Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Bande-annonce’

Vendredi 29 mai 2015 | Mise en ligne à 14h30 | Commenter Commentaires (8)

David Foster Wallace : un long et un court

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David Foster Wallace était le Kurt Cobain de la littérature; une voix tourmentée, complexe, prodigieuse, racontant le malaise de son époque avec une bonne dose d’humour noir et d’ironie – et beaucoup de notes de bas de page! Son oeuvre principale, Infinite Jest (une brique qui met notamment en scène des Québécois séparatistes aux visées terroristes), a été élue par le magazine Time comme l’un des 100 meilleurs romans du siècle dernier. Malheureusement, tout comme le chanteur de Nirvana, DFW nous a quittés prématurément, alors qu’il n’avait que 46 ans, s’enlevant la vie en septembre 2008,.

Wallace était un essayiste prolifique, abordant une kyrielle de sujets dont la science, les mathématiques, le tennis, le talk radio, la dépression, le XXX, le 11-Septembre, la campagne de John McCain en 2000, la cuisson du homard… Et également le cinéma, comme en fait foi son légendaire reportage sur le tournage de Lost Highway, intitulé David Lynch Keeps His Head, et publié dans le magazine Premiere en 1996. Voici un extrait :

La première fois que je vois le vrai David Lynch sur le plateau de tournage de son film, il urine sur un arbre. C’est le 8 janvier au Griffith Park de L.A. où une partie des scènes d’extérieur de Lost Highway sont tournées. Il se tient dans les broussailles hérissées à l’écart du chemin entre les loges mobiles et le plateau, urinant sur un pin chétif. M. David Lynch, un prodigieux buveur de café, urine apparemment fort et souvent, et ni lui ni la production ne peuvent se permettre le temps que je prendrais pour courir le long de la longue série de loges vers les toilettes à chaque fois qu’il en ressentirait le besoin. Donc mon premier (et généralement typique) aperçu de Lynch est de dos, et (naturellement) à distance. L’équipe de Lost Highway ignore largement cet acte public de Lynch, et ils l’ignorent de manière plutôt relaxe que tendue, comme l’on ignore un enfant qui urine en plein air.

FUTILITÉ AMUSANTE :

Comment est-ce que les gens du milieu appellent-ils la caravane qui loge les toilettes: le Honeywagon.

En 2005, DFW a livré un discours dans le cadre d’une remise de diplômes, au Kenyon College, en Ohio. Il s’agit d’une vision quasi-dystopique de la vie post-graduation, qui commence par cet énoncé (qu’il qualifie tout de suite après de «platitude») : «Les réalités les plus évidentes, les plus importantes, sont souvent celles qui sont les plus difficiles à voir et à discuter». L’intervention de Wallace a duré un peu plus de 20 minutes, et peut être écoutée dans son intégralité ici.

En 2013, The Glossary, une boîte de production basée à Los Angeles, a traduit visuellement une portion de neuf minutes du discours, baptisé This is Water. Les réalisateurs du court métrage ont affirmé en entrevue à AdWeek qu’«en tant que membres d’une génération qui est souvent désignée comme Génération Moi, nous nous sommes rendus compte que ce message a carrément changé notre façon de voir la vie d’une manière qui va au-delà du conseil typiquement cliché, et qui est en fait fort utile».

Leur film a été un succès monstre, comptabilisant des millions de vues en quelques jours, avant d’être retiré du web pour des questions de droits d’auteur. Ces problèmes ont semble-t-il été résolus puisque la vidéo a été remise en ligne un an plus tard :

Fin juillet, début août, prendra l’affiche le long métrage The End of the Tour. Présenté en première au Festival de Sundance, en janvier, le film de James Ponsoldt (Smashed, The Spectacular Now) a été couvert d’éloges. La performance de Jason Segel dans la peau de DFW a été particulièrement saluée.

Le film raconte la relation entre l’auteur et David Lipsky, journaliste au Rolling Stone, qui suit Wallace pendant la tournée de promotion de son roman Infinite Jest. Un road trip de cinq jours que Lipsky a relaté dans son livre acclamé Although of Course You End Up Becoming Yourself, publié en 2010. La bande-annonce a été mise en ligne mercredi :

> À lire : 30 essais de David Foster Wallace

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Lundi 11 mai 2015 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (7)

La bande-annonce, un art du conformisme

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«Pour que les gens vous écoutent, vous ne pouvez plus simplement les taper sur l’épaule. Vous devez les frapper avec une massue, puis vous remarquerez que vous avez leur attention la plus stricte». Ce sont là les sympathiques paroles de John Doe, le tueur en série dans Seven. Une évaluation des rapports sociaux qui a essentiellement été récupérée par les dirigeants marketing du monde du cinéma.

