Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Action’

Mardi 7 avril 2015 | Mise en ligne à 17h30 | Commenter Commentaires (12)

Commando : retour sur la sexualité ambigüe de Bennett

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C’est simple: pour réussir un film d’action, il faut au moins avoir un méchant qui saura se mesurer au héros, question d’entretenir ne serait-ce que l’illusion que rien n’est gagné d’avance. Mais il y a des exceptions. La plus flagrante étant le classique du genre Commando (1985), où un ex-Monsieur Univers autrichien est confronté à un Australien dans la quarantaine bedonnant qui cherche davantage à le séduire qu’à le tuer.

Cette relation pour le moins curieuse entre protagoniste et antagoniste est devenue un des emblèmes du cinéma d’action des années 1980, et a cristallisé cette notion populaire d’un sous-texte homosexuel dans des films qui pourtant prétendent à la virilité absolue, et qui en principe s’adressent à de jeunes spectateurs qui prennent plaisir à s’identifier à des personnages omnipotents avec de l’attitude.

Mais il y a un autre type de spectateur pour qui ce genre de divertissement aurait (secrètement) été conçu : essentiellement, le père homosexuel refoulé dans American Beauty, un vétéran de l’armée homophobe et conservateur en surface, qui déplore haut et fort le style de vie liberal de son voisin, mais qui en réalité est physiquement attiré par lui.

La perception altérée et la nature ambigüe du cinéma d’action des années 1980 en général, et de Commando en particulier, ont été fameusement examinées dans un article de Hotdog Magazine, défunte publication britannique. Au sujet de l’ennemi du John Matrix d’Arnold Schwarzenegger :

Bennett est un cliché ambulant de la peur de l’homosexualité dans une ère Reagan machiste et puritaine, en proie à la crainte que la moindre faille dans l’armure masculine nous mènerait instantanément à une visite au YMCA, et à l’achat d’une paire de chaps et d’un tube de lubrifiant.

Le point de vue de l’auteur de l’article, Andy McDermott, est résumé dans une section de la foire aux questions d’IMDb intitulée «Is Bennett homosexual?».

Tandis que Bennett appelle toujours Matrix par son prénom, suggérant de l’affection et de la familiarité, Matrix appelle toujours Bennett par son nom de famille, suggérant de la distance. L’hypothèse veut que Bennett a peut-être été exclu de l’unité [de commando d'élite] de Matrix, car Matrix a découvert que Bennett était sexuellement attiré par lui.

McDermott donne également une grande importance métaphorique à la réplique de Matrix à la fin du film, «Put the knife in me. Look me in the eye and see what’s going on in there when you turn it. Don’t deprive yourself of some pleasure. C’mon Bennett. Let’s party». L’image d’un homme qui met quelque chose dans un autre homme puis qui le tourne, selon McDermott, a des connotations homosexuelles évidentes.

McDermott commente également l’ironie inhérente dans le fait que, bien que Bennett semblait être en amour avec Matrix, c’est Matrix qui pénètre Bennett à la fin du film, mais avec un tuyau d’acier dans le torse. Ce qui n’était probablement pas ce que Bennett avait en tête.

Le réalisateur de Commando Mark L. Lester ne partage cependant pas ces conclusions, affirmant dans son commentaire DVD : «Je ne comprends pas ce que les gens veulent dire. Il me semble que [Bennett] est le soldat ou la personne la plus macho qui soit». Mais le scénariste, Steven E. de Souza, se montre un peu plus nuancé. Parlant du look de Bennett – que McDermott qualifie de «Freddie Mercury casual» – il dit : «Son costume a mené à beaucoup de conjectures indiquant qu’il avait le béguin pour le personnage d’Arnold».

L’actrice Rae Dawn Chong, qui incarne dans Commando l’hôtesse de l’air qui se joint à la mission de Matrix, est encore plus catégorique : «Ils sont comme des amants. La tenue qu’ils lui ont mise, je veux dire, ALLÔ, il ressemble à un des Village People! Arnold représente l’idéal, et vous savez, si vous ne pouvez pas l’avoir, vous voulez le tuer. Cette sexualité vraiment déconcertante finit par se manifester par de la violence.»

