Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Action’

Vendredi 5 août 2016 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (23)

Dunkirk : Christopher Nolan au front

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Le dixième long métrage de Christopher Nolan est fort probablement le projet le plus ambitieux de la carrière du cinéaste anglo-américain de 46 ans. Plus gros qu’Inception, Interstellar et même la trilogie The Dark Knight. Dunkirk, qui prendra l’affiche le 21 juillet 2017, porte sur l’une des plus importantes opérations de la Seconde Guerre mondiale.

Entre le 26 mai et le 4 juin 1940, plus de 300 000 soldats alliés encerclés par l’armée allemande furent secourus des plages de la ville de Dunkerque, dans le nord de la France. L’évacuation, baptisée Dynamo par les Britanniques, a fameusement été qualifiée de «miracle» par Winston Churchill.

Le tournage de Dunkirk s’est entamé le 23 mai à Malo-les-Bains, dans le Nord-Pas-de-Calais. Une filiale régionale de France 3 a suivi quotidiennement la production du film durant ses 24 premiers jours. Un «récit en images» à consulter ici.

Peu d’informations officielles ont circulé au sujet de Dunkirk jusqu’à maintenant. Les révélations les plus intéressantes portent sur la gestion de matériel, qui suggère l’envergure colossale de la vision de Nolan, ainsi que son souci maniaque du réalisme. Presse-Océan, quotidien basé à Nantes, a rapporté en février dernier que la production a loué les services du Maillé-Brézé, navire de la Marine nationale française qui tient depuis 28 ans la fonction de musée naval.

Le bateau, qui a été remorqué jusqu’à Dunkerque, a dû être modifié afin de s’accorder aux impératifs historiques, précise 20 Minutes :

«Nolan a besoin de plusieurs navires de guerre d’époque et ceux-ci sont extrêmement rares. Il souhaiterait utiliser le Maillé-Brézé pour plusieurs rôles de bateaux dans différentes scènes extérieures, notamment celles du sauvetage des troupes alliées.»

En service entre 1957 et 1988, l’ancien escorteur de la marine nationale n’est pourtant pas contemporain de l’Opération Dynamo. «C’est pour ça qu’il va falloir le transformer un peu. Démonter les éléments les plus modernes comme le sonar.» Il faudra aussi restaurer la peinture grise originale du bateau, habillé depuis septembre d’une fresque colorée réalisée par deux artistes de street-art.

Par ailleurs, des rumeurs datant de début juin avancent que Warner Bros. a déboursé 5 millions $ pour l’acquisition d’un authentique avion de la Luftwaffe, sur lequel seront installées des caméras IMAX. «Et quand ils auront fini, ils vont l’écraser», affirme Indie Revolver.

Le seul acteur de premier plan à avoir discuté du film est Mark Rylance, nouvel alter ego de Steven Spielberg qui a remporté un Oscar cette année pour son Bridge of Spies. Il s’est récemment confié au podcast d’Empire, disant que «Chris [Nolan] est le plus sérieux et intéressant des cinéastes. Chaque grand réalisateur fait un film de guerre à un certain moment. Mais le scénario de Chris est si brillant que je pense qu’il a le potentiel de faire un film de guerre très, très puissant et pur sur une perte miraculeuse. Ça a le potentiel d’être un film tout simplement merveilleux».

Rylance sera accompagné de ses compatriotes Kenneth Branagh et Tom Hardy, qui renoue une troisième fois avec Nolan après Inception et The Dark Knight Rises. L’Irlandais Cillian Murphy retrouvera Nolan pour une cinquième fois, après également Inception, et aussi Batman Begins (il a un caméo dans les deux volets subséquents de la bat-trilogie). On verra cependant des inconnus dans la peau des soldats au front, dont Harry Styles, membre du boys band archi-populaire One Direction. Il s’agit d’un premier rôle au cinéma pour le jeune homme de 22 ans.

Dunkirk a été tourné en IMAX 65 mm et en 65 mm format large. Il s’agira seulement du troisième long métrage majeur cette décennie à employer ce format d’image, après The Master et The Hateful Eight. Un premier teaser du film a été mis en ligne hier, c’est du lourd.

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(L’image qui coiffe ce billet provient du compte Twitter de Pierre Volot, photographe de plateau du film).

