Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘3D’

Mardi 5 mars 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (16)

Un premier flop en 2013

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Jack the Giant Slayer, l’histoire d’un jeune fermier qui combat des géants pour sauver une princesse au temps du Roi Arthur, est le premier flop majeur au box-office de 2013. Lourd d’un budget de 190 millions $, en plus de frais de marketing avoisinant les 100 millions $, le film de Bryan Singer n’a récolté qu’un maigre 27,2 millions $ lors de son crucial premier week-end d’exploitation. Ses chances d’équilibrer les comptes sont minces.

Le studio Warner Bros. compte désormais sur l’apport des marchés internationaux, particulièrement celui de l’Asie, où les films en 3D font généralement meilleure figure qu’en Amérique du Nord. À la même période, l’année dernière, le film de science-fiction à 250 millions $ John Carter a récolté 30,2 millions $ à son premier week-end, pour des recettes domestiques totales de seulement 73,1 millions $. Il a en fin de compte été sauvé par le reste du monde, rentrant in extremis dans son argent, mais coûtant cependant son poste de président de Disney à Rich Ross.

Un article du Los Angeles Times publié lundi propose une analyse en cinq parties de l’échec de Jack the Giant Slayer. On blâme un marketing inefficace qui a simultanément tenté d’attirer pré-ados, ados, et jeunes adultes; le mauvais choix de réalisateur; une date de distribution inadéquate pour un film d’action à gros budget; un titre peu vendeur :

Si John Carter était trop générique, Jack the Giant Slayer est trop spécifique. D’abord on devait connaître Jack, ensuite il fallait savoir qu’il s’agissait de géants méchants, ensuite se soucier qu’il les tue [slay]. De plus, contrairement à la suggestion du titre sans trait d’union, ça aide de savoir que le nom exprime que Jack tue des géants, et n’est pas simplement un bon vieux grand tueur.

En effet, Jack the Giant-Slayer aurait été plus efficace…

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Enfin, le cinquième élément que soulève le LA Times est le plus fondamental – et le plus débattable : l’absence d’intérêt pour les contes de fées sur grand écran. Récemment, il y a eu Red Riding Hood, Beastly, Hansel & Gretel: Witch Hunters, qui ont tous été accueillis avec hostilité soit par le public, soit par la critique, ou par les deux.

Baser un film d’après du folklore d’enfants datant d’il y a plusieurs siècles [le film en question est inspiré du conte populaire anglais Jack the Giant Killer] peut sembler être une bonne idée pour les dirigeants de studios, qui n’ont pas à se battre pour des droits d’adaptation et qui obtiennent du même coup une image de marque gratuite. Et bien sûr, le dérivé occasionnel de Snow White va bien faire. Mais dans l’ensemble, on ne veut pas voir des films qui font la déclaration implicite qu’ils peuvent surpasser notre imagination d’enfant.

On verra la semaine prochaine, avec la sortie de Oz the Great and Powerful, sorte de prequel au classique The Wizard of Oz (1939), si les gens résistent tant que ça à l’idée de se faire blockbustériser leur jeunesse. Après tout, Hansel & Gretel: Witch Hunters a fait un paquet de fric, et Jack the Giant Slayer a obtenu un satisfaisant B+ d’après le sondage de CinemaScore, ainsi qu’une solide note de 8,1 sur le forum de CinémaMontréal…

À lire aussi :

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L’expédition du Prometheus, un vaisseau spatial qui se rend à l’autre bout de l’univers dans l’espoir d’y trouver des réponses sur l’origine humaine, est décrite comme l’une des plus ambitieuses du genre jamais entreprises. Il en va de même pour le film du même nom de Ridley Scott, qui semble vouloir marquer à nouveau d’une pierre blanche le genre de l’horreur/science-fiction qu’il a fameusement établi avec son chef d’oeuvre Alien, il y a plus de trois décennies.

