Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Anecdote’

Lundi 6 octobre 2014 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Un commentaire

Professeur pervers dans le placard de Criterion

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Le philosophe-vedette Slavoj Žižek est la plus récente personnalité à avoir visité le fameux «placard» de la collection Criterion, un véritable coffre aux trésors pour cinéphiles.

L’exercice est assez simple et libre. Divers réalisateurs, acteurs et critiques qui ont contribué d’une manière ou d’une autre à la maison d’édition de luxe sont invités à sélectionner et commenter des films qui leurs sont chers. Certains, comme Alfonso Cuarón (Gravity) et Paweł Pawlikowski (Ida) se comportent comme des voleurs, dévalisant la place, sacs noirs en main. Mais la plupart y vont de confidences et d’anecdotes plutôt éclairantes (consultez la playlist ici).

Sans surprise, Žižek se montre parmi les plus loquaces du lot. Ce marxiste slovène de 65 ans, auteur boulimique, qui se distingue par son apparence hirsute et son débit rapide marqué par un fort accent balkan, est traité comme une star sur les campus universitaires, où ses conférences sur la culture populaire, teintées d’un anti-conformisme fièrement affirmé, captivent les étudiants avides de héros intellos.

Sa collaboration avec la réalisatrice britannique Sophie Fiennes – The Pervert’s Guide to Cinema (2006) et The Pervert’s Guide to Ideology (2012) – a permis de le faire connaître à un public encore plus large. Dans ces documentaires acclamés par la critique, Žižek nous convie à des enquêtes philosophiques (tantôt psychanalytique, tantôt idéologique) visant à décoder le «langage caché» du cinéma, et vice versa.

Résumer l’immense oeuvre de Žižek serait une tâche des plus colossales. Voici un extrait d’un article de Libération (qui n’est plus en ligne) qui donne un bon aperçu de l’homme :

Éclairer «la rupture de Hegel avec l’idéalisme kantien» en se référant à la «révolution cinématographique accomplie par David Lynch», passer de Leibniz au cyberespace, gyrovaguer entre le «grand Autre» de Lacan, Lénine et Matrix, la pornographie et la commedia dell’arte, l’intolérance et le multiculturalisme, l’opéra, le 11 Septembre, Saint-Paul, l’Irak, The Full Monty, Toni Negri, Tony Blair, la «perversion du christianisme», Schelling et Kieslowski, les gender studies, Adorno, X-Files, les tendances New Age, le postmodernisme, la postpolitique, etc.

Avec ceci en tête, revenons au placard de Criterion. Voici un résumé de ses choix (la vidéo plus bas) :

- Trouble in Paradise : «Le chef-d’oeuvre ultime de Lubitch. la meilleure critique du capitalisme»

- Sweet Smell of Success : «Une belle représentation de la corruption des médias américains».

- Picnic at Hanging Rock : «J’aime simplement les premiers films de Peter Weir. C’est comme sa version de Stalker [de Tarkovski]. On n’apprend jamais ce qui se passe dans La Zone».

- Murmur of the Heart (Le souffle au coeur) : «Un des ces films français doux et gentils où il y a de l’inceste».

- The Joke : «Basé d’après le premier et seul bon roman de Milan Kundera. Après, ça va en descendant.»

- The Ice Storm : «Un attachement personnel. Quand James Schamus était en train d’écrire le scénario, il m’a dit qu’un de mes livres théoriques l’avait inspiré».

- Great Expectations : «Je suis simplement un grand fan de Dickens».

- Coffret Rossellini : «Je préfère les films historiques de Rossellini, ces téléfilms longs et ennuyeux. Les prétendus grands Rossellini, par exemple, Allemagne année zéro, ils ne fonctionnent plus».

- City Lights : «Qu’y a -t-il à rajouter? Un des plus grands films de tous les temps. La fin la plus sublime. Même Charlie Chaplin, lors de la première, il a pleuré».

- Coffret Dreyer : «Ça découle plus de mon amour pour le Danemark. Déjà dans les années 1920-30, le Danemark était une superpuissance cinématographique.»

- Y tu mamá también : «C’est pour des raisons évidentes [Žižek contribue aux suppléments une entrevue sur «les aspects politiques et sociaux du film»]. Quoique je dois dire que mon Cuarón préféré est Children of Men, qui est autrement un échec».

- Antichrist : «Probablement que je ne vais pas l’aimer, mais j’aime Von Trier. Ça fait simplement partie de mon devoir».

