
La vie n’est pas de tout repos dans le Washington parallèle issu de l’imagination hollywoodienne. La Maison-Blanche, qui ne s’est toujours pas remise du choc de l’assaut nord-coréen de Olympus Has Fallen, sorti la semaine dernière, doit désormais se préparer à une nouvelle attaque, le 28 juin prochain, gracieuseté de White House Down.
Deux blockbusters à l’intrigue et à l’approche similaires qui prennent l’affiche à seulement trois mois d’intervalle; on est en mesure de se demander si le public saura maintenir son appétit en si peu de temps. Et si les producteurs du second film ne s’inquiètent pas d’arriver justement bons deuxièmes aux guichets, comme la logique le suggère. D’autant plus que Olympus Has Fallen s’avère un succès surprise au box-office avec 30, 5 millions $ en recettes lors de sa première fin de semaine, une somme considérable pour un film classé R sans véritable vedette.
Mais à Hollywood, la logique est une notion très relative. Sony, le studio derrière White House Down, ne manifeste aucune crainte vis-à-vis cette compétition en apparence déloyale. Il y voit même un avantage, selon cette analyse publiée lundi dans le Los Angeles Times :
Sony peut voir ce qui a marché pour FilmDistrict [distributeur de Olympus Has Fallen] et l’imiter, et ce qui n’a pas marché, et l’éviter. Dans certains cas, il peut même voir ce qui a marché, et l’éviter aussi – personne ne veut donner l’impression d’avoir un film aux allures de copie conforme. Le studio a maintenant la meilleure recherche de marché disponible – un authentique succès. À quel point les gens veulent voir le Washington Monument imploser (oui, ça arrive dans Olympus aussi) est probablement directement proportionnel à leur désir de voir le Capitole exploser (oui, ça arrive dans White House Down aussi).
Au delà d’une campagne marketing qui peut bénéficier de savantes retouches, il y a des chiffres encourageants, comme en fait foi ce rappel du Hollywood Reporter sur des productions jumelles passées :
Il y a des preuves contredisant qu’il y a un stigmate à arriver deuxième. En 1998, Armageddon s’en est mieux sorti que Deep Impact (chacun parlait d’un astéroïde se dirigeant vers la Terre). Les deux étaient des succès au box-ofice. Deep Impact, qui a pris l’affiche le 8 mai, a récolté 349,5 millions $ dans le monde; Armageddon, qui est sorti moins de deux mois plus tard le 1er juillet, a ramassé 553,7 millions $ globalement.
En 2011, les comédies romantiques No Strings Attached, sortie en janvier, et Friends With Benefits, sortie en juillet, ont toutes les deux ramassé 145 millions $, une somme respectable. Et l’année dernière, Snow White and the Huntsman a gagné 396,6 millions $ dans le monde, plus du double de son comparse sur Blanche-Neige Mirror Mirror, malgré le fait qu’il est sorti deuxième.
Bon, c’est certain que réduire le cinéma à des théorèmes mathématiques c’est un peu abrutissant. La question intéressante est de savoir ce qui motive ce retour en force du «exploding-monument movie» au centre du pouvoir américain, pour reprendre l’expression de l’article du LA Times. Après le 11-Septembre, à l’exception notable de la série télévisée 24, Hollywood a penché pour un traitement sobre (United 93, World Trade Center), allusif (25th Hour, Margaret) ou allégorique (War of the Worlds, The Dark Knight) du grand traumatisme national.
Aujourd’hui, il semblerait que le climat de paranoïa et de deuil qui a affecté les gens au cours de la dernière décennie est devenu une source légitime de divertissement cathartique et excessif à grand déploiement. Voyez seulement l’affiche qui coiffe ce billet, qui joue avec le souvenir du matin calme au ciel bleu de l’attentat. Pour reprendre le fameux leitmotiv du producteur télé suffisant dans Crimes and Misdemeanors : «Comedy is tragedy plus time». On n’en est peut-être pas encore rendu là, mais la thérapie à travers le cinéma a assurément franchi une nouvelle étape.
La bande-annonce de White House Down a été mise en ligne mardi (The Playlist l’a rigoureusement décortiquée ici). Je dois admettre que, malgré mes préjugés sur Roland
Emmerich, j’ai vraiment le goût d’aimer ce film-là.
Il en va de même pour Olympus Has Fallen, réalisé par le généralement fiable Antoine Fuqua.
Je devrais vous revenir avec une double critique fin juin, début juillet…
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