Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Action’

Jeudi 26 mars 2015 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (30)

Tom Cruise met l’impossible au défi

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Le plus grand défi physique de la carrière de Tom Cruise a commencé par une blague. «Que dirais-tu si tu étais à l’extérieur de l’avion au moment où il décolle?», a demandé le réalisateur du nouveau Mission: Impossible à sa vedette de 53 ans, alors qu’ils étaient en repérage. «Oui, je pourrais le faire», a répondu son interlocuteur sans broncher.

Lorsqu’on est au sommet du monde ou, du moins, au sommet de la colline d’Hollywood, on a tendance à vouloir y rester. Même si ça fait trois décennies qu’on y règne. Et ce n’est pas comme si Cruise s’y complaît passivement; il mérite son trône. Il est reconnu comme l’un des professionnels de sa stature les plus dévoués, qui cherche constamment à repousser ses limites. Sa série des MI, entamée il y a près de deux décennies, fait figure d’une symbiose exemplaire entre la prémisse loufoque d’une franchise et l’engagement sans faille de sa star.

Après avoir escaladé le plus haut gratte-ciel du monde dans Mission: Impossible – Ghost Protocol, Cruise avait placé la barre très haut, c’est le cas de le dire, en vue de sa prochaine cascade «impossible». Pour la séquence de l’avion, dont on peut voir un extrait à la fin de la bande-annonce du film sortie cette semaine, l’acteur a carrément risqué sa vie… à huit reprises! Il a expliqué comment la scène a été tournée en entrevue à Yahoo! UK :

Ce qui nous inquiétait le plus, c’était la présence de particules sur la piste et le risque aviaire. Nous avons passé plusieurs jours à faire en sorte que les oiseaux quittent les terrains à proximité, et la piste a été nettoyée du mieux possible. Mon coordinateur de cascades devait m’avertir s’il recevait un avis de risque aviaire. Le pilote était à l’affût de toute chose dans l’air qui pouvait m’atteindre.

J’ai aussi testé la façon de garder mes yeux ouverts. Un autre truc auquel personne d’autre n’a pensé, c’était le carburant. Vous avez du carburéacteur qui sort tout droit de l’arrière vers moi parce que je suis sur l’aile au-dessus du moteur. Même pendant que l’avion roulait au sol, je respirais les émanations et elles allaient dans mes yeux.

Donc nous sommes arrivés avec cette idée d’une lentille qui couvrirait tout mon globe oculaire. Alors, quand j’ouvrais mes yeux, mes pupilles et ma rétine avaient une protection contre les particules et l’air dur de la piste.

Je me souviens d’un moment où nous roulions sur la piste et où une petite particule m’a atteint, elle était plus petite qu’un ongle. Heureusement, elle n’a touché ni mes mains ni mon visage – ces parties de mon corps étaient exposées et j’aurais alors eu un problème. Mais cette particule aurait aussi pu me briser les côtes!

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Mis à part la vertigineuse séquence de l’avion, le réalisateur Christopher McQuarrie promet une autre «chose physiquement épuisante» que Cruise a accomplie pendant le tournage, et qui est illustrée «fugitivement» dans la bande-annonce. Il fait peut-être référence ici au vortex de sable dans lequel on le voit plonger pendant moins d’une seconde…

Dans Mission: Impossible — Rogue Nation, Ethan Hunt et sa bande (Jeremy Renner, Simon Pegg et Ving Rhames sont de retour) doivent se mesurer au Syndicate, une organisation secrète hors-la-loi qui tente d’achever tous les membres du Impossible Missions Force. L’antagoniste principal est interprété par Sean Harris, un Britannique qui se spécialise dans le rôle de méchants; il s’est montré particulièrement menaçant dans la trilogie Red Riding.

À noter que le sous-titre du plus récent MI a fait l’objet d’un bref contentieux entre les studios Paramount et Disney; ce dernier avait baptisé Rogue One un de ses dérivés de Star Wars sans en avertir au préalable la MPAA. Une entente à l’amiable a finalement été conclue. Elle stipule que Disney s’abstiendra de faire référence à Rogue One par son nom d’ici la fin de la saison estivale dans son matériel promotionnel.

