L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription.
Aucune de vos activités sur Ma Presse ne sera partagée sur votre page Facebook sans votre consentement.
Accessible sur lapresse.ca, La Presse+ et La Presse Mobile, Ma Presse est votre espace personnel où sont regroupées vos activités effectuées sur l'un ou l'autre de nos produits numériques.
La sauvegarde multiplateforme
Accédez aux articles et galeries de photos sauvegardés à partir de lapresse.ca, de La Presse+ ou de La Presse Mobile.
Votre historique
Retrouvez la liste de vos activités, incluant vos sauvegardes, partages et commentaires.
Votre compte
Retrouvez vos données personnelles : profil et inscriptions aux infolettres.
Je tiens à remercier tous ceux qui se sont montrés étonnés, choqués, écœurés que Kechiche n’ait pas eu un mot pour moi à la réception de cette Palme. Je ne doute pas qu’il avait de bonnes raisons de ne pas le faire, tout comme il en avait certainement de ne pas me rendre visible sur le tapis rouge à Cannes alors que j’avais traversé la France pour me joindre à eux, de ne pas me recevoir – même une heure – sur le tournage du film, de n’avoir délégué personne pour me tenir informée du déroulement de la prod’ entre juin 2012 et avril 2013, ou pour n’avoir jamais répondu à mes messages depuis 2011. Mais à ceux qui ont vivement réagi, je tiens à dire que je n’en garde pas d’amertume. Il ne l’a pas déclaré devant les caméras, mais le soir de la projection officielle de Cannes il y avait quelques témoins pour l’entendre me dire “Merci, c’est toi le point de départ” en me serrant la main très fort.
- Julie Maroh, l’auteure du roman graphique Le bleu est une couleur chaude qui a inspiré le nouveau lauréat de la Palme d’or, a attendu aujourd’hui pour mettre cartes sur table. À lire sur son blog.
Ce qui expliquerait peut-être pourquoi Kechiche a choisi de ne pas garder le titre lyrique de l’oeuvre originale, et a opté pour le plus fonctionnel La Vie d’Adèle…
Et tant qu’à faire dans les hypothèses, le fait de ne pas avoir inclus de générique de fin serait-il un moyen pour le cinéaste de rajouter l’insulte à l’injure commise envers son équipe technique?
Après les 250 minutes qu’a durée la projection, Wesley Morris s’est levé et a applaudi, les larmes aux yeux. Il n’avait jamais applaudi pour un film dans sa carrière de critique professionnel… Et dire qu’il est passé si proche de manquer cette expérience personnelle inédite.
On peut le comprendre: il venait de passer deux heures dans une salle sombre à regarder un film morose en noir et blanc – Nebraska d’Alexander Payne – il faisait enfin beau dehors et, pour être honnête, quatre heures d’un drame de moeurs philippin réalisé par un cinéaste dont il n’avait jamais entendu parler… Mais son instinct l’a poussé vers la porte, et il s’est sagement laissé entraîner.
Le film s’intitule Norte, la fin de l’histoire, de Lav Diaz. Il a été présenté dans la section parallèle Un certain regard. Le synopsis :
Un homme est injustement emprisonné pour meurtre alors que le véritable meurtrier se déplace en toute liberté. L’assassin est un intellectuel frustré par le cycle sans fin de trahisons et d’apathie de son pays. Le prisonnier est un homme simple qui commence à trouver la vie en prison plus supportable lorsque qu’il lui arrive quelque chose d’étrange et de mystérieux.
Vous pardonnerez la tournure déclarative du titre de mon post, mais j’ai un profond respect et une confiance presqu’absolue envers l’opinion de Wesley Morris. Collaborateur à l’excellent blogue Grantland depuis le début de l’année, cet ancien critique du Boston Globe a remporté le Pulitzer en 2012. Doté d’une des plus belles plumes de la profession, ses textes représentent l’alliage idéal entre accessibilité et érudition, avec un dosage d’humour bien adéquat.
Depuis le début du festival, je lis quotidiennement son journal cannois avec un plaisir difficile à contenir. Son entrée sur Norte apparaît dans la deuxième partie de son Jour 9. Il va sans dire que je vous suggère fortement de lire l’article, tout en insistant sur un point en particulier, qui touche à l’évolution de l’identité du Festival de Cannes, et qui en inquiète plus d’un. Morris souligne en conclusion :
C’est le genre de chef-d’œuvre que la compétition principale n’a pas encore présenté, une œuvre stupéfiante sur la vie, la mort et l’art qui n’est pas crûment politique, futilement violente, ou complètement égocentrique. C’est un crime pour les réalisateurs du jury – Spielberg, Kawase, Ang Lee, Cristian Mungiu, et Lynne Ramsay – de ne pas avoir eu l’occasion de le voir. C’est le seul film que j’ai vu qui adresse leurs préoccupations cinématographiques raisonnablement divergentes. Si l’alignement de la compétition a vraiment été adapté pour leur convenir quelque peu, dans le cas de Diaz on leur a rendu un mauvais service scandaleux.
Le palmarès d’Un certain regard a été dévoilé aujourd’hui. Norte, la fin de l’histoire a été ignoré. En gros, si les applaudissements de Morris n’ont su être convertis en prix, ils auront au moins fait écho dans l’esprit de quelques cinéphiles curieux et, en cela seulement, il aura rendu un fier service au septième art.
