Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Action’

Jeudi 9 juin 2016 | Mise en ligne à 18h30 | Commenter Commentaires (11)

Rambo, fusillades et évolution du héros d’action

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Filmmaker Magazine a publié mardi une captivante entrevue avec Ted Kotcheff au sujet de First Blood (1982), premier chapitre de la saga Rambo qui est reconnu comme un classique du genre même par les plus pointilleux des cinéphiles. Le cinéaste canadien de 85 ans s’exprime avec une franchise et une simplicité caractéristiques des vieux routiers qui ont perfectionné l’art de l’anecdote, et qui n’ont plus rien à cacher.

Avant l’implication de Kotcheff, le projet First Blood était tabletté chez Warner Bros. On lui a quand même proposé de soumettre son propre scénario basé d’après le roman de son compatriote David Morrell, mais le pitch fut rejeté. Le studio considérait que ce type de film n’était pas viable dans une société si hostile à la guerre du Vietnam. «La droite pense que les vétérans sont une bande de perdants, et la gauche pense qu’ils sont des tueurs de bébés. On a maintenant Ronald Reagan comme président et le patriotisme vieux jeu est de retour. Ceci n’est pas un film patriotique», a confié à Kotcheff un proche de Warner.

Le projet a finalement été adopté par une nouvelle compagnie de production, Orion, qui cherchait à financer son premier long métrage à gros budget (le jeune studio a réussi à lever des fonds en pré-vendant les droits de distribution dans des marchés internationaux). Kotcheff voulait Sylvester Stallone pour incarner le protagoniste, un choix qui ne faisait pas l’unanimité. Malgré les succès des Rocky, Sly n’était pas considéré comme une valeur sûre au box-office à l’époque. Ses tentatives à l’extérieur du ring comme Paradise Alley, F.I.S.T. ou Nighthawks n’ont pas fait courir les foules. «Je m’en fous des idées reçues, il est parfait pour le rôle. Il est dur, mais il est aussi empathique, et capable d’une grande sensibilité. Je ne vois pas qui d’autre pourrait jouer ce rôle», se rappelle avoir argumenté Kotcheff.

Stallone n’était pas seulement le candidat idéal, il s’est aussi révélé être un habile collaborateur artistique. On oublie parfois qu’il n’est pas qu’une icône du cinéma de gros bras: il est aussi un scénariste prolifique. Son scénario pour Rocky (1976) lui a d’ailleurs valu une nomination à l’Oscar. Dans le cas de First Blood, il a apporté trois modifications de taille. Je laisse à Kotcheff le soin de les décrire :

La première est que, à l’origine, Rambo s’emparait d’un fusil et se mettait à tirer sur les membres de la Garde nationale, ces guerriers du week-end qui travaillent dans des pharmacies. Sylvester a correctement fait remarquer que le public allait détester ce mec s’il fait ça – il est récipiendaire d’une médaille d’honneur du Congrès, un béret vert, il ne devrait pas être en train de tuer ces gars qui portent un uniforme le week-end. Dès que Sylvester l’a dit, je savais qu’il avait tout à fait raison; je sentais que cela devrait être un gars qui est fatigué de la violence. D’avoir vu ses collègues tués. D’avoir vu des Vietnamiens tués. La dernière chose qu’il veut est de revenir en Amérique et commencer à tuer des gens.

La deuxième modif :

Un jour il m’a dit : «J’ai une idée folle, Ted.» «Qu’est-ce que c’est, Sylvester?» (je refusais de l’appeler Sly). «Rambo ne dit pas un mot dans tout le film». J’ai adoré. J’aime les idées radicales comme ça – vous êtes le héros et vous ne dites pas un mot. J’ai dit: «Faisons-le!». On n’a pas avisé les producteurs, bien sûr. On s’est mis à éliminer tous ses dialogues. En fin de compte on ne pouvait pas le faire – ça commençait à avoir l’air affecté. Mais l’idée a eu un effet salutaire sur le script, parce que les répliques qui sont restées sont devenues plus puissantes. Comme cette fameuse ligne, «They drew first blood, not me».

Enfin, Stallone a suggéré de changer la scène finale, dans laquelle Rambo se fait hara-kiri (on peut voir la fin originale ci-dessus). Kotcheff précise:

Eh bien, nous avons tourné la scène et Sylvester a donné une performance spectaculaire. Tout le monde était emballé – sauf Sylvester. Il m’a pris à part et m’a dit: «Ted, nous avons fait endurer tant de choses à Rambo… le public a souffert avec lui à travers tout cela, et maintenant nous allons le tuer? Ils vont détester ça, je te le dis». J’y ai pensé pendant une minute et suis venu avec l’idée d’un long travelling. On finirait la scène avant que le colonel ne prenne le fusil, et puis on suivrait Rambo et le colonel en dehors du poste de police, en face de cette ville que Rambo a presque détruite.

