Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Action’

Jeudi 28 mars 2013 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (16)

La Maison-Blanche, terrain de jeu fertile pour Hollywood

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La vie n’est pas de tout repos dans le Washington parallèle issu de l’imagination hollywoodienne. La Maison-Blanche, qui ne s’est toujours pas remise du choc de l’assaut nord-coréen de Olympus Has Fallen, sorti la semaine dernière, doit désormais se préparer à une nouvelle attaque, le 28 juin prochain, gracieuseté de White House Down.

Deux blockbusters à l’intrigue et à l’approche similaires qui prennent l’affiche à seulement trois mois d’intervalle; on est en mesure de se demander si le public saura maintenir son appétit en si peu de temps. Et si les producteurs du second film ne s’inquiètent pas d’arriver justement bons deuxièmes aux guichets, comme la logique le suggère. D’autant plus que Olympus Has Fallen s’avère un succès surprise au box-office avec 30, 5 millions $ en recettes lors de sa première fin de semaine, une somme considérable pour un film classé R sans véritable vedette.

Mais à Hollywood, la logique est une notion très relative. Sony, le studio derrière White House Down, ne manifeste aucune crainte vis-à-vis cette compétition en apparence déloyale. Il y voit même un avantage, selon cette analyse publiée lundi dans le Los Angeles Times :

Sony peut voir ce qui a marché pour FilmDistrict [distributeur de Olympus Has Fallen] et l’imiter, et ce qui n’a pas marché, et l’éviter. Dans certains cas, il peut même voir ce qui a marché, et l’éviter aussi – personne ne veut donner l’impression d’avoir un film aux allures de copie conforme. Le studio a maintenant la meilleure recherche de marché disponible – un authentique succès. À quel point les gens veulent voir le Washington Monument imploser (oui, ça arrive dans Olympus aussi) est probablement directement proportionnel à leur désir de voir le Capitole exploser (oui, ça arrive dans White House Down aussi).

Au delà d’une campagne marketing qui peut bénéficier de savantes retouches, il y a des chiffres encourageants, comme en fait foi ce rappel du Hollywood Reporter sur des productions jumelles passées :

Il y a des preuves contredisant qu’il y a un stigmate à arriver deuxième. En 1998, Armageddon s’en est mieux sorti que Deep Impact (chacun parlait d’un astéroïde se dirigeant vers la Terre). Les deux étaient des succès au box-ofice. Deep Impact, qui a pris l’affiche le 8 mai, a récolté 349,5 millions $ dans le monde; Armageddon, qui est sorti moins de deux mois plus tard le 1er juillet, a ramassé 553,7 millions $ globalement.

En 2011, les comédies romantiques No Strings Attached, sortie en janvier, et Friends With Benefits, sortie en juillet, ont toutes les deux ramassé 145 millions $, une somme respectable. Et l’année dernière, Snow White and the Huntsman a gagné 396,6 millions $ dans le monde, plus du double de son comparse sur Blanche-Neige Mirror Mirror, malgré le fait qu’il est sorti deuxième.

Bon, c’est certain que réduire le cinéma à des théorèmes mathématiques c’est un peu abrutissant. La question intéressante est de savoir ce qui motive ce retour en force du «exploding-monument movie» au centre du pouvoir américain, pour reprendre l’expression de l’article du LA Times. Après le 11-Septembre, à l’exception notable de la série télévisée 24, Hollywood a penché pour un traitement sobre (United 93, World Trade Center), allusif (25th Hour, Margaret) ou allégorique (War of the Worlds, The Dark Knight) du grand traumatisme national.

Aujourd’hui, il semblerait que le climat de paranoïa et de deuil qui a affecté les gens au cours de la dernière décennie est devenu une source légitime de divertissement cathartique et excessif à grand déploiement. Voyez seulement l’affiche qui coiffe ce billet, qui joue avec le souvenir du matin calme au ciel bleu de l’attentat. Pour reprendre le fameux leitmotiv du producteur télé suffisant dans Crimes and Misdemeanors : «Comedy is tragedy plus time». On n’en est peut-être pas encore rendu là, mais la thérapie à travers le cinéma a assurément franchi une nouvelle étape.

