Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Batman’

Jeudi 9 octobre 2014 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (17)

De la valeur du super-héros made in USA

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Le plus hollywoodien des genres vit semblerait-il une certaine crise d’identité. En effet, l’alignement des super-héros modernes est loin de susciter une quelconque ferveur patriotique.

Le plus américain des justiciers en spandex, Superman, est britannique (Henry Cavill). Idem pour le plus fameux des Batman, Christian Bale. Son adversaire le plus notoire, le Joker (Heath Ledger), était australien, tout comme Thor (Chris Hemsworth). Parlant du dieu du tonerre, son demi-frère, et principal antagoniste du MCU, Loki, est né à Londres (Tom Hiddleston). On sauve à moitié la mise avec le nouveau Spider-Man, Andrew Garfield, qui détient la double nationalité (britannique et américaine). Ah oui, et n’oublions pas notre propre fierté nationale, Ryan Reynolds, qui a eu la fâcheuse idée d’enfiler le costume de Green Lantern…

Ceci dit, l’origine d’un acteur importe-t-elle à ce point? L’essence-même de la profession n’est-elle pas justement la simulation? Peut-être, mais on n’allait pas prendre cette chance avec Captain America, alors qu’une clause stipulait que le rôle-titre devait être assuré par un indigène. Le casting s’est étiré sur des mois, avant que le Bostonien Chris Evans n’accepte à reculons. Son sidecick, le Roumain Sebastian Stan, aurait été le favori d’une partie de la production, et il pourrait même hériter du fameux bouclier dans le troisième chapitre de la série.

Heureusement pour les plus chauvins parmi les cinéphiles, il y a Ben Affleck pour ramener un peu d’équilibre dans le super-univers. Une situation qui a de quoi ravir le général Swarnick. Harry Lennix, qui reprendra son rôle dans Batman v Superman, a vanté son compatriote hier en entrevue radiophonique :

Je pense qu’il va être parfait. Je suis particulièrement heureux que nous avons un acteur américain ici, ce qui est de plus en plus rare. Le dernier gars, qui a fait un excellent travail, Christian Bale – est britannique. Je pense que quand vous avez quelqu’un qui n’a pas à agir comme s’il était américain, et qui incarne cette philosophie, si vous voulez, alors ça lui donne une longueur d’avance.

Pas sûr que Lennix et Cavill partageront beaucoup de repas à la cafétéria pendant le tournage du film de Zack Snyder… Mais plus sérieusement, s’il est vrai qu’un Américain a «une longueur d’avance» sur un acteur étranger pour incarner un super-héros, qu’est-ce qui explique alors tous ces récents choix de casting? Un article publié par Vulture en 2011, qui a recueilli les témoignages d’agents d’acteurs et de directeurs de casting, a identifié trois raisons :

1 – La télévision. Beaucoup de candidats potentiels sont pris par de longs engagements au petit écran. Joe Manganiello et Matthew Bomer avaient été pressentis pour le rôle de l’homme d’acier, mais ils étaient occupés par leurs séries (True Blood et White Collar, respectivement). Qui plus est, les studios recherchent des acteurs qui ne sont pas associés à des brands reconnus. «Les jeunes ne sont pas aussi dupes qu’avant. Ils vont dire, “Oh, c’est ce type de Gossip Girl!” ou “C’est la fille de The O.C.!”».

2 - Manque de prestige. Des acteurs de talent qui ont le look du super-héros, comme Ryan Gosling, voient dans le genre «des romans-savon pour garçons». Par ailleurs, «depuis l’ascension de la télé-réalité», de nombreux jeunes acteurs ne sentent plus le besoin de perfectionner des techniques d’interprétation pointues. Par conséquent, ils n’ont pas cette habileté de nous faire croire au côté farfelu de cet univers fictif particulier, tout en maintenant une vulnérabilité humaine qui permet l’identification avec le spectateur.

3 - Les Américains ne sont pas assez virils. Il s’agit du facteur le plus important selon les personnes interviewées dans l’article (hommes et femmes). Voici quelques citations :

Je crois qu’il y a eu une certaine féminisation du mâle américain. En conséquence, il y a beaucoup de «fils à maman». Les enfants sont élevés comme des veaux. Nous avons peur de les laisser jouer au soccer. Ce type d’éducation adoucit ce que nous sommes habitués à voir sur l’écran. Les hommes américains ne sont pas des hommes à l’écran. [...]