Selon un sondage publié en 2013, les bandes-annonces représentent la principale cause qui incite les gens à se déplacer dans les salles sombres (48%), suivies de près par les recommandations personnelles (46%). Un ami va peut-être taper le sien sur son épaule afin de lui parler d’un film génial qu’il a vu en fin de semaine, mais la b-a va s’assurer de lui asséner un coup de massue sensoriel. Ou, plus précisément, remplir ses oreilles avec l’inéluctable et redoutable «braaam!!».

Popularisées par Inception, ces notes lourdes et basses, qu’un récent papier du Hollywood Reporter décrit comme «une corne de brume sur stéroïdes», sont devenues l’emblème des bandes-annonces de blockbusters des six dernières années. Le fameux braaam est aujourd’hui un tel icône auditif, qu’une dispute est en train de se former à propos de son véritable géniteur.

> 10 exemples à écouter ici.

D’après l’enquête du HR, le compositeur d’Inception, Hans Zimmer, clame être «le parrain des braaams». Le scénario demandait «des tons musicaux bas de gamme, massifs, qui sonnent comme des cornes lointaines». Il y est parvenu en plaçant «un piano au milieu d’une église et en mettant un livre sur la pédale, avec les cuivres jouant dans la résonance du piano. Et puis j’ai ajouté un peu de sottises électroniques».

Mais un collègue de Zimmer sur le film de Christopher Nolan assure que le compositeur acclamé s’est en fait basé sur les effets sonores du premier teaser d’Inception, qu’il a eu le mandat de concevoir. Mike Zarin affirme n’avoir eu qu’un seul élément visuel – Leonardo DiCaprio à bord d’un train à grande vitesse – comme source d’inspiration. Il a donc embarqué dans un métro, et a été captivé par les grondements des wagons glissant sur les rails, qu’il a converti en ponctuations auditives.

Enfin, pour Zack Hemsey, qui a composé la deuxième bande-annonce d’Inception, il est futile d’essayer d’identifier l’inventeur des braaams. «Ils sont une formule musicale, une technique qui a été utilisée à travers l’histoire de la musique». À la différence de Zimmer et Zarin, Hemsey a incorporé le braaam dans une composition à part entière, intitulée Mind Heist, qui a été reprise dans plusieurs b-a, dont celles de Selma et d’Insurgent. Selon le Hollywood Reporter, il s’agit de la version la plus satisfaisante, et évoque «la finale d’une cantate de Carl Orff».

Les braaams et leurs variantes sont symptomatiques d’une industrie qui craint de plus en plus l’originalité, pensant que le grand public recherche avant tout le confort du conformisme, et rejette la découverte de l’inconnu. C’est dommage, parce que l’art de la bande-annonce a connu une évolution fulgurante; il y a quelques décennies à peine, elles consistaient en un résumé linéaire et redondant qui présentait le récit du film en entier, ou presque.

Paradoxalement, malgré le développement, dans la sphère des b-a, de techniques narratives qui sont maintenant davantage éclatées et énergiques – et beaucoup moins friandes de spoilers – les bandes-annonces contemporaines semblent néanmoins toutes raconter exactement la même histoire, comme le démontre ce montage de Red Letter Media :

Un jour ou l’autre, le son d’Inception devra céder sa place à une autre massue auditive.

Carrie Gormley, qui a créé un proto-braaam dans la b-a de District 9, parle de nouvelles tendances, comme «des pulsations qui semblent vraiment immenses, mais qui ne sont pas des cornes», qu’on a pu entendre dans la b-a du nouveau Mission: Impossible ; ou les «power-downs», qui accompagnent souvent les scènes au ralenti, et qui tirent leur origine de la culture dubstep.

On retrouve également les «explosiondrums» (tambours d’explosion), terme inventé par l’équipe du site humoristique Cracked, qui est décrit comme «un tic nerveux continu», qu’on retrouve en première place dans ce Top 5 des lieux communs dans l’univers de la b-a.

À lire aussi :

> «Dans un monde»… L’histoire des bandes-annonces
> La business des bandes-annonces
> Les bandes-annonces en révèlent-elles trop?
> Tous les «films de prestige» en une bande-annonce

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Mercredi 22 avril 2015 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (7)

Contes (pas) pour tous…

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Dans Tale of Tales, John C. Reilly se trouve à mille lieues des pitreries auxquelles il nous a habituées grâce à ses collaborations avec Will Ferrell et cie. Après avoir récemment revu coup sur coup Walk Hard et Step Brothers, mon cerveau a eu un peu de difficulté à s’ajuster à la vue de cet acteur hautement polyvalent accoutré d’un costume royal antique, crachant du sang, et caressant un coeur géant qui bat, dans la bande-annonce la plus hallucinante de l’année.