Prometheus est un film sérieux et par moments grave, qui ne craint pas d’incorporer des questions existentielles à l’intérieur d’un divertissement à grand déploiement. On s’entend, Scott n’a nullement la prétention de se la jouer Kubrick, mais son odyssée de l’espace au budget extravagant vise autre chose que le simple spectacle pyrotechnique. Qu’on ait aimé ou pas le résultat final, l’on se doit d’admettre que les blockbusters estivaux visant à stimuler l’intellect sont une denrée aussi rare que désirable. Et c’est tout à l’honneur du cinéaste britannique de 74 ans. Ceci dit, l’on est aussi en droit de se demander quelle est la véritable portée du discours mythologico-philosophique de son film, qui tente de capitaliser sur l’héritage d’Alien.

La prémisse est assez intéressante. L’archéologue Elizabeth Shaw (Noomi Rapace), une Ripley un peu plus fragile et beaucoup plus naïve, croit avoir découvert dans une grotte un message de nos créateurs, une bande d’albinos musclés qu’elle surnomme les «ingénieurs». Malgré ses convictions scientifiques, cette dernière demeure tout de même attachée à sa foi religieuse, serrant la croix autour de son cou lorsque sujette à d’intenses doutes ou épreuves. Charlie Holloway, son compagnon sentimental et professionnel, joué par un acteur sosie de Tom Hardy (moins le charisme), est un archéologue un peu plus pragmatique. Le couple de scientifiques réussit à persuader un homme d’affaires milliardaire (Guy Pearce sévèrement maquillé) d’accepter cette «invitation» cosmique pour le moins intrigante.

Le voyage intergalactique dure deux ans. Tous les passagers à bord sont en animation suspendue, leur état surveillé par David (Michael Fassbender), un androïde dernier cri aux desseins ambivalents. Les premiers instants de Prometheus, dans lesquels David vaque à ses occupations et loisirs quotidiens – lire les rêves de Elizabeth, jouer au basket, regarder compulsivement Laurence d’Arabie – figurent parmi les plus captivants du film, et rappellent la douce poésie du début d’Alien. C’est quand sonne l’heure du réveil que ça commence à se gâter.

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L’expédition compte une bonne douzaine de voyageurs: géologues, biologistes, médecins, pilotes, etc. À leur réveil ils semblent tous plus ou moins blasés, désireux d’en finir au plus vite avec leur contrat. Un scientifique tatoué à l’air menaçant – qui pourrait être un figurant abandonné sur la table de montage de Lockout, récent thriller de série B plutôt divertissant se déroulant dans un pénitencier spatial – annonce agressivement d’entrée de jeu qu’il ne compte pas se faire d’amis, et qu’il est là uniquement pour l’argent. Le capitaine du vaisseau, Janek (Idris Elba, de la série The Wire), a l’air le plus plaisant parmi tous les personnages secondaires, mais on aurait aimé le voir davantage développé, et non pas uniquement défini à travers des accessoires : il décore un arbre de Noël et joue une sorte d’accordéon, il est donc Authentique.

Scott a régulièrement été accusé au cours de sa carrière d’être un cinéaste froid, à la limite sans âme (dans cette optique, il n’est pas surprenant que ce soit David le robot qui se montre le personnage le plus intéressant et nuancé de son film). Il n’est pas tant concerné par la psychologie des personnages que par leur manière de vivre dans, et de réagir à, un environnement dense et complexe comme lui seul sait les créer. À cet égard, le look de Prometheus est tout simplement splendide. Pas un détail dans le design visuel n’a été laissé au hasard. L’atmosphère angoissante et lugubre verse parfois dans le sublime; le 3D accentuant subtilement l’effet de claustrophobie. On apprécie en particulier l’insistance du cinéaste sur la fabrication de décors physiques, usant au minimum les effets numériques; le monde fantastique apparaît d’autant plus tangible, rappelant la menace organique et sexuelle qu’avait su si bien traduire le designer H.R. Giger dans la série des Alien.