Là-bas, ils sont toujours élevés comme des hommes. Heath Ledger était un vrai homme. Des gars comme Henry Cavill, il y a une masculinité limpide pour eux. Mais à cause de la prédominance des années soixante et du mouvement des femmes ici, les gars en Amérique parlent de leurs «sentiments» beaucoup plus que ne le font les gars en Nouvelle-Zélande, en Australie ou en Irlande. [...]

Les enfants qui veulent faire du théâtre, ou étudier l’art dramatique, eh bien, ils sont immédiatement étiquetées «mauviettes» ou pire, «pédés». Tandis que, au Royaume-Uni, ce n’est absolument pas le cas. Il n’est pas considéré comme bizarre de faire du théâtre ET de jouer au soccer là-bas, ou de chanter ET de jouer au rugby. Donc, du moment que quelques-uns des gars américains les plus beaux et robustes qui ont, disons, été mannequins, décident qu’ils sont peut-être intéressés à devenir acteurs, il est trop tard. Les gars britanniques ont eu tellement plus de formation, que ce n’est même plus un combat loyal. Nos gars n’ont aucune chance.

Pour revenir à Batman v Superman, Affleck tient à rassurer les fans au-delà de son certificat de naissance. En entrevue à NPR samedi dernier, il a dit être bien au fait que sa dernière tentative costumée était un ratage, avant d’ajouter que son nouveau film a été conçu à l’aide d’une demi-expertise dans le genre (est-ce supposé être une bonne chose?).

En effet, j’ai des regrets à propos de Daredevil (2003), comme pour tous les films sur lesquels je n’ai pas fait du bon boulot. Vous voyez, si j’apprenais qu’un remake était en préparation, je serais le premier à faire un piquet de grève. [...] Batman a été écrit par Chris Terrio, qui a écrit Argo, et qui n’est pas un gars de comics. Et c’est réalisé par Zack Snyder, qui est une sorte de styliste visuel incroyablement magique qui est ancré dans le monde des comics. Vous avez donc se sandwich de talents. Je suis très confiant.

Pour finir, passons du futur Batman au Batman cinématographique original, Michael Keaton. L’acteur de 63 ans est en train de faire une tournée médiatique pour promouvoir Birdman d’Alejandro González Iñárritu, qui est, si je comprends bien, une sorte de méditation méta sur le rôle emblématique de son protagoniste. En entrevue à Entertainment Weekly, il a offert une intrigante réflexion sur son héritage :

Chris Nolan est très bien, mais je n’ai vu aucun de ses Batman jusqu’à la fin. Je sais qu’ils sont bons. Je n’ai juste aucun intérêt pour ce genre de films. Je veux dire, les gens me demandent «Est-ce que Ben Affleck va être bon?». Et mon attitude est, tout d’abord, pourquoi le demander à moi? Deuxièmement, il va probablement être très bon. Et troisièmement, franchement, tout est mis en place maintenant afin que vous soyez en quelque sorte bizarrement rassurés. Une fois que vous entrez dans ces costumes, ils savent vraiment quoi faire avec vous. C’était difficile avant; ce n’est plus si difficile maintenant.

«Bizarrement rassurés» (weirdly kind of safe). Un constat très curieux, mystérieux, mais qui au bout du compte sonne si vrai, si triste. Mémo aux dirigeants de studios friands de crossover : Batman v Birdman, ça vous dirait?

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Mardi 24 juillet 2012 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (86)

Batman ne porterait pas le carré rouge

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«Si The Dark Knight Rises est un film fasciste, c’est un grand film fasciste…»

- Andrew O’Hehir, critique de Salon

Avant même que le troisième volet de la trilogie Batman de Christopher Nolan ne prenne l’affiche, il avait déjà pris une tournure politique. La semaine dernière, l’animateur de radio d’extrême droite extrêmement populaire Rush Limbaugh a clamé que le film constituait une attaque envers Mitt Romney, considérant que le nom du méchant, Bane, est l’équivalant phonétique de la compagnie d’investissement qu’avait dirigée le candidat présidentiel républicain, Bain Capital. Quelques heures après l’accusation, le co-créateur du terrifiant personnage masqué, Chuck Dixon, a réagi en assurant qu’une telle chose était farfelue, puisqu’il est lui-même un conservateur pur et dur. Si personnification de Romney il y a, elle prend les traits du chevalier noir. Batman est un héros de la droite. Voyons voir pourquoi.

