa peur de ne pas être exceptionnelle la poussent à l’inertie. Un matin de janvier, après un énorme blackout, elle se réveille dans une maison de banlieue inconnue. De cet incident naîtra l’envie de se reconstruire. Pour y arriver, elle devra détruire tout ce qui l’entoure, en commençant par ses copines.

> Quelqu’un d’extraordinaire est disponible sur le site de La Distributrice, pour 24 heures seulement.

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En boni, l’autre lauréat dans la catégorie du court métrage, d’animation celui-là : Le courant faible de la rivière de Joël Vaudreuil, avec en vedette la voix de Gaston Lepage. À voir sur le site de La Fabrique culturelle. (Je vous avais présenté un autre court du cinéaste iconoclaste – et membre du groupe de musique Avec pas d’casque – en novembre 2011, l’ovni à l’humour figé, décalé, tordu, carrément fou, Un vortex dans face).

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Lundi 10 mars 2014 | Mise en ligne à 19h15 | Commenter Commentaires (22)

Villeneuve : Hollywood a beaucoup à nous apprendre

PRISONERS

L’entrevue de Denis Villeneuve à Tout le monde en parle dimanche m’a fait penser à tous ces «récits merveilleux» que les aristocrates téméraires racontaient à la cour du roi de retour d’un long voyage (en Amérique, en Asie, en Afrique), tout en captivant une audience conquise d’avance avec leurs anecdotes inédites.

Relatant son aventure américaine, le cinéaste québécois a parlé avec bonheur de la production de Prisoners, son excellent et angoissant thriller policier qui a conquis le box-office et la critique. Et puis, il m’a personnellement conquis avec un peu de tough love bienvenu, entremêlé avec un rejet rafraîchissant du cynisme de mise dans le milieu culturel d’ici par rapport à Hollywood :

Chez les Américains, faire du cinéma c’est très très sérieux, il y a quelque chose de vraiment engagé. […] Par rapport aux Américains, on n’a rien à leur envier techniquement… mais, au niveau de la scénarisation, honnêtement, moi je trouve qu’ils ont une plus grande culture de la scénarisation, ils ont plus de connaissances, ils ont plus d’expérience que nous; on a beaucoup à apprendre d’eux autres au niveau de l’écriture scénaristique.

La discussion s’annonçait fort intéressante, mais a étrangement coupé court. Le fou du roi a balayé du revers de la main les préoccupations de Villeneuve en sortant l’argument économique, avant que l’animateur ne change de sujet, au lieu de le relancer avec un logique : «Mais qu’est-ce que Hollywood peut bien apprendre aux scénaristes québécois?»

Je me garde de présumer de la réponse de l’invité-vedette à cette question hypothétique. Sa déclaration quelque peu inconfortable, mais nécessaire, m’a toutefois motivé à fouiller dans mes tiroirs à la recherche de documentations sur le métier de scénariste hollywoodien, et ainsi poursuivre la discussion, de manière aussi tangentielle soit-elle. Voici ce que j’ai retrouvé :

DAMON LINDELOF (Lost, Prometheus, World War Z)

Autant que l’oeuvre de Lindelof est synonyme d’excès à l’hollywoodienne, de surenchère d’effets spéciaux, et de pénibles acrobaties scénaristiques, force est de constater que celui avec qui les fanboys entretiennent une passionnante relation d’amour-haine sait s’exprimer avec intelligence sur l’état de son industrie. Pour preuve, cette fascinante entrevue qu’il a accordée l’année dernière à Vulture sur les «nouvelles règles» de la scénarisation.

Lindelof s’est prêté à l’exercice d’improviser le scénario d’un blockbuster estival au potentiel peu commercial : adapter pour le grand écran la ballade du héros folklorique John Henry, selon WikiPedia «l’un des plus grands “pousseurs d’acier” dans l’effort entrepris au milieu du siècle pour prolonger le chemin de fer vers l’Ouest à travers les montagnes.»

