Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Bande-annonce’

Jeudi 5 novembre 2015 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (2)

Une comédie grecque dans les quartiers durs de Chicago

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Spike Lee sans controverse ne serait pas Spike Lee. Comme de fait, son plus récent projet a créé des remous avant même le début de son tournage, qui a eu lieu cet été. On n’aime pas le titre, un mot-valise formé à partir de «Chicago» et «Iraq». Le bouillant maire Rahm Emanuel a d’ailleurs dit au cinéaste qu’il n’était «pas content» lors d’une réunion à l’hôtel de ville.

Chi-Raq est aussi resté en travers de la gorge d’un influent échevin du South Side, où a lieu une sanglante guerre de gangs de rue. Selon William Burns, Spike Lee n’aurait pas dû profiter d’un crédit d’impôt de 3 millions $, étant donné que son film va nuire «au développement économique» de son quartier. Ce à quoi le réalisateur a répondu, lors d’une conférence de presse où il était entouré de proches de victimes de violence armée :

Beaucoup de gens ont des opinions au sujet du titre du film qui, je le répète, ne savent rien du film. Il y a longtemps, quand j’ai fait Do the Right Thing, il y avait des gens qui disaient que ce film allait provoquer des émeutes partout en Amérique, que les Noirs allaient se déchaîner. Ils ont écrit tout un tas de choses. Mais ces gens ont fini par être du mauvais côté de l’histoire, et la même chose va se passer à Chicago. Ils vont avoir l’air stupide et finiront du mauvais côté de l’histoire. Nous sommes ici pour la paix.

Les protestations de certains membres de la communauté de Chicago sont clairement sans fondement. Tout d’abord, le cinéma n’est pas un service public, qui se doit d’améliorer d’une quelconque manière la qualité de vie du milieu qu’il dépeint.

Et, surtout, quiconque a vu des films de Spike Lee sait qu’il est loin de ce que l’on pourrait qualifier de «réalisateur journalistique». Au contraire, il traite ses sujets avec un lyrisme frontal, ne prétend jamais offrir un portrait réaliste du monde – peu importe ce que cela veut vraiment dire – même si sa filmo tire sa source d’une réalité souvent crue ou tragique.

Avec Chi-Raq, Lee propose une jolie opposition de ton : l’épidémie de meurtres dans le South Side et les quartiers environnants, mariée à une réinterprétation d’une comédie grecque de l’antiquité. Le film est basé d’après la pièce Lysistrata d’Aristophane. Le synopsis se lit comme suit : «Alors qu’Athènes et Sparte sont en guerre, Lysistrata, belle Athénienne, aussi rusée qu’audacieuse, convainc les femmes d’Athènes ainsi que celles de toutes les cités grecques de déclencher et de poursuivre une grève du sexe, jusqu’à ce que les hommes reviennent à la raison et cessent le combat.»

Lysistrata est incarnée dans le film par une relative inconnue, Teyonah Parris (elle a joué la secrétaire de Don Draper dans Mad Men). Elle est accompagnée de certains vétérans de la famille de Spike Lee, dont Angela Bassett, Wesley Snipes et un Samuel L. Jackson qui remplit la fonction de coryphée. Le rôle-titre est interprété par le rappeur et animateur d’America’s Got Talent Nick Cannon. On retrouve également au générique l’humoriste Dave Chappelle, la chanteuse oscarisée Jennifer Hudson et le natif de Chicago John Cusack.

Impossible de tomber sur un article ou post présentant la bande-annonce de Chi-Raq qui ne mentionne pas que le film semble être «un retour en forme» pour Spike Lee. En effet, il n’a pas eu de succès au box-office depuis Inside Man, sorti il y a près de 10 ans. Ses dernières productions de studio, Miracle at St. Anna et Oldboy, ont été des gros flops, tandis que ses projets indépendants Red Hook Summer et Da Sweet Blood of Jesus ont été raillés par les rares critiques qui ont daigné les voir.

Premier film produit par Amazon, Chi-Raq dispose d’un budget relativement modeste (on dit entre 5 et 25 millions $), zone dans laquelle Lee s’est toujours montré parfaitement à l’aise. Par contre, malgré l’élan d’enthousiasme sur les réseaux sociaux, et la beauté des images dans cet aperçu (signées Matthew Libatique) je pense qu’on aura droit à un «Spike Lee Joint» complètement déjanté, dans la veine de She Hate Me ou Bamboozled, et non à une oeuvre plus mainstream rappelant 25th Hour ou He Got Game.

