Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Action’

Mercredi 2 septembre 2015 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (23)

Bourne 5 : l’austérité dans la peau

CLH1.CA.0e.0709.bourne1.O.1

Le cinquième chapitre de l’électrisante saga d’action est lentement mais sûrement en train de prendre forme, et c’est du joli. On apprenait hier que Vincent Cassel incarnera l’assassin qui traquera Bourne; l’acteur français se joint au vétéran Tommy Lee Jones ainsi qu’à la «supernova cinématographique» Alicia Vikander (Ex Machina), qui a abandonné deux projets d’envergure (The Circle et Assassin’s Creed) pour avoir l’opportunité d’échanger des regards anxieux avec Matt Damon.

La star de 44 ans retrouvera le cinéaste britannique Paul Greengrass, qui l’avait dirigé dans les deux derniers Bourne originaux, Supremacy et Ultimatum. On se rappellera que les deux hommes s’étaient fâchés avec le studio Universal lors de la pré-production d’un quatrième Bourne, qui s’est finalement transformé en un reboot réalisé par le co-scénariste des trois premiers films, Tony Gilroy, et mettant en vedette l’éternel second Jeremy Renner. Cela a donné The Bourne Legacy, un objet particulièrement étrange.

Universal et le tandem Greengrass-Damon ont enterré la hache de guerre il y a presque exactement un an, dénouement que Deadline a qualifié de «bombe absolue». Résultat : la franchise comporte présentement deux identités distinctes qui sont développées «sur deux voies» (parallèles ou pas), pour reprendre les paroles du producteur Frank Marshall. Le studio favorise bien sûr l’équipe originale, qui a rapporté beaucoup plus d’argent. Cela a notamment eu comme conséquence de «donner» la date de sortie du nouveau film avec Renner, que devrait réaliser Justin Lin (Fast & Furious), aux revenants bénis.

Le cinquième chapitre, qui prendra l’affiche le 29 juillet 2016, devrait s’intituler The Bourne Betrayal, mais rien n’est encore confirmé. L’intrigue non plus n’a pas été dévoilée, mais on sait qu’elle a été écrite par un tout nouveau groupe de scénaristes (on peut comprendre Gilroy de ne pas vouloir collaborer avec l’équipe A). Il s’agit donc de Greengrass et de Damon eux-mêmes, ainsi que du fidèle monteur du réalisateur, Christopher Rouse. En entrevue à BuzzFeed dimanche dernier, Damon s’est gardé d’en «dire trop» :

On verra Bourne à travers une Europe criblée par l’austérité et dans un monde post-Snowden. On dirait que beaucoup de choses ont changé [depuis Ultimatum, en 2007], vous savez? Il y a tous ces débats au sujet de l’espionnage et des libertés civiles et de la nature de la démocratie. Ça commence en Grèce, vous savez, le début de la démocratie. Et le film se termine à Las Vegas, l’incarnation la plus grotesque de…

Il ne termine pas sa phrase, mais ce n’est pas difficile de compléter sa pensée, surtout quand on connaît ses convictions politiques, affichées bien à gauche. Il en va de même pour Greengrass, qui connaît un truc ou deux sur la contestation sociale, s’étant établi une solide réputation avec son deuxième long métrage, Bloody Sunday (2002), qui relate le massacre de manifestants irlandais par l’armée britannique en 1972.

La mention de Snowden est assez révélatrice du ton qu’empruntera le nouveau Bourne. L’homme le plus recherché au monde est devenu une icône populaire qui a frappé l’imaginaire collectif de la contre-culture de l’ère 2.0. Il sera l’objet du nouveau film d’Oliver Stone, avec Joseph Gordon-Levitt dans le rôle-titre, à l’affiche le jour de Noël. BuzzFeed rappelle d’ailleurs que le sénateur John McCain avait affirmé à regret que Snowden est vu «comme une sorte de Jason Bourne». La boucle est donc bouclée.

***

Malgré le succès commercial et critique de la série, en particulier les deux films réalisés par Greengrass, ce n’est pas tout le monde qui apprécie l’approche survitaminée employée par le cinéaste britannique. Les détracteurs condamnent son excès de shaky cam (aussi surnommé Unsteadycam) et son montage quasi-stroboscopique.

Corey Creekmur, professeur de cinéma à l’Université d’État de l’Iowa, a analysé de plus près le langage greengrassien dans cette vidéo qui démontre qu’«une simple action (lire un dossier) requiert une présentation et une réponse compliquées (lire un film)». Son exercice se veut un hommage au théoricien David Bordwell, et à son étude sur «la continuité intensifiée» dans l’Hollywood contemporain.