Incidemment, ce n’est pas la première fois que Cruise et McQuarrie se retrouvent mêlés à une histoire de titre qui cause des remous. Leur précédent film, Jack Reacher, s’intitulait initialement One Shot. Le changement avait soulevé un certain scepticisme à l’époque, le nouveau titre ayant été considéré comme trop générique, même si l’objectif était de rendre le produit plus familier auprès d’un certain public – Reacher est le héros de 17 polars de l’auteur-vedette Lee Child.

Mission: Impossible — Rogue Nation devait prendre l’affiche le jour de Noël prochain, mais la date de sortie a été devancée au 31 juillet, question d’éviter la compétition avec le nouveau James Bond et le Star Wars de J.J. Abrams. Moins d’un mois après cette décision, la production a soudainement été suspendue : il fallait réécrire la fin du film, jugée «insatisfaisante». Mais il n’y a pas eu de panique, assure le studio. En effet, Paramount a récemment vécu une situation similaire, voire pire, quand il a stoppé le tournage de World War Z afin de repenser son troisième acte. En fin de compte, le délai a porté fruit : le film de zombies de Brad Pitt s’est avéré un franc succès critique et commercial.

À lire aussi :

> Jack Reacher ne se prend pas au sérieux!

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Jeudi 22 janvier 2015 | Mise en ligne à 14h30 | Commenter Commentaires (2)

Les lampadaires de Bay, le coupe-boulons de Herzog

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Quand il avait 13 ans, Michael Bay a fait sauter son train électrique avec des pétards, et a filmé l’explosion à l’aide de la caméra 8 mm de sa mère. Une bravade qui a eu pour conséquence de mettre le feu à sa maison, et qui lui a valu une réprimande sévère de ses parents, qui l’ont privé de sortie pendant deux semaines. Quelque 35 ans plus tard, Bay continue de se livrer à sa passion pour la pyrotechnie – avec des pétards un peu plus puissants, on s’entend – quoiqu’il ne récolte plus de punitions pour ses excès destructeurs, mais plutôt des dizaines de millions de dollars.

Je ne risque pas de surprendre beaucoup de gens en disant que son cinéma n’est pas exactement ma tasse de thé. Par contre, je n’ai rien contre ses films. Dans le sens que je ne sens pas le besoin de crier haut et fort ma désapprobation, et je ne vois pas l’intérêt de pondre des dissertations alarmistes comparant Bay à l’Antéchrist du 7e art, comme le font bien des critiques. En fait, même si ses films m’indiffèrent au plus haut point (sauf le jouissif The Rock), j’ai un immense respect pour Michael Bay l’artisan, à défaut d’aimer Michael Bay l’artiste.

Dans l’industrie, Bay est admiré bien plus qu’on ne le pense. Christopher Nolan est un grand fan. James Cameron dit qu’il a étudié ses films et a tenté de les «désarticuler» (reverse engineer). Steven Spielberg, qui a produit ses Transformers, a affirmé qu’«il a le meilleur œil pour de multiples niveaux d’adrénaline visuelle pure». Sa prof Jeanine Basinger, qui lui a présenté ce qui allait devenir son film préféré, West Side Story, a expliqué que le classique de Robert Wise lui a fait réaliser qu’«il n’a pas besoin d’être lié à la réalité s’il ne veut pas l’être. Son travail porte sur la couleur et sur le mouvement et sur une sorte d’abstraction et d’irréalité qu’on retrouve dans les comédies musicales.»

Dans une analyse vidéo publiée l’été dernier, Tony Zhou, un de nos plus précieux professeurs en ligne, décortique l’approche visuelle frénétique du cinéaste, qu’il qualifie de «Bayhem» (un alliage entre le nom du réalisateur et mayhem, qui veut dire destruction). Il présente plusieurs exemples, dont ses fameux ralentis-360 degrés, que ses imitateurs ne peuvent cependant égaler. Zhou recense également les astuces que Bay emploie pour dynamiser les compositions de ses plans, dont son usage très fréquent de lampadaires à l’avant-plan…

En coulisses

Le site dédié à Michael Bay a récemment mis en ligne deux vidéos sur le making-of de Transformers: Age of Extinction, le quatrième chapitre de sa série de blockbusters qui a engrangé un total ridicule de 3,8 milliards $. Une excursion assez captivante dans les coulisses d’une production hollywoodienne monstre. Bien sûr, le portrait de Bay est ici calibré afin de le montrer sous son meilleur jour. Il semblerait toutefois qu’il possède un caractère de tyran. Shia LaBeouf a comparé son réalisateur à la ville de New York, disant : «Si vous pouvez vous en sortir sur un plateau de tournage de Bay, vous pourrez vous en sortir sur n’importe quel plateau».

