Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Acteur/Actrice’

Lundi 2 février 2015 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (4)

Une année sans Philip Seymour Hoffman

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Il y a un an jour pour jour, le monde du cinéma perdait tragiquement l’un de ses plus précieux talents. Philip Seymour Hoffman n’avait que 46 ans lorsqu’on l’a retrouvé sans vie dans son appartement à New York, le 2 février dernier. En ce qui me concerne, je n’ai pas encore tout à fait réussi à digérer le choc.

Quelques mois plus tard, Entertainment Weekly dénichait un extrait d’une entrevue donnée par l’acteur au philosophe britannique Simon Critchley, en décembre 2012. Les propos de PSH, qui discute du thème du «Bonheur», ont inspiré un court métrage d’animation issu de Blank on Blank, une série diffusée par PBS qui a illustré des conversations avec divers artistes qui nous ont quitté trop tôt, dont Kurt Cobain, Heath Ledger, John Lennon, David Foster Wallce, Tupac Shakur et Robin Williams.

Certaines paroles émises par Hoffman sont d’autant plus poignantes en rétrospective. Lorsqu’il parle de la notion de «plaisir», il affirme qu’il a la mauvaise habitude de le «tuer». Il poursuit : «J’en emmagasine trop, et je le rend par conséquent désagréable – comme trop de café, et ensuite je me sens misérable. [...] Il n’y a pas vraiment de plaisir qui ne m’a pas rendu malade». On comprend assez vite que lorsqu’il parle de caféine, il fait également référence à l’héroïne, drogue qui causera sa chute un peu plus d’un an plus tard.

Dans les jours et les semaines qui ont suivi la mort de PSH, d’innombrables témoignages d’amour et de respect se sont manifestés dans les médias et sur l’Internet. J’en ai fait part de quelques uns ici, mais j’ai manqué celui de Caleb Slain, que The Playlist a relayé aujourd’hui. Cet hommage-vidéo comprenant 47 performances de Hoffman a pris à son auteur 200 heures de labeur, et a été mis en ligne en mars dernier.

Slain décrit son P.S. Hoffman (A Tribute) sur sa page Vimeo :

La compilation de son héritage a été l’une des expériences les plus difficiles à laquelle j’ai été confrontée en tant que monteur, mais a pourtant été incroyablement gratifiante. Après 22 années à l’écran et près de cinquante films, on regarde maintenant l’oeuvre d’un acteur dont le travail peut être caractérisé par son allergie à la malhonnêteté, et par un esprit de compassion inébranlable. S’il vous plaît, prenez une pause, et levez vos verres à l’un des meilleurs.

Philip Seymour Hoffman n’a pas encore dit son dernier mot. En effet, on pourra voir sa performance ultime à partir du 20 novembre prochain, date de sortie de Mockingjay – Part 2, le dernier chapitre de la saga The Hunger Games. Décédé pendant la production du film, PSH avait presque complété son travail; il lui restait deux scènes à tourner. Pendant un certain temps, des rumeurs faisaient état de procédés de numérisation pour le remplacer.

Le réalisateur Francis Lawrence a cependant affirmé au magazine Empire cet automne qu’il n’avait aucune intention de contrefaire son interprétation, et qu’il a été choisi de réécrire les scènes en question, et de les faire jouer par d’autres personnages.

À lire aussi :

> Hoffman : «Pas une fausse note»
> Philip Seymour Hoffman, un acteur très recherché…

- Photo : Inez van Lamsweerde & Vinoodh Matadin

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Mardi 16 septembre 2014 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Commentaires (28)

Les muscles avant le talent?

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«Les acteurs d’aujourd’hui passent plus de temps au gym qu’en répétitions, plus de temps avec leurs entraîneurs qu’avec leurs réalisateurs». Voici la thèse d’un papier fort révélateur publié cet été par Men’s Journal Magazine. Pour la nouvelle génération d’acteurs, l’objectivation ne fait plus dans la discrimination : les hommes comme les femmes se doivent de présenter un corps de mannequin devant les caméras. Sinon, ils doivent accepter de «jouer l’ami, ou de faire un film indépendant».