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Jeudi 9 juin 2016 | Mise en ligne à 18h30 | Commenter Commentaires (11)

Rambo, fusillades et évolution du héros d’action

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Filmmaker Magazine a publié mardi une captivante entrevue avec Ted Kotcheff au sujet de First Blood (1982), premier chapitre de la saga Rambo qui est reconnu comme un classique du genre même par les plus pointilleux des cinéphiles. Le cinéaste canadien de 85 ans s’exprime avec une franchise et une simplicité caractéristiques des vieux routiers qui ont perfectionné l’art de l’anecdote, et qui n’ont plus rien à cacher.

Avant l’implication de Kotcheff, le projet First Blood était tabletté chez Warner Bros. On lui a quand même proposé de soumettre son propre scénario basé d’après le roman de son compatriote David Morrell, mais le pitch fut rejeté. Le studio considérait que ce type de film n’était pas viable dans une société si hostile à la guerre du Vietnam. «La droite pense que les vétérans sont une bande de perdants, et la gauche pense qu’ils sont des tueurs de bébés. On a maintenant Ronald Reagan comme président et le patriotisme vieux jeu est de retour. Ceci n’est pas un film patriotique», a confié à Kotcheff un proche de Warner.

Le projet a finalement été adopté par une nouvelle compagnie de production, Orion, qui cherchait à financer son premier long métrage à gros budget (le jeune studio a réussi à lever des fonds en pré-vendant les droits de distribution dans des marchés internationaux). Kotcheff voulait Sylvester Stallone pour incarner le protagoniste, un choix qui ne faisait pas l’unanimité. Malgré les succès des Rocky, Sly n’était pas considéré comme une valeur sûre au box-office à l’époque. Ses tentatives à l’extérieur du ring comme Paradise Alley, F.I.S.T. ou Nighthawks n’ont pas fait courir les foules. «Je m’en fous des idées reçues, il est parfait pour le rôle. Il est dur, mais il est aussi empathique, et capable d’une grande sensibilité. Je ne vois pas qui d’autre pourrait jouer ce rôle», se rappelle avoir argumenté Kotcheff.

Stallone n’était pas seulement le candidat idéal, il s’est aussi révélé être un habile collaborateur artistique. On oublie parfois qu’il n’est pas qu’une icône du cinéma de gros bras: il est aussi un scénariste prolifique. Son scénario pour Rocky (1976) lui a d’ailleurs valu une nomination à l’Oscar. Dans le cas de First Blood, il a apporté trois modifications de taille. Je laisse à Kotcheff le soin de les décrire :

La première est que, à l’origine, Rambo s’emparait d’un fusil et se mettait à tirer sur les membres de la Garde nationale, ces guerriers du week-end qui travaillent dans des pharmacies. Sylvester a correctement fait remarquer que le public allait détester ce mec s’il fait ça – il est récipiendaire d’une médaille d’honneur du Congrès, un béret vert, il ne devrait pas être en train de tuer ces gars qui portent un uniforme le week-end. Dès que Sylvester l’a dit, je savais qu’il avait tout à fait raison; je sentais que cela devrait être un gars qui est fatigué de la violence. D’avoir vu ses collègues tués. D’avoir vu des Vietnamiens tués. La dernière chose qu’il veut est de revenir en Amérique et commencer à tuer des gens.

La deuxième modif :

Un jour il m’a dit : «J’ai une idée folle, Ted.» «Qu’est-ce que c’est, Sylvester?» (je refusais de l’appeler Sly). «Rambo ne dit pas un mot dans tout le film». J’ai adoré. J’aime les idées radicales comme ça – vous êtes le héros et vous ne dites pas un mot. J’ai dit: «Faisons-le!». On n’a pas avisé les producteurs, bien sûr. On s’est mis à éliminer tous ses dialogues. En fin de compte on ne pouvait pas le faire – ça commençait à avoir l’air affecté. Mais l’idée a eu un effet salutaire sur le script, parce que les répliques qui sont restées sont devenues plus puissantes. Comme cette fameuse ligne, «They drew first blood, not me».

