Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘3D’

Mardi 26 mai 2015 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (7)

Eldorado, un Mamma Mia! pour les fans d’horreur…

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En cette semaine marquée par la fumisterie, et à quelques jours de la projection du «Citizen Kane des navets», The Room, au Cinéma du Parc, j’aimerais revenir sur une des plus grandes abjections cinématographiques contemporaines. Eldorado 3D, considéré par certains comme «le pire film de tous les temps», n’a pas seulement commis un crime contre le bon goût, mais également contre la loi. Et a coûté à son réalisateur sa liberté.

Ce qui distingue Eldorado de ses semblables issus de la série B (ou même Z) est la qualité de son casting. Trois des méchants du diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino se partagent la tête d’affiche: Daryl Hannah, Michael Madsen et Bill lui-même, David Carradine, dans ce qui a malicieusement été promu comme son dernier rôle – le vénérable acteur, décédé en juin 2009, y fait une apparition via des extraits «empruntés» du téléfilm Kung Fu Killer. Sorti en 2012, Eldorado avait entamé son tournage quelques jours après la mort de Carradine…

Et puis il y a des vedettes américaines des années 80 comme Brigitte Nielsen, qui a notamment partagé l’écran avec son ex-mari Sylvester Stallone dans Rocky IV et Cobra, ainsi que Steve Guttenberg, à jamais associé à la série Police Academy.

La production britannique compte par ailleurs quelques représentants de renom, comme l’ancien Doctor Who Sylvester McCoy, le «comédien alternatif» Rik Mayall, ainsi que le légendaire Peter O’Toole (Lawrence of Arabia), qui joue «Le Narrateur», dans des scènes pathétiques où on le voit, face caméra, lire ses répliques sur des feuilles imprimées.

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Comment est-ce que toutes ces personnes «estimées» ont-elles fait pour se ramasser dans un projet aussi suspect, décrit comme un road movie d’horreur comique et musical, qui parodie des classiques comme The Blues Brothers, The Rocky Horror Picture Show, The Texas Chainsaw Massacre, Mamma Mia!, Blazing Saddles et Easy Rider? Selon le spécialiste du nouveau cinéma d’horreur britannique MJ Simpson, interviewé par le Daily Telegraph, il s’agit tout simplement d’une question d’argent ainsi que, pour les acteurs américains, d’une opportunité de tourner en Angleterre.

Mais il y a aussi le facteur Richard Driscoll, réalisateur et producteur d’Eldorado, qui incarne dans le film un des «Jews Brothers» sous le nom d’artiste de Steven Craine. Il aurait amadoué lesdites vedettes à se joindre à ce qui devait devenir une oeuvre culte, ainsi que le premier film britannique tourné en 3D, avec des cachets intéressants. Sommes qu’il aurait gonflées dans des factures remises au Film Tax Relief, programme de financement semblable à notre SODEC, afin d’empocher 1, 5 millions £. Driscoll a finalement été reconnu coupable de fraude fiscale, et en juillet 2013 a été condamné à trois ans d’emprisonnement.

«Le film n’a absolument aucun sens»

Mais quel est le lien avec la contrée mythique de l’El Dorado, comme le suggère le titre? Eh bien c’est le nom d’une ville où se réfugient les «Jews Brothers», Oliver et Stanley Rosenblum, après qu’ils eurent fui une foule hostile composée de néo-nazis qui n’ont pas apprécié leur numéro musical. Le problème, c’est qu’Eldorado est peuplé de cannibales consanguins qui viennent tout juste de dévorer un autobus rempli de touristes, résume l’article du Daily Telegraph publié en avril 2014. Le quotidien poursuit :

Du moins, c’est ce que le texte de présentation suggère. En réalité, grâce à une joyeuse absence de continuité ou de montage cohérent, le film n’a absolument aucun sens. Une des explications est que Driscoll fréquentait le premier rôle féminin, Rebecca Linley, mais qu’ils se sont séparés à mi-chemin du tournage. Elle a quitté le projet, le forçant à récrire le scénario au fur et à mesure sans son principal protagoniste.

