Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Anecdote’

Mardi 15 décembre 2015 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (15)

Blade Runner, un film «co-réalisé» par Stanley Kubrick

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Il ne s’agit pas d’une nouvelle révélation, quoique la fascinante anecdote concernant deux des films les plus populaires des années 1980 n’a pas encore été fermement implantée dans la culture populaire. Ridley Scott a récemment reparlé de l’implication de Stanley Kubrick dans son classique de science-fiction Blade Runner. Lors d’une table ronde de réalisateurs organisée par le Hollywood Reporter jeudi dernier, le cinéaste britannique a rappelé qu’il a demandé un coup de pouce à un certain collègue pour le sortir du pétrin (traduction via Première) :

Je venais de finir Blade Runner et c’était un désastre. Mes producteurs me disaient : «Tu ne peux pas terminer sur un origami, un coup d’oeil à la fille, un ascenseur et bingo, c’est fini». Je leur répondais : «Mais c’est un film noir!», et il rétorquaient : «C’est quoi un film noir?». Bref, on avait un problème. L’un d’eux m’a conseillé de terminer plutôt sur des images en plein air, où le couple serait dans la nature. Je ne voyais pas l’intérêt. Pourquoi les faire sortir dans une nature luxuriante alors qu’ils vivent dans ce monde dystopique? J’en ai parlé plusieurs fois à Stanley. Je lui ai dit : «Je sais que tu as tourné des tonnes de plans en extérieur pour The Shining, notamment en hélicoptère, tu pourrais m’en donner?» Et voilà comment la fin de Blade Runner a été tournée par Stanley Kubrick.

Ce qui est particulièrement ironique dans cette histoire est que ce sont des images d’un des films d’horreur les plus marquants de l’histoire qui ont été utilisées pour la version «happy-end» de Blade Runner, celle qui a été projetée lors de sa première sortie en salles, avant que le film ne connaisse plusieurs autres mutations (les 7 versions sont décrites ici).

Comme on le sait, un nouveau Blade Runner, réalisé par Denis Villeneuve, est présentement en développement. Le tournage devrait s’entamer à l’été 2016. Harrison Ford reprendra son rôle de Rick Deckard, tandis que Ryan Gosling en sera la vedette. Les détails de l’intrigue n’ont pas encore été révélés, mais Scott, qui supervise la production (et qui aura droit au final cut), a décrit la séquence d’ouverture le mois dernier lors de l’AFI Film Fest. Il en a étonné plus d’un avec sa référence à The Grapes of Wrath (1940), l’adaptation oscarisée du roman de John Steinbeck par John Ford, qui raconte les mésaventures d’une famille plongée au coeur de la Grande Dépression.

Nous avons décidé de commencer le film avec le bloc de départ du premier Blade Runner. Nous avons toujours aimé l’idée d’un univers dystopique, et nous commençons dans ce que je décrirais comme une «ferme industrielle» – ce qui serait un terrain agricole plat. Au Wyoming. Vous pouvez regarder 20 miles à la ronde. Pas de clôtures, juste de la boue labourée, sèche. En se retournant, vous voyez un arbre massif, qui vient de mourir, mais l’arbre est soutenu et maintenu en vie par des fils qui le retiennent. C’est un peu comme The Grapes of Wrath : il y a de la poussière, mais l’arbre est toujours debout. Près de cet arbre, il y a une petite maison blanche avec un porche. Derrière elle, à deux miles de distance, dans le crépuscule, on voit une moissonneuse batteuse massive qui est en train de fertiliser le terrain. Vous avez 16 lampes Klieg qui y sont installées, et cette moissonneuse est quatre fois plus grande que la petite maison. Et tout d’un coup un spinner [une voiture volante] fait son entrée, créant de la poussière. Elle est bien sûr poursuivie par un chien qui aboie, comme le veut la tradition; les portes s’ouvrent, et un gars sort du véhicule : Rick Deckard. Il marche vers la petite maison, ouvre la porte, s’assied, sent un ragoût, et attend l’arrivée du gars avec la moissonneuse, qui a trois étages de plus haut que la petite maison. L’homme descend d’une échelle – un grand homme. Il fait un pas sur le perron et il se place à côté de Harrison. Le petite maison craque; le gars doit faire 350 livres. Et je ne vais pas dire autre chose – vous devez aller voir le film.