Enfin, Stallone a suggéré de changer la scène finale, dans laquelle Rambo se fait hara-kiri (on peut voir la fin originale ci-dessus). Kotcheff précise:

Eh bien, nous avons tourné la scène et Sylvester a donné une performance spectaculaire. Tout le monde était emballé – sauf Sylvester. Il m’a pris à part et m’a dit: «Ted, nous avons fait endurer tant de choses à Rambo… le public a souffert avec lui à travers tout cela, et maintenant nous allons le tuer? Ils vont détester ça, je te le dis». J’y ai pensé pendant une minute et suis venu avec l’idée d’un long travelling. On finirait la scène avant que le colonel ne prenne le fusil, et puis on suivrait Rambo et le colonel en dehors du poste de police, en face de cette ville que Rambo a presque détruite.

Ce brusque changement de direction a enragé les dirigeants d’Orion (ce qui est doublement ironique quand on sait que, de un, la survie de Rambo a permis l’instauration d’une franchise multimillionnaire et, de deux, depuis quand un studio s’oppose-t-il à un happy end?). Une projection-test du film avec la fin originale a été organisée en banlieue de Las Vegas. Selon Kotcheff, tous les bulletins d’appréciation étaient plus ou moins semblables : «Un excellent film d’action avec une fin horrible». La version alternative s’est donc naturellement imposée.

Étonnamment, pour Kotcheff, le cinéma d’action est le «plus facile à réaliser» parmi tous les genres. Les drames viennent en deuxième, et les comédies sont les plus difficiles. Son explication : les films d’action ont cette structure inhérente du pourchassé et du poursuivant qui permettent de bâtir du suspense. Selon lui, sa formation musicale lui a permis de s’en sortir sans trop de peine avec un projet comme First Blood.

Les gens pensent que le rythme se crée en misant sur la rapidité, mais ce n’est pas vrai. Si vous procédez ainsi, ça devient ennuyeux. Vous devez juxtaposer les émotions et les pensées et les expériences et le mouvement pour donner du rythme. Quand je travaille sur un scénario, je donne aux scènes différents intertitres musicaux : allegro, andante, largo et ainsi de suite. J’écris ces intertitres dans le but de ne pas oublier ma vision pendant le tournage, qui est sujet à tant de distractions.

Voilà une manière originale pour aborder l’action (et une manière qui est clairement efficace). Mais l’aisance de Kotcheff dans ce genre n’est pas donnée à tous, comme on peut le constater dans la vidéo qui suit. L’analyse suggère en gros que les scènes d’action contemporaines omettent trop souvent la dimension narrative de l’intrigue globale, et regrette les cas où «l’insinuation» l’emporte sur la «démonstration» (Show it! Don’t imply it!). Il y a toutefois des exceptions, comme Saving Private Ryan par exemple.

Un réalisateur qui sait comment lier ses morceaux de bravoure à la progression et à la compréhension de son récit est James Cameron. Le spécialiste du cinéma d’action Rossatron se penche sur The Terminator (1984) et la scène dans le club TechNoir. La transition entre la tension construite grâce au montage et au ralenti, et le début de la fusillade en temps réel, donne l’impression d’une scène beaucoup plus frénétique qu’elle ne l’est réellement : l’action est relativement modérée et surtout visuellement fluide.

Le même Rossatron a dernièrement élargi le thème en explorant dans une vidéo de huit minutes certaines fusillades classiques du grand écran, tout en cherchant à identifier les ingrédients qui déterminent leur efficacité.

Pour finir, voici 30 minutes franchement chouettes sur l’évolution des figures et des héros dans le cinéma d’action. L’exercice est ambitieux et fort bien documenté, et la présentation est particulièrement ludique. On commence par la première scène d’action de l’histoire, la fameuse arrivée d’un train en gare de La Ciotat, documentée par les frères Lumière.

Et on suit avec les swashbucklers Douglas Fairbanks et Errol Flynn, l’emblème du western John Wayne, Bruce Lee, le père du cinéma catastrophe Irwin Allen, l’incarnation de la coolitude Steve McQueen, les James Bond, l’archétype du héros postmoderne Harrison Ford, le surhomme idéal de l’ère Reagan Arnold Schwarzenegger.

On poursuit avec des gars dotés d’une virilité plus «ordinaire», en l’occurrence Mel Gibson et Bruce Willis, et on finit avec la folie des super-héros. Le dernier chapitre soumet une critique de l’abus du CGI, avec notamment cette réplique perspicace : «Avant, les films basés sur des mythes pour enfants ressemblaient à des pièces de théâtre de quartier, mais maintenant ils donnent l’impression d’être des guerres sur l’acide».

