Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 8 décembre 2016 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (6)

    Cinquante nuances de classification

    Le mois dernier, on apprenait que la suite du très populaire Fifty Shades of Grey obtiendrait une cote R. La Motion Picture Association of America a basé sa décision sur du «contenu sexuel érotique fort, un peu de nudité graphique, et du langage [les jurons].» Le film original, qui a aussi été étampé R, avait eu droit à une description similaire : «du contenu sexuel fort incluant du dialogue, du comportement inhabituel et de la nudité graphique, et du langage».

    Le verdict de la MPAA est considéré comme une victoire pour l’équipe de Fifty Shades Darker, qui a de nouveau flirté avec le redouté NC-17 (interdit aux moins de 18 ans). Cet équivalant cinématographique de la lettre écarlate assure une lente agonie au box-office. Le plus grand succès de l’histoire de cette classification, Showgirls (1995), n’a amassé que 20 millions $, ou moins de la moitié de son budget de production.

    Pendant que des drames de moeurs comme ceux issus de la série Fifty Shades – principalement destinés à des mères dans la cinquantaine – doivent mener une danse délicate entre autocensure et adaptation fidèle à une trilogie romanesque archi-populaire, le cinéma d’action pour ados obtient de plus en plus de latitude. La cote PG-13 accordée à Suicide Squad, sorti au mois d’août dernier, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour plusieurs observateurs de l’industrie.

    Kyle Buchanan, critique chez New York Magazine, constate que l’indulgence de la MPAA par rapport à la violence est problématique à au moins deux niveaux. D’une part, les fans de BD vont présumer que le caractère de leurs super-héros sans foi ni loi préférés a forcément été dilué par une adaptation qui a obtenu un douillet PG-13 (accord parental recommandé, film déconseillé aux moins de 13 ans). Il y a donc une frustration d’entrée de jeu de la part du public-cible.

    Et puis il y a la confusion de la part des parents (pour qui le système de classification a été créé en premier lieu), qui ne sont pas adéquatement informés au sujet du réel degré de violence dans un film donné. Après avoir amené leurs jeunes ados voir Warcraft (PG-13), qui selon Buchanan montre «à chaque dix minutes une lame transpercer brutalement une poitrine», des parents risquent avec raison de se sentir trahis par la MPAA. Au moins, les poitrines d’orcs femelles n’y sont pas dénudées

    Buchanan résume dans son texte l’absurdité de la situation, en citant le documentaire This Film Is Not Yet Rated
    (2006), qui dénonce les «méthodes arbitraires, déconcertantes» q’emploie la MPAA. «Deux à trois utilisations du mot fuck garantissent q’un film reçoit la cote R, tandis qu’un film PG-13 peut contenir dix fois plus de meurtres».

    Un bon exemple est Spotlight, qui a obtenu la cote R (les mineurs de moins de 17 ans doivent être accompagnés d’un adulte). Le lauréat de l’Oscar du meilleur film cette année comporte «des jurons dispersés et des discussions soigneusement présentées sur les abus sexuels». Ce drame basé d’après une sordide mais importante histoire vraie est considéré par la MPAA comme plus nocif pour les jeunes que le dernier X-Men (PG-13), de loin le plus sanglant de la série, contenant une multitude de décapitations et d’égorgements, et qui montrait une femme se faisant étrangler par une figure monstrueuse dans sa campagne promotionnelle.

    Les décisions «déconcertantes» de la MPAA commencent à provoquer une certaine révolte, tant chez les amateurs de cinéma pour adulte que jeunesse. Le IFC Center, salle répertoire à New York, a formellement permis aux «élèves du secondaire» de voir Boyhood (R) sans être nécessairement accompagnés d’un parent. Un groupe de pression qui se spécialise dans le divertissement pour enfants, Common Sense Media, a récemment obtenu le droit d’apposer son propre sceau d’approbation sur certains DVD.

    Le réalisateur Mike Birbiglia, dont la comédie indépendante acclamée Don’t Think Twice (2016) a reçu un R, s’est déchaîné sur Twitter, y écrivant carrément : «Fuck the MPAA». Un autre de ses tweets un peu plus consistant :

    Judd Apatow, le parrain de la nouvelle comédie pour ado, a eu cette sage réplique :

    La cote PG-13 a été inventée au milieu des années 80, dans la foulée de la sortie d’Indiana Jones and the Temple of Doom (PG). Le deuxième volet de la fameuse saga de Steven Spielberg et George Lucas a été créé pendant que les deux hommes vivaient des situations personnelles difficiles, ce qui explique selon eux la vision aussi sombre de ce qui est censé être un divertissement pour toute la famille (les gens de ma génération se rappellent sans doute de leur frayeur à la vue du cœur palpitant arraché d’une poitrine).

