Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Action’

Vendredi 5 juin 2015 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Commentaires (20)

Kung Fury : hommage démentiel au «80s Action»

9c5b6f00c803bc09855854dd56515592

Sous son vernis de prestige solennel, et derrière le glamour de ses tapis rouges VIP, le Festival de Cannes est capable d’afficher un esprit badin fort bienvenu. C’était le cas le mois dernier avec la projection en première mondiale d’un court métrage suédois complètement débile intitulé Kung Fury.

Le synopsis fourni par la Quinzaine des réalisateurs, sélection parallèle du festival dans laquelle le film a été sélectionné :

Détective à la police de Miami et adepte des arts martiaux, Kung Fury entreprend un voyage dans le temps depuis les années 80 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Son objectif : tuer Adolf Hitler, alias “Kung Führer”, et venger son ami tué par le leader nazi. Un problème technique va le conduire jusqu’à l’époque Viking.

Cette description, aussi colorée soit-elle, ne rend pas tout à fait justice à l’audace de cet hommage au cinéma de gros bras des années 1980. Kung Fury c’est une surenchère de virilité kitsch combinée à des scènes d’action et des effets visuels si absurdes qu’ils font passer Commando pour du Bresson.

Et pourtant, malgré la facture sarcastique de l’entreprise, la démarche de ses créateurs n’est pas mue par des pulsions narquoises; on ne ressent pas une volonté de se distancier du genre pour mieux pouvoir s’en moquer, le film témoigne au contraire d’une véritable affection pour le 80s Action.

triceracop-jpg

Kung Fury est le projet de David Sandberg, réalisateur de pubs et de vidéoclips dans sa Suède natale. Il a découvert la culture pop américaine dans son enfance grâce à des VHS d’émissions comme Teenage Mutant Ninja Turtles et Thundercats. Dès l’âge de 17 ans, alors qu’il se gavait de films mettant en vedette les Schwarzenegger, Van Damme, Stallone et autres Chuck Norris, il s’est mis en tête qu’il allait imiter ses héros un jour.

Comme la plupart des réalisateurs ambitieux d’aujourd’hui qui n’ont à peu près pas de contacts dans l’industrie, Sandberg s’est tourné vers Kickstarter pour lever des fonds. Grâce à sa délicieuse prémisse incluant nazisme et arts martiaux, il a réussi à amasser 680 000 $. Le concept a notamment attiré Jorma Taccone, ancien membre de Saturday Night Life qui a fini par incarner Hitler, ainsi qu’un de ses idoles, David Hasselhoff, qui s’est rendu en Suède pour y tourner un vidéoclip qui allait se transformer en redoutable outil promotionnel.

Après sa sélection à Cannes, Kung Fury a attiré l’attention d’Hollywood. Sandberg y a rencontré David Katzenberg, fils du fondateur de DreamWorks Jeffrey Katzenberg, qui l’a mis en contact avec Tyler Burton Smith, un scénariste de jeux vidéo américain qui réside en Finlande. Les deux hommes sont en train de rédiger le script d’un long métrage basé sur Kung Fury; l’histoire sera réinventée mais demeurera cependant dans le même univers.

On espère que la nouvelle version saura garder l’esprit do it yourself de l’original, qui a été fait avec des bouts de ficelle, et presqu’entièrement tourné dans un studio vétuste muni de greens screen. Dans le making-of du film, Sandberg explique que le budget était si serré que la production ne pouvait se procurer qu’un seul uniforme de policier, et qu’il a fallu un habile travail de compositing afin de créer l’illusion d’un poste de police relativement crédible.

Enfin, côté casting, je ne vois pas qui d’autre que Sandberg lui-même pour assurer le rôle-titre à nouveau. Avec sa gueule de jeune premier, sorte de mélange entre le Ralph Macchio de Karate Kid, le Ryu de Street Fighter et le Barry Pepper de… pas mal tout ce qu’il a fait, il personnifie un pastiche plus qu’achevé du héros du 80s Action – moins les bras gonflés. Et que dire de sa voix de mâle alpha, qui ferait assurément rougir le Batman de Christian Bale!

