Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Acteur/Actrice’

Jeudi 5 juin 2014 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (14)

Les deux visages de Nicolas Cage

joe_xxlg

La dernière décennie, plus ou moins, n’a pas été très tendre envers Nicolas Cage. D’acteur vénéré, il s’est lentement mais sûrement transformé en punching bag de la culture web, devenu bien plus fameux pour ses memes que pour son jeu.

Mais le talent ne s’est heureusement pas évaporé. Le Cage des bons vieux jours s’est manifesté à quelques reprises au cours des dernières années, dans des films aussi divers que Kick-Ass, le remake de Bad Lieutenant et même le dessin animé The Croods, où son travail vocal s’avère particulièrement charmant.

Son grand retour en forme, si l’on en croit les divers reportages et critiques, s’est confirmé ce printemps dans Joe de David Gordon Green. Le film, qui n’a pas été distribué au Canada, semble également être un retour en forme pour le cinéaste lui-même, qui renoue avec le southern gothic, genre qui avait fait sa renommée à ses débuts (George Washington, All the Real Girls), avant qu’il ne dévie bizarrement dans la comédie apatowienne (Pineapple Express, The Sitter).

En entrevue au New York Times en avril dernier, Cage médite sur ses rôles récents avant d’affirmer qu’il cherchait un moyen de retourner aux sources : «J’ai fait des trucs plus baroques, plus lyriques [operatic]. Ce que j’appellerais du kabuki occidental, à certains égards, où j’essayais d’être plus stylistique… Tout ce que je savais, c’est que je voulais explorer une quiétude et ne pas avoir à jouer, mais simplement ressentir, ou être».

Dans Joe, il incarne un ex-taulard devenu bûcheron qui empoisonne illégalement des arbres dans un coin perdu du Texas. Il finit par faire la rencontre d’un ado abusé par son père alcoolique, avant de le prendre sous son aile du mieux qu’il peut. Dans sa critique publiée dans LA Weekly, Amy Nicholson constate que le film «est un rappel périodique que Cage est l’un des grands talents de sa génération. Peu-être est-il en train de s’en rappeler lui-même».

Joe sera disponible en vidéo le 17 juin.

> David Gordon Green commente une scène de Joe

***

Malgré cette performance et ce film très prometteurs, on demeure conscient que le Cage des décision douteuses n’est pas près de disparaître. Parmi ses projets à venir les plus médusants, il y a le reboot de Left Behind, une adaptation d’une série de 16 romans qu’on peut qualifier de Harry Potter de la littérature chrétienne évangélique (détails ici).

Left_Behind_-_Teaser_Poster«Je voulais le faire parce que c’était stimulant et inhabituel pour moi», a dit Cage en entrevue à Variety en mars dernier. Il joue ici un pilote d’avion nommé Rayford Steele qui subit l’Enlèvement en plein vol. Des millions de personnes, dont sa femme born again, se sont soudainement volatilisées, tandis que les autres, les mécréants, restent sur Terre aux prises avec les machinations de l’Antéchrist, qui a pris la forme du Secrétaire général de l’ONU.

Aux dires du producteur Paul Lalonde : «Ce qui distingue Left Behind, c’est que c’est une histoire contemporaine qui pourrait effectivement se produire à tout moment. C’est aussi un récit historique en un sens, car il est basé sur une histoire vraie; c’est juste qu’elle n’est pas encore arrivée». Le film est d’ailleurs réalisé par le vétéran cascadeur Vic Armstrong.

Left Behind suit dans la lignée de productions bibliques de plus en plus en vogue, et de plus en plus profitables. Il sera intéressant de voir si Cage, un symbole d’une industrie hollywoodienne profane honnie par la communauté évangélique, sera capable de dresser un pont entre les public mainstream et religieux. On s’entend que cette «modeste» production de 18 millions $ n’aurait jamais eu droit à une telle visibilité, ni à une distribution en salle, si ce n’était de la présence d’une telle superstar (les deux derniers films de la franchise sont sortis directement en vidéo).

Left Behind prendra l’affiche le 3 octobre aux USA mais, comme dans le cas de Joe, pas certain qu’on aura la chance de le voir en salle chez nous.