Ce brusque changement de direction a enragé les dirigeants d’Orion (ce qui est doublement ironique quand on sait que, de un, la survie de Rambo a permis l’instauration d’une franchise multimillionnaire et, de deux, depuis quand un studio s’oppose-t-il à un happy end?). Une projection-test du film avec la fin originale a été organisée en banlieue de Las Vegas. Selon Kotcheff, tous les bulletins d’appréciation étaient plus ou moins semblables : «Un excellent film d’action avec une fin horrible». La version alternative s’est donc naturellement imposée.

Étonnamment, pour Kotcheff, le cinéma d’action est le «plus facile à réaliser» parmi tous les genres. Les drames viennent en deuxième, et les comédies sont les plus difficiles. Son explication : les films d’action ont cette structure inhérente du pourchassé et du poursuivant qui permettent de bâtir du suspense. Selon lui, sa formation musicale lui a permis de s’en sortir sans trop de peine avec un projet comme First Blood.

Les gens pensent que le rythme se crée en misant sur la rapidité, mais ce n’est pas vrai. Si vous procédez ainsi, ça devient ennuyeux. Vous devez juxtaposer les émotions et les pensées et les expériences et le mouvement pour donner du rythme. Quand je travaille sur un scénario, je donne aux scènes différents intertitres musicaux : allegro, andante, largo et ainsi de suite. J’écris ces intertitres dans le but de ne pas oublier ma vision pendant le tournage, qui est sujet à tant de distractions.

Voilà une manière originale pour aborder l’action (et une manière qui est clairement efficace). Mais l’aisance de Kotcheff dans ce genre n’est pas donnée à tous, comme on peut le constater dans la vidéo qui suit. L’analyse suggère en gros que les scènes d’action contemporaines omettent trop souvent la dimension narrative de l’intrigue globale, et regrette les cas où «l’insinuation» l’emporte sur la «démonstration» (Show it! Don’t imply it!). Il y a toutefois des exceptions, comme Saving Private Ryan par exemple.

Un réalisateur qui sait comment lier ses morceaux de bravoure à la progression et à la compréhension de son récit est James Cameron. Le spécialiste du cinéma d’action Rossatron se penche sur The Terminator (1984) et la scène dans le club TechNoir. La transition entre la tension construite grâce au montage et au ralenti, et le début de la fusillade en temps réel, donne l’impression d’une scène beaucoup plus frénétique qu’elle ne l’est réellement : l’action est relativement modérée et surtout visuellement fluide.

Le même Rossatron a dernièrement élargi le thème en explorant dans une vidéo de huit minutes certaines fusillades classiques du grand écran, tout en cherchant à identifier les ingrédients qui déterminent leur efficacité.

Pour finir, voici 30 minutes franchement chouettes sur l’évolution des figures et des héros dans le cinéma d’action. L’exercice est ambitieux et fort bien documenté, et la présentation est particulièrement ludique. On commence par la première scène d’action de l’histoire, la fameuse arrivée d’un train en gare de La Ciotat, documentée par les frères Lumière.

Et on suit avec les swashbucklers Douglas Fairbanks et Errol Flynn, l’emblème du western John Wayne, Bruce Lee, le père du cinéma catastrophe Irwin Allen, l’incarnation de la coolitude Steve McQueen, les James Bond, l’archétype du héros postmoderne Harrison Ford, le surhomme idéal de l’ère Reagan Arnold Schwarzenegger.

On poursuit avec des gars dotés d’une virilité plus «ordinaire», en l’occurrence Mel Gibson et Bruce Willis, et on finit avec la folie des super-héros. Le dernier chapitre soumet une critique de l’abus du CGI, avec notamment cette réplique perspicace : «Avant, les films basés sur des mythes pour enfants ressemblaient à des pièces de théâtre de quartier, mais maintenant ils donnent l’impression d’être des guerres sur l’acide».

- Pour une autre savante analyse de l’évolution du héros d’action – avec une perspective socio-politique comme trame de fond – je vous conseille fortement le dossier de Sylvain Lavallée publié à l’hiver 2014 par Panorama-Cinéma.

