
Vingt ans après avoir fait d’un policier l’un des personnages les plus vils et débauchés de l’histoire du cinéma dans l’inoubliable Bad Lieutenant, Abel Ferrara semble nous remettre ça avec un portrait plus grotesque que nature d’une autre figure d’autorité, un homme politique cette fois-ci : l’infâme Dominique Strauss-Kahn.
L’odyssée new-yorkaise suicidaire de l’ex-patron du FMI et ex-favori à la présidentielle française, dépeinte un premier temps par un corps médiatique boulimique de scandale politico-sexuel stratosphérique, prendra à travers la lentille lyrico-trash du cinéaste la forme d’une sublime plongée dans l’enfer existentiel d’un homme dévoré par sa propre addiction au pouvoir.
Si Ferrara est capable de peindre plus noir que noir, il n’est cependant pas un moralisateur. Et, malgré sa propension au nihilisme, son obsession relative aux notions de culpabilité et de rédemption chrétienne permet d’offrir à ses personnages (du moins, les rares qui survivent) une porte de sortie, aussi étroite soit-elle.
DSK ne le sait peut-être pas encore, mais il a peut-être trouvé en Ferrara un improbable allié. Pourvu qu’il ait une ouverture d’esprit artistique significative…
Si le mariage entre sujet et cinéaste semble a priori idéal, il en va de même entre sujet et interprète. Comme le dit avec justesse Thierry de Cabarrus dans un article publié dans Le Nouvel Observateur :
Car Dominique Strauss-Kahn est devenu (avec Cahuzac et peut-être bientôt Guéant) sans aucun doute l’un des personnages français les plus méprisés, mais aussi les plus détestés de la classe politique française. Pourtant, chacun lui reconnaît toujours des qualités exceptionnelles, son charisme, bien sûr, mais aussi son expertise dans le domaine de l’économie.
Gérard Depardieu n’a rien à lui envier pour ce qui est de son divorce avec les Français depuis ses déclarations irresponsables et son exil à la fois politique et fiscal. Pourtant, chacun rend hommage à ses talents extraordinaires de comédien.
Si l’on ajoute que Depardieu l’a dit et répété : il déteste DSK et c’est justement parce qu’il ne l’aime pas qu’il peut jouer son personnage, quitte à ne pas se faire payer, la boucle est bouclée : Depardieu et DSK se ressemblent et, dans “Bienvenue à New York”, deviennent sans doute interchangeables au point de faire naître un vrai malaise.
Dans le rôle d’Anne Sinclair, femme et argentière fidèle de DSK à l’époque du scandale, on retrouve Jacqueline Bisset, beauté fatale qui nous a fait rêver dans Bullitt avec Steve McQueen ou La nuit américaine de François Truffaut. Elle a pris la relève d’Isabelle Adjani, qui s’est désistée en raison d’une production à son avis trop mal organisée, dénonçant par la suite la «curie» de l’entreprise.
La bande-annonce de Welcome to New York a été mise en ligne aujourd’hui. À noter qu’elle n’est pas propice à un visionnement au bureau! La date de sortie n’est pas encore connue (les films de Ferrara ont perdu la faveur des salles sombres au cours de la dernière décennie). Mais la promotion va bon train : une affiche a été montée sur une terrasse face au palais du Festival de Cannes, ce même festival au cours duquel a éclaté l’affaire Sofitel, il y a deux ans presque jour pour jour.
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