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Le qualité plastique de Prometheus est si enlevante, qu’on en vient presque à faire abstraction des très graves lacunes scénaristiques. En fait, ma première réaction lorsque j’ai quitté la salle a été de regretter la fin banalement démonstrative construite autour de révélations-chocs superflues, d’ennuyeuses courses-poursuites et d’explosions de mise. Je me suis dit que ce dénouement hollywoodien venait porter ombrage au reste du film, qui misait davantage sur l’ambiguïté, l’émerveillement, la fine évocation de mystère, le développement de thèmes matures par le biais de la science-fiction. Avec du recul, on se rend compte que Prometheus est en fait un somptueux film de série B. C’est un film d’idées, certes, rempli de scènes individuelles fascinantes, mais la structure du récit est au mieux arbitraire et les motivations de la plupart des personnages semblent fuir autant que possible tout semblant de vérisimilitude.

Faire la liste des incongruités narratives de Prometheus serait une tâche colossale, et contiendrait de nombreux spoilers, chose dont je me suis abstenu de faire dans mon texte. D’ailleurs, une analyse satirique tout a fait jouissive des trous du scénario est disponible sur le site Digital Digging, et j’invite tous ceux qui ont vu le film à la lire. Quelques extraits pris au hasard :

Le prétexte pour le suspense est souvent forcé, greffé maladroitement à la trame narrative.

Ils atterrissent donc, après avoir trouvé le vaisseau extraterrestre en regardant à travers la fenêtre. Ils s’y rendent dans un véhicule tout-terrain d’apparence sécuritaire, dans lequel ils auraient tous pu s’y installer. Au lieu de cela, deux d’entre eux décident de s’y rendre avec des vélos de l’espace, parce que s’ils ne l’avaient pas fait, il n’y aurait eu aucun moyen qu’ils puissent finir séparés du groupe principal.

Le manque flagrant de curiosité et de passion de la part des scientifiques est à mon avis le défaut le plus frustrant du film.

L’équipe est réunie. Deux bonhommes en avant parient qu’il s’agit d’une expédition de terraformation. Apparemment ils ne savent pas pourquoi ils sont ici. On penserait qu’ils manifesteraient un peu de curiosité en faisant leurs bagages et en disant au revoir à leurs proches. Ou en embarquant dans le vaisseau spatial. Ou en entrant en animation suspendue. Mais non.

«Où vas-tu chéri?»

«Ha ha. Qui sait? J’imagine que je le saurais tôt ou tard. Ou pas. Peu importe.»

«Quand est-ce que tu reviens?»

«Ha ha. Je reviens?»

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Enfin, comme je disais plus haut, le film pose beaucoup de questions et fournit peu de réponses. Maintenant, et c’est là qu’il risque d’y avoir un chaud débat : parle-t-on de questions ayant une réelle valeur philosophico-intellectuelle, ou vise-t-on simplement à embrouiller le spectateur et faire passer les nombreuses énigmes pour de la profondeur? Une séance de pré-prod imaginaire entre Scott et le scénariste de Lost :

Damon Lindelof : «On va donc avoir un vaisseau extra-terrestre accidenté, et un tas de personnes qui ne se connaissent pas, et il y aura plein de choses inexpliquées qui vont se produire, et des formes vivantes traversant les lieux à toute allure, et ce sera hyper-confus. Comme Lost, mais dans l’espace.»

Ridley : «Lost. Mais dans l’espace. Hmmm. Lost. Mais dans l’espace. J’aime. Comment devrait-on l’intituler?»

Damon Lindelof : «Prometheus

Ridley : «Brillant! Mais pourquoi? Non, tout simplement brillant! En autant qu’il y ait beaucoup de dialogues informatifs punchés.»