Pour revenir à la notion de la shaky cam, selon Chris Stuckmann il s’agit en effet d’un problème dans la plupart des gros films d’action; une technique qui permet de masquer les défauts de la mise en scène, des performances ou de la direction artistique. Par contre, il voit dans la série des Bourne (à partir de 10:45) l’exception qui confirme la règle.

À lire aussi :

> The Bourne Legacy, ou le confort de la nostalgie

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (23)  |  Commenter cet article






Vendredi 28 août 2015 | Mise en ligne à 20h45 | Commenter Commentaires (53)

Les femmes désirent-elles faire des films d’action?

Ava DuVernay

Ava DuVernay

Colin Trevorrow, cinéaste de 38 ans qui connaît une fulgurante ascension dans l’industrie, a mis les pieds dans les plats vendredi dernier en suggérant que les femmes n’avaient en général pas le même «désir» que les hommes pour mettre en scène des gros films d’action. Ce commentaire a précédé des propos similaires qu’il a formulés dans le cadre d’un reportage du Los Angeles Times, qui porte sur la nouvelle tendance des studios d’engager des réalisateurs relativement inexpérimentés pour mener à bien leurs blockbusters.

Évidemment, [la situation] est très déséquilibrée, et j’espère qu’elle va changer au fur et à mesure que le temps passe. Mais ça me blesse quand on m’utilise comme un exemple de privilège blanc et masculin. Je connais beaucoup de femmes cinéastes qui sont mentionnées dans ces articles. On leur offre ce genre de films, mais elles choisissent de ne pas les faire. Je pense que ce type de réflexion les fait paraître comme des victimes qui ne reçoivent pas d’opportunités, plutôt que des artistes qui savent très bien quels genres d’histoires elles veulent raconter et quels genres de films elles veulent faire. Pour moi, c’est la réalité.

Trevorrow, auteur du plus gros hit de l’année avec Jurassic World, et futur réalisateur de Star Wars: Episode IX n’avait au préalable réalisé qu’un seul long métrage, la comédie indépendante au budget dans les six chiffres Safety Not Guaranteed. Lorsqu’un internaute lui a demandé sur Twitter si une femme avec un CV similaire aurait eu la même chance que lui, il a répondu en partie :

Je veux croire qu’un cinéaste qui possède à la fois le désir et la capacité de faire un blockbuster obtiendrait l’occasion de faire valoir ses arguments. J’insiste sur le terme «désir» parce que je pense honnêtement qu’il s’agit d’une partie du problème. Beaucoup des meilleures réalisatrices dans notre industrie ne sont pas intéressées à faire une commande de studio. Ces cinéastes ont des approches et des histoires claires qui ne comportent pas nécessairement des super-héros ou des vaisseaux spatiaux ou des dinosaures.

Pour moi, ce ne est pas une simple question d’exclusion au sein d’un système d’entreprise impénétrable. C’est complexe, et cela implique une composante qui je crois est rarement discutée – des niveaux très élevés d’intégrité artistique et créative chez les réalisatrices.

Comme on peut s’en douter, la sortie de Trevorrow n’a pas été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. L’actrice Jaime King (Pearl Harbor), une fan de son Jurassic World, a qualifié ses propos de «regrettables» sur Twitter. La réalisatrice Tanya Wexler (Hysteria) a quant à elle assuré qu’elle a «tout le désir au monde. je tuerais pour faire un blockbuster… je ne peux vous dire à quel point [vos propos] sont naïfs et faux».

Ce n’est pas tout le monde qui a condamné l’argumentaire de Trevorrow. La chroniqueuse du Washington Post Alyssa Rosenberg y décèle une reconnaissance implicite de la force de caractère des femmes à Hollywood.

Je pense que Trevorrow se trompe en prétendant que les réalisatrices ne veulent pas raconter d’histoires qui «impliquent des super-héros ou des vaisseaux spatiaux ou des dinosaures». Mais s’il voulait dire par là que les femmes ne veulent pas utiliser leurs quelques rares occasions dans la chaise du réalisateur pour raconter des histoires écrites par un comité, et spécifiquement conçues pour obtenir un succès commercial maximal, cela sonne davantage comme un compliment qu’une insulte. [...] Sortir un film de franchise selon les standards exigeants – et inflexibles – des studios qui ont des idées très claires sur la façon dont leur propriété intellectuelle devrait être utilisée ressemble moins à un passage dans les ligues majeures, et plutôt à du travail en servitude.