«L’histoire raconte comment, la machine supplantant de plus en plus la force humaine, le propriétaire du chemin de fer achète un marteau à vapeur pour effectuer le travail de ses équipes, en majorité des Noirs. Dans un pari destiné à sauvegarder son emploi et celui de ses équipiers, John Henry défie l’inventeur : John Henry contre le marteau à vapeur. Il gagne, mais, à l’issue du pari, sujet à une crise cardiaque, il décède.»

Voici comment Lindelof s’imagine le pitch pour un tel projet (il développe le récit avec une habileté redoutable plus loin dans l’entrevue) :

Eh bien, je pense que la première chose qui se passerait, c’est que vous vous dites que la partie fondamentale, la plus importante de l’histoire, est qu’il meurt – mais aussi qu’il est victorieux; il bat la machine. C’est le triomphe de l’esprit humain sur la technologie. Mais qui vient à un prix. Et tous les dirigeants de studio diraient: «Absolument. C’est ce que nous aimons au sujet de cette histoire». Deux ébauches de scénario plus tard, quelqu’un dirait: «Doit-il mourir»?

BRIAN KOPPELMAN (Rounders, The Girlfriend Experience, Ocean’s Thirteen)

Allergique aux gourous du scénario, et autres séminaires sur la scénarisation, Koppelman a lancé une réplique via l’application mobile Vine, intitulée Six Second Screenwriting Lesson. Une appellation qui se veut ironique, une «déclaration sur l’absurdité de toute personne qui enseigne à quiconque d’écrire un scénario», a-t-il dit en entrevue à IndieWire en janvier.

Plus qu’un conseil, le premier épisode de sa série sur Vine a pour objectif de jeter les bases de sa mission éducative moderne et anticonformiste : «All screenwriting books are bullshit. All. Watch movies. Read screenplays. Let them be your guide». Parmi les autres astuces (on en dénombre 189 à ce jour), on retient :

11. You don’t need any expert’s opinion to write your story your way. Repeat that.

27. Know this: Whatever your favorite movie is, at some point during the writing of it, the screenwriter felt completely lost.

43. Hey, if you love giant, commercial blockbusters, then that’s what you should try to write. But if you love small, personal films, write those.

65. All the emtions you think you have to suppress to get along in civilized life you can work from when you write.

94. But what if I sit down today and have absolutely nothing to write? Think of the last huge argument you had with someone and write it as a scene.

104. So what’s more important? Inspiration or discipline? Honestly? You need to use 100 percent of both.

119. I love the blue of the sky tonight and the way the yellow is kicking off the streetlamps. And I’m gonna remember it so I can use it sometime when I write a scene

131:

TONY GILROY (MIchael Clayton, State of Play, The Bourne Legacy)

Gilroy reflète le Vine initial de Koppelman dans le premier de ses «10 conseils pour écrire un blockbuster», publié en octobre dernier sur le site de la BBC :

ALLEZ AU CINÉMA : «Je ne crois pas qu’il y a quoi que ce soit que vous pouvez apprendre dans des cours ou dans des livres [de scénarisation]. Vous avez regardé des films depuis que vous êtes né. Vous avez rempli votre vie avec des récits… et de la nourriture. C’est déjà solidement ancré en vous.»

J’aime bien aussi le conseil no. 7, qui a particulièrement retenti chez l’ancien busboy en moi:

TROUVEZ UNE JOB : «J’ai passé six ans à travailler dans un bar, tandis que j’essayais d’apprendre à écrire des scénarios. Si vous voulez écrire, si vous êtes un jeune écrivain et personne ne vous connaît, trouvez une job qui vous paie un le plus d’argent pour le moins d’heures, de sorte que vous avez le plus de temps pour écrire.»

LEM DOBBS (Dark City, The Limey, Haywire)

«Edward Ford» est un titre sacré dans le milieu. Le premier scénario de Dobbs, qu’il a écrit en 1979 à l’âge de 19 ans, est largement considéré comme le meilleur scénario à n’avoir jamais été porté à l’écran. Dans ce reportage de Slate, on compare le légendaire projet maudit à rien de moins que The Great Gatsby, «cette autre grande oeuvre américaine sur le désir et l’échec».