Kung Fury est un véritable blockbuster du web. Mis en ligne jeudi dernier, il compte déjà près de 13 millions de vues, c’est-à-dire presque autant que True Survivor

À lire aussi :

> Commando : retour sur la sexualité ambigüe de Bennett
> Le parrain des films de gros bras n’est plus
> Le cinéma d’auteur «vulgaire», théorie fragile

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (20)  |  Commenter cet article






Lundi 11 mai 2015 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (7)

La bande-annonce, un art du conformisme

03b264c595403666634ac75d828439bc_medium

«Pour que les gens vous écoutent, vous ne pouvez plus simplement les taper sur l’épaule. Vous devez les frapper avec une massue, puis vous remarquerez que vous avez leur attention la plus stricte». Ce sont là les sympathiques paroles de John Doe, le tueur en série dans Seven. Une évaluation des rapports sociaux qui a essentiellement été récupérée par les dirigeants marketing du monde du cinéma.

Selon un sondage publié en 2013, les bandes-annonces représentent la principale cause qui incite les gens à se déplacer dans les salles sombres (48%), suivies de près par les recommandations personnelles (46%). Un ami va peut-être taper le sien sur son épaule afin de lui parler d’un film génial qu’il a vu en fin de semaine, mais la b-a va s’assurer de lui asséner un coup de massue sensoriel. Ou, plus précisément, remplir ses oreilles avec l’inéluctable et redoutable «braaam!!».

Popularisées par Inception, ces notes lourdes et basses, qu’un récent papier du Hollywood Reporter décrit comme «une corne de brume sur stéroïdes», sont devenues l’emblème des bandes-annonces de blockbusters des six dernières années. Le fameux braaam est aujourd’hui un tel icône auditif, qu’une dispute est en train de se former à propos de son véritable géniteur.

> 10 exemples à écouter ici.

D’après l’enquête du HR, le compositeur d’Inception, Hans Zimmer, clame être «le parrain des braaams». Le scénario demandait «des tons musicaux bas de gamme, massifs, qui sonnent comme des cornes lointaines». Il y est parvenu en plaçant «un piano au milieu d’une église et en mettant un livre sur la pédale, avec les cuivres jouant dans la résonance du piano. Et puis j’ai ajouté un peu de sottises électroniques».

Mais un collègue de Zimmer sur le film de Christopher Nolan assure que le compositeur acclamé s’est en fait basé sur les effets sonores du premier teaser d’Inception, qu’il a eu le mandat de concevoir. Mike Zarin affirme n’avoir eu qu’un seul élément visuel – Leonardo DiCaprio à bord d’un train à grande vitesse – comme source d’inspiration. Il a donc embarqué dans un métro, et a été captivé par les grondements des wagons glissant sur les rails, qu’il a converti en ponctuations auditives.

Enfin, pour Zack Hemsey, qui a composé la deuxième bande-annonce d’Inception, il est futile d’essayer d’identifier l’inventeur des braaams. «Ils sont une formule musicale, une technique qui a été utilisée à travers l’histoire de la musique». À la différence de Zimmer et Zarin, Hemsey a incorporé le braaam dans une composition à part entière, intitulée Mind Heist, qui a été reprise dans plusieurs b-a, dont celles de Selma et d’Insurgent. Selon le Hollywood Reporter, il s’agit de la version la plus satisfaisante, et évoque «la finale d’une cantate de Carl Orff».

Les braaams et leurs variantes sont symptomatiques d’une industrie qui craint de plus en plus l’originalité, pensant que le grand public recherche avant tout le confort du conformisme, et rejette la découverte de l’inconnu. C’est dommage, parce que l’art de la bande-annonce a connu une évolution fulgurante; il y a quelques décennies à peine, elles consistaient en un résumé linéaire et redondant qui présentait le récit du film en entier, ou presque.

Paradoxalement, malgré le développement, dans la sphère des b-a, de techniques narratives qui sont maintenant davantage éclatées et énergiques – et beaucoup moins friandes de spoilers – les bandes-annonces contemporaines semblent néanmoins toutes raconter exactement la même histoire, comme le démontre ce montage de Red Letter Media :

Un jour ou l’autre, le son d’Inception devra céder sa place à une autre massue auditive.