537ba26276348

Rosenberg cite le cas d’Ava DuVernay, qui a récemment abandonné le projet Black Panther que lui avait offert Marvel. La réalisatrice du remarquable Selma a expliqué ce qui a motivé sa décision lors d’une conférence à New York le mois dernier :

À un moment donné, la réponse était «oui», parce que je pensais qu’il y avait une valeur à insérer ce genre d’imagerie dans la culture mondiale : de l’excitation, de l’action, du plaisir, tout cela avec un homme noir dans la peau du héros – ce serait assez révolutionnaire. Ces films Marvel vont partout, de Shanghai à l’Ouganda, et rien de ce que je ferai ne saura atteindre autant gens, donc je trouvais l’idée valable. Mais tout le monde s’intéresse à différentes choses…

Ce sur quoi mon nom est inscrit est significatif pour moi – ce sont mes enfants. C’est mon art. C’est ce qui va vivre après que je sois partie. Il est donc important pour moi que mon travail soit fidèle à qui je suis en ce moment. Et s’il y a trop de compromis, ce ne sera pas vraiment un film d’Ava DuVernay.

Elle ne devrait pas trop s’en faire : après tout, son film de super-héros, elle l’a déjà fait l’an dernier en nous montrant le vaillant Martin Luther King traverser le pont de Selma. Et elle rêve d’ailleurs d’en faire un autre déjà, dans la foulée de la tragédie de Charleston :

La parité dans l’industrie cinématographique est très loin d’être acquise. Les chiffres sont catégoriques : parmi les 600 films les plus lucratifs produits entre 2007 et 2013, moins de 2% ont été réalisés par des femmes. Les raisons de ce déséquilibre sont déprimantes et multiples, et sont recensées dans le captivant court métrage Celluloid Ceilings.

Le film de moins d’une demi-heure est réalisé par Lexi Alexander, qui a démontré que les filles n’ont pas peur de l’action, des explosions et de la violence bédéisée avec son jouissif et malheureusement méconnu Punisher: War Zone (2008).

Signe que la situation est hautement complexe : malgré le fait qu’elle «désire» réaliser un blockbuster, Alexander affirme qu’elle aurait refusé de faire Wonder Woman si Marvel le lui avait demandé. «Trop de poids sur mes épaules», a-t-elle admis l’an dernier. C’est finalement Patty Jenkins (Monster) qui a hérité de la délicate tâche.

À lire aussi :

> La malédiction de Wonder Woman se poursuit
> Selma et le poids disproportionné de l’Histoire

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (53)  |  Commenter cet article






Jeudi 20 août 2015 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (33)

Tom Cruise, «manifestation vivante du destin»

Film Review Mission Impossible Rogue Nation

Dans le dernier acte de Mission: Impossible – Rogue Nation, le directeur de la CIA, interprété par Alec Baldwin, avertit le premier ministre britannique avec son aplomb viril habituel : «Sir, Ethan Hunt is the living manifestation of destiny». Les gens présents dans la pièce (tout comme ceux dans la salle de cinéma) ne sont pas certains de ce qu’il entend par là, mais tout le monde approuve. En effet, qui oserait reprendre Alec Baldwin, vétéran espion depuis le classique The Hunt for Red October, et qui ne cesse de gagner en autorité avec le temps; même la caméra semble soumise par sa présence, le cadrant en contre-plongée plus souvent qu’Orson Welles ne l’a été.

Manifestation vivante du destin, donc. Même si on ne peut pas tout à fait mettre le doigt dessus, l’expression s’accorde pourtant à merveille avec notre idée de Tom Cruise. La première apparition de l’acteur dans ce cinquième chapitre de la saga d’espionnage – qui a débuté il y a 19 ans – fait d’ailleurs figure d’une manifestation héroïque à la fois vieux jeu et électrisante.

Dans le prologue, nous sommes introduits aux trois principaux collègues d’Ethan Hunt (Jeremy Renner, Ving Rhames et Simon Pegg). Ces derniers, postés dans des lieux différents, surveillent le décollage imminent d’un avion rempli de méchants. Ils affichent des airs alarmés mais demeurent néanmoins statiques, occupés par leurs écrans respectifs. Et puis soudainement embarque la fameuse musique de Lalo Schifrin, propulsant un Tom Cruise sorti de nulle part qui court vers le danger, transperçant du coup la tapisserie visuelle qui a été établie par les plans précédents. Tom Cruise n’a pas besoin de 3D.