En ce qui me concerne, pas de stress. C’est pas compliqué, j’aime tout ce que Lee fait! Ses films sont empreints d’une mélodie visuelle addictive, d’une cadence gracieuse, d’une folie aussi charmante que suave qui outrepassent dans mon esprit toute notion d’évaluation critique concrète. Comme on dit, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.

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Mardi 20 octobre 2015 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (43)

Star Wars : l’art de montrer sans dévoiler

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Au moment même que les médias annonçaient hier soir la victoire du PLC, se déroulait chez nos voisins du sud la mi-temps la plus attendue de la saison régulière de la NFL : on y présentait en effet la toute nouvelle, et ultime, bande-annonce de Star Wars Episode VII – The Force Awakens. Même les enfants de Justin Trudeau semblaient davantage intéressés par le film-évènement de J. J. Abrams que par l’exploit retentissant de leur père.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que s’il y avait une catégorie aux Oscars pour souligner le travail de marketing, l’équipe de LucasFilm et de Bad Robot l’emporterait haut la main. On s’entend, leur projet possède l’atout de l’indispensable brand recognition à la puissance 10, mais en même temps il a su relever le défi de gérer les attentes extrêmement élevées des millions de fans ardents de la fameuse franchise (sauf celles d’une poignée de trolls racistes…).

Le génie d’Abrams et cie., à cette époque saturée d’information et de réseaux sociaux, est d’avoir eu l’audace d’en révéler le moins possible tout en réussissant à susciter un engouement monstre. Ils ont fait confiance à la force de l’énigme, et de la réception positive que celle-ci exerce chez le spectateur. Même si ce dernier peut donner l’impression d’en vouloir (toujours) plus, il est en fait bien satisfait, peut-être de manière subconsciente, d’être tenu dans le noir; le meilleur est à venir.

Le premier teaser de Star Wars a été lancé en novembre dernier. Puis il y a eu la première bande-annonce, en avril, qui ce concluait avec le désormais classique «Chewie, nous voilà à la maison». Et aujourd’hui on a droit à la b-a la plus complète à date. Étrangement, malgré la quantité de personnages, d’interactions et d’action qui est montrée, on n’en apprend pas vraiment plus sur les fondements de l’intrigue. On a plutôt droit à une sorte d’ébauche de synopsis. Le résumé d’AFP est très efficace à cet égard :

Le réveil de la Force démarre 30 ans après la fin de Return of the Jedi. La vagabonde solitaire Rey (Daisy Ridley) vit sur une planète désertique, le pilote le plus rapide de la galaxie Poe Dameron (Oscar Isaac) est envoyé en mission «par une certaine princesse», à savoir la mythique Leia (Carrie Fisher), désormais grisonnante, tout comme l’inénarrable franc-tireur Han Solo (Harrison Ford).

Le personnage pivot du nouvel opus promet d’être John Boyega: dans la bande-annonce officielle, on le voit retirer un casque de soldat de l’Empire avant de rejoindre Rey et Han Solo pour combattre «le côté obscur de la Force».

Le méchant Kylo Ren, interprété par Adam Driver, mène son armée du New Order, issue de l’Empire, dans une offensive sanglante face à la planète Jakku et aux rebelles qu’ils affrontent lors de spectaculaires batailles spatiales.

«Rien ne se dressera sur notre chemin. Je finirai ce que tu as commencé», promet d’un ton lugubre Kylo Ren, armé d’un sabre laser cruciforme et vêtu de noir, en s’adressant au masque écrasé que l’on devine appartenir à Darth Vader.

Étant donné que cette b-a ultime provoque plus de questions qu’elle ne soumet de réponses, cela n’a pas été long avant que les experts en matière de Star Wars ne proposent leurs théories sur les indices et messages plus ou moins cachés que l’on retrouve dans ces quelque 150 secondes. Le site Collider a rédigé une analyse assez complète, tandis que le blogue du Los Angeles Times Hero Complex recense de nombreux témoignages de fans.

Une des questions les plus brûlantes concerne le principal antagoniste, Kylo Ren, sorte de moine agile et menaçant, obsédé par le côté obscur de la Force (Abrams en parle plus en détail dans cette entrevue accordée à EW). Le personnage est interprété par Adam Driver, quoiqu’on ne voit jamais son visage. On entend par contre sa voix, qui se veut un hommage à celle que James Earl Jones a mémorablement prêtée à Darth Vader.

Ma théorie à 2 cents : et si Driver n’est que la voix de Kylo Ren, et que celui qui habite son costume est en fait… Luke Skywalker? Celui-là même qui a une relation pour le moins complexe avec un père qui lui-même a fameusement changé d’allégeance morale?

