Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Anecdote’

Lundi 27 avril 2015 | Mise en ligne à 20h45 | Commenter Commentaires (14)

Le VHS est-il le nouveau vinyle? Pas si vite…

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«Je ne suis pas sûr que beaucoup de gens vont regretter le VHS», a dit Ryan J. Kugler, le dernier grand fournisseur américain de vidéocassettes, en entrevue au Los Angeles Times en 2008. Deux ans plus tôt, Hollywood distribuait sa dernière production majeure dans ce format, A History of Violence de David Cronenberg. C’était au tour du DVD, et peu de temps après, du Blu-ray, de satisfaire les amateurs de cinéma maison.

Mais voilà qu’un nouveau mouvement tente de donner ses lettres de noblesse aux encombrants rectangles en plastique. Et ses adeptes ne comprennent pas que des cinéphiles de salon nostalgiques, comme par exemple les collectionneurs chevronnés qui ont exposé leurs trésors rares (et trash) lors de l’évènement coloré «Le club vidéo de rêve», organisé par l’équipe de SPASM il y a deux automnes.

Le mois dernier, l’université Yale est devenue «la première institution aux États-Unis à traiter les cassettes vidéo comme des objets culturels». La bibliothèque de cette prestigieuse école Ivy League a fait l’acquisition de 2700 films en format VHS – la plupart représentant les genres de l’horreur ou de l’exploitation – qui ont été entreposés aux côtés de tablettes d’argile babyloniennes et de papyrus égyptiens, rapporte Bloomberg.

Le mouvement pro-VHS a par ailleurs obtenu un sérieux coup de pouce de la part de Jimmy Kimmel. Lors d’une escale à Austin, au Texas, à la mi-mars, le fameux animateur de late-night a décidé d’aider une petite compagnie locale en produisant une publicité comique. Il a fini par jeter son dévolu sur Vulcan Video, un club vidéo qui «accueille les animaux de compagnie, offre du stationnement gratuit, et détient une vaste section de DVD de Jerry Lewis, ainsi que des étagères réservées à l’horreur asiatique et à des émissions de télé canadiennes».

Sa spécialité, cependant, est son impressionnante collection de VHS, même si seulement «deux ou trois» sont loués chaque jour. Une tendance que Kimmel et son acolyte texan Matthew McConaughey ont espéré pouvoir réviser à la hausse :

Selon les partisans de la vidéocassette, sa préservation est impérative puisque, selon certaines estimations, 50% des films distribués en vidéo n’ont pas encore été convertis en DVD (et encore moins en Blu-ray). En entrevue au Daily Telegraph, Dale Lloyd, programmateur d’événements VHS britannique, se dit «dérouté» par les «soi-disant amateurs de cinéma» qui «ferment la porte à la simple notion de matériel supplémentaire». Il cite comme exemples le «brillant» SubUrbia (1997) de Richard Linklater, ou le premier long métrage d’Edgar Wright A Fistful of Fingers (1995), tous deux exclusivement disponibles en VHS.

Cela dit, la vidéocassette n’est pas le disque vinyle. Et c’est un fan du VHS qui l’affirme, Josh Johnson, réalisateur d’un documentaire-clé sur le sujet, Rewind This!. «Je ne pense pas que la renaissance du VHS prendra autant d’importance que celle du vinyle», a-t-il dit au Telegraph. Il poursuit :

Un grand nombre de mélomanes préfèrent le son du vinyle mais, par contre, même les gens qui collectionnent les cassettes VHS ne considèrent pas le format comme intrinsèquement supérieur. Une majorité cherche une recréation nostalgique de la façon dont ils ont d’abord connu le matériau.

En fait, ce n’est pas tant la qualité du contenu mais bien celle du contenant qui allume beaucoup d’adeptes du VHS. Ou, pour emprunter une formulation universitaire : ils apprécient «la matérialité du VHS», à savoir la couverture criarde et le descriptif hyperbolique à l’endos du boîtier. C’est du moins la théorie de David Gary, le libraire en charge de la collection de VHS à Yale. Selon lui, il s’agit d’un «type de matériel qui vous permet de comprendre la psyché culturelle d’une époque».

Bloomberg relate ses propos dans une perspective commerciale : «Les jaquettes clinquantes sur les cassettes de cette période ne sont pas seulement un produit d’une esthétique exagérée propre aux années 1980. Les distributeurs opéraient dans un marché qui est devenu ridiculement concurrentiel après que Sony et JVC eurent produit les premiers magnétoscopes dans le milieu des années 1970. La différence entre un gagnant et un perdant pouvait se mesurer selon l’attrait d’un adolescent boutonneux dans une allée de club vidéo pour un film donné ; il était donc logique d’y aller à gros traits.»

enhanced-11360-1427971075-1Dans le plus récent film de Noah Bambauch, While We’re Young, rappelle le Telegraph, la protagoniste «qui n’est plus si jeune» s’extasie devant le style de vie vintage de ses nouveaux amis branchés dans la vingtaine : «C’est comme si leur appartement était rempli de tout ce que nous avions jeté, mais ça paraît si bien entre leurs mains».