The Dark Knight Rises est un drôle de phénomène: un divertissement ultra populaire qui glorifie le 1% au détriment du 99%. Certains d’entre vous allez dire : «Quelle foutaise, ce n’est qu’un film de super-héros, au diable l’analyse socio-politique». Mais ce n’est pas si simple. Depuis qu’il a pris les rennes de la franchise, Nolan s’est efforcé d’y donner une saveur plus réaliste, d’user des codes de la bande-dessinée afin d’illustrer de manière hyperbolique «les choses qui nous préoccupent ces jours-ci», comme il l’a récemment confié en entrevue.

Rappelons-nous que The Dark Knight avait eu la distinction d’être le premier film de super-héros à être débattu dans les pages d’opinion de quotidiens aussi sérieux que le New York Times et le Wall Street Journal. La publication de Rupert Murdoch a même fameusement comparé Batman à George W. Bush : «Comme W., Batman est vilipendé et méprisé parce qu’il confronte les terroristes dans les seules termes qu’ils comprennent. Comme W., Batman doit parfois pousser les limites des libertés civiles pour résoudre une urgence…»

Dans The Dark Knight Rises, Nolan récupère les thèmes de la crise économique, et son utilisation de la métaphore est moins subtile que jamais. Bane, le principal antagoniste, avec son gabarit imposant et son accoutrement d’ouvrier, ressemble à une caricature du héros prolétaire soviétique. Après avoir bombardé la moitié de Gotham, vidé les prisons, emmuré tous les policiers dans un tunnel, et fusillé des courtiers de Wall Street sur le plancher de la bourse, il lance un appel au peuple : «Gens de Gotham, prenez le contrôle, prenez le contrôle de votre ville. Faites ce qu’il vous plaît». Les 99%, assoiffés de vengeance, procèdent à saccager les appartements luxueux de la 5e Avenue, jettent leurs propriétaires à la rue, réclament «leur dû». On instaure un tribunal populaire, la salle prenant les airs ici d’un terrible cauchemar kafkaïen, avec un juge cliniquement fou proposant aux condamnés deux alternatives équivalentes : «La mort, ou l’exil (qui signifie la mort)».

C’est le retour de la Révolution française et de la Terreur. Comme plusieurs l’ont noté, Bane est la réincarnation de Robespierre à l’ère du terrorisme. Les plus vicieux pourraient voir en lui un avertissement des conséquences d’une gauche extrême au pouvoir, mais le propos de Nolan est plus nuancé: Bane n’est pas un révolutionnaire, mais un nihiliste opportuniste. Son objectif suprême est de réduire la ville (le monde) en poussière. Et ce, à l’aide d’une arme nucléaire dont la détonation n’est possible que grâce à une puissante machine conçue pour générer… de l’énergie verte.

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Comme l’a dit Nolan à Rolling Stone, son film peut donner lieu à diverses interprétations, dépendamment de l’affiliation politique du spectateur. Cela est peut être vrai, mais force est de constater que, pour le moment, c’est la droite qui domine de façon écrasante la bat-discussion (exemples ici, ici, ici et ici). Les publications de gauche, quant à elles, baissent les bras. Voici la conclusion d’un article du Guardian :

The Dark Knight Rises contient une vision audacieusement capitaliste, radicalement conservatrice, radicalement justicière [au sens de vigilante], qui propose de façon sérieuse, frémissante, que les souhaits des riches doivent être défendus s’ils disent qu’ils veulent faire du bien. Mitt Romney serait ravi.

Le critique de Salon, Andrew O’Hehir, va encore plus loin :

Ce n’est pas une exagération de dire que l’univers de The Dark Knight Rises est fasciste (et je ne suis pas en train de lancer des injures, ou en train de dire que Nolan a des affinités nazies). C’est simplement un fait. Le scénario de Nolan pousse la légende de Batman à son extrême logique, la vision de l’histoire humaine comprise en tant que lutte entre volontés individuelles supérieures, une conte d’héroïsme et de sacrifice symboliques opposés la corruption désespérée de la société.