En tant que tel, le dialogue, lorsqu’il n’est pas pas marmonné et inaudible, semble largement improvisé (échantillon : «Elle va mourir vite et dur, comme du sperme qui frappe un condom»). Et il y a même un segment qui dure deux minutes complètes, où le son est entièrement coupé, et est remplacé par de la musique instrumentale, pendant que les acteurs remuent leurs lèvres silencieusement.

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Le personnage de Carradine est un «moine éthéré» qui joue de la flûte au paradis. «En tant qu’épitaphe cinématographique, il doit être pire que ceux de Raúl Juliá dans Streetfighter et d’Orson Welles dans Transformers: The Movie», regrette MJ Simpson, auteur de Urban Terrors: New British Horror Cinema.

Hannah, quant à elle, porte une perruque argentée et récite du Edgar Allan Poe près d’un «vautour à l’air surpris». Et puis il y a les numéros musicaux. Madsen chante une chanson rockabilly accompagné par deux danseuses nues portant des masques mexicains, tandis que Nielsen (photo ci-dessus) joue elle-même une danseuse nue, qui entonne Respect d’Aretha Franklin «entourée par des lesbiennes torse nu dans un salon de coiffure».

Eldorado devait avoir sa première à Londres en 2012, mais l’évènement a été annulé. Driscoll a blâmé à l’époque le British Board of Film Classification, qui aurait jugé son film «trop fort» même pour le certificat le plus sévère, à savoir 18 ans et plus. Curieusement, sa classification a été abaissée pour la sortie DVD, à 15 ans et plus, avant que le film ne soit de nouveau retiré du marché. Une deuxième sortie vidéo a finalement eu lieu quelques mois plus tard, mais avec un nouveau titre – Highway To Hell – 30 minutes de moins, et des nouvelles chansons…

À peu près introuvable, Eldorado n’a jamais eu de critiques dans des publications officielles. D’ailleurs, peu de journalistes professionnels auraient pris la peine de se pencher sur le film, et ce, même s’il avait bénéficié d’une distribution en bonne et due forme, étant donné que Driscoll a la fâcheuse habitude de poursuivre ceux qui rabaissent son oeuvre. Du trouble pour rien. CriticWire a cependant trouvé quelques opinions sur Eldorado dans des blogues plus ou moins obscurs spécialisés dans le cinéma de genre de série B, à consulter ici.

Selon la théorie de MJ Simpson, Driscoll est peut-être un fraudeur, mais il est un cinéaste d’abord : «Il ne l’a pas fait pour l’argent – il l’a fait pour faire un film. Malgré le fait qu’il n’a absolument aucun talent, au cœur de l’arnaque se trouvait son désir de faire le plus grand film qu’il ait jamais fait. Et voilà pourquoi il y a quelque chose de mythique autour de lui, même aujourd’hui. Quand les gens le découvrent – ils veulent en savoir plus sur son oeuvre. Pour ce que ça vaut, il est le plus culte des cinéastes cultes».

À lire aussi :

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Lundi 29 septembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (3)

Un vétéran de 2001 propose le «futur du cinéma»

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En 1964 se déroulait la foire internationale de New York, qui avait pour thème «la paix à travers la compréhension». Une des attractions consistait en l’exposition de To the Moon and Beyond, un court métrage de 15 minutes projeté en 70 mm sur un écran dôme. On pouvait lire sur l’affiche à l’entrée de la salle :

YOUR MOST MEMORABLE EXPERIENCE
AT THE WORLD’S FAIR! THE NEW CINERAMA-360 PROCESS TAKES YOU…
TO THE MOON AND BEYOND
YOU will be propelled on the most fantastic, incredible voyage through billions of miles of space . . . from its utmost outer reaches . . . back to the Earth itself, and into the center of the minutest atom. All through the magic of Cinerama!

Deux des spectateurs qui ont assisté à cette «expérience mémorable» étaient Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke. Les deux hommes se demandaient s’il était possible de produire un film de science-fiction de qualité supérieure. En sortant de la projection, ils ont eu leur réponse : Oui!