Cet affect typiquement hipster, le blogueur français Julien Knez l’a parfaitement traduit dans un billet en guise de poisson d’avril qui commence par :

«Il y avait les amoureux du vinyle, il faudra maintenant compter sur les adeptes de la VHS! Ne lui parlez pas Blu-ray, écrans plats ou films en 3D, Stan (35 ans) n’a d’yeux que pour les bandes magnétiques, les couleurs saturées et le son mono».

Knez a confectionné des fausses jaquettes de VHS pour des films récents ou des séries télé. On retrouve sur son site des boîtiers parodiques de Gravity, The Grand Budapest Hotel, Guardians of the Galaxy, The Wolf of Wall Street, Interstellar, Breaking Bad, The Walking Dead, Dexter ou Game Of Thrones. La cultissime série de fantaisie médiévale produite par HBO a par ailleurs fait l’objet d’un autre exercice rétro extrêmement convaincant.

Y’en a-t-il encore beaucoup qui s’ennuient du tracking?

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Mercredi 28 janvier 2015 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (5)

Salles de rêve, entre tradition et innovation

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Motovun est un pittoresque village médiéval situé dans le nord-ouest de la Croatie qui compte à peine mille habitants. Mais pendant quelques jours fin juillet, le paisible endroit se transforme en véritable happening cinéphilique. Le Motovun Film Festival, fondé en 1999, est un des événements les plus courus du genre dans les Balkans. La demande est tellement grande, mais l’hébergement si restreint, que bon nombre de festivaliers s’entassent dans des tentes au pied de la colline.

Certains visiteurs ont plus de chance. Lors de mon passage là-bas en 2002, j’ai été logé dans une chambre située juste en face du guichet de vente de billets (à l’époque c’était premier arrivé, premier servi). Certains titres en compétition que j’ai pu voir : L’Homme sans passé d’Aki Kaurismäki, Bloody Sunday de Paul Greengrass, Dog Days d’Ulrich Seidl, Grill Point d’Andreas Dresen, Serbia, Year Zero de Goran Marković, Hedwig and the Angry Inch de John Cameron Mitchell, Wild Bees de Bohdan Slama, et Y Tu Mamá También d’Alfonso Cuarón (que j’ai regardé à travers le trou d’une clôture en bois).

Le film qui m’a le plus marqué, cependant, était 24 Hour Party People de Michael Winterbottom, une exploration survitaminée et hilarante de la communauté musicale de Manchester dans les années 1970 et 1980. La qualité de l’oeuvre dans ce cas-ci était beaucoup redevable à la qualité de l’expérience: une projection en plein air, en plein centre d’un village à l’architecture enivrante.

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Le ciel étoilé a soudainement été pris d’assaut par des nuages menaçants. Et puis tout à coup des éclairs furieux, qui semblaient gagner en intensité au fur et à mesure que s’installait la décadence du mode de vie présenté à l’écran. Que le punk rock se faisait supplanter par le rave, la drogue dure, et un sentiment d’amertume. Il y avait littéralement de l’électricité dans l’air et, à la fin, la masse de spectateurs a sauté et a applaudi à tout rompre, tandis que l’averse pressentie s’est finalement abattue sur nous. Heureusement, trop tard pour gâcher le party.

Cet épisode m’est revenu en tête tandis que je consultais un billet publié sur le site Bored Panda qui recense les «plus belles salles de cinéma» dans le monde. À ce jour, 72 photos ont été soumises. Certaines montrent des sites de projection extérieure localisés en Europe de l’Est, qui me rappellent l’esprit de Motovun. Par exemple, l’auberge médiévale Kuršumli An, en Macédoine, qui dessert les cinéphiles lors du festival MakeDox :

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Et voici une projection dans l’amphithéâtre romain de Pula, également en Croatie – ville touristique située à une heure de route au sud de Motovun.

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Quittons maintenant les espaces ouverts, mais restons le temps d’un cliché dans mon pays d’origine. Voici le Kino Europa, situé dans la capitale (et ma ville natale) Zagreb, salle que j’ai visitée pour la dernière fois il y a près de 15 ans, pour une projection de Ghost World.

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Pour la suite, je propose une demi douzaine d’exemples, alternant entre somptueux palaces rénovés et établissements modernes (et parfois insolites), qui démontrent à mon avis à quel point notre expérience de la machine à rêves peut bénéficier des salles de rêve.

- Le Uránia Filmszínház, à Budapest, en Hongrie

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- L’Olympia à Paris (événement spécial organisé par Ikea)

LE TEMPS D' UN SOIR, L' OLYMPIA SE TRANSFORME EN DORTOIR GEANT P

- The Electric Cinema, dans le quartier Notting Hill, à Londres

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- Le Musée Lichtspiele de Munich, en Allemagne

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- Le Sci-Fi Dine-In Theater Restaurant, à Disney World

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- Le Fox Theatre, à Detroit, au Michigan

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- L’EuropaCorp, multiplexe fondé par Luc Besson, à Paris

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- Le Palác Lucerna, à Prague, en République tchèque

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À lire aussi :

> Salles abandonnées: sinistre voyage dans la mémoire collective

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Lundi 26 janvier 2015 | Mise en ligne à 17h30 | Commenter Commentaires (21)

Bannir la cigarette du grand écran?