Carrie Gormley, qui a créé un proto-braaam dans la b-a de District 9, parle de nouvelles tendances, comme «des pulsations qui semblent vraiment immenses, mais qui ne sont pas des cornes», qu’on a pu entendre dans la b-a du nouveau Mission: Impossible ; ou les «power-downs», qui accompagnent souvent les scènes au ralenti, et qui tirent leur origine de la culture dubstep.

On retrouve également les «explosiondrums» (tambours d’explosion), terme inventé par l’équipe du site humoristique Cracked, qui est décrit comme «un tic nerveux continu», qu’on retrouve en première place dans ce Top 5 des lieux communs dans l’univers de la b-a.

À lire aussi :

> «Dans un monde»… L’histoire des bandes-annonces
> La business des bandes-annonces
> Les bandes-annonces en révèlent-elles trop?
> Tous les «films de prestige» en une bande-annonce

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article






Mardi 7 avril 2015 | Mise en ligne à 17h30 | Commenter Commentaires (12)

Commando : retour sur la sexualité ambigüe de Bennett

commando-bennett

C’est simple: pour réussir un film d’action, il faut au moins avoir un méchant qui saura se mesurer au héros, question d’entretenir ne serait-ce que l’illusion que rien n’est gagné d’avance. Mais il y a des exceptions. La plus flagrante étant le classique du genre Commando (1985), où un ex-Monsieur Univers autrichien est confronté à un Australien dans la quarantaine bedonnant qui cherche davantage à le séduire qu’à le tuer.

Cette relation pour le moins curieuse entre protagoniste et antagoniste est devenue un des emblèmes du cinéma d’action des années 1980, et a cristallisé cette notion populaire d’un sous-texte homosexuel dans des films qui pourtant prétendent à la virilité absolue, et qui en principe s’adressent à de jeunes spectateurs qui prennent plaisir à s’identifier à des personnages omnipotents avec de l’attitude.

Mais il y a un autre type de spectateur pour qui ce genre de divertissement aurait (secrètement) été conçu : essentiellement, le père homosexuel refoulé dans American Beauty, un vétéran de l’armée homophobe et conservateur en surface, qui déplore haut et fort le style de vie liberal de son voisin, mais qui en réalité est physiquement attiré par lui.

La perception altérée et la nature ambigüe du cinéma d’action des années 1980 en général, et de Commando en particulier, ont été fameusement examinées dans un article de Hotdog Magazine, défunte publication britannique. Au sujet de l’ennemi du John Matrix d’Arnold Schwarzenegger :

Bennett est un cliché ambulant de la peur de l’homosexualité dans une ère Reagan machiste et puritaine, en proie à la crainte que la moindre faille dans l’armure masculine nous mènerait instantanément à une visite au YMCA, et à l’achat d’une paire de chaps et d’un tube de lubrifiant.

Le point de vue de l’auteur de l’article, Andy McDermott, est résumé dans une section de la foire aux questions d’IMDb intitulée «Is Bennett homosexual?».

Tandis que Bennett appelle toujours Matrix par son prénom, suggérant de l’affection et de la familiarité, Matrix appelle toujours Bennett par son nom de famille, suggérant de la distance. L’hypothèse veut que Bennett a peut-être été exclu de l’unité [de commando d'élite] de Matrix, car Matrix a découvert que Bennett était sexuellement attiré par lui.

McDermott donne également une grande importance métaphorique à la réplique de Matrix à la fin du film, «Put the knife in me. Look me in the eye and see what’s going on in there when you turn it. Don’t deprive yourself of some pleasure. C’mon Bennett. Let’s party». L’image d’un homme qui met quelque chose dans un autre homme puis qui le tourne, selon McDermott, a des connotations homosexuelles évidentes.

McDermott commente également l’ironie inhérente dans le fait que, bien que Bennett semblait être en amour avec Matrix, c’est Matrix qui pénètre Bennett à la fin du film, mais avec un tuyau d’acier dans le torse. Ce qui n’était probablement pas ce que Bennett avait en tête.