Kubrick et Clarke ont engagé le studio qui a réalisé To the Moon and Beyond, Graphic Films, pour développer des dessins de concept pour 2001 : A Space Odyssey. Mais un graphiste attaché au contrat, un jeune homme de 23 ans nommé Douglas Trumbull, voulait aller plus loin dans cette collaboration.

Il a téléphoné directement au cinéaste, et a demandé s’il pouvait le rejoindre sur le plateau de tournage à Londres. Une fois sur place, il été assigné à la conception de ce qui allait devenir la révolutionnaire séquence du Star Gate.

Après le succès de 2001, Trumbull est devenu instantanément une vedette dans le milieu émergeant des effets visuels à Hollywood. En 1971 il a travaillé sur The Andromeda Strain, une production SF majeure de Universal basée d’après le roman de Michael Crichton. Un an plus tard, on lui a offert de réaliser son propre long métrage, Silent Running, une aventure interstellaire avec un message écolo qui n’a pas bien fait au box-office, mais qui est considéré aujourd’hui comme un film culte.

Trumbull a participé à certains des films de science-fiction les plus marquants de l’histoire, dont Blade Runner et Close Encounters of the Third Kind. Mais il s’est éloigné de l’industrie après son deuxième long métrage, Brainstorm (1983), une production qui a été secouée par la mort mystérieuse de sa vedette Natalie Wood. Trumbull a eu toutes les misères du monde à compléter son film, et a même craint pour sa vie, tant le studio MGM était décidé à enterrer le projet. Après le cauchemar Brainstorm, Trumbull s’est «réfugié» sur une ferme dans le comté de Berkshire, au Massachusetts. Il y a établi un laboratoire pour faire des recherches sur «le futur du cinéma» et, plus spécifiquement, sur ses capacités d’immersion.

Cinquante ans après To the Moon and Beyond, Trumbull nous est revenu avec une autre attraction visant à faire vivre une «expérience mémorable» au public. Elle s’appelle UFOTOG, et a eu sa première au TIFF le 11 septembre dernier. Ce court expérimental de 10 minutes était cependant accompagné d’une composante alarmiste plus ou moins explicite: ladite «expérience mémorable» se doit d’être, justement, mémorable, sinon on peut dire adieu à l’expérience en salle, qui est en train de se faire supplanter par le cinéma-maison et les plateformes numériques mobiles.

UFOTOG se présente comme une démonstration du procédé MAGI, qui «utilise deux caméras pour filmer 60 images par seconde avec l’obturateur sur chaque lentille s’ouvrant en alternance». Lors de la projection en 3D du produit fini, on passe à 120 images par seconde (bien au-delà du standard de 24 images par seconde, qui persiste depuis un siècle). L’objectif est que «l’écran de cinéma donne l’impression de disparaître et de servir comme une fenêtre sur un monde de l’autre côté qui apparaît aussi réel que le monde dans lequel on se trouve», résume le Hollywood Reporter.

L’augmentation du défilement d’images a fameusement été tentée par Peter Jackson en 2012, lorsqu’il a sorti The Hobbit à 48 images par seconde. Il avait l’intention de «créer un sentiment accru de réalisme», mais l’expérience ne fut pas concluante. Plusieurs spectateurs se sont plaints d’avoir plutôt vécu un sentiment accru de nausée, tout en critiquant le look roman-savon du film. Selon Trumbull, The Hobbit aurait dû avoir été projeté à au moins deux fois plus d’images par seconde. En même temps, il admet que cette cadence ne se prête pas à tous les genres. Il dit «mourir d’envie» de montrer son invention à des cinéastes de la trempe de Jackson, Christopher Nolan et James Cameron, dont les suites d’Avatar pourraient bien être les premières productions majeures à utiliser MAGI.