- Pour une autre savante analyse de l’évolution du héros d’action – avec une perspective socio-politique comme trame de fond – je vous conseille fortement le dossier de Sylvain Lavallée publié à l’hiver 2014 par Panorama-Cinéma.

À lire aussi :

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Mercredi 20 janvier 2016 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (17)

13 Hours, ou le mensonge du film apolitique

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Ainsi, Michael Bay, le symbole hollywoodien du cinéma d’action juvénile à grand déploiement, a abordé un sujet aux consonances politiques extrêmement délicates. Son nouveau long métrage, 13 Hours, relate l’attentat contre le consulat des États-Unis à Benghazi, en Libye, le 11 septembre 2012. L’intrigue porte sur «six membres d’une équipe de sécurité qui se sont battus vaillamment pour défendre les nombreux Américains» visés par des manifestants en furie. Un évènement qui continue d’alimenter de vives rancœurs partisanes entre démocrates et républicains au Congrès.

Pourtant, du côté du distributeur Paramount, on assure que le film «n’est pas politique» une miette. Une déclaration qui, selon la critique du Washington Post Ann Hornaday, n’est rien de moins qu’un «énorme mensonge» (whopper). Et ce, «même de la part d’une industrie qui a si brillamment perfectionné l’art de pisser sur ses clients tout en leur disant qu’il pleut».

Pour brièvement résumer la polémique entourant «l’affaire Benghazi» : selon bon nombre de républicains, la mort de l’ambassadeur des États-Unis en Libye, Christopher Stevens, et de trois autres Américains cette soirée-là, a directement été causée par Hillary Clinton, Secrétaire d’État à l’époque, qui aurait sciemment refusé de procurer des renforts avant et pendant l’attaque meurtrière. Les démocrates, de leur côté, clament que l’acharnement des républicains dans cette affaire est motivée purement par des raisons partisanes en cette période électorale.

Dans ce contexte, un film qui traite de ce sujet explosif à quelques jours des premières primaires de la présidentielle 2016 peut-il sincèrement se prétendre au-dessus de tout ça? Bien sûr que non. Et il n’est pas question ici de facteurs intangibles comme les «intentions créatives». Un reportage du Hollywood Reporter démontre qu’il y a toute une différence entre ce que Paramount dit et ce que Paramount fait. 13 Hours a été agressivement promu dans les États et les médias conservateurs pour la simple et bonne raison que leur produit épouse le point de vue républicain de l’affaire Benghazi.

Fox News est ainsi devenu un allié naturel de 13 Hours. Une bande-annonce y a été diffusée après le dernier discours sur l’état de l’Union de Barack Obama. La populaire émission The Kelly File a obtenu en primeur des images du making of, ainsi qu’un accès à trois des vrai héros de Benghazi personnifiés dans le film. L’animatrice Megyn Kelly a ouvert son segment sur un ton alarmiste : «Un reportage exclusif sur le nouveau film passionnant qui pourrait menacer les espoirs de Hillary Clinton dans sa course à la Maison-Blanche».

Paramount s’est également assuré d’inviter des journalistes conservateurs à ses projections de presse. Stephen Hayes, le biographe officiel de Dick Cheney, a écrit dans le Weekly Standard que «le film ne mentionne jamais Hillary Clinton ou Barack Obama. Mais il expose de manière subtile leur faiblesse et leur malhonnêteté». National Review, de son côté, a publié un billet «commandité par notre partenaire, Paramount Pictures». L’auteur parle d’un film «awesome», et dit qu’il meurt d’envie de le revoir «avec ses amis et ses fils».

Mais le «critique» le plus efficace de 13 Hours a probablement été le candidat à la présidence – et bon deuxième derrière Donald Trump dans les sondages – Ted Cruz. Lors du débat républicain jeudi dernier, le sénateur du Texas a conclu sa soirée en disant : «Demain matin prendra l’affiche un film sur l’incroyable courage des hommes qui se sont battus pour leur vie à Benghazi. Et sur les politiciens qui les ont abandonnés».

Trump, qui n’allait certainement pas se laisser bousculer sur le flanc cinématographique, a annoncé le lendemain qu’il avait loué une salle dans une ville de l’Iowa (où se tiendra le caucus qui lance officiellement la saison électorale) et payé les billets pour «les Américains qui veulent savoir ce qui s’est vraiment passé à Benghazi».