Denis Villeneuve, de son côté, s’est gardé de trop en dévoiler à propos de son nouveau long métrage. Il a cependant affirmé lors du TIFF, en septembre, qu’une des grandes questions entourant la mythologie Blade Runner sera répondue dans son film : Deckard est-il un replicant ou un humain? (quoique Scott a fourni la réponse l’an dernier). Le réalisateur québécois a en même temps voulu se faire rassurant, disant aux fans du Blade Runner original qu’il va «prendre soin de son mystère».

Le prochain film que Scott mettra en scène est le prequel à son propre Alien, ou plutôt la suite à son Prometheus, intitulé Alien : Covenant. Le tournage s’entamera au mois de mars, en Australie. Covenant est le nom d’un vaisseau spatial à la recherche d’une nouvelle planète censée être un paradis, rapporte Screen Daily. Les membres de l’équipage finissent par atterrir sur une autre planète par erreur, et y découvrent son seul habitant, David, l’androïde de Prometheus incarné par Michael Fassbender… En salle le 6 octobre 2017.

Pour revenir à The Shining, je vous suggère cette énième analyse du «film le plus incompris et le plus personnel» de Kubrick. Ce docu d’une demi-heure se pose comme un complément intéressant à Room 237 (2012), le film de Rodney Ascher qui met en scène des théories de la conspiration toutes plus extravagantes et élaborées les unes que les autres.

À lire aussi :

> Alien et Prometheus : un mariage reporté?
> The Shining : une affiche conçue dans la douleur
> Room 237 : le miroir déformant de la critique

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Lundi 27 avril 2015 | Mise en ligne à 20h45 | Commenter Commentaires (14)

Le VHS est-il le nouveau vinyle? Pas si vite…

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«Je ne suis pas sûr que beaucoup de gens vont regretter le VHS», a dit Ryan J. Kugler, le dernier grand fournisseur américain de vidéocassettes, en entrevue au Los Angeles Times en 2008. Deux ans plus tôt, Hollywood distribuait sa dernière production majeure dans ce format, A History of Violence de David Cronenberg. C’était au tour du DVD, et peu de temps après, du Blu-ray, de satisfaire les amateurs de cinéma maison.

Mais voilà qu’un nouveau mouvement tente de donner ses lettres de noblesse aux encombrants rectangles en plastique. Et ses adeptes ne comprennent pas que des cinéphiles de salon nostalgiques, comme par exemple les collectionneurs chevronnés qui ont exposé leurs trésors rares (et trash) lors de l’évènement coloré «Le club vidéo de rêve», organisé par l’équipe de SPASM il y a deux automnes.

Le mois dernier, l’université Yale est devenue «la première institution aux États-Unis à traiter les cassettes vidéo comme des objets culturels». La bibliothèque de cette prestigieuse école Ivy League a fait l’acquisition de 2700 films en format VHS – la plupart représentant les genres de l’horreur ou de l’exploitation – qui ont été entreposés aux côtés de tablettes d’argile babyloniennes et de papyrus égyptiens, rapporte Bloomberg.

Le mouvement pro-VHS a par ailleurs obtenu un sérieux coup de pouce de la part de Jimmy Kimmel. Lors d’une escale à Austin, au Texas, à la mi-mars, le fameux animateur de late-night a décidé d’aider une petite compagnie locale en produisant une publicité comique. Il a fini par jeter son dévolu sur Vulcan Video, un club vidéo qui «accueille les animaux de compagnie, offre du stationnement gratuit, et détient une vaste section de DVD de Jerry Lewis, ainsi que des étagères réservées à l’horreur asiatique et à des émissions de télé canadiennes».