Que serait le Festival de Cannes sans un bon vieux scandale? Un scandale salace en particulier – le premier du genre date sans doute de 1954, alors que Robert Mitchum se dandinait sur la plage avec une actrice italienne en désir d’attention à moitié nue sur la plage (elle fut renvoyée du festival et s’enleva la vie peu de temps après). Cette année, c’est au tour de François Ozon de provoquer les esprits avec une déclaration controversée, à propos des moeurs sexuelles féminines, dans le cadre de la promotion de son 14e long métrage, Jeune et Jolie, présenté en sélection officielle.
Le prolifique cinéaste français (Huit femmes, Swimming Pool), qui se réclame d’un certain cinéma de genre intello chabrolien, s’est entretenu lundi avec une journaliste du Hollywood Reporter. Le question-réponse prend une tournure conflictuelle vers le milieu de la discussion, une rare cassure avec la forme généralement proprette de ce type d’exercice mené par une publication de l’industrie.
Q : Les hommes et les femmes semblent avoir différentes réactions au film [qui raconte un an dans la vie d'une ado de 17 ans qui choisit de se prostituer].
R : Je pense que les femmes comprennent mieux le film que les hommes. Je pense que les hommes ont peur parce c’est comme : «Oh mon Dieu! Tout ça se trouve dans la tête d’une femme?». Mais je pense que les femmes peuvent vraiment se lier avec cette fille parce que beaucoup de femmes fantasment de se prostituer. Ce qui ne veut pas dire qu’elles le font, mais être payé pour une relation sexuelle est quelque chose de patent dans la sexualité féminine.
Q : Pourquoi pensez-vous que c’est un désir? Je ne crois vraiment pas que ce soit le cas.
R : Je crois que c’est le cas parce que la sexualité est complexe. Je pense que d’être un objet dans la sexualité est quelque chose de très évident vous savez, d’être désiré, d’être utilisé. C’est le genre de passivité que les femmes recherchent. C’est pourquoi la scène avec Charlotte Rampling est très importante, parce qu’elle dit que la prostitution est un fantasme qu’elle a toujours eu mais qu’elle n’a jamais eu le courage d’accomplir. Elle était trop gênée.
Q : Comment en êtes vous venu à cette conclusion qu’il s’agit d’un thème dans la sexualité féminine?
R : C’est la réalité. Vous parlez avec plusieurs femmes, vous parlez avec des psys, tout le monde le sait. Bon, peut-être pas les Américains!
Sentant le dérapage arriver à grande vitesse, la journaliste a sagement choisi de changer de sujet avec la question suivante, mais on peut deviner que ces deux-là ne deviendront pas amis Facebook de sitôt… Ozon a peut-être voulu faire dans la provoc, briser publiquement un tabou, confronter les Américains à leur puritanisme hypocrite, mais j’ai bien peur qu’il a plutôt gonflé le stéréotype du franchouillard arrogant, pervers et phallocrate.
Ses propos ont vite fait grincer des dents certaines féministes, comme le rapporte ce post de Libération, avec une petite pointe d’humour bienvenue en amont :
L’ambassade des États-Unis ne s’est pas encore offusquée de ces propos, en revanche les déclarations de François Ozon ont fait réagir Laurence Rossignol, l’une des quatre porte-parole du PS, sur Twitter : «Toutes des putes – au moins dans leur tête. Mr Ozon, pourriez vous assumer vos fantasmes et ne pas nous les attribuer?» Les Femen ont, elles, décidé de remettre «la palme d’or du connard 2013 à François Ozon». Au moins le réalisateur ne repartira pas de Cannes les mains vides.
De la porno numérique
Pour demeurer dans la thématique du scandale cannois et de la sexualité inconfortable, je propose de passer du côté de Nymphomaniac, le projet très attendu et potentiellement explosif de Lars Von Trier, qui se penche sur «la vie érotique d’une femme depuis l’âge de zéro jusqu’à 50 ans». Le mauvais garçon danois, banni de la Croisette en 2011 en raison de son infâme tirade pro-Hitler, est en train d’apporter les touches finales à son diptyque, qui aura sa première mondiale dans son pays natal aux alentours de Noël.
The Hollywood Reporter (encore) a croisé lundi une de ses productrices, Louise Vesth, qui a révélé des détails intéressants sur la conception du film. Grand cas a été fait au cours de la dernière année autour des scènes de sexe «totales» qui seraient interprétées par des vedettes, notamment Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Shia LaBeouf et Uma Thurman. Ce ne sera finalement pas tout à fait le cas. Vesth a dit que la technologie jouera un rôle inédit dans les ébats à l’écran :
«Nous avons filmé les acteurs qui prétendent avoir du sexe et ensuite nous avons eu recours à des doublures, qui avaient réellement du sexe, et en post-production nous avons superposé numériquement les deux. Donc, au-dessus de la taille ce sera la vedette, et en-dessous de la taille ce seront les doublures».
La productrice, qui a commencé à collaborer avec LVT à partir de Manderlay (2005), a affirmé que le réalisateur allait utiliser des éléments graphiques expérimentaux dans ses deux films, comme la double exposition et l’imposition de mots et de symboles par-dessus l’action dans le cadre de sa narration. Un acheteur qui a vu des séquences préliminaires a dit de cette technique qu’elle était «révolutionnaire… comme rien que j’ai jamais vu».
Louise Vesth espère que LVT va briser le silence public qu’il s’est imposé depuis le scandale à Cannes. «Lars a tout mis là-dedans. Ça parle de religion, de Dieu, de philosophie. Il y a tant de chose à dire sur ce film. J’espère qu’il change d’avis et commence à donner des entrevues de nouveau». Elle n’est pas la seule.