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Mercredi 20 janvier 2016 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (17)

13 Hours, ou le mensonge du film apolitique

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Ainsi, Michael Bay, le symbole hollywoodien du cinéma d’action juvénile à grand déploiement, a abordé un sujet aux consonances politiques extrêmement délicates. Son nouveau long métrage, 13 Hours, relate l’attentat contre le consulat des États-Unis à Benghazi, en Libye, le 11 septembre 2012. L’intrigue porte sur «six membres d’une équipe de sécurité qui se sont battus vaillamment pour défendre les nombreux Américains» visés par des manifestants en furie. Un évènement qui continue d’alimenter de vives rancœurs partisanes entre démocrates et républicains au Congrès.

Pourtant, du côté du distributeur Paramount, on assure que le film «n’est pas politique» une miette. Une déclaration qui, selon la critique du Washington Post Ann Hornaday, n’est rien de moins qu’un «énorme mensonge» (whopper). Et ce, «même de la part d’une industrie qui a si brillamment perfectionné l’art de pisser sur ses clients tout en leur disant qu’il pleut».

Pour brièvement résumer la polémique entourant «l’affaire Benghazi» : selon bon nombre de républicains, la mort de l’ambassadeur des États-Unis en Libye, Christopher Stevens, et de trois autres Américains cette soirée-là, a directement été causée par Hillary Clinton, Secrétaire d’État à l’époque, qui aurait sciemment refusé de procurer des renforts avant et pendant l’attaque meurtrière. Les démocrates, de leur côté, clament que l’acharnement des républicains dans cette affaire est motivée purement par des raisons partisanes en cette période électorale.

Dans ce contexte, un film qui traite de ce sujet explosif à quelques jours des premières primaires de la présidentielle 2016 peut-il sincèrement se prétendre au-dessus de tout ça? Bien sûr que non. Et il n’est pas question ici de facteurs intangibles comme les «intentions créatives». Un reportage du Hollywood Reporter démontre qu’il y a toute une différence entre ce que Paramount dit et ce que Paramount fait. 13 Hours a été agressivement promu dans les États et les médias conservateurs pour la simple et bonne raison que leur produit épouse le point de vue républicain de l’affaire Benghazi.

Fox News est ainsi devenu un allié naturel de 13 Hours. Une bande-annonce y a été diffusée après le dernier discours sur l’état de l’Union de Barack Obama. La populaire émission The Kelly File a obtenu en primeur des images du making of, ainsi qu’un accès à trois des vrai héros de Benghazi personnifiés dans le film. L’animatrice Megyn Kelly a ouvert son segment sur un ton alarmiste : «Un reportage exclusif sur le nouveau film passionnant qui pourrait menacer les espoirs de Hillary Clinton dans sa course à la Maison-Blanche».

Paramount s’est également assuré d’inviter des journalistes conservateurs à ses projections de presse. Stephen Hayes, le biographe officiel de Dick Cheney, a écrit dans le Weekly Standard que «le film ne mentionne jamais Hillary Clinton ou Barack Obama. Mais il expose de manière subtile leur faiblesse et leur malhonnêteté». National Review, de son côté, a publié un billet «commandité par notre partenaire, Paramount Pictures». L’auteur parle d’un film «awesome», et dit qu’il meurt d’envie de le revoir «avec ses amis et ses fils».

Mais le «critique» le plus efficace de 13 Hours a probablement été le candidat à la présidence – et bon deuxième derrière Donald Trump dans les sondages – Ted Cruz. Lors du débat républicain jeudi dernier, le sénateur du Texas a conclu sa soirée en disant : «Demain matin prendra l’affiche un film sur l’incroyable courage des hommes qui se sont battus pour leur vie à Benghazi. Et sur les politiciens qui les ont abandonnés».

Trump, qui n’allait certainement pas se laisser bousculer sur le flanc cinématographique, a annoncé le lendemain qu’il avait loué une salle dans une ville de l’Iowa (où se tiendra le caucus qui lance officiellement la saison électorale) et payé les billets pour «les Américains qui veulent savoir ce qui s’est vraiment passé à Benghazi».

Parlant de vérité… Selon divers reportages, le film fait «la promotion des pires théories de la conspiration» entourant l’affaire Benghazi. Des théories qui ont été discréditées par bon nombre de comités officiels (dont certains bipartites). Les papiers les plus complets sur les faussetés dans 13 hours ont été publiés par Vox et Vanity Fair. En gros, le principal méchant du film est un certain Bob (incarné par le pauvre assistant Gale de Breaking Bad). Ce dernier représente le «stupid chief», c’est-à-dire le bureaucrate incompétent, efféminé, qui ne cesse de mettre des bâtons dans les roues aux soldats patriotiques et virils qui ne désirent rien de plus qu’honorer leur drapeau et de retrouver leur famille à la maison.