Et ce n’est que la première moitié de la vidéo. Je vous laisse découvrir le reste, alors qu’il admet parfois préférer l’édition Criterion en tant que telle au film lui-même. «Je suis un théoricien corrompu. On s’en fout du film. J’aime apprendre ce qu’il y a autour du film».

À noter que Žižek a signé une belle analyse de La double vie de Véronique, un de mes Criterion les plus précieux, pour le site web du site (l’essai ne paraît pas dans le livret).

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Mercredi 30 octobre 2013 | Mise en ligne à 11h45 | Commenter Commentaires (3)

Pixar à la rescousse de Ken Loach

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Voici une belle anecdote sur une confrérie entre l’ancien et le nouveau. Ken Loach, cinéaste britannique palmé de 77 ans, est en train de monter Jimmy’s Hall, qui sera probablement son dernier long métrage de fiction. C’est un homme de la vieille école, et il insiste pour travailler sur support analogique (sur une table de montage Steenbeck à plat). En cours de route, il réalise qu’il lui manque 25 rouleaux d’une sorte de ruban qui lui permettrait de synchroniser le son et l’image, et qui est en rupture de stock. La semaine dernière, en désespoir de cause, il lance un appel à tous.

La réponse lui provient d’une source peu probable. D’un studio à la fine pointe de la technologie synonyme de la révolution numérique, et dont la sensibilité artistique semble à mille lieues du cinéma naturaliste et militant de Loach : Pixar. C’est un monteur ayant récemment travaillé sur Monsters University, dénommé Steve Bloom, qui a eu vent de l’annonce et qui s’est arrangé pour envoyer par FedEx tout ce que sa compagnie détenait de ce type de ruban, à savoir 19 rouleaux. Lundi, cinq autres rouleaux sont parvenus à l’équipe de Jimmy’s Hall, courtoisie d’une monteuse londonienne. «On peut définitivement finir [le film] maintenant», s’est enthousiasmée la productrice, Rebecca O’Brien.

Cette dernière, émue et réconfortée par cette aide généreuse et spontanée, s’est dit étonnée d’apprendre que plusieurs membres du studio d’animation établi près de San Francisco sont des amateurs du cinéma de Loach. Bloom, qui a construit des ponts au Nicaragua, a «beaucoup d’affection» pour Carla’s Song (1996), qui raconte l’histoire d’un chauffeur d’autobus écossais qui se rend dans ce petit pays d’Amérique centrale embourbé dans une guerre civile.

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En déballant le paquet de FedEx, Loach et son équipe sont tombés sur un autre beau cadeau: un dessin par l’artiste de storyboard Kelsey Mann, signé par toute l’équipe de montage de Pixar, montrant les personnages de Monsters Inc Mike et Sulley entourés de rouleaux de pellicule. Un message de bonne chance était rédigé à l’endos. Loach a retourné le compliment en leur envoyant une photographie de lui-même accompagné de ses deux monteurs, Jonathan Morris et Paul Clegg, qui reproduisent l’illustration.

O’Brien insiste pour dire que Loach n’est pas un passéiste anti-numérique, mais qu’il préfère tout simplement travailler avec du tangible. «La période entre les coupes, c’est du temps de réflexion. De plus, vous avez tendance à moins faire de coupes, tandis que chacune d’entre elles deviennent plus importantes», a-t-elle résumé.

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Pour ce qui est de Jimmy’s Hall, le film porte sur l’histoire vraie de James Gralton, dirigeant communiste qui a construit en 1921, dans la campagne irlandaise, une salle de danse où les jeunes gens pouvaient «venir apprendre, débattre, rêver ensemble, mais surtout danser et s’amuser». L’action se déroule en 1932, quand Gralton est revenu en Irlande pour rouvrir sa fameuse salle après dix ans d’exil à New York. Jimmy’s Hall sera complété au printemps et devrait être prêt pour le prochain Festival de Cannes.

Enfin, du côté de Pixar, 2014 marquera la première année depuis 2005 que le studio ne présentera pas de long métrage en salle. The Good Dinosaur devait prendre l’affiche le 30 mai prochain, mais a été repoussé au 25 novembre 2015, officiellement en raison de complications liées au développement de l’intrigue.