Sa spécialité, cependant, est son impressionnante collection de VHS, même si seulement «deux ou trois» sont loués chaque jour. Une tendance que Kimmel et son acolyte texan Matthew McConaughey ont espéré pouvoir réviser à la hausse :

Selon les partisans de la vidéocassette, sa préservation est impérative puisque, selon certaines estimations, 50% des films distribués en vidéo n’ont pas encore été convertis en DVD (et encore moins en Blu-ray). En entrevue au Daily Telegraph, Dale Lloyd, programmateur d’événements VHS britannique, se dit «dérouté» par les «soi-disant amateurs de cinéma» qui «ferment la porte à la simple notion de matériel supplémentaire». Il cite comme exemples le «brillant» SubUrbia (1997) de Richard Linklater, ou le premier long métrage d’Edgar Wright A Fistful of Fingers (1995), tous deux exclusivement disponibles en VHS.

Cela dit, la vidéocassette n’est pas le disque vinyle. Et c’est un fan du VHS qui l’affirme, Josh Johnson, réalisateur d’un documentaire-clé sur le sujet, Rewind This!. «Je ne pense pas que la renaissance du VHS prendra autant d’importance que celle du vinyle», a-t-il dit au Telegraph. Il poursuit :

Un grand nombre de mélomanes préfèrent le son du vinyle mais, par contre, même les gens qui collectionnent les cassettes VHS ne considèrent pas le format comme intrinsèquement supérieur. Une majorité cherche une recréation nostalgique de la façon dont ils ont d’abord connu le matériau.

En fait, ce n’est pas tant la qualité du contenu mais bien celle du contenant qui allume beaucoup d’adeptes du VHS. Ou, pour emprunter une formulation universitaire : ils apprécient «la matérialité du VHS», à savoir la couverture criarde et le descriptif hyperbolique à l’endos du boîtier. C’est du moins la théorie de David Gary, le libraire en charge de la collection de VHS à Yale. Selon lui, il s’agit d’un «type de matériel qui vous permet de comprendre la psyché culturelle d’une époque».

Bloomberg relate ses propos dans une perspective commerciale : «Les jaquettes clinquantes sur les cassettes de cette période ne sont pas seulement un produit d’une esthétique exagérée propre aux années 1980. Les distributeurs opéraient dans un marché qui est devenu ridiculement concurrentiel après que Sony et JVC eurent produit les premiers magnétoscopes dans le milieu des années 1970. La différence entre un gagnant et un perdant pouvait se mesurer selon l’attrait d’un adolescent boutonneux dans une allée de club vidéo pour un film donné ; il était donc logique d’y aller à gros traits.»

enhanced-11360-1427971075-1Dans le plus récent film de Noah Bambauch, While We’re Young, rappelle le Telegraph, la protagoniste «qui n’est plus si jeune» s’extasie devant le style de vie vintage de ses nouveaux amis branchés dans la vingtaine : «C’est comme si leur appartement était rempli de tout ce que nous avions jeté, mais ça paraît si bien entre leurs mains».

Cet affect typiquement hipster, le blogueur français Julien Knez l’a parfaitement traduit dans un billet en guise de poisson d’avril qui commence par :

«Il y avait les amoureux du vinyle, il faudra maintenant compter sur les adeptes de la VHS! Ne lui parlez pas Blu-ray, écrans plats ou films en 3D, Stan (35 ans) n’a d’yeux que pour les bandes magnétiques, les couleurs saturées et le son mono».

Knez a confectionné des fausses jaquettes de VHS pour des films récents ou des séries télé. On retrouve sur son site des boîtiers parodiques de Gravity, The Grand Budapest Hotel, Guardians of the Galaxy, The Wolf of Wall Street, Interstellar, Breaking Bad, The Walking Dead, Dexter ou Game Of Thrones. La cultissime série de fantaisie médiévale produite par HBO a par ailleurs fait l’objet d’un autre exercice rétro extrêmement convaincant.

Y’en a-t-il encore beaucoup qui s’ennuient du tracking?