Damon Lindelof : «Je ne fais pas vraiment ça. J’ai tendance à y aller avec une séquence déroutante impliquant des éléments potentiellement interconnectés, qui donne l’impression d’avoir du sens, mais qui n’en a pas. De cette façon, les gens en parlent très longtemps sur internet. C’est la partie que j’aime. J’aime aussi quand les gens disent des trucs comme : «Ne le condamne pas si vite – il s’agit peut-être de la première partie de quelque chose de plus gros». Peut-être vais-je en écrire un autre, et ensuite les gens vont aussi en parler sur internet. Très longtemps. Parce que j’aime ça.»

Les rumeurs d’une suite à Prometheus vont déjà bon train. Entrevue avec Lindelof ici.

Comme dessert, et sur le même sujet, voici un marathon de questions posées par M. Plinkett lui-même! La vidéo a fait pas mal de buzz sur le web, même le vénérable Roger Ebert l’a mise en ligne sur son blog. Lindelof, bon joueur, assure sur Twitter qu’il peut répondre à «au moins quatre de ses questions». La critique complète de Red Letter Media est à consulter ici.

(Affiche vintage via Cucaracha-Borracha)

De retour le 8 juillet.

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Jeudi 10 mai 2012 | Mise en ligne à 13h30 | Commenter Commentaires (5)

Jean-Luc Godard en 3D, et avec un chien parlant…

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Après Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Werner Herzog, Ang Lee et Wim Wenders (deux fois plutôt qu’une), c’est au tour d’un autre Auteur, probablement le plus emblématique parmi ceux encore en activité, qui se prépare à adopter une technologie jusqu’à tout récemment perçue comme porte-étendard d’une conception purement commerciale du septième art. Vous avez bien lu, Jean-Luc Godard, le grand pionnier de la Nouvelle Vague, le plus anticapitaliste de tous les cinéastes, tournera son prochain film en 3D.

L’annonce officielle a été publiée hier par la boîte de production Wild Bunch, via The Film Stage. Intitulé Adieu au langage, le film est déjà en tournage. Au casting des figures relativement jeunes et inconnues: Héloïse Godet, Zoé Bruneau, Kamel Abdelli, Richard Chevalier et Jessica Erickson. Le synopsis n’a pas été dévoilé, mais Godard a brièvement discuté de son projet en 2010, en entrevue à un quotidien autrichien :

Cela parle d’un homme et d’une femme qui n’ont plus aucune langue en commun. Le chien avec qui ils se promènent se met alors à parler. Je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre pour le faire. Le reste, c’est facile.

Godard propose son propre chien pour le rôle canin («Je ne veux pas qu’il soit entraîné comme un chien de cinéma»). Il explique également qu’il aurait aimé engager des acteurs hollywoodiens – idée qu’il a longtemps évoquée, avec un degré de sarcasme difficile à déchiffrer – mais que malheureusement Humphrey Bogart et Ava Gardner, qu’il décrit comme des «dieux», n’étaient pas disponibles. Lorsque l’intervieweur lui a suggéré Scarlett Johansson, il a répliqué : «Non, non, ça c’est du business».

Et pour ce qui est du 3D, Godard y va d’une explication typique : «J’apprécie toujours l’introduction de nouvelles techniques. Parce qu’elles n’ont pas encore de règles. Et l’on peut faire tout ce que l’on veut.»

Le dinosaure et le bébé

Je vous laisse avec un fascinant documentaire datant de 1967 issu de la série Cinéastes de notre temps. La description :

Sur des extraits du Mépris et de M le Maudit, Godard et Lang s’entretiennent sur le cinéma. Appelez-moi un «dinosaure», dit Fritz Lang. Dans Le Mépris, Lang, figure centrale du film, incarne justement un Dieu agonisant qui a fait son temps. Qu’est-ce qu’un metteur en scène? Qu’est-ce que la censure? Telles seront les questions tour à tour abordées avec Godard qui brise le cinéma, cet art de «Bébé».

***

La suite ici et ici.

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