L’idéal masculin sur grand écran a changé à l’orée du 21e siècle. Dans les années 80-90, «plus c’était gros, mieux c’était», affirme le réalisateur Tim Burton. «Pensez à cette image de Rambo tenant la mitrailleuse, et les veines dans ses avant-bras bombés». Aujourd’hui, on préfère le look Brad Pitt dans Fight Club. «Tout le monde pensait qu’il était énorme, dit l’entraîneur Mark Twight. Mais il n’avait pas plus que 155 livres. Si vous amenez les gars à 3, 4 pour cent de graisse corporelle, ils ont l’air énorme sans nécessairement être énormes».

Atteindre ce «look affamé» peut comporter certains risques. L’article rappelle que Matt Damon a fait l’erreur de s’imposer un tel régime pendant le tournage du thriller militaire Courage Under Fire (1996). L’acteur, qui avait 25 ans à l’époque, et qui n’avait pas encore connu le succès de Good Will Hunting, avait perdu 40 livres en 100 jours, et ce pour seulement deux jours de travail. «Il est tombé si malade qu’il a été pris de vertiges sur le plateau de tournage, altérant sa glande surrénale et passant près de causer de graves dommages à son cœur», qui aurait pu rapetisser. Il a dû prendre des médicaments pendant près de deux ans pour se remettre de l’expérience.

Les transformations extrêmes devraient toujours être soigneusement supervisées par des professionnels, en coordination avec la production. «Étant donné que 5% de graisse corporelle n’est pas une condition naturelle, les plans de remise en forme visent à atteindre leur plein potentiel les jours des scènes de torse nu. Les entraîneurs vont déshydrater un client, [...] le feront souvent passer à un régime faible en, ou sans, sodium, trois ou quatre jours à l’avance, estomperont les hydrates de carbone, prépareront des diurétiques comme des tisanes, puis pousseront le cardio afin de transpirer l’eau – tout ça pour accentuer la définition musculaire lors des scènes-clés».

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Les acteurs plus âgés qui n’ont pas la motivation de se rendre au gym à tous les jours optent souvent pour un raccourci nommé HGH (hormones de croissance). Il s’agit du secret le moins bien gardé à Hollywood; les cliniques offrant ce type de services y poussent comme des champignons. Les studios, avec leurs délais de plus en plus serrés, et leurs standards physiques de plus en plus élevés, sont partiellement responsables de ces comportements dangereux, affirme un nutritionniste interrogé par le Hollywood Reporter.

La pression pour performer dans l’industrie n’est pas différente de ce qu’elle est dans la Major League Baseball. Ce sont des gens dont le salaire dépend en partie de leur apparence. Malheureusement, pour ceux qui se dopent, il s’agit d’une amélioration à court terme suivie d’un crash. Leur corps et leur chimie hormonale vont au diable.

Même si les HGH sont considérés moins dangereux que les stéroïdes, plusieurs entraîneurs s’en dissocient agressivement. C’est le cas du susmentionné Twight, propriétaire du gym «le plus infâme à Hollywood» – et au nom encore plus controversé – le Gym Jones. Cet ancien adepte d’alpinisme extrême a établi sa réputation en transformant les acteurs, figurants et cascadeurs du film 300 (2006) en imposants soldats spartiates. Il est encore irrité à l’idée que des spectateurs pensent que tous ces muscles sont le résultat d’effets spéciaux ou visuels. Selon lui, 95% de la distribution a sculpté son corps de manière «propre».