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C’est du moins ce qu’a proposé la ministre de la Santé italienne Beatrice Lorenzin la semaine dernière. Un projet de loi vivement décrié par la communauté artistique, qui a réussi à faire reculer le gouvernement, vendredi.

La responsabilité de la société face au tabagisme est une question épineuse. Le Hollywood Reporter rapporte que plus de la moitié des bambins de deux ans sont exposés à de la fumée secondaire en Italie, et ce même si fumer dans les espaces publics intérieurs y a été banni. La minsitre Lorenzin espérait ainsi étendre l’interdiction aux lieux extérieurs (plages, parcs, stades) ainsi que dans les voitures avec enfants.

Mais ce n’était pas assez. Elle a aussi jugé bon de restreindre la liberté d’expression au nom de la santé publique, en interdisant le tabac dans les productions télévisuelles et cinématographiques. C’est ce qui s’appelle étirer l’élastique trop fort. Un quidam assis sur un banc public qui souffle sa fumée dans un landau, c’est une chose. Mais voir Marcello Mastroianni ajuster ses lunettes fumées, clope au bec, dans La Dolce Vita de Fellini, ou voir Clint Eastwood rouler un cigarillo dans un western spaghetti de Leone, c’en est une autre.

Paolo Sorrentino, réalisateur de La grande bellezza, sur les tribulations d’un bon vivant buveur, baiseur et, oui, fumeur, a co-signé avec une vingtaine de ses collègues une lettre ouverte dans La Repubblica à l’intention de la ministre. Ils dénoncent une loi «totalement ridicule», ainsi qu’une «tradition horrible» où «le système règlemente le comportement privé de l’être humain, le traitant non pas comme un citoyen mais comme un enfant qui doit être protégé et guidé». Ils poursuivent :

C’est dans la nature humaine que d’être imparfait. Et il y a une liste interminable de chefs-d’œuvre, dans la littérature et le cinéma, qui a parfaitement dépeint la vie des gens. En suivant la logique derrière cette proposition de loi, beaucoup d’autres éléments de ces oeuvres auraient été interdits ou limités.

[Les films devraient] parler de la joie, de la douleur, de la grandeur, mais aussi de la petitesse et de la magie de l’être humain. Et si pour ce faire il est nécessaire de remplir l’écran avec des nuages de fumée, ou avec d’autres choses encore plus inappropriées, nous continuerons de le faire, parce que c’est notre travail.

Le cinéma, la littérature, et l’expression artistique en général n’ont pas besoin de suivre une direction spécifique. Vous ne demandez pas du céleri à un boucher. Pour cela, il vous enverra à la boutique de légumes.

Le cinéma européen, en particulier italien, est bien plus à l’aise avec la notion d’hédonisme amoral que ce qui se fait en Amérique du Nord. Plus près de chez nous, les vices comme l’adultère ou le tabac ont presque toujours des connotations négatives. Au cours des deux dernières décennies, plus ou moins, un personnage qui fume est invariablement un sadique, un dépressif, un étranger louche, ou un homme/femme marié qui s’en grille une en se réveillant dans le lit d’un/e autre.

Aux États-Unis, on retrouve des sites comme SceneSmoking, qui comptabilisent toutes les cigarettes qui apparaissent à l’écran, et qui évaluent les films selon leur «message perçu» concernant le tabac. Par exemple, American Sniper a un message «neutre», et obtient un poumon rose. Selma, par contre, a un message «pro», et obtient un poumon gris foncé. On note en plus que les personnages fument dans des situations de tension/stress.

Une des scènes en question est au contraire parfaitement sereine. On y voit Martin Luther King le soir sur une véranda, assis dans un sofa mou aux motifs fleuris, s’allumer sa seule cigarette du film (un moment d’autant plus intime qu’il a toujours cherché à cacher ce vice au public, et même à sa famille). Il est en train d’écrire une lettre à sa femme, à qui il avait avoué à demi-mot l’avoir trompée dans une scène précédente. La présentation de ces écarts de conduite contribue à un des principaux intérêts de ce biopic qui n’en est pas tout à fait un: la savante et subtile désacralisation d’une icône historique. Pendant qu’on regarde le héros du mouvement des droits civiques tirer sur sa clope, on ne se dit pas tant qu’elle nuit à sa santé, mais plutôt qu’elle favorise celle du geste artistique.

Sinon, voici une très chouette analyse d’Arte à ce sujet : «La cigarette est souvent une affaire de cadrage; des personnages comme dans Le miroir [de Tarkovski] qui fument de dos, c’est au cinéma très beau. Et des personnages comme dans Monika [de Bergman] qui fument de face, et nous regardent dans les yeux, c’est encore plus beau».

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