Cela dit, tyran ou pas, ce que je retire de ces vidéos est non pas l’image d’un cinéaste grandiloquent exultant une confiance arrogante, mais plutôt l’impression d’une certaine naïveté désarmante de la part d’un homme approchant la cinquantaine qui, si on regarde bien le scintillement dans ses yeux, est toujours resté ce garçon de 13 ans qui ne demande rien de mieux que de faire sauter son train électrique avec des pétards.

> À consulter : L’histoire orale de Michael Bay parue dans GQ en 2011

***

Le caméo de Werner Herzog qu’on voit au tout début de l’analyse de Tony Zhou m’a rappelé la parution sur le web des 24 conseils que le légendaire cinéaste allemand a fourni aux réalisateurs en herbe, et qui ont été généreusement partagés au courant de la dernière semaine. Cette liste provient d’une nouvelle édition des entretiens d’Herzog avec Paul Cronin, qui a été publiée en septembre. Il s’agit d’une sorte de variation des 12 règles à suivre dans son Rogue Film School.

Quelques perles :

«Il n’y a rien de mal à passer une nuit en prison si cela vous permet de tourner le plan que vous avez besoin» ; «Demandez pardon, pas la permission» ; «Apprenez à lire l’essence intérieure d’un paysage» ; «Il n’y a jamais d’excuses pour ne pas terminer un film» ; «Habituez-vous à l’ours derrière vous» et enfin, «Transportez des coupe-boulons partout», un conseil qui laisse beaucoup de place à l’imagination, pour le meilleur et pour le pire!

À lire aussi :

> Michael Bay à Benghazi, ou contre l’ambiguïté
> Le cinéma d’auteur «vulgaire», théorie fragile
> Frénésie du mouvement, cinéma du «chaos»
> Les excuses de Michael Bay

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Mardi 18 novembre 2014 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Commentaires (2)

Michael Bay à Benghazi, ou contre l’ambiguïté

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Selon toute vraisemblance, le douzième long métrage de Michael Bay s’intitulera 13 Hours. Il s’agit de l’adaptation du livre du même nom de Mitchell Zuckoff, qui relate l’attentat contre le consulat des États-Unis à Benghazi, en Libye, le 11 septembre 2012. Le scénario se penchera sur «six membres d’une équipe de sécurité qui se sont battus vaillamment pour défendre les nombreux Américains» visés par des manifestants en furie, peut-on lire dans la dépêche du Hollywood Reporter.

Avec un budget estimé entre 30 et 40 millions $, 13 Hours ferait partie des «petits films» de Bay, comme sa comédie sur la testostérone (au sens propre et figuré) Pain & Gain, qui a coûté un maigre 26 millions $. En d’autres mots, à peu près dix fois moins cher que son dernier chapitre de la franchise Transformers, mais aussi dix fois plus intéressant. Ce qui est de bon augure en ce qui concerne son nouveau projet.

Mais un réalisateur comme Michael Bay a-t-il ce qu’il faut pour s’attaquer à un sujet aussi sérieux? Ça dépend de l’angle qu’il compte adopter. Le livre de Zuckoff est décrit comme «un compte-rendu passionnant de ce qui s’est produit cette nuit-là», et qui évite en grande partie les questions politiques liées à l’attentat. En gros, un prétexte pour un film militaire intense de type Black Hawk Down ou Lone Survivor. Et aussi une occasion pour prouver au monde «qu’il peut encore y avoir de la grandeur en lui», pour reprendre les mots de Bilge Ebiri de Vulture :