Twight a récemment fait parler de lui pour son travail sur Man of Steel. Il a pris en charge Henry Cavill pendant les six mois précédant le tournage, le transformant littéralement en homme d’acier. Et le tout naturellement. «Avec des héros ternis comme A-Rod et Lance Armstrong, il était important d’établir que le plus américain des super-héros n’était pas un dopé», précise Men’s Journal. De rajouter Twight au Hollywood Reporter : «Avec Superman, eh bien, ce gars-là est mieux d’être propre. Parce que sinon, c’est le genre de chose qui se retourne et mord toute votre campagne de marketing dans le derrière».

Avec l’homogénéisation du type de blockbusters – films d’action menés par des héros surhumains à divers degrés (de Bourne à Batman) – «les muscles importent plus que jamais dans le marché global. (Les beaux corps et les explosions n’ont pas besoin de sous-titres). Les biceps de style Thor et les pectoraux de style Captain America sont tout simplement une condition requise; même les acteurs dits sérieux, qui n’ont jamais aspiré à la méga-célébrité, se font dire qu’ils ont besoin d’une franchise mondiale afin de prouver leur rentabilité et ainsi décrocher des rôles oscarisables».

Exhibez vos muscles pour les besoins du box-office, mais faites les fondre quand vient le temps de gagner en respectabilité, semble être le nouveau mantra à Hollywood. Dernier exemple notable : Matthew McConaughey, sans doute le torse le plus reconnu à Hollywood – qui ne se gêne pas de faire des pompes en plein milieu de rendez-vous d’affaires – a perdu 35 livres mais fini par gagner un Oscar pour son rôle de sidéen dans Dallas Buyers Club.

body_transformations_5En d’autres mots, il a fait un De Niro de lui-même. On se rappelle bien sûr que le légendaire acteur avait grossi de 70 livres pour les besoins du dernier acte de Raging Bull. Plus que l’immense talent de De Niro, c’est son immense bedaine qui lui aurait garanti son Oscar, semblent néanmoins croire certains acteurs, spectateurs, et membres de l’Académie. Cette fameuse transformation physique a en fin de compte transformé l’approche de la profession; pour beaucoup, la Méthode n’a plus rien à voir avec Stanislavski ou Strasberg, mais est plutôt liée à stéroïdes ou spaghetti.

Cette révérence automatique qu’inspire la manipulation physique dans le milieu désole l’acteur britannique Mark Strong (un nom pour le moins ironique dans les circonstances). Il croit que «beaucoup de jeunes acteurs masculins essayent de prouver combien ils sont bons en vous montrant à quel point ils travaillent fort sur ​​leur corps. C’est devenu presque synonyme avec être un bon acteur. Les gens veulent quantifier le jeu de sorte qu’il ait l’air digne de récompenses».

La primauté de l’athlète sur l’interprète est d’ailleurs dénoncée par le cinéaste danois Nicolas Winding Refn (Drive), qui remarque qu’«une des raisons pour lesquelles il y a si peu de vraies stars de cinéma, c’est qu’il y a très peu d’acteurs qui se distinguent les uns des autres. Tout le monde peut obtenir un six-pack, qui perd donc de sa valeur. Tout le monde commence à se ressembler. C’est l’âme qui fait de vous une star de cinéma. Pas votre corps».

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Jeudi 5 juin 2014 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (14)

Les deux visages de Nicolas Cage

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La dernière décennie, plus ou moins, n’a pas été très tendre envers Nicolas Cage. D’acteur vénéré, il s’est lentement mais sûrement transformé en punching bag de la culture web, devenu bien plus fameux pour ses memes que pour son jeu.

Mais le talent ne s’est heureusement pas évaporé. Le Cage des bons vieux jours s’est manifesté à quelques reprises au cours des dernières années, dans des films aussi divers que Kick-Ass, le remake de Bad Lieutenant et même le dessin animé The Croods, où son travail vocal s’avère particulièrement charmant.