Ce qu’il a besoin, c’est de redevenir le vecteur de fantaisie qu’il a été avant sa débâcle de 2005, quand il a perdu la faveur d’une bonne partie de ses fans après avoir gratuitement insulté une mère célèbre et avoir confondu un sofa pour une trampoline. Cruise a compris que, pour s’approprier à nouveau son statut de star no. 1 à Hollywood, il devait s’éloigner autant que possible des rôles à caractère psychologique (pensons Jerry Maguire, Magnolia, Eyes Wide Shut) puisque bon nombre de spectateurs, vexés par son image publique, ne voulaient plus ou ne pouvaient plus se laisser embarquer dans ce type d’illusion.

Au cours de la dernière décennie, Cruise n’a pas tant été acteur que performer, exhibant ses prouesses physiques (MI: III à V), versant dans la caricature (Tropic Thunder, Rock of Ages), et même se regardant jouer via ses propres clones (Oblivion). Mais, mis à part deux exceptions, il n’a pas essayé de nous faire croire qu’il interprétait autre chose que lui-même durant cette période. La proposition cruisienne à son public désabusé revêtait ainsi un caractère des plus honnêtes: venez me voir que pour ma surface, rien de plus, rien de moins. Et il a prouvé que personne dans le milieu ne sait mieux manier sa surface que lui-même. Dans sa critique de Rogue Nation, Wesley Morris de Grantland décrit la méthode Cruise comme du «masochisme exaltant (et du narcissisme exaspérant)». Il poursuit :

Qu’il le sache ou non – ou que la compagnie d’assurance des studios le sache ou non -, Cruise a 53 ans maintenant. Dans la dernière douzaine d’années, il est passé de l’attaque à la défense. Il est d’abord devenu une star en essayant de prouver qu’il pouvait tout faire – en se mesurant à Paul Newman ou Dustin Hoffman, en gagnant au volleyball de plage, en mélangeant un cocktail, en jouant un paraplégique de gauche qui perd ses cheveux… Maintenant, il essaie de rester une star sur la défensive. Il doit y avoir un moyen plus facile, même si le difficile est le seul que Cruise connaît.

Son dernier film, Edge of Tomorrow [une SF d'action où il meurt et ressuscite à répétition], m’a enchanté comme jamais je ne l’ai été avec lui auparavant. C’était du Cruise à son summum – le film en entier s’engageait à prouver à lui-même et au public qu’il ne pouvait pas être éliminé. Il aurait pu déménager sur Saturne par la suite sans jamais regarder en arrière: I’m Tom Cruise, bitches!

Malgré toute la bonne volonté du monde, Cruise ne pourra pas jouer au cascadeur pendant bien longtemps. Quoique dans Rogue Nation, il semble aussi en forme que n’importe quel athlète de haut niveau dans la trentaine. Cela dit, ses prouesses physiques jurent quelque peu avec son visage remodelé, qui a l’apparence d’un des fameux masques en latex qu’utilisent les membres du Impossible Missions Force pendant leurs opérations; tout au long du film, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer Cruise retirer son présent visage pour révéler celui du Tom Cruise d’il y a deux décennies, dans le Mission: Impossible de Brian De Palma.

Parce qu’en effet, les lois du vieillissement, il semble s’en moquer comme s’il détenait une potion dont lui seul a le secret. Même ceux qui n’ont pas vu le film l’ont vu s’agripper a un avion cargo en plein vol. Et ce n’est pas tout: dans une des séquences les plus marquantes de sa carrière de performer, on le voit retenir son souffle sous l’eau pendant trois bonnes minutes. Et la magie du cinéma ne lui permet pas de tricher: le tout est filmé à l’aide d’un plan-séquence. Mais c’en est finalement trop, il perd connaissance (il meurt?) et est sauvé in extremis par une collègue espionne aux allégeances ambigües.

mission-impossible-rogue-009-1940x1164

L’actrice suédoise Rebecca Ferguson est la révélation du film. Comme le dit si bien Morris, «her thorough mix of hard and soft is striking». Vulnérable et impitoyable à la fois, elle rappelle les femmes fatales des polars des années 1940-50 comme Gene Tierney et Lauren Bacall. Sa silhouette a clairement accroché l’oeil du directeur photo – et protégé de Paul Thomas Anderson – Robert Elswit qui, dans le plan le plus expressif du film, capte grâce à un ravissant clair-obscur une de ses jambes effilées croisée avec le long canon de son fusil; difficile de deviner dans ce contexte lequel de ces deux éléments est le plus létal.