The Rock est toujours l’un des meilleurs films d’action de ces dernières décennies, et doit autant son succès au travail solide sur la caractérisation qu’à la direction des scènes d’action. Malgré toutes les sottises tournant autour de la menace de faire sauter San Francisco, il s’agit essentiellement d’un film sur deux gars infiltrant une petite forteresse bien gardée. Cela est dû en partie, bien sûr, à un excellent scénario, écrit par David Weisberg, Douglas Cook, et Mark Rosner, mais également traité par de nombreux scénaristes non crédités, y compris Aaron Sorkin, Jonathan Hensleigh, et Quentin Tarantino. Bay filme le va-et-vient entre Nicolas Cage et Sean Connery avec énergie et un timing comique formidable. Pendant ce temps, sa mise en scène de leurs efforts pour entrer dans Alcatraz est efficace et emballante – et rarement confuse, comme c’est le cas dans la plupart de ses autres films.

Et comment oublier LA scène de The Rock : la tragique fusillade précédée d’une des répliques les plus mémorables jamais dites au cinéma, I will not give that order! Même si j’ai vu le film une bonne vingtaine de fois, cet extrait ne manque jamais de me donner des frissons.

Bien évidemment, la gravité de l’affaire Benghazi va forcer Bay à se départir de l’aspect humoristique présent à divers degrés dans sa filmographie. Mais son fétichisme flamboyant de l’armée, lui, risque certainement d’avoir un rôle prépondérant dans 13 Hours. Il reste à voir quelle tournure prendra le discours politique de son film, mais il faut faire attention de ne pas associer son patriotisme maximaliste, voire son chauvinisme, à une déclaration de sympathie pour les conservateurs américains qui accusent l’administration Obama de meurtre par négligence, et qui perçoivent Bay comme l’un des leurs.

En même temps, si 13 Hours devenait une extension cinématographique d’un bulletin de nouvelles de Fox News, il aurait au moins le mérite d’être plus honnête qu’une commande de propagande à la Zero Dark Thirty, qui camoufle ses réelles intentions sous des prétentions d’ambiguïté morale.

Il en va de même, d’après ce que j’ai lu, pour le biopic à venir de Clint Eastwood sur Chris Kyle, un tireur d’élite qui détient le record du plus grand nombre d’ennemis abattus dans l’histoire militaire des États-Unis. Il en revendique 255, tandis que le Pentagone en a confirmé 160. Celui que les insurgés irakiens surnommaient «Le diable de Ramadi» est mort le 2 février 2013 dans son Texas natal, abattu par un ancien Marine dans un champ de tir.

American Sniper, qui a eu sa première la semaine dernière lors du AFI Fest, est décrit comme un film «apolitique» qui mise sur la psychologie nuancée d’un gars ordinaire doté d’un talent extraordinaire qui est confronté à des situations extrêmes jour après jour. Rien, ou presque, sur le fait que Kyle voyait l’invasion de l’Irak comme une nécessité divine, traitait ceux qui ne pensent pas comme lui de «traîtres gauchistes», aurait voulu tirer sur tous ceux qui «portent le Coran», avait du «fun» à abattre autant de «sauvages», et regrettait de ne pas avoir réussi à «en tuer plus».

Dans critique après critique du film, qu’elle soit positive ou négative, on insiste sur le fait que l’autobiographie du héros a été édulcorée. Que ses sentiments les plus controversés ont été atténués. Il est tellement plus commode, en effet, de faire le portrait d’un héros torturé que d’un héros qui appuie fièrement un système pratiquant la torture (quoique ces deux caractéristiques ne sont pas mutuellement exclusives).

Peut-être bien que Michael Bay, qu’on ne pourra jamais accuser de se complaire dans la subtilité, saura infuser d’une nouvelle forme de franchise vulgaire le cinéma de guerre hollywoodien contemporain. Et du coup infliger un camouflet au culte suspect de l’ambiguïté professé par ses ambassadeurs les plus sérieux et respectés.

À lire aussi :

> Nouveau tour de piste pour les films politiques
> Le cinéma d’auteur «vulgaire», théorie fragile
> Zero Dark Thirty, un film co-écrit par la CIA

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