Trumbull sent que le temps presse. Pour la nouvelle génération de cinéphiles, dit-il, il n’y a pratiquement pas de différence entre les standards technologiques du cinéma et ceux de la télévision. Ils n’ont aucune motivation à délaisser leurs salons pour les salles sombres. Et l’industrie se doit de leur en trouver une. Il a un message pour tous les techno-sceptiques qui craignent le changement : «C’est pas sorcier, les gars. C’est juste un format différent, une taille différente, une luminosité différente et un défilement d’images différent. Abandonnons tout ces rebuts qui datent de 1927. Nous sommes à l’ère numérique. Allons-y!».

> Pour en savoir plus sur le sujet : consultez le dossier du Hollywood Reporter

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Mardi 5 mars 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (16)

Un premier flop en 2013

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Jack the Giant Slayer, l’histoire d’un jeune fermier qui combat des géants pour sauver une princesse au temps du Roi Arthur, est le premier flop majeur au box-office de 2013. Lourd d’un budget de 190 millions $, en plus de frais de marketing avoisinant les 100 millions $, le film de Bryan Singer n’a récolté qu’un maigre 27,2 millions $ lors de son crucial premier week-end d’exploitation. Ses chances d’équilibrer les comptes sont minces.

Le studio Warner Bros. compte désormais sur l’apport des marchés internationaux, particulièrement celui de l’Asie, où les films en 3D font généralement meilleure figure qu’en Amérique du Nord. À la même période, l’année dernière, le film de science-fiction à 250 millions $ John Carter a récolté 30,2 millions $ à son premier week-end, pour des recettes domestiques totales de seulement 73,1 millions $. Il a en fin de compte été sauvé par le reste du monde, rentrant in extremis dans son argent, mais coûtant cependant son poste de président de Disney à Rich Ross.

Un article du Los Angeles Times publié lundi propose une analyse en cinq parties de l’échec de Jack the Giant Slayer. On blâme un marketing inefficace qui a simultanément tenté d’attirer pré-ados, ados, et jeunes adultes; le mauvais choix de réalisateur; une date de distribution inadéquate pour un film d’action à gros budget; un titre peu vendeur :

Si John Carter était trop générique, Jack the Giant Slayer est trop spécifique. D’abord on devait connaître Jack, ensuite il fallait savoir qu’il s’agissait de géants méchants, ensuite se soucier qu’il les tue [slay]. De plus, contrairement à la suggestion du titre sans trait d’union, ça aide de savoir que le nom exprime que Jack tue des géants, et n’est pas simplement un bon vieux grand tueur.

En effet, Jack the Giant-Slayer aurait été plus efficace…

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Enfin, le cinquième élément que soulève le LA Times est le plus fondamental – et le plus débattable : l’absence d’intérêt pour les contes de fées sur grand écran. Récemment, il y a eu Red Riding Hood, Beastly, Hansel & Gretel: Witch Hunters, qui ont tous été accueillis avec hostilité soit par le public, soit par la critique, ou par les deux.

Baser un film d’après du folklore d’enfants datant d’il y a plusieurs siècles [le film en question est inspiré du conte populaire anglais Jack the Giant Killer] peut sembler être une bonne idée pour les dirigeants de studios, qui n’ont pas à se battre pour des droits d’adaptation et qui obtiennent du même coup une image de marque gratuite. Et bien sûr, le dérivé occasionnel de Snow White va bien faire. Mais dans l’ensemble, on ne veut pas voir des films qui font la déclaration implicite qu’ils peuvent surpasser notre imagination d’enfant.

On verra la semaine prochaine, avec la sortie de Oz the Great and Powerful, sorte de prequel au classique The Wizard of Oz (1939), si les gens résistent tant que ça à l’idée de se faire blockbustériser leur jeunesse. Après tout, Hansel & Gretel: Witch Hunters a fait un paquet de fric, et Jack the Giant Slayer a obtenu un satisfaisant B+ d’après le sondage de CinemaScore, ainsi qu’une solide note de 8,1 sur le forum de CinémaMontréal…

À lire aussi :

> Le titre-protagoniste, pas toujours une bonne idée…
> Watchmen : un flop au box-office?

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