Malheureusement pour Paramount, leur campagne de marketing n’a pas été couronnée de succès. Les recettes du long week-end sont estimées à 19 millions $. Ce qui n’est pas si mal pour une production de 50 millions $. Mais on n’a pas su répliquer la magie d’American Sniper et de Lone Survivor, deux autres films pro-armée qui sont sortis à la même période les années précédentes, et qui ont dépassé les attentes au box-office, avec un total de 147 millions $ lors de leurs premiers week-end d’exploitation.

Ce rendement commercial plutôt moyen, de surcroît pour un film réalisé par le roi du blockbuster, est analysé dans ce papier de Scott Mendelson de Forbes, qui évoque un
Catch 22 :

13 Hours a été un peu pris au piège par ses origines intrinsèquement politiques. Je dirais que le pitch agressif fait aux institutions conservatrices était à la fois une action nécessaire (au cas où personne ne se pointerait aux guichets) et préjudiciable (car cela a sans doute effrayé une bonne part de ceux qui avaient simplement accepté les titres Lone Survivor et American Sniper au pied de la lettre). [...]

Et bien que 13 Hours n’est pas le premier film à avoir été quelque peu vendu sous la table aux conservateurs et aux évangéliques, il n’y avait pas moyen de contourner la nature de ce film qui est, par défaut, une invitation à ceux embrassant un certain point de vue qui est peut-être de mauvais goût pour d’autres segments de la population. Bref, le film n’aurait sans doute pas existé si ce n’était des controverses entourant l’attaque terroriste de 2012, mais c’est l’existence de ces mêmes controverses qui a empêché le film de tendre la main aux non-convertis.

Est-ce à dire que Michael Bay est un «réalisateur conservateur», comme le clame par exemple Mother Jones? Je ne le pense pas. Pas plus que Kathryn Bigelow et son controversé Zero Dark Thirty. Je crois plutôt que ces deux cinéastes sont davantage fidèles à un modèle dramatique particulier qu’à une idéologie politique. En d’autres mots, ils savent que, pour créer du suspense dans un thriller complexe, un seul ennemi ne suffit pas. Le mal doit non seulement venir de l’extérieur (les méchants arabes) mais aussi de l’intérieur (les agences gouvernementales inaptes et/ou corrompues). Le ou les héros sont ainsi plus isolés, s’exposent à davantage de risques, et leur victoire finale n’en est donc que plus exaltante.

Le problème pour Bay et Bigelow est que ledit modèle, lorsqu’appliqué à des récits basés sur des faits réels dont les interprétations sont vicieusement manipulées par une société politiquement hystérique, ne peut pas uniquement être pris en compte dans un contexte de divertissement bénin. Qu’ils le veuillent ou non, les créateurs doivent accepter dans ces cas-ci une responsabilité qui dépasse les enjeux purement artistiques. Au moins, Bay a eu la décence de ne pas se prétendre journaliste. Il a plutôt accepté un gros jouet brillant, mais a omis de lire la consigne de sécurité qui indiquait en grosses lettres rouges : DANGER.

Ce n’est pas la première fois que Bay est accusé de souiller un évènement historique grave. Il l’avait fait en 2001 avec l’attaque de Pearl Harbor, dans le film du même nom, où les évènements tragiques du 7 décembre 1941 tenaient lieu de toile de fond luxuriante à un conflit nettement plus important : la lutte entre deux beaux mecs pour le coeur d’une infirmière sexy. L’amour, en effet, est plus fort que les bombes… Pearl Harbor a d’ailleurs été la plus récente victime de Screen Junkies.

À lire aussi :

> Les lampadaires de Bay, le coupe-boulons de Herzog
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Mardi 15 septembre 2015 | Mise en ligne à 7h00 | Commenter Commentaires (50)

Jeux vidéo au cinéma : vers une nouvelle ère?

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Après avoir prédit il y a deux ans une «implosion où trois ou quatre ou peut-être même une demi-douzaine de films à méga budget vont s’écraser», entraînant ainsi un «changement de paradigme», Steven Spielberg a lancé un nouvel avertissement la semaine dernière : «Nous étions là quand le western est mort, et il y aura un moment où le film de super-héros prendra le chemin du western. [...] Bien sûr, en ce moment, les films de super-héros sont florissants. Je dis seulement que ces cycles ont un temps limité dans la culture populaire».