Enfin, le principal intéressé, l’acteur australien Vernon Wells, a discuté de son plus célèbre personnage dans une entrevue publiée samedi par Dangerous Minds :

Wells a semblé choisir ses mots soigneusement en expliquant que «la ligne est bien mince entre l’amour et la haine», et qu’il y avait définitivement de l’amour entre Bennett et Matrix – mais qu’il «ne s’agissait pas d’un amour sexuel, plus d’un amour fraternel». Wells ajoute : «Je n’ai jamais trouvé qu’il y avait quelque chose de sexuel entre ces personnages», mais il soupçonne que des gens ont lu un sous-texte sexuel dans des scènes comme celle où il frotte sa main le long de la lame d’un couteau en disant : «Welcome back John, I’m so glad you could make it». Wells admet que des scènes comme celle où Matrix invite Bennett à «mettre le couteau dans lui», ou celle où Bennett est empalé par un long tuyau crachant de la vapeur «marchent sur une corde raide», mais que le sous-entendu sexuel «involontaire» est «renforcé par les deux personnes jouant les rôles».

Involontaire? Probablement. Mais l’analyse de ces sous-textes n’en est pas moins valable, ou amusante. Pour paraphraser une maxime, l’homoérotisme d’une oeuvre se trouve dans l’œil de celui qui regarde. Un exemple récent, provenant du plus notoire des critiques contrariens, Armond White, qui commence sa critique d’un film d’action dans Out Magazine par : «Si les poils de nuque d’un homme font dresser vos propres poils de nuque, en même temps que d’autres parties érogènes, alors 300: Rise of an Empire est un film pour vous».

Pour revenir au cinéma d’action des années 1980, le nombre faramineux d’allusions «involontaires» plus ou moins symboliques à l’homosexualité latente de ses personnages nous mène à croire qu’il ne s’agit peut-être pas du fruit du hasard. Il y a trop d’exemples pour les lister ici, mais rappelons-nous les plus connus: la scène du volleyball de plage dans Top Gun, la course sur la plage suivie de l’embrassade dans Rocky 3, le «I used to fuck guys like you in prison» lancé à Patrick Swayze dans Roadhouse, la bataille dans un bain public au début de Red Heat, avec un tuyau d’arrosage comme seule arme utilisée par Arnold…

Mais le champion incontesté de cette catégorie – on s’entend, complètement frivole – est Showdown in Little Tokyo, qui a incidemment été mis en scène par le réalisateur de Commando. Comme l’indique la fiche du film issue du 80s Action Guide de Ruthless Reviews, qui recense avec humour les cas d’homoérotisme dans les films de gros bras, on a oublié d’appliquer le «sous» à sous-texte. Et ça donne cette réplique mémorable :

> Le flop des Expendables : au-delà du piratage
> Le parrain des films de gros bras n’est plus
> Où l’on apprend que JCVD a failli jouer le Predator…

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Jeudi 26 mars 2015 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (30)

Tom Cruise met l’impossible au défi

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Le plus grand défi physique de la carrière de Tom Cruise a commencé par une blague. «Que dirais-tu si tu étais à l’extérieur de l’avion au moment où il décolle?», a demandé le réalisateur du nouveau Mission: Impossible à sa vedette de 53 ans, alors qu’ils étaient en repérage. «Oui, je pourrais le faire», a répondu son interlocuteur sans broncher.

Lorsqu’on est au sommet du monde ou, du moins, au sommet de la colline d’Hollywood, on a tendance à vouloir y rester. Même si ça fait trois décennies qu’on y règne. Et ce n’est pas comme si Cruise s’y complaît passivement; il mérite son trône. Il est reconnu comme l’un des professionnels de sa stature les plus dévoués, qui cherche constamment à repousser ses limites. Sa série des MI, entamée il y a près de deux décennies, fait figure d’une symbiose exemplaire entre la prémisse loufoque d’une franchise et l’engagement sans faille de sa star.

Après avoir escaladé le plus haut gratte-ciel du monde dans Mission: Impossible – Ghost Protocol, Cruise avait placé la barre très haut, c’est le cas de le dire, en vue de sa prochaine cascade «impossible». Pour la séquence de l’avion, dont on peut voir un extrait à la fin de la bande-annonce du film sortie cette semaine, l’acteur a carrément risqué sa vie… à huit reprises! Il a expliqué comment la scène a été tournée en entrevue à Yahoo! UK :

Ce qui nous inquiétait le plus, c’était la présence de particules sur la piste et le risque aviaire. Nous avons passé plusieurs jours à faire en sorte que les oiseaux quittent les terrains à proximité, et la piste a été nettoyée du mieux possible. Mon coordinateur de cascades devait m’avertir s’il recevait un avis de risque aviaire. Le pilote était à l’affût de toute chose dans l’air qui pouvait m’atteindre.