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Mercredi 28 janvier 2015 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (5)

Salles de rêve, entre tradition et innovation

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Motovun est un pittoresque village médiéval situé dans le nord-ouest de la Croatie qui compte à peine mille habitants. Mais pendant quelques jours fin juillet, le paisible endroit se transforme en véritable happening cinéphilique. Le Motovun Film Festival, fondé en 1999, est un des événements les plus courus du genre dans les Balkans. La demande est tellement grande, mais l’hébergement si restreint, que bon nombre de festivaliers s’entassent dans des tentes au pied de la colline.

Certains visiteurs ont plus de chance. Lors de mon passage là-bas en 2002, j’ai été logé dans une chambre située juste en face du guichet de vente de billets (à l’époque c’était premier arrivé, premier servi). Certains titres en compétition que j’ai pu voir : L’Homme sans passé d’Aki Kaurismäki, Bloody Sunday de Paul Greengrass, Dog Days d’Ulrich Seidl, Grill Point d’Andreas Dresen, Serbia, Year Zero de Goran Marković, Hedwig and the Angry Inch de John Cameron Mitchell, Wild Bees de Bohdan Slama, et Y Tu Mamá También d’Alfonso Cuarón (que j’ai regardé à travers le trou d’une clôture en bois).

Le film qui m’a le plus marqué, cependant, était 24 Hour Party People de Michael Winterbottom, une exploration survitaminée et hilarante de la communauté musicale de Manchester dans les années 1970 et 1980. La qualité de l’oeuvre dans ce cas-ci était beaucoup redevable à la qualité de l’expérience: une projection en plein air, en plein centre d’un village à l’architecture enivrante.

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Le ciel étoilé a soudainement été pris d’assaut par des nuages menaçants. Et puis tout à coup des éclairs furieux, qui semblaient gagner en intensité au fur et à mesure que s’installait la décadence du mode de vie présenté à l’écran. Que le punk rock se faisait supplanter par le rave, la drogue dure, et un sentiment d’amertume. Il y avait littéralement de l’électricité dans l’air et, à la fin, la masse de spectateurs a sauté et a applaudi à tout rompre, tandis que l’averse pressentie s’est finalement abattue sur nous. Heureusement, trop tard pour gâcher le party.

Cet épisode m’est revenu en tête tandis que je consultais un billet publié sur le site Bored Panda qui recense les «plus belles salles de cinéma» dans le monde. À ce jour, 72 photos ont été soumises. Certaines montrent des sites de projection extérieure localisés en Europe de l’Est, qui me rappellent l’esprit de Motovun. Par exemple, l’auberge médiévale Kuršumli An, en Macédoine, qui dessert les cinéphiles lors du festival MakeDox :

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Et voici une projection dans l’amphithéâtre romain de Pula, également en Croatie – ville touristique située à une heure de route au sud de Motovun.

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Quittons maintenant les espaces ouverts, mais restons le temps d’un cliché dans mon pays d’origine. Voici le Kino Europa, situé dans la capitale (et ma ville natale) Zagreb, salle que j’ai visitée pour la dernière fois il y a près de 15 ans, pour une projection de Ghost World.

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Pour la suite, je propose une demi douzaine d’exemples, alternant entre somptueux palaces rénovés et établissements modernes (et parfois insolites), qui démontrent à mon avis à quel point notre expérience de la machine à rêves peut bénéficier des salles de rêve.

- Le Uránia Filmszínház, à Budapest, en Hongrie

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- L’Olympia à Paris (événement spécial organisé par Ikea)

LE TEMPS D' UN SOIR, L' OLYMPIA SE TRANSFORME EN DORTOIR GEANT P

- The Electric Cinema, dans le quartier Notting Hill, à Londres

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- Le Musée Lichtspiele de Munich, en Allemagne

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- Le Sci-Fi Dine-In Theater Restaurant, à Disney World

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- Le Fox Theatre, à Detroit, au Michigan

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- L’EuropaCorp, multiplexe fondé par Luc Besson, à Paris

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- Le Palác Lucerna, à Prague, en République tchèque

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À lire aussi :

> Salles abandonnées: sinistre voyage dans la mémoire collective

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