En effet Mark Hamill, contrairement à Harrison Ford et Carrie Fisher, est le seul des vétérans de la saga originale qu’on n’a vu dans aucun des teasers ou b-a. Où se cache-t-il? Sous le voile de Kylo Ren? Cela expliquerait peut-être la réaction surprise de John Boyega lors du duel qu’on voit à la toute fin…

Mais trêve de théories extravagantes. Voici une analyse vidéo mise en ligne ce matin, gracieuseté de Mr Sunday, qui décortique la bande-annonce avec dextérité et une dose d’humour bienvenue.

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Vendredi 9 octobre 2015 | Mise en ligne à 18h45 | Commenter Commentaires (15)

Quand les frères Coen se moquent du vieil Hollywood

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Comme c’est le cas avec tout régime essentiellement monopolistique, le studio system a fini par s’écrouler sous son propre poids. À la fin des années 1950, et au début des années 1960, l’avènement de la télévision combiné à une série de flops gargantuesques (Cleopatra, Doctor Dolittle) a fait plier les majors. Les studios ont ensuite misé sur des productions plus intimes menées par de jeunes réalisateurs obsédés par le cinéma d’auteur européen – quoique le règne de ces derniers n’a pas duré très longtemps, une dizaine d’années tout au plus…

La période précédant la révolution du Nouvel Hollywood est communément dénommée «époque des films à sandales», une référence aux productions outrageusement dispendieuses, se déroulant généralement dans la Rome antique, destinées à en mettre plein la vue aux spectateurs qui boudaient de plus en plus les salles sombres au profit du confort de leur salon. Il est intéressant de noter que la fascination des vieux nababs d’Hollywood pour l’Empire romain était probablement un symptôme du présage de leur propre chute épique.

Une ironie que Joel et Ethan Coen ont assurément relevée, eux qui se délectent dans l’épluchage narquois des folies de grandeur. Et leur nouveau long métrage semble justement carburer sur ce sentiment : un divertissement à grande échelle porté par une intrigue complètement folle.

Dans Hail, Caesar!, nous sommes transportés dans les coulisses d’un péplum intitulé… Hail, Caesar!. Mais le tournage est miné par plusieurs problèmes, dont l’enlèvement de la vedette du film, qu’incarne un George Clooney en mode screwball – une tradition entre lui et les frangins, qui ont dévoilé cette facette exubérante de son jeu dès O Brother, Where Art Thou?, et qu’il a réitérée dans Intolerable Cruelty et Burn After Reading.

La simple lecture du casting suffit à donner le vertige. Scarlett Johansson, que les Coen ont dirigée il y a une quinzaine d’années dans The Man Who Wasn’t There, interprète une actrice qui tombe enceinte au mauvais moment. Josh Brolin (No Country for Old Men) joue ce qui semble être le narrateur, un fixer, employé par le studio pour régler les problèmes, et garder les scandales hors de la portée des médias.

On retrouve également Channing Tatum (un Magic Mike en version Gene Kelly), Ralph Fiennes (un réalisateur), Christophe Lambert (idem), Frances McDormand (une monteuse), Jonah Hill (un comptable), Tilda Swinton (une journaliste à potins) et… Dolph Lundgren, dans le rôle d’un «commandant de sous-marin soviétique».

Malgré le ton pétillant et les images colorées de la b-a, Hail, Caesar! ne serait pas une légère comédie musicale. Du moins d’après le fidèle compositeur des frères Coen, Carter Burwell, qui a affirmé en avril dernier : «Il y a des films dans le film, et ceux-là contiennent de la musique comique, mais le film en tant que tel n’est pas comique. Au contraire, il est assez grave, et il porte sur la foi.»

Il serait cependant surprenant que Hail, Caesar! soit aussi sombre que leur autre film traitant de l’industrie du cinéma, Barton Fink, l’histoire d’un dramaturge prisé à New York qui se voit contraint à écrire un film de lutte à Hollywood. Une situation peu enviable qui se corse encore plus lorsque le diable se mêle de la partie… À noter que Barton est employé par le studio fictif Capitol Pictures, dont on peut apercevoir le logo à 1:19 de la b-a de Hail, Caesar!.

Rappelons par ailleurs que le lauréat de la Palme d’or en 1991 fut la première collaboration entre les Coen et le directeur photo Roger Deakins. Les trois hommes ont été inséparables pendant le quart de siècle qui a suivi, à l’exception d’Inside Llewyn Davis. Voici un bref hommage à l’une des relations artistiques les plus admirables du cinéma contemporain :

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