Enfin, Ross Douthat, le chroniqueur conservateur en résidence du New York Times, offre une analyse plus sobre :

[Nolan] tente simultanément de reconnaître les injustices du régime en place tout en suggérant que les alternatives révolutionnaires et anarchistes seraient bien pires. À travers toute la trilogie, ce qui sépare Bruce Wayne de ses mentors du League of Shadows n’est pas une croyance dans la bonté de Gotham; c’est une croyance qu’un ordre compromis vaut toujours la peine d’être défendu, et que des choses plus sombres que la corruption et l’inégalité s’ensuivraient si l’on brûlait cet ordre. C’est un message conservateur, quoique pas un qui est triomphalement capitaliste.

S’il y a un message qui est clair, net et précis dans The Dark Knight Rises, c’est bel et bien le respect envers la loi et l’ordre. Et lorsque ces derniers sont compromis, ils nécessitent un boost portant une cape noire et des oreilles de chauve-souris. Nolan peut clamer la neutralité tant qu’il veut, mais le fait est qu’il n’a pas pris la peine de présenter un portrait «balancé» des forces en présence. On veut bien que les membres du 99% qui se joignent à la résistance de Bane soient des victimes qui se sont fait manipuler, mais le film ne leur donne jamais une voix, ne serait-ce qu’à travers un personnage de soutien. Ils n’ont jamais l’occasion de se défendre, de montrer la complexité de leurs motivations. Ce n’est pas le cas avec les policiers et leur porte-parole, Blake, le protagoniste le plus vertueux du film. Ces derniers sont des héros absolus; lors du dernier acte, lorsqu’ils se rendent en masse vers le champ de bataille, leur procession est filmée avec une telle gravité qu’ils sont enduits d’une dignité quasi-religieuse. Et quand la violence se déclenche, Nolan applique avec éloquence l’imagerie du débarquement de Normandie afin de souligner au crayon gras leur sacrifice surhumain.

Des policiers élevés au rang de saints, un milliardaire qui sauve le monde, une énergie verte destructrice, le mouvement Occupy Wall Street vilifié – contrairement à Tim Burton, qui s’est inspiré de la période kitsch des Batman vus dans les BD et la télé-série des années 1960, Nolan s’est basé sur le travail beaucoup plus sombre et réaliste de Frank Miller, qui s’est brièvement (mais avec grand succès) approprié la série en 1986 et en 2001; à noter que le fameux bédéiste a qualifié les Occupiers de «voyous, voleurs et violeurs» – ; voir The Dark Knight Rises dans le contexte du conflit étudiant suscite forcément un parallèle avec le Printemps Érable et le climat social de diabolisation mutuelle. J’imagine le malaise de certains manifestants québécois qui, après la séance, se regardent et conviennent en choeur à une conclusion évidente : «Batman ne porterait pas le carré rouge». J’imagine aussi Jean Charest qui sort du cinéma, scrute des yeux le ciel nocturne, espérant y trouver le bat-signal qui symboliserait une fois pour toutes sa délivrance.

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Lundi 16 juillet 2012 | Mise en ligne à 20h45 | Commenter Commentaires (12)

The Dark Knight Rises : premières critiques élogieuses

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L’embargo a été levé lundi matin; les premières critiques du film le plus attendu de la décennie ont été publiées. Et elles sont pour la plupart dithyrambiques.

Selon l’agrégat Metacritic, Time, Empire, The Hollywood Reporter, Variety, Rolling Stone et The Guardian, toutes des publications réputées, ont accordé des notes très positives (entre 80 et 100%) au troisième et dernier chapitre de la bat-saga de Christopher Nolan.

Je ne veux pas trop m’attarder là-dessus (je n’ai pas lu les critiques), puisque je veux voir le film «à froid» autant que possible. J’y reviendrai bien sûr en détail au début de la semaine prochaine.

Pour ceux qui seraient trop curieux, mais qui craignent toutefois les spoilers, vous pouvez consulter cette brève revue de presse traduite et compilée par Première. (Ou en anglais sur SlashFilm).

Enfin, si vous l’avez manqué, voici le reportage promotionnel de 13 minutes, mis en ligne la semaine dernière. Via Empire.

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