Et si ce reboot fait sauter le box-office, préparez-vous à d’autres de ce genre, avec tout le lustre hollywoodien que cela implique. Tiens, pourquoi pas Jennifer Lawrence ou Emma Stone en vedette dans une nouvelle version de A Matter of Faith, une autre «histoire contemporaine» dans laquelle une bonne fille chrétienne est confrontée à un méchant professeur (Ben Kingsley? Gary Oldman?) qui lui enseigne la théorie de l’évolution, avant de voir son père créationniste courir à sa rescousse.

À lire aussi :

> L’homme derrière «Nicolas Cage»
> La domination du «cinéma conservateur»?

Lire les commentaires (14)  |  Commenter cet article






Mercredi 16 avril 2014 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (2)

Philip Seymour Hoffman, un acteur très recherché…

most-wanted-man

En février dernier, Philip Seymour Hoffman, l’homme, nous quittait prématurément à l’âge de 46 ans. Mais l’acteur, lui, n’a pas encore dit son dernier mot. En effet, on pourra voir deux de ses dernières performances cet été avec les sorties de God’s Pocket (9 mai) et A Most Wanted Man (25 juillet). Les bandes-annonces de ces deux films ont été diffusées à quelques jours d’intervalle au courant de la dernière semaine.

D’abord, la première réalisation cinématographique de John Slattery (le Roger Sterling de Mad Men), qui tient son titre d’un quartier ouvrier de Philadelphie. PSH y incarne un paumé, voyou à ses heures, mais néanmoins marié à une femme resplendissante, qui tente de couvrir le meurtre de son gendre haï de tous. God’s Pocket a eu sa première à Sundance, en janvier dernier, mais n’a pas récolté des échos très positifs, avec un piètre 17% sur l’agrégat Rotten Tomatoes. Note, doit-on préciser, qui est basée d’après seulement six critiques.

A Most Wanted Man s’annonce plus prometteur, du moins si l’on se fie à son score préliminaire de 91% chez RT. Cette adaptation d’un roman de John Le Carré a été mise en scène par le talentueux photographe et cinéaste néerlandais Anton Corbijn, qui nous a épatés avec ses deux précédents efforts, les élégants et atmosphériques Control et The American. Cette fois, PSH joue un espion allemand porté sur la boisson qui est chargé d’infiltrer un réseau terroriste islamique à Hambourg.

Les dernières apparitions de Hoffman sur grand écran seront dans les chapitres ultimes de la saga The Hunger Games, à savoir Mockingjay – Part 1 (21 novembre) et Mockingjay – Part 2 (20 novembre 2015).

Le studio Lionsgate a affirmé au Hollywood Reporter en mars que la mort de l’acteur n’aura pas d’impact adverse concernant la production et la sortie prévue des deux films.

Il restait cependant à PSH une scène majeure à tourner. On compte donner l’illusion de sa présence en misant entre autres sur une utilisation judicieuse du hors champ. Selon un spécialiste des effets visuels, il serait aussi question d’user de procédés de numérisation pour le remplacer, comme ce fut le cas à la suite du décès de Brandon Lee sur le plateau de The Crow, il y a 20 ans.

À lire aussi :

> Hoffman : «Pas une fausse note»

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article






Mardi 4 mars 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (31)

DiCaprio trop cool pour l’Académie?

enhanced-28609-1393847810-5

Il a peut-être livré la performance la plus solide de sa carrière dans la peau d’un hédoniste débauché dans The Wolf of Wall Street, il n’en demeure pas moins que les rêves d’Oscar de Leonardo DiCaprio n’avaient à peu près aucune chance de se concrétiser dimanche soir, alors que la star a «réagi dignement» dans la défaite, comme on dit, en regardant le grand favori Matthew McConaughey monter sur scène cueillir le pétillant cadeau que lui tendait la non moins pétillante Jennifer Lawrence.