Reilly fait partie de la distribution du nouveau long métrage de Matteo Garrone, intitulé Il racconto dei racconti dans sa version originale (quoiqu’il s’agit du premier film en langue anglaise tourné par le cinéaste italien). Il sera épaulé par Salma Hayek, qu’on voit à sa gauche dans la photo ci-dessus, ainsi que par Vincent Cassel, Toby Jones, Stacy Martin, Shirley Henderson et Alba Rohrwacher, soeur de Alice, qui a mis la main sur le Grand Prix au Festival de Cannes l’an dernier pour Le meraviglie.

Ce même prix, Garrone l’a emporté pour ses deux précédentes oeuvres : Reality (2012) et Gomorra (2008). Tale of Tales sera son troisième film à concourir dans la sélection officielle à Cannes. Il s’agit d’autre part d’une volte-face esthétique pour le réalisateur de 46 ans, reconnu pour son approche naturaliste.

Cette adaptation baroque du recueil de contes éponyme de l’écrivain italien du 17e siècle Giambattista Basile est décrite par Garrone comme «une fantaisie avec des éléments d’horreur». Mais si, dans la forme, le film semble jurer avec le reste de sa filmographie, il ne diverge pas dans son propos, a assuré le cinéaste en entrevue à Variety en mai dernier :

Parmi mes films, L’embaumeur, ou Primo amore ou même Gomorra, et aussi Reality, tous avaient des éléments se rapportant aux fables. Peut-être que dans ces cas-là j’ai pris mes repères à partir de la réalité afin de les transfigurer dans des dimensions fantastiques, ou oniriques. Tandis que cette fois-ci je fais l’inverse : j’ai pris des situations se rapportant aux fables, et je les ai transformées en quelque chose de plus réaliste et crédible. Toutefois, c’est la première fois que je m’aventure en territoire surnaturel et que je joue avec la magie.

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Avec un budget estimé à 14,5 millions $, Tale of Tales est de loin le plus ambitieux des films de Garrone. Le tournage s’est déroulé sur une période de quatre mois dans plusieurs régions en Italie. L’objectif était de filmer dans des lieux naturels «qui ressemblent à des décors de studio», afin d’appuyer le thème de la confusion entre le réel et l’irréel. La direction de la photographie a d’ailleurs été signée par le vétéran Peter Suschitzky, collaborateur attitré de David Cronenberg, qui connaît une chose ou deux sur la création d’univers hors norme (il a notamment été DP sur The Empire Strikes Back).

Avec l’arrivée en force des projets de remakes en prises de vues réelles de plusieurs classiques d’animation de Disney, Tale of Tales se pose comme un contre-poids à la version fleur bleue de tous ces contes qui, à la base, étaient bien plus brutaux que ce que le studio aux grandes oreilles ne laisse entendre. À propos, Giambattista Basile fut le premier scribe à coucher sur papier les récits de Cendrillon ou de La Belle au bois dormant; des adaptations contenant des princes pas si charmants, et des fins pas si heureuses…

L’intrigue de Tale of Tales porte sur trois dynasties de familles nobles. Garrone précise à Variety qu’il a vraiment «connecté» avec l’esprit des contes de Basile, vantant «leur ironie et leurs aspects sombres». Il poursuit : «Les histoires que nous avons choisies sont fascinantes parce qu’elles sont si modernes, si contemporaines. Elles contiennent une aspiration à la jeunesse et à la beauté physique, la souffrance d’une femme prête à tout pour avoir un enfant, le conflit des générations, la lutte pour le pouvoir».

Voici la fameuse bande-annonce, qui ne sera certainement pas du goût de tous. On se doit néanmoins d’apprécier que les images baroques, dont certaines sont carrément grotesques, soient si savamment contrebalancées par la douce Pavane de Gabriel Fauré.

Mis à part Tale of Tales, il y aura au moins un autre film inclus dans la sélection officielle à Cannes qui pourra prétendre au statut d’oeuvre la plus iconoclaste de la compétition.

Il s’agit de The Lobster du cinéaste grec Yórgos Lánthimos (Dogtooth, Alps), mettant également en vedette John C. Reilly, dans le rôle de «l’homme qui zézaie», ainsi que Colin Farrell, Ben Whishaw, Léa Seydoux et Rachel Weisz. Comme dans le cas de Garrone, il s’agit pour son réalisateur d’un premier film tourné en langue anglaise.

Cette comédie romantique des plus intrigantes est décrite comme une «histoire d’amour non-conventionnelle située dans un futur dystopique», dans lequel «des personnes ordinaires sont arrêtées et enfermées dans un hôtel glauque où elles doivent trouver un partenaire en moins de 45 jours, faute de quoi elles se voient transformées en animal».

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