La bande-annonce de White House Down a été mise en ligne mardi (The Playlist l’a rigoureusement décortiquée ici). Je dois admettre que, malgré mes préjugés sur Roland
Emmerich, j’ai vraiment le goût d’aimer ce film-là.

Il en va de même pour Olympus Has Fallen, réalisé par le généralement fiable Antoine Fuqua.
Je devrais vous revenir avec une double critique fin juin, début juillet…

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Mardi 26 mars 2013 | Mise en ligne à 17h25 | Commenter Commentaires (5)

Les Français à la rescousse de John McTiernan

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John McTiernan a jusqu’au 3 avril pour se rendre aux autorités et entamer un séjour de prison d’une durée d’un an. Le réalisateur des classiques d’action Die Hard, Predator et The Hunt for Red October a été accusé de parjure devant la Cour et d’avoir menti au FBI dans une affaire d’écoutes illégales. L’homme de 62 ans a également écopé d’une amende de 100 000$.

Le Figaro résume le procès dans un article publié vendredi dernier :

C’est en 2010 que John McTiernan a été condamné dans le cadre d’une enquête sur le détective privé Anthony Pellicano, employé par de nombreuses stars d’Hollywood (Tom Cruise, Demi Moore, Michael Jackson, Kevin Costner…), et proche de la mafia. Le cinéaste, qui avait d’abord nié avoir fait appel à Pellicano, avait finalement reconnu l’avoir engagé pour mettre sur écoute le producteur Charles Roven, avec lequel il travaillait sur Rollerball, en 2002. Ce dernier voulait réduire son film en popcorn-movie, c’est du moins ce que pensait McTiernan.

La presse française, qui a un historique de compassion en ce qui concerne les cinéastes troublés par des problèmes judiciaires (Roman Polanski, Woody Allen), s’est activement saisie du dossier et exige ni plus ni moins la clémence. Le journaliste du Figaro Arnaud Bordas a lancé une page Facebook baptisée Free John McTiernan – qui compte pour l’instant près de 4300 likes, et qui a obtenu le support de figures comme Samuel L. Jackson, Joe Carnahan, Brad Bird, Jan Kounen et Antoine de Caunes – et y est allé d’un plaidoyer vibrant :

Quoi qu’il ait fait – et s’il l’a fait, nous reconnaissons ses torts à 200% – il ne mérite pas un traitement pareil. Il a déjà assez payé. McTiernan n’a pas fait appel au détective pour s’enrichir ou nuire à Roven, mais pour sauver l’intégrité artistique de son film. John McTiernan est ostracisé à Hollywood, ruiné par dix ans de procédure et totalement dépressif. Comme d’habitude dans le monde des studios, on s’acharne sur les gens qui sont déjà à terre.

Chez Libération, on révèle que «le directeur de la programmation de la Cinémathèque, Jean-François Rauger, s’est dit prêt à organiser une rétrospective de l’œuvre de McTiernan tout en refusant “d’intervenir dans une affaire judiciaire. Notre rôle est de rappeler que c’est un cinéaste et un artiste important et ce n’est pas le diable!“»

Pour la presse française, il semble, McTiernan est victime d’un système de justice à deux vitesses. En effet, Tom Cruise, qui a également engagé Pellicano pour espionner un rédacteur en chef qui voulait salir sa réputation, a récemment été blanchi parce que les allégations ont été déposées trop tard. En d’autres mots, la cour s’est montrée pas mal sympathique envers la superstar multi-millionaire. Une indulgence qui n’a cependant pas été accordée au réalisateur ruiné qui a perdu la faveur de l’industrie depuis une décennie.

D’ailleurs, on s’amuse un peu devant le portrait que dressent nos cousins de la juge Dale Susan Fischer, en charge de l’affaire McTiernan. Arnaud Bordas du Figaro estime qu’elle «veut l’ajouter à son tableau de chasse», tandis que Sandra Benedetti de L’Express, dans un compte rendu fouillé et éloquent, n’y va pas de main morte non plus :

Surtout, il y a la juge Dale Susan Fischer. L’oeil froid, la mèche courte et blanche, un sourire plein de dents. La rumeur soutient qu’elle veut se faire un C.V. de compétition en envoyant McT derrière les barreaux. Lorsque les avocats font état de la dépression grave de leur client pour obtenir un assouplissement de la peine, elle répond: «Il ne sera certainement pas le seul dépressif en détention».