En présumant que cette extinction aura bel et bien lieu dans un avenir plus ou moins rapproché, quel genre saura prendre le relais de la suprématie au box-office? Certains observateurs croient que les adaptations de jeux vidéo pourraient venir combler ce vide hypothétique. Une supposition qui peut sembler farfelue lorsqu’on pense à toutes les tentatives malheureuses de transposer avec succès le soi-disant 10e art* au sein du 7e.

En effet, pour reprendre ce résumé du Guardian, l’histoire de ces adaptations est «jonchée de cadavres en décomposition de productions présentant des récits foireux, des distributions médiocres et une absence regrettable de vision artistique».

Il y a d’abord eu les films durant la période pré-abus de CGI, comme Super Mario Bros., Street Fighter et Mortal Kombat. L’équation était simple dans l’esprit des studios : les millions de gamers qui raffolent de ces jeux extrêmement populaires vont forcément se convertir en millions au box-office. Ce fut bien le cas pour les deux derniers exemples, jusqu’à un certain point : leur ton trop badin n’a pas vraiment été apprécié par tous les fans de jeux de combat, et ils n’ont pas été en mesure d’établir des bases assez solides afin de lancer des franchises viables.

Et pour ce qui est de Super Mario Bros., on parle là d’un flop épique à tous les égards; une débâcle qui continue toujours de hanter le genre. La production désastreuse du film est d’ailleurs racontée dans ce fascinant papier de Grantland (les «histoires orales» de Street Fighter et de Mortal Kombat à lire ici et ici).

Les successeurs de ces trois premiers essais n’ont pas été bien plus reluisants. Quelques titres afin de rafraîchir votre mémoire : Lara Croft: Tomb Raider, Alone in the Dark, Doom, Silent Hill, DOA: Dead or Alive, Max Payne, Need for Speed, ou le plus récent, Hitman: Agent 47. Enfin, Resident Evil est le seul titre qui a su générer une franchise digne de ce nom, avec cinq longs métrages qui ont rapporté environ 1 milliard $ au box-office. À noter que, mis à part Mortal Kombat, aucune adaptation de jeu vidéo n’a su dépasser la note de 50% chez Metacritic.

L’apport d’Ubisoft

L’adaptation de jeu vidéo la plus lucrative jusqu’à maintenant est Prince of Persia: The Sands of Time (2010), avec 335 millions $ de recettes globales, et des critiques relativement décentes. Ubisoft Montréal avait sorti à l’époque le jeu Prince of Persia: The Forgotten Sands, dans le cadre d’une entreprise promotionnelle pour le film de Mike Newell qui incluait également des figurines d’action, un jeu de Lego et un roman graphique. L’équipe qui a travaillé sur Prince of Persia dans les studios du boulevard Saint-Laurent a ensuite conçu Assassin’s Creed, qui est devenu un des jeux vidéo les plus populaires et respectés de notre temps.

Michael Fassbender dans le premier aperçu d'«Assassin's Creed», publié fin août.

Michael Fassbender dans le premier aperçu d'«Assassin's Creed», publié fin août.

Son adaptation au cinéma est prometteuse. Tout d’abord, elle sera directement supervisée par son géniteur, Ubisoft, qui a démarré une compagnie de cinéma en 2011 afin d’avoir plus de contrôle créatif sur ses dérivés au grand et petit écran (elle prévoit aussi développer Splinter Cell, Watch Dogs, Ghost Recon, Rabbids et Far Cry).

Assassin’s Creed compte également sur des talents de premier plan. Michael Fassbender jouera le personnage principal, Callum Lynch, «un individu revivant la mémoire génétique de son ancêtre Aguilar, membre de la Confrérie des Assassins, une société secrète qui vécut en Espagne à l’époque de l’Inquisition». Signe qu’il prend le projet au sérieux : Fassbender agira à titre de producteur, une première expérience du genre pour lui.

L’acteur britannique retrouve à la réalisation l’Australien Justin Kurzel, qui l’a dirigé dans Macbeth, adaptation de Shakespeare qui fut présentée cette année en compétition officielle à Cannes. Les deux hommes renouent par ailleurs avec Marion Cotillard.

Le tournage s’est entamé la semaine dernière à Malte. Sortie : 21 décembre 2016.