Parlant de vérité… Selon divers reportages, le film fait «la promotion des pires théories de la conspiration» entourant l’affaire Benghazi. Des théories qui ont été discréditées par bon nombre de comités officiels (dont certains bipartites). Les papiers les plus complets sur les faussetés dans 13 hours ont été publiés par Vox et Vanity Fair. En gros, le principal méchant du film est un certain Bob (incarné par le pauvre assistant Gale de Breaking Bad). Ce dernier représente le «stupid chief», c’est-à-dire le bureaucrate incompétent, efféminé, qui ne cesse de mettre des bâtons dans les roues aux soldats patriotiques et virils qui ne désirent rien de plus qu’honorer leur drapeau et de retrouver leur famille à la maison.

Malheureusement pour Paramount, leur campagne de marketing n’a pas été couronnée de succès. Les recettes du long week-end sont estimées à 19 millions $. Ce qui n’est pas si mal pour une production de 50 millions $. Mais on n’a pas su répliquer la magie d’American Sniper et de Lone Survivor, deux autres films pro-armée qui sont sortis à la même période les années précédentes, et qui ont dépassé les attentes au box-office, avec un total de 147 millions $ lors de leurs premiers week-end d’exploitation.

Ce rendement commercial plutôt moyen, de surcroît pour un film réalisé par le roi du blockbuster, est analysé dans ce papier de Scott Mendelson de Forbes, qui évoque un
Catch 22 :

13 Hours a été un peu pris au piège par ses origines intrinsèquement politiques. Je dirais que le pitch agressif fait aux institutions conservatrices était à la fois une action nécessaire (au cas où personne ne se pointerait aux guichets) et préjudiciable (car cela a sans doute effrayé une bonne part de ceux qui avaient simplement accepté les titres Lone Survivor et American Sniper au pied de la lettre). [...]

Et bien que 13 Hours n’est pas le premier film à avoir été quelque peu vendu sous la table aux conservateurs et aux évangéliques, il n’y avait pas moyen de contourner la nature de ce film qui est, par défaut, une invitation à ceux embrassant un certain point de vue qui est peut-être de mauvais goût pour d’autres segments de la population. Bref, le film n’aurait sans doute pas existé si ce n’était des controverses entourant l’attaque terroriste de 2012, mais c’est l’existence de ces mêmes controverses qui a empêché le film de tendre la main aux non-convertis.

Est-ce à dire que Michael Bay est un «réalisateur conservateur», comme le clame par exemple Mother Jones? Je ne le pense pas. Pas plus que Kathryn Bigelow et son controversé Zero Dark Thirty. Je crois plutôt que ces deux cinéastes sont davantage fidèles à un modèle dramatique particulier qu’à une idéologie politique. En d’autres mots, ils savent que, pour créer du suspense dans un thriller complexe, un seul ennemi ne suffit pas. Le mal doit non seulement venir de l’extérieur (les méchants arabes) mais aussi de l’intérieur (les agences gouvernementales inaptes et/ou corrompues). Le ou les héros sont ainsi plus isolés, s’exposent à davantage de risques, et leur victoire finale n’en est donc que plus exaltante.

Le problème pour Bay et Bigelow est que ledit modèle, lorsqu’appliqué à des récits basés sur des faits réels dont les interprétations sont vicieusement manipulées par une société politiquement hystérique, ne peut pas uniquement être pris en compte dans un contexte de divertissement bénin. Qu’ils le veuillent ou non, les créateurs doivent accepter dans ces cas-ci une responsabilité qui dépasse les enjeux purement artistiques. Au moins, Bay a eu la décence de ne pas se prétendre journaliste. Il a plutôt accepté un gros jouet brillant, mais a omis de lire la consigne de sécurité qui indiquait en grosses lettres rouges : DANGER.

Ce n’est pas la première fois que Bay est accusé de souiller un évènement historique grave. Il l’avait fait en 2001 avec l’attaque de Pearl Harbor, dans le film du même nom, où les évènements tragiques du 7 décembre 1941 tenaient lieu de toile de fond luxuriante à un conflit nettement plus important : la lutte entre deux beaux mecs pour le coeur d’une infirmière sexy. L’amour, en effet, est plus fort que les bombes… Pearl Harbor a d’ailleurs été la plus récente victime de Screen Junkies.

À lire aussi :

> Les lampadaires de Bay, le coupe-boulons de Herzog
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