Le réalisateur de Commando Mark L. Lester ne partage cependant pas ces conclusions, affirmant dans son commentaire DVD : «Je ne comprends pas ce que les gens veulent dire. Il me semble que [Bennett] est le soldat ou la personne la plus macho qui soit». Mais le scénariste, Steven E. de Souza, se montre un peu plus nuancé. Parlant du look de Bennett – que McDermott qualifie de «Freddie Mercury casual» – il dit : «Son costume a mené à beaucoup de conjectures indiquant qu’il avait le béguin pour le personnage d’Arnold».

L’actrice Rae Dawn Chong, qui incarne dans Commando l’hôtesse de l’air qui se joint à la mission de Matrix, est encore plus catégorique : «Ils sont comme des amants. La tenue qu’ils lui ont mise, je veux dire, ALLÔ, il ressemble à un des Village People! Arnold représente l’idéal, et vous savez, si vous ne pouvez pas l’avoir, vous voulez le tuer. Cette sexualité vraiment déconcertante finit par se manifester par de la violence.»

Enfin, le principal intéressé, l’acteur australien Vernon Wells, a discuté de son plus célèbre personnage dans une entrevue publiée samedi par Dangerous Minds :

Wells a semblé choisir ses mots soigneusement en expliquant que «la ligne est bien mince entre l’amour et la haine», et qu’il y avait définitivement de l’amour entre Bennett et Matrix – mais qu’il «ne s’agissait pas d’un amour sexuel, plus d’un amour fraternel». Wells ajoute : «Je n’ai jamais trouvé qu’il y avait quelque chose de sexuel entre ces personnages», mais il soupçonne que des gens ont lu un sous-texte sexuel dans des scènes comme celle où il frotte sa main le long de la lame d’un couteau en disant : «Welcome back John, I’m so glad you could make it». Wells admet que des scènes comme celle où Matrix invite Bennett à «mettre le couteau dans lui», ou celle où Bennett est empalé par un long tuyau crachant de la vapeur «marchent sur une corde raide», mais que le sous-entendu sexuel «involontaire» est «renforcé par les deux personnes jouant les rôles».

Involontaire? Probablement. Mais l’analyse de ces sous-textes n’en est pas moins valable, ou amusante. Pour paraphraser une maxime, l’homoérotisme d’une oeuvre se trouve dans l’œil de celui qui regarde. Un exemple récent, provenant du plus notoire des critiques contrariens, Armond White, qui commence sa critique d’un film d’action dans Out Magazine par : «Si les poils de nuque d’un homme font dresser vos propres poils de nuque, en même temps que d’autres parties érogènes, alors 300: Rise of an Empire est un film pour vous».

Pour revenir au cinéma d’action des années 1980, le nombre faramineux d’allusions «involontaires» plus ou moins symboliques à l’homosexualité latente de ses personnages nous mène à croire qu’il ne s’agit peut-être pas du fruit du hasard. Il y a trop d’exemples pour les lister ici, mais rappelons-nous les plus connus: la scène du volleyball de plage dans Top Gun, la course sur la plage suivie de l’embrassade dans Rocky 3, le «I used to fuck guys like you in prison» lancé à Patrick Swayze dans Roadhouse, la bataille dans un bain public au début de Red Heat, avec un tuyau d’arrosage comme seule arme utilisée par Arnold…

Mais le champion incontesté de cette catégorie – on s’entend, complètement frivole – est Showdown in Little Tokyo, qui a incidemment été mis en scène par le réalisateur de Commando. Comme l’indique la fiche du film issue du 80s Action Guide de Ruthless Reviews, qui recense avec humour les cas d’homoérotisme dans les films de gros bras, on a oublié d’appliquer le «sous» à sous-texte. Et ça donne cette réplique mémorable :

> Le flop des Expendables : au-delà du piratage
> Le parrain des films de gros bras n’est plus
> Où l’on apprend que JCVD a failli jouer le Predator…

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (12)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • publicité

  • Calendrier

    août 2015
    L Ma Me J V S D
    « juil    
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
  • Archives

  • publicité