Ferguson incarne ici un réel «personnage féminin fort», celui que bon nombre d’observateurs espèrent voir depuis des lunes dans un blockbuster. Pour reprendre une citation tirée d’un de mes billets sur le sujet publié l’an dernier : «Je pense que le principal problème ici est que les femmes réclamaient “des personnages féminins forts”, et les scénaristes masculins ont mal compris. Ils pensaient que les féministes voulaient dire Personnages de [Femmes Fortes]. Mais ce qu’elles voulaient dire c’était [Personnages Forts], Féminins.»

Pratiquement inconnue jusqu’à maintenant, Ferguson devrait être catapultée au rang de star internationale d’ici peu de temps [elle vient de décrocher un rôle dans une production prometteuse en tandem avec Emily Blunt]. Et elle en sera pour toujours redevable à Tom Cruise, qui l’a repérée via une série télé britannique, The White Queen, et qui a eu la bonne grâce de lui laisser tout l’espace nécessaire pour se démarquer. Non seulement elle ne joue pas ici une docile female interest, mais c’est elle qui se porte constamment à la rescousse de Tom Cruise. La notion de «demoiselle en détresse» est ici joyeusement renversée.

Pour revenir à notre sujet principal, et à la franchise qu’il porte fièrement sur ses épaules depuis 1996, j’aimerais vous proposer un essai sur l’empreinte auteuriste infusée dans les quatre premiers Mission: Impossible. En entrevue à Grantland, l’auteur de la vidéo – qui passe près de la moitié de sa thèse sur la contribution de De Palma – dénote un schisme à mi-chemin dans la série d’espionnage. À propos de Ethan Hunt :

Je pense que le personnage dans les deux premiers est ce qui était nécessaire pour ces films – à la James Bond – et puis, dans le III et Ghost Protocol, on commence à obtenir les contours de la vie d’une personne.

En d’autres mots, plus que les MI avancent, plus que le rôle de Hunt s’efface au profit de celui de Cruise lui-même. (À noter, pour ceux qui ne maîtrisent pas parfaitement l’anglais, le narrateur parle vite et certains raccords sonores posent problème… mais on s’habitue).

L’essai-vidéo ne fait pas mention de Rogue Nation, réalisé par Christopher McQuarrie. Ce dernier sera pour toujours associé à un seul film, pour lequel il a signé le scénario : The Usual Suspects (1995). Une réputation enviable qui au bout du compte semble lui avoir nui puisqu’il n’a pratiquement rien fait pendant les années qui ont suivi. La deuxième phase de sa carrière est intimement liée à celle de Tom Cruise. Il a écrit Valkyrie et Edge of Tomorrow, en plus d’avoir écrit et réalisé Jack Reacher et Rogue Nation.

À mon avis, Cruise n’a jamais été aussi sympathique que lorsque dirigé par McQuarrie. Comme je l’ai écrit dans ma critique de Jack Reacher – je suis probablement le seul humain sur la planète à avoir vraiment aimé ce film – l’acteur y dévoile son humour, se montre plus détendu que jamais, et ne tente pas de cacher sa fragilité. Émotion que PTA et Kubrick ont su si bien lui extraire, à leurs manières respectives, mais qu’il n’avait pas encore exprimée dans ses rôles de héros d’action. McQuarrie n’est peut-être pas un auteur, mais ce qui le distingue est sa capacité d’humaniser la machine cruisienne: dans les deux films en question, notez les secondes supplémentaires qu’il prend pour montrer les réactions aux petites défaites, blessures ou contretemps que subit sa vedette au cours de ses aventures.

En 2005, le rétablissement de la réputation de Tom Cruise s’annonçait comme une mission impossible. Mais il a vaillamment choisi d’accepter ladite mission, et – du moins en ce qui me concerne – l’a accomplie avec panache. Peut-être que c’est ce que voulait dire Alec Baldwin après tout : il nous a démontrés ce que signifiait prendre son destin entre ses mains. Pour reprendre le souhait formulé par Bilge Ebiri dans sa chronique de New York Magazine : «Il est venu le temps de recommencer à aimer Tom Cruise».

À lire aussi :

> Tom Cruise met l’impossible au défi
> Jack Reacher ne se prend pas au sérieux!
> Redéfinir le «personnage féminin fort»

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (33)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    mai 2011
    L Ma Me J V S D
    « avr   juin »
     1
    2345678
    9101112131415
    16171819202122
    23242526272829
    3031  
  • Archives

  • publicité