Ce quatrième revers en autant de nominations a ému le web, qui a ces derniers jours manifesté son chagrin à grands coups de memes et de gifs plutôt sarcastiques, et souvent amusants. Mais à la déception du fanclub se joint LA question : pourquoi l’Académie boude-t-elle l’une de ses plus grandes stars qui, de surcroît, a refusé de prendre le chemin «commercial» qui s’offrait volontiers à lui pour prêter son talent et sa gloire à des projets plus complexes et adultes (en d’autres mots, plus respectables et oscarisables)?

Cette interrogation a suscité de nombreuses théories, la plus satisfaisante d’entre elles, à mon avis, avancée par James S. Murphy dans un essai paru lundi sur le site de Vanity Fair. En bref, Leo est trop cool. Comme le sont ou l’ont été d’autres vedettes dans le même moule jamais reconnue par l’Académie, telles Cary Grant, Richard Burton, Robert Mitchum, James Dean, Steve McQueen, Samuel L. Jackson, Gary Oldman et Tom Cruise.

Avant d’étayer sa thèse, Murphy propose une définition de la notion de cool au cinéma en citant un extrait du commentaire DVD de Killing Them Softly fourni par le réalisateur Andrew Dominik, qui parle de l’attrait spécial qu’exerce Brad Pitt sur le public :

«Lorsque vous regardez Brad, vous sentez toujours qu’il y a quelque chose qui se passe là-dessous, mais vous n’êtes pas tout à fait sûr de ce que c’est. Je pense que c’est la raison pour laquelle il est une star de cinéma. Il a cette qualité de mystère. Il ne vous invite pas à partager sa position en quelque sorte».

Et de poursuivre :

Il ne vous invite pas à partager sa position. L’acteur cool invite l’admiration, l’envie, le désir, bien plus que l’empathie, parce qu’il est illisible. Ses personnages vous laissent vous demander ce que ce serait d’être comme eux, sans jamais pour autant vous laisser vous imaginer que vous le pourriez.

À l’autre extrémité du continuum se trouve Tom Hanks, un acteur qui vous invite presque toujours à partager sa position. Le pouvoir des performances de Hanks réside dans leur capacité à communiquer exactement ce que ce serait d’être le personnage qu’il joue, ce qui explique pourquoi il a eu tant de succès aux Oscars.

[...] Le continuum explique aussi pourquoi l’Académie favorise les acteurs jouant des personnages qui sont handicapés, malades mentaux, homosexuels, ou laids. Ce qui est vraiment récompensé ce sont des rôles dans lesquels les acteurs se sont étirés eux-mêmes afin de partager une position qui est sous-représentée à l’écran.

Donc, si DiCaprio tient tant que ça à l’Oscar, il doit trouver un moyen de se Tom Hankiser, et je crois d’ailleurs qu’il ferait aussi bien de se dé-Al Paciniser; cette approche par moments (trop) délirante du jeu ne lui a manifestement pas porté chance.


***

Pour finir, j’aimerais mentionner brièvement une autre histoire – loin d’être cool celle-là – qui a beaucoup fait jaser dimanche après le gala : le froid très palpable entre le réalisateur de 12 Years A Slave, Steve McQueen, et son scénariste John Ridley.

Quand ce dernier est allé chercher le prix du Meilleur scénario adapté, il a ignoré le cinéaste, préférant donner l’accolade à David O. Russell (geste assez curieux, considérant que les deux hommes s’étaient vigoureusement disputés par le passé concernant l’écriture de Three Kings).

McQueen, pendant ce temps, affichait un air impassible, tout en mimant des applaudissements.

The Wrap a révélé lundi que la tension entre les deux artistes a été causée par une querelle concernant la paternité du scénario. McQueen voulait une mention de co-scénariste, ce que lui a refusé Ridley, qui a d’ailleurs obtenu le soutien du studio Fox Searchlight.

Le conflit a été gardé secret pendant toute la campagne des Oscars afin de ne pas nuire aux chances du film. Une décision qui s’est avérée judicieuse, en fin de compte, même si la consécration gardera pour toujours un déplaisant arrière-goût amer.

Lire les commentaires (31)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    septembre 2010
    L Ma Me J V S D
    « août   oct »
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930  
  • Archives

  • publicité