J’ai aussi testé la façon de garder mes yeux ouverts. Un autre truc auquel personne d’autre n’a pensé, c’était le carburant. Vous avez du carburéacteur qui sort tout droit de l’arrière vers moi parce que je suis sur l’aile au-dessus du moteur. Même pendant que l’avion roulait au sol, je respirais les émanations et elles allaient dans mes yeux.

Donc nous sommes arrivés avec cette idée d’une lentille qui couvrirait tout mon globe oculaire. Alors, quand j’ouvrais mes yeux, mes pupilles et ma rétine avaient une protection contre les particules et l’air dur de la piste.

Je me souviens d’un moment où nous roulions sur la piste et où une petite particule m’a atteint, elle était plus petite qu’un ongle. Heureusement, elle n’a touché ni mes mains ni mon visage – ces parties de mon corps étaient exposées et j’aurais alors eu un problème. Mais cette particule aurait aussi pu me briser les côtes!

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Mis à part la vertigineuse séquence de l’avion, le réalisateur Christopher McQuarrie promet une autre «chose physiquement épuisante» que Cruise a accomplie pendant le tournage, et qui est illustrée «fugitivement» dans la bande-annonce. Il fait peut-être référence ici au vortex de sable dans lequel on le voit plonger pendant moins d’une seconde…

Dans Mission: Impossible — Rogue Nation, Ethan Hunt et sa bande (Jeremy Renner, Simon Pegg et Ving Rhames sont de retour) doivent se mesurer au Syndicate, une organisation secrète hors-la-loi qui tente d’achever tous les membres du Impossible Missions Force. L’antagoniste principal est interprété par Sean Harris, un Britannique qui se spécialise dans le rôle de méchants; il s’est montré particulièrement menaçant dans la trilogie Red Riding.

À noter que le sous-titre du plus récent MI a fait l’objet d’un bref contentieux entre les studios Paramount et Disney; ce dernier avait baptisé Rogue One un de ses dérivés de Star Wars sans en avertir au préalable la MPAA. Une entente à l’amiable a finalement été conclue. Elle stipule que Disney s’abstiendra de faire référence à Rogue One par son nom d’ici la fin de la saison estivale dans son matériel promotionnel.

Incidemment, ce n’est pas la première fois que Cruise et McQuarrie se retrouvent mêlés à une histoire de titre qui cause des remous. Leur précédent film, Jack Reacher, s’intitulait initialement One Shot. Le changement avait soulevé un certain scepticisme à l’époque, le nouveau titre ayant été considéré comme trop générique, même si l’objectif était de rendre le produit plus familier auprès d’un certain public – Reacher est le héros de 17 polars de l’auteur-vedette Lee Child.

Mission: Impossible — Rogue Nation devait prendre l’affiche le jour de Noël prochain, mais la date de sortie a été devancée au 31 juillet, question d’éviter la compétition avec le nouveau James Bond et le Star Wars de J.J. Abrams. Moins d’un mois après cette décision, la production a soudainement été suspendue : il fallait réécrire la fin du film, jugée «insatisfaisante». Mais il n’y a pas eu de panique, assure le studio. En effet, Paramount a récemment vécu une situation similaire, voire pire, quand il a stoppé le tournage de World War Z afin de repenser son troisième acte. En fin de compte, le délai a porté fruit : le film de zombies de Brad Pitt s’est avéré un franc succès critique et commercial.

À lire aussi :

> Jack Reacher ne se prend pas au sérieux!

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Jeudi 22 janvier 2015 | Mise en ligne à 14h30 | Commenter Commentaires (2)

Les lampadaires de Bay, le coupe-boulons de Herzog

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Quand il avait 13 ans, Michael Bay a fait sauter son train électrique avec des pétards, et a filmé l’explosion à l’aide de la caméra 8 mm de sa mère. Une bravade qui a eu pour conséquence de mettre le feu à sa maison, et qui lui a valu une réprimande sévère de ses parents, qui l’ont privé de sortie pendant deux semaines. Quelque 35 ans plus tard, Bay continue de se livrer à sa passion pour la pyrotechnie – avec des pétards un peu plus puissants, on s’entend – quoiqu’il ne récolte plus de punitions pour ses excès destructeurs, mais plutôt des dizaines de millions de dollars.