Le récit tourne autour d’un cinéphile obsessif compulsif – il rédige des tonnes de fiches sur les films qu’il a vus, et sur son expérience en salle; il est une sorte de «IMDb analogue» – qui débarque à Los Angeles dans l’espoir de devenir acteur. Après 30 ans de tentatives, Edward Ford – tout comme Edward Ford – voit toutes les portes se refermer devant lui.

Slate révèle que des réalisateurs de la trempe de David Lynch, Terry Zwigoff et Steven Soderbergh, et des acteurs comme Woody Harrelson, John Lithgow, John Ritter, William Hurt, Crispin Glover et, tout récemment, Michael Shannon, ont tous déjà démontré leur intérêt par le passé. Mais le destin persiste dans son intransigeance : Edward Ford semble bel et bien condamné à croupir dans les limbes de la pré-production pour l’éternité.

> Le scénario à lire dans son intégralité

BEN HECHT (Notorious, His Girl Friday, Scarface)

Surnommé le «Shakespeare de Hollywood», Hecht (1894–1964) est néanmoins mort «frustré et morose», apprend-on dans ce post du New Yorker publié en octobre dernier. Il fut peut-être le scénariste le plus prolifique et le mieux payé de son époque, il n’a jamais approuvé le système qui le faisait vivre.

Dans son mémoire A Child of the Century, Hecht ne cache pas sa vive amertume pas rapport à l’industrie (sentiment partagé par Lem Dobbs, d’ailleurs, dans cette entrevue-fleuve) y allant de quelques flèches bien acérées, comme : «Un film n’est jamais meilleur que l’homme le plus stupide qui s’y rattache».

Ou : «Sur les mille écrivains se démenant dans l’industrie, il y a à peine une cinquantaine d’hommes et femmes d’esprit et de talent… Pourtant, curieusement, il n’y a pas beaucoup de différence entre le produit d’un bon écrivain et celui d’un mauvais. Ils doivent tous se mettre au pas.»

Hecht a connu le succès en 1927, vers la fin de la période du muet, dès son premier scénario officiel. Il s’agissait d’un traitement de 18 pages inspiré de son travail de journaliste aux faits divers, et qui ne présentait aucun héros vertueux, juste des méchants.

Lorsque Hecht a vu le résultat final, un long métrage de 80 minutes intitulé Underworld, il a été consterné d’apprendre que le réalisateur Josef von Sternberg «avait injecté une dose de sentimentalité en montrant un gangster donner la charité à un mendiant après avoir volé une banque». Il a demandé à ce que l’on retire son nom du générique, requête qui lui fut refusée. Quelques mois plus tard, il devint le premier récipiendaire de l’Oscar du Meilleur scénario.

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Jeudi 13 février 2014 | Mise en ligne à 0h30 | Commenter Commentaires (5)

La citation du jour

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Bien que je dise que je ne suis pas aussi cérébral que par le passé, je suis toujours totalement obsédé par la forme. Je me dois d’être en accord avec ceux qui disent que mon approche de la narration est «froide». Je ne suis pas un bon conteur, et je n’aime pas le cinéma pour sa valeur de divertissement. Je n’ai pas besoin d’être diverti quand je vais voir un film. Pour moi, le divertissement est tout ce qui se trouve à l’extérieur: la réalité est un divertissement.

C’est pourquoi mes films sont un peu secs et froids et tout semble avoir été assemblé avec une machette. Je suis désolé de dire qu’il n’y a pas assez de cœur dans ce que je fais – mais il y a tant de cinéastes dans le monde qui font tout avec leur cœur, alors pourquoi devrais-je me sentir obligé de le faire?

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Pour Vic + Flo, je me suis principalement demandé :

«Puis-je raconter une histoire allant dans cette direction – une histoire d’amour intime – et puis bang, aller dans cette autre direction et faire un film de vengeance? Ai-je le droit de faire ça? Et pourquoi devrais-je même l’essayer?»

J’aime le fait que je ne peux pas plaire à tout le monde, parce que cela signifie que j’ai essayé quelque chose. Le langage cinématographique sera toujours plus important pour moi que le divertissement.

- Denis Côté, en entrevue à Hammer To Nail la semaine dernière (le site semble malheureusement défectueux ; le lien est indisponible depuis quelques jours. J’ai glané l’extrait sur l’agrégat Movie City News).

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