    Cette vidéo explique bien l’évolution et les nuances des cotes G et PG :

    Steven Spielberg racontait en 2008 dans les pages de Vanity Fair son entretien avec le président de la MPAA de l’époque :

    Je me rappelle avoir appelé Jack Valenti pour lui suggérer qu’on a besoin d’une cote entre PG et R, parce que tant de films tombaient dans un au-delà, vous savez, d’injustice. C’est injuste que certains enfants soeint exposés à Jaws, mais c’est aussi injuste que certains films que des jeunes de 13, 14, 15 ans pourraient voir leur soient restreints. J’ai dit, “Appelons ça PG-13 ou PG-14, dépendemment de comment tu veux concevoir la règle à calcul”, et Jack est revenu et m’a dit, ” Nous avons déterminé que PG-13 serait le bon âge pour un film avec cette température”. J’ai donc toujours été très fier d’avoir eu un impact dans cette classification.

    Red Dawn, fantaisie d’action anti-soviétique réalisée par le scénariste d’Apocalypse Now, et mettant en vedette un Patrick Swayze qui maîtrise le langage des écureuils, est devenu le premier film coté PG-13. Depuis, ce sigle est devenu synonyme de films lucratifs. Le Washington Post, dans un article publié en 2014, précise qu’en 1999, 35% des films les mieux performants au box-office étaient cotés PG-13. En 2013, le rapport est passé à 47%.

    Ironiquement, ce sont les parents qui reçoivent le gros du blâme en ce qui concerne l’apparente négligence du système de classification. Ce sont en effet ces derniers qui sont consultés de manière anonyme par la MPAA afin d’établir les cotes.

    Une étude intitulée Parental Desensitization to Violence and Sex in Movies, réalisée auprès de 1000 parents, leur a montré des extraits de films violents et/ou vulgaires comme 8 Mile, Die Hard, et Taken 2. Résume le Post : «Au début, les parents disaient que les films n’étaient appropriés que pour des spectateurs âgés de 17 ans et plus. Mais plus qu’ils voyaient d’extraits, plus qu’ils commençaient à attribuer des âges plus bas. Ils ont fini par dire que la plupart du matériel était approprié pour un public PG-13».

    On tombe donc sur le paradoxe de l’œuf et de la poule : est-ce que les parents (et leurs enfants) acceptent et recherchent plus de violence à l’écran en raison d’une société de moins en moins pudique, ou est-ce le contenu de plus en plus violent propagé par les médias et le monde du divertissement qui a pour effet de désensibiliser la population à ce point?

    Le conflit entre créateurs et censeurs à Hollywood est presque centenaire (j’en parle davantage ici et ici). Cette disparité est fort habilement illustrée par Martin Scorsese – qui a lui-même eu son lot de batailles avec la MPAA, notamment par rapport au bain de sang qui conclut Taxi Driver (il a finalement dû désaturer les couleurs afin d’obtenir un R) – dans cette scène de The Aviator, qui se moque allègrement du règne du code Hays :

    - Quiz du Washington Post : Devinez la cote de ces films

    - 10 des plus grandes erreurs de la MPAA, selon Flavorwire

    À lire aussi :

    > Eyes Wide Shut, ou la promesse non tenue d’un cinéma adulte
    > Après 22 ans, le NC-17 n’a toujours pas la cote
    > Du côté des puritains

    - Mon compte Twitter


    • Je ne comprends pas le problème. Il n’y a personne en bas de 18 ans qui irait voir Fifty Shades même si c’était coté PG. Ce groupe d’âge n’est pas intéressé par ce genre de film. Alors en quoi cette cote affecte-t-elle le box office?

      Le problème est que la majorité des salles aux États-Unis refusent de projeter les films cotés NC-17. Même problème pour la promo, qui a le droit à beaucoup moins de visibilité (à la télé, sur des panneaux, etc.). J’en parle dans mon post sur le NC-17, disponible en hyperlien au bas de mon texte. Trois autres textes sur le sujet (en anglais) : ici, ici et ici -js

    • En effet, j’ai de la misère à suivre la classification des films ici ou ailleurs. Je me souviens d’avoir été ‘traumatisé’ en visionnant le film Millenium classé 13 ans violence et érotisme. Mes enfants, qui visionnaient le film avec moi, d’où mon traumatisme, avaient alors 12 et 15 ans. Bof, me suis-je dis, les américains ne sont que des puritains, on y verra qu’un sein ou deux, rien de bien terrible … Oups, je n’avais pas lu le livre ! Et je ne savais pas que ce film avait été classé NC-17 aux Etats-Unis…