Je ne risque pas de surprendre beaucoup de gens en disant que son cinéma n’est pas exactement ma tasse de thé. Par contre, je n’ai rien contre ses films. Dans le sens que je ne sens pas le besoin de crier haut et fort ma désapprobation, et je ne vois pas l’intérêt de pondre des dissertations alarmistes comparant Bay à l’Antéchrist du 7e art, comme le font bien des critiques. En fait, même si ses films m’indiffèrent au plus haut point (sauf le jouissif The Rock), j’ai un immense respect pour Michael Bay l’artisan, à défaut d’aimer Michael Bay l’artiste.

Dans l’industrie, Bay est admiré bien plus qu’on ne le pense. Christopher Nolan est un grand fan. James Cameron dit qu’il a étudié ses films et a tenté de les «désarticuler» (reverse engineer). Steven Spielberg, qui a produit ses Transformers, a affirmé qu’«il a le meilleur œil pour de multiples niveaux d’adrénaline visuelle pure». Sa prof Jeanine Basinger, qui lui a présenté ce qui allait devenir son film préféré, West Side Story, a expliqué que le classique de Robert Wise lui a fait réaliser qu’«il n’a pas besoin d’être lié à la réalité s’il ne veut pas l’être. Son travail porte sur la couleur et sur le mouvement et sur une sorte d’abstraction et d’irréalité qu’on retrouve dans les comédies musicales.»

Dans une analyse vidéo publiée l’été dernier, Tony Zhou, un de nos plus précieux professeurs en ligne, décortique l’approche visuelle frénétique du cinéaste, qu’il qualifie de «Bayhem» (un alliage entre le nom du réalisateur et mayhem, qui veut dire destruction). Il présente plusieurs exemples, dont ses fameux ralentis-360 degrés, que ses imitateurs ne peuvent cependant égaler. Zhou recense également les astuces que Bay emploie pour dynamiser les compositions de ses plans, dont son usage très fréquent de lampadaires à l’avant-plan…

En coulisses

Le site dédié à Michael Bay a récemment mis en ligne deux vidéos sur le making-of de Transformers: Age of Extinction, le quatrième chapitre de sa série de blockbusters qui a engrangé un total ridicule de 3,8 milliards $. Une excursion assez captivante dans les coulisses d’une production hollywoodienne monstre. Bien sûr, le portrait de Bay est ici calibré afin de le montrer sous son meilleur jour. Il semblerait toutefois qu’il possède un caractère de tyran. Shia LaBeouf a comparé son réalisateur à la ville de New York, disant : «Si vous pouvez vous en sortir sur un plateau de tournage de Bay, vous pourrez vous en sortir sur n’importe quel plateau».

Cela dit, tyran ou pas, ce que je retire de ces vidéos est non pas l’image d’un cinéaste grandiloquent exultant une confiance arrogante, mais plutôt l’impression d’une certaine naïveté désarmante de la part d’un homme approchant la cinquantaine qui, si on regarde bien le scintillement dans ses yeux, est toujours resté ce garçon de 13 ans qui ne demande rien de mieux que de faire sauter son train électrique avec des pétards.

> À consulter : L’histoire orale de Michael Bay parue dans GQ en 2011

***

Le caméo de Werner Herzog qu’on voit au tout début de l’analyse de Tony Zhou m’a rappelé la parution sur le web des 24 conseils que le légendaire cinéaste allemand a fourni aux réalisateurs en herbe, et qui ont été généreusement partagés au courant de la dernière semaine. Cette liste provient d’une nouvelle édition des entretiens d’Herzog avec Paul Cronin, qui a été publiée en septembre. Il s’agit d’une sorte de variation des 12 règles à suivre dans son Rogue Film School.

Quelques perles :

«Il n’y a rien de mal à passer une nuit en prison si cela vous permet de tourner le plan que vous avez besoin» ; «Demandez pardon, pas la permission» ; «Apprenez à lire l’essence intérieure d’un paysage» ; «Il n’y a jamais d’excuses pour ne pas terminer un film» ; «Habituez-vous à l’ours derrière vous» et enfin, «Transportez des coupe-boulons partout», un conseil qui laisse beaucoup de place à l’imagination, pour le meilleur et pour le pire!

À lire aussi :

> Michael Bay à Benghazi, ou contre l’ambiguïté
> Le cinéma d’auteur «vulgaire», théorie fragile
> Frénésie du mouvement, cinéma du «chaos»
> Les excuses de Michael Bay

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