Un autre projet d’adaptation de jeu vidéo tout aussi attrayant est Warcraft de Duncan Jones, à l’affiche le 10 juin 2016. Le fils de David Bowie a impressionné avec ses deux premiers longs métrages, le méditatif Moon et l’intense Source Code, tous deux des exercices SF hautement originaux. Et ce n’est qu’une question de temps avant que d’autres réalisateurs de renom ne réclament leurs propres manettes.

Dans une analyse publiée l’année dernière, The Playlist a dressé un parallèle entre les univers BD et jeux vidéo au cinéma, en notant que ce dernier en est encore à sa phase ingrate The Shadow ou Batman & Robin, mais que la lumière finira forcément par se manifester au bout du tunnel :

À la fin des années 1990, quelque chose a bougé chez les films de super-héros. Alors qu’ils étaient autrefois faits par des tacherons bon marché, des cinéastes majeurs ont commencé à attaquer la BD. Et ils l’ont prise au sérieux: soit parce qu’ils étaient des fans de longue date, comme Sam Raimi avec Spider-Man, ou parce qu’ils ne savaient à peu près rien sur les BD, mais qu’il ont réussi à hameçonner l’essence de chaque livre, comme Bryan Singer et X-Men ou Christopher Nolan et la série des Batman. Ces réalisateurs ne considéraient pas ces projets comme des films de bandes-dessinée. Ils les voyaient tout simplement comme des films, et à la fin des années 2000, cette approche a fait du super-héros la force dominante de la culture pop mondiale.

Et quelque chose de semblable pourrait être sur le point de se produire avec les films basés sur les jeux vidéo. La dernière génération des réalisateurs geeks de premier plan, aujourd’hui dans leur quarantaine ou cinquantaine – J.J. Abrams, Joss Whedon, Guillermo Del Toro – a grandi avec les BD et Star Wars, mais la prochaine génération s’en vient : celle des réalisateurs dans la fin vingtaine, début trentaine, pour qui Link, Sonic et Cloud étaient aussi importants dans leur éducation culturelle que Spider-Man et Luke Skywalker l’ont été pour la précédente.

Pour revenir à Spielberg, précisons qu’il s’est invité au party de gamers dès mars dernier, en révélant qu’il réalisera un film basé d’après le best-seller Ready Player One – en salle le 15 décembre 2017. Il ne s’agit pas d’une adaptation d’un jeu vidéo à proprement parler, quoique le roman d’Ernest Cline baigne pleinement dans cet univers.

Dans un futur proche, le monde est en proie à de nombreux soucis: crise énergétique, désastre causé par le changement climatique, famine, pauvreté, guerre, etc. Dans ce monde chaotique, l’Oasis est un système de réalité virtuelle mondial dont toute l’humanité se sert, c’est un véritable monde parallèle.

Avant sa mort, James Halliday, créateur de l’Oasis et l’un des hommes les plus riches au monde, décide de léguer toute sa fortune à celui qui réussira à trouver les trois clefs cachées dans le monde virtuel. Le livre suit l’histoire de Wade, un jeune homme de 17 ans, dans ses aventures pour trouver ce trésor.

Spielberg n’a pas encore trouvé son Wade, mais il a déniché sa copine, Sam, décrite comme une «blogueuse canadienne». Elle sera interprétée par Olivia Cooke, l’attachante complice d’un «psycho» dans l’excellente télé-série Bates Motel. Le fameux cinéaste devra auparavant compléter The BFG (1er juillet 2016), adaptation du livre pour enfants de Roald Dahl.

À noter que Ready Player One est co-scénarisé par Zak Penn, spécialiste de blockbusters qui nous surprend une fois de temps en temps avec des projets un peu plus décalés, comme son documenteur Incident at Loch Ness, mettant en vedette nul autre que Werner Herzog dans la peau d’un über-Werner Herzog… Plus récemment, il a réalisé Atari: Game Over, sur la légende du «pire jeu vidéo de tous les temps», E.T. the Extra-Terrestrial. On y voit l’auteur de Ready Player One embarquer dans une DeLorean, avec un E.T. en caoutchouc à ses côtés, en route vers la fouille archéologique la plus significative de l’histoire des geeks.

Disponible sur Netflix, Atari: Game Over est un film assez amusant, quoique si le sujet vous intéresse, je vous conseille chaleureusement de regarder sur la même plateforme Indie Game: The Movie, portrait captivant de poètes (torturés) de l’ère numérique.

* L’emploi de «soi-disant» n’est pas pour dénigrer l’art du jeu vidéo, mais sert à indiquer qu’il existe toujours un flou quant à l’attribution de «10e art».

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