    • Je vois ces cotes là comme des guides, des aides mais il faut appliquer soit-même son jugement, c’est plus simple à la maison avec la télévision ou un film de location. Pour la salle, il faut voir comment cela est géré. Il y a la théorie et la pratique. Tiens c’est comme acheter une bière à 16 ans dans une Fête Nationale pour vous et votre ami de 15 ans, vous avez l’air sérieux et cela passe. Ou autrefois, aller acheter des cigarettes à 9 ou 10 ans mais absolument pas pour vous mais pour la dame qui vous garde. Ou à 14 ans, aller acheter deux bières pour votre oncle et son ami.
      Tu appliques pas la loi à la lettre et tu avais raison bien que parfois tu ne peux pas deviner. Mais pour les cotes ce sont des guides parentaux.
      C’est comme pour aller dans les bars et les jeunes qui voulaient avoir de fausses cartes ou emprunter votre carted’dentité. Es-tu malade toé ? Pas avec mes documents.

      Ce que j’admire ou admirais des Américains , regardez dans cette association cycliste :

      http://cyclingsavvy.org/about/ten-tips-for-successful-cycling/

      ”Never let paint think for you. ”

      Sors de la piste cyclable s’il faut… Ne fais pas le twit !

      Tu peux dire en étant très respectueux que ce sont des gens qui ont fait leur travail de leur mieux mais c’est toi qui exerce ton jugement.

      Moins poli ? Une gang de bureaucrates déconnectés qui ont jamais fou presque fait de vélo de leur vie !

      Non mais tu n’as pas de temps à perdre avec ces niaiseries là… On voit des gens nonos comme cela au dépanneur, le jeune achète l’alcool et une personne plus âgée l’accompagne et ils essayent de passer, c’est sûr que cela ne marchera pas. Les contrôles sont plus sévères mais ils essayent n’importe quoi. Pour mon époque, le point était aussi de montrer que c’était niaiseux et ceux qui transgressent pour transgresser et se sauvent car ils ont peur plutôt que s’assumer.

    • Ma mère qui avait loué Porky sur recommandation de l’employé du ciné-club et qui regardait cela avec ma petite soeur et elles se scandalisaient un peu mais sans être en maudit après le commis ou après le film. Moi je ne regardais pas car le film était bien trop ” niaiseux”à mon sens et je j’avais quoi 11-12 ans ? Ma soeur 8-9 ? Rien était écrit je crois à cette époque là comme avertissement.

      http://www.imdb.com/title/tt0084522/parentalguide#certification

      Autre film niaiseux et vu plus tard mais équivalent… quoique les premiers valent un 5 de Mediafilm plutôt qu’un 6,c’est moins pauvre comme cinéma que le 6.

      La fameuse cote R. N’importe qui a la télé a pu voir cela et j’imagine pas que les parents surveillaient les enfants à ce point,surtout les ados ou même à partir de 11 ou 12 ans, on ne parle pas de pornographie là… Même pas de Bleu Nuit… Ou quand tu as été initié après cela devient d’un grand ennui…

      Les enfants de l’école élémentaire, on comprend mais rendu au secondaire ? Évidemment si tu fais quelque chose avec l’école et que cela déplaît aux parents mis au courant, tu risques de créer une polémique.

      Le Lagon Bleu ils metteraient cela 16 ans et plus ? Cela perd tout intérêt si tu le vois aussi vieux… La Guerre du Feu cela un bon film, ils l’interdiraient aussi en bas de 13 ans ? Ce serait dommage.

      Société de vieilles bigotes comme au temps de mon arrière-grand-mère ?

    • http://www.imdb.com/title/tt0082484/parentalguide#certification

      Qoi la Guerre du Fe c’est 13 ans et + ? Et dans certains pays 18 ans ? C’est en 1981 ou 1982 que cela a jouéen salles au Canada ? Dans mon souvenir je suis allé voir cela avec un ami et en 1981 on avait 10 ans. Et je pense ses parents étaient venus nous reconduire sans être dans la salle avec nous ou sa mère et on a vu le film et on avait aimé. Et on est retourné cheznous.
      Mais plus jeune,peut-être je pouvais être intimidé par des scènes d’amour au cinéma ou des rapprochements dans la vraie vie. Habituez vous, cela est normal. Pour les scènes de la Guerre du Feu,bien ce sont pas des hommes modernes. Nous étions assez intelligents pour comprendre et ce n’était pas des enfants de 4 à 7 ans non plus là.

    • @fortin

      Il m’est arrivé le même badtrip avec ‘We are the Millers’, classé 13 ans au Québec… Et je suis pas une sainte-nitouche, j’ai regardé les Hangover avec mes pré-ados, et d’autres films un peu plus ‘edgy’.

      La classification québécoise est complètement déconnectée de la réalité des familles, il y a clairement un genre de vice systémique dans leur façon d’évaluer.

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