***

Enfin, pour finir, je propose de prendre un détour vers le cinéma. Je pense aux six conseils sur la réalisation de films de John McTiernan qui ont été compilés par le site Film School Rejects, dont le dernier semble très à propos avec sa situation actuelle : «Soyez prêts à perdre du poids et à détester la vie».

Ci-dessous, un enregistrement audio dans lequel il parle du langage cinématographique, en particulier les mouvements de caméra qu’il apparente à de la musique. Inspirant.

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Mardi 5 mars 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (16)

Un premier flop en 2013

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Jack the Giant Slayer, l’histoire d’un jeune fermier qui combat des géants pour sauver une princesse au temps du Roi Arthur, est le premier flop majeur au box-office de 2013. Lourd d’un budget de 190 millions $, en plus de frais de marketing avoisinant les 100 millions $, le film de Bryan Singer n’a récolté qu’un maigre 27,2 millions $ lors de son crucial premier week-end d’exploitation. Ses chances d’équilibrer les comptes sont minces.

Le studio Warner Bros. compte désormais sur l’apport des marchés internationaux, particulièrement celui de l’Asie, où les films en 3D font généralement meilleure figure qu’en Amérique du Nord. À la même période, l’année dernière, le film de science-fiction à 250 millions $ John Carter a récolté 30,2 millions $ à son premier week-end, pour des recettes domestiques totales de seulement 73,1 millions $. Il a en fin de compte été sauvé par le reste du monde, rentrant in extremis dans son argent, mais coûtant cependant son poste de président de Disney à Rich Ross.

Un article du Los Angeles Times publié lundi propose une analyse en cinq parties de l’échec de Jack the Giant Slayer. On blâme un marketing inefficace qui a simultanément tenté d’attirer pré-ados, ados, et jeunes adultes; le mauvais choix de réalisateur; une date de distribution inadéquate pour un film d’action à gros budget; un titre peu vendeur :

Si John Carter était trop générique, Jack the Giant Slayer est trop spécifique. D’abord on devait connaître Jack, ensuite il fallait savoir qu’il s’agissait de géants méchants, ensuite se soucier qu’il les tue [slay]. De plus, contrairement à la suggestion du titre sans trait d’union, ça aide de savoir que le nom exprime que Jack tue des géants, et n’est pas simplement un bon vieux grand tueur.

En effet, Jack the Giant-Slayer aurait été plus efficace…

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Enfin, le cinquième élément que soulève le LA Times est le plus fondamental – et le plus débattable : l’absence d’intérêt pour les contes de fées sur grand écran. Récemment, il y a eu Red Riding Hood, Beastly, Hansel & Gretel: Witch Hunters, qui ont tous été accueillis avec hostilité soit par le public, soit par la critique, ou par les deux.

Baser un film d’après du folklore d’enfants datant d’il y a plusieurs siècles [le film en question est inspiré du conte populaire anglais Jack the Giant Killer] peut sembler être une bonne idée pour les dirigeants de studios, qui n’ont pas à se battre pour des droits d’adaptation et qui obtiennent du même coup une image de marque gratuite. Et bien sûr, le dérivé occasionnel de Snow White va bien faire. Mais dans l’ensemble, on ne veut pas voir des films qui font la déclaration implicite qu’ils peuvent surpasser notre imagination d’enfant.

On verra la semaine prochaine, avec la sortie de Oz the Great and Powerful, sorte de prequel au classique The Wizard of Oz (1939), si les gens résistent tant que ça à l’idée de se faire blockbustériser leur jeunesse. Après tout, Hansel & Gretel: Witch Hunters a fait un paquet de fric, et Jack the Giant Slayer a obtenu un satisfaisant B+ d’après le sondage de CinemaScore, ainsi qu’une solide note de 8,1 sur le forum de CinémaMontréal…

À lire aussi :

> Le titre-protagoniste, pas toujours une bonne idée…
> Watchmen : un flop au box-office?

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