Une première affiche teaser a été mise en ligne samedi, sur laquelle on peut voir le personnage principal, une sorte de Mowgli en 3D. Suit dans ce post une description du film fournie par John Lasseter, directeur artistique de Pixar :

Qu’arriverait-il si la météorite qui a tué les dinosaures avait manqué la Terre et que les dinosaures continuaient de vivre? C’est vraiment une histoire géniale parce qu’ils s’agit de dinosaures très drôles. Ils font un peu cartoon, mais ce sont bien des dinosaures; ils ne se pas promènent avec des vêtements ou quelque chose comme ça. Nous nous sommes surtout intéressé aux herbivores, pas aux carnivores… Leur société devient davantage une société agraire. Ils deviennent des agriculteurs.

La plus récente création de Pixar a, pour une rare fois, été exclusivement diffusée à la télévision. Toy Story Of Terror! est un spécial d’Halloween qui a eu sa première sur ABC le 16 octobre dernier, et qui a obtenu une très belle réception critique. Aucune idée si, ou comment, on pourra voir ce court de 22 minutes chez nous, mais en attendant voici la bande-annonce :

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Mercredi 14 août 2013 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (9)

Guillermo Del Toro, le géant au coeur d’enfant

Difficile de ne pas s’attendrir en voyant Guillermo Del Toro, cinéaste prisé de renom et, surtout, adulte corpulent de 48 ans, fondre comme un enfant à la vue d’un robot géant.

La vidéo est tirée d’un reportage pour la télévision japonaise réalisé dans le cadre de la sortie de Pacific Rim au pays du soleil levant. Del Toro, accompagné des actrices de son film Rinko Kikuchi et Mana Ashida, se promène sur l’île artificielle d’Odaiba, située dans la baie de Tokyo. Après quelques haltes dans des commerces, le groupe se rend au pied d’une imposante statue Gundam, icône de l’animation japonaise.

La réaction de Del Toro (à 3:10) suffit à elle seule de prouver la sincérité de son projet, que certains dénigraient comme étant un film impersonnel en guise de guichet automatique pour son auteur. Rien ne saurait être plus loin de la vérité: cet homme aime profondément les gros robots!

Que l’on ait apprécié le résultat final ou pas, force est de constater que Pacific Rim, tout blockbuster truffé d’effets spéciaux qu’il est, constitue une oeuvre personnelle qui vient du coeur – d’un coeur d’enfant. L’émerveillement pur, innocent, face à l’immensité du monde (imaginaire) est le moteur et le propos principal du film.

De bon augure pour une suite

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Hommage aux films de monstres japonais, appelés Kaijū (dont Godzilla est le plus fameux spécimen), Pacific Rim n’a pas fait sauter la banque au box-office lors de son premier week-end d’exploitation au Japon. Il s’est classé en seconde position derrière les zombies de Brad Pitt, World War Z.

Les chiffres sont cependant beaucoup plus encourageants en Chine, où Pacific Rim a fracassé un record pour une production de Warner Bros., avec 45 millions $ en cinq jours, c’est-à-dire «près de la moitié des recettes amassées aux États-Unis en trois semaines», comme le rapportait Première la semaine dernière. La publication française poursuit :

Del Toro va-t-il du coup pouvoir réaliser son rêve et offrir une suite à Pacific Rim? Il en parle depuis déjà plusieurs mois, mais à Hollywood, les recettes américaines comptent énormément. Ceci dit, cette règle est lentement en train de changer. Le marché asiatique (surtout chinois) pèse de plus en plus pour les gros studios. Le blockbuster de Guillermo pourrait-il faire exception et se voir offrir une séquelle sans avoir cartonné aux USA? Les médias passionnés par le box-office s’interrogent.

Et Entertainment Weekly de renchérir :

De plus en plus, le public américain n’a pas le dernier mot quant à savoir si des personnages vivront pour combattre un autre jour. Le marché international représente désormais près de 70% du box-office mondial. Donc si la Chine, la Russie et le Brésil s’associent pour décider que Pacific Rim – qui aurait coûté environ 190 millions $, mais a seulement rapporté 87 millions $ domestiquement – obtient un second round, ce sera chose faite.

Une suite pour un film basé d’après une idée originale et sans vedettes comme têtes d’affiche? Ce serait une belle victoire pour Del Toro qui, après les débâcles successifs de At the Mountains of Madness et The Hobbit, verrait enfin la machine hollywoodienne lui sourire.

À lire aussi :

> Guillermo Del Toro, «plus Bosch que Hitchcock»

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