Son grand retour en forme, si l’on en croit les divers reportages et critiques, s’est confirmé ce printemps dans Joe de David Gordon Green. Le film, qui n’a pas été distribué au Canada, semble également être un retour en forme pour le cinéaste lui-même, qui renoue avec le southern gothic, genre qui avait fait sa renommée à ses débuts (George Washington, All the Real Girls), avant qu’il ne dévie bizarrement dans la comédie apatowienne (Pineapple Express, The Sitter).

En entrevue au New York Times en avril dernier, Cage médite sur ses rôles récents avant d’affirmer qu’il cherchait un moyen de retourner aux sources : «J’ai fait des trucs plus baroques, plus lyriques [operatic]. Ce que j’appellerais du kabuki occidental, à certains égards, où j’essayais d’être plus stylistique… Tout ce que je savais, c’est que je voulais explorer une quiétude et ne pas avoir à jouer, mais simplement ressentir, ou être».

Dans Joe, il incarne un ex-taulard devenu bûcheron qui empoisonne illégalement des arbres dans un coin perdu du Texas. Il finit par faire la rencontre d’un ado abusé par son père alcoolique, avant de le prendre sous son aile du mieux qu’il peut. Dans sa critique publiée dans LA Weekly, Amy Nicholson constate que le film «est un rappel périodique que Cage est l’un des grands talents de sa génération. Peu-être est-il en train de s’en rappeler lui-même».

Joe sera disponible en vidéo le 17 juin.

> David Gordon Green commente une scène de Joe

***

Malgré cette performance et ce film très prometteurs, on demeure conscient que le Cage des décision douteuses n’est pas près de disparaître. Parmi ses projets à venir les plus médusants, il y a le reboot de Left Behind, une adaptation d’une série de 16 romans qu’on peut qualifier de Harry Potter de la littérature chrétienne évangélique (détails ici).

Left_Behind_-_Teaser_Poster«Je voulais le faire parce que c’était stimulant et inhabituel pour moi», a dit Cage en entrevue à Variety en mars dernier. Il joue ici un pilote d’avion nommé Rayford Steele qui subit l’Enlèvement en plein vol. Des millions de personnes, dont sa femme born again, se sont soudainement volatilisées, tandis que les autres, les mécréants, restent sur Terre aux prises avec les machinations de l’Antéchrist, qui a pris la forme du Secrétaire général de l’ONU.

Aux dires du producteur Paul Lalonde : «Ce qui distingue Left Behind, c’est que c’est une histoire contemporaine qui pourrait effectivement se produire à tout moment. C’est aussi un récit historique en un sens, car il est basé sur une histoire vraie; c’est juste qu’elle n’est pas encore arrivée». Le film est d’ailleurs réalisé par le vétéran cascadeur Vic Armstrong.

Left Behind suit dans la lignée de productions bibliques de plus en plus en vogue, et de plus en plus profitables. Il sera intéressant de voir si Cage, un symbole d’une industrie hollywoodienne profane honnie par la communauté évangélique, sera capable de dresser un pont entre les public mainstream et religieux. On s’entend que cette «modeste» production de 18 millions $ n’aurait jamais eu droit à une telle visibilité, ni à une distribution en salle, si ce n’était de la présence d’une telle superstar (les deux derniers films de la franchise sont sortis directement en vidéo).

Left Behind prendra l’affiche le 3 octobre aux USA mais, comme dans le cas de Joe, pas certain qu’on aura la chance de le voir en salle chez nous.

Et si ce reboot fait sauter le box-office, préparez-vous à d’autres de ce genre, avec tout le lustre hollywoodien que cela implique. Tiens, pourquoi pas Jennifer Lawrence ou Emma Stone en vedette dans une nouvelle version de A Matter of Faith, une autre «histoire contemporaine» dans laquelle une bonne fille chrétienne est confrontée à un méchant professeur (Ben Kingsley? Gary Oldman?) qui lui enseigne la théorie de l’évolution, avant de voir son père créationniste courir à sa rescousse.

À lire aussi :

> L’homme derrière «Nicolas Cage»
> La domination du «cinéma conservateur»?

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