Jozef Siroka

Archive, octobre 2016

Samedi 29 octobre 2016 | Mise en ligne à 15h46 | Commenter Commentaires (2)

Le court du week-end : Lights Out, et cie.

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David F. Sandberg fait partie de ce type de réalisateur que l’on découvre de plus en plus souvent, le pur inconnu qui devient le cinéaste le plus hot à Hollywood du jour au lendemain. Ce Suédois mi-trentenaire n’avait jamais dirigé une équipe de tournage avant son premier long métrage, Lights Out. Le film d’horreur sorti en juillet a été l’une des grandes surprises de la saison estivale, amassant 400% de son budget initial lors de son premier week-end d’exploitation, et des critiques positives en moyenne. Une suite au film est en pré-production.

Lights Out était initialement un court métrage fait pour 0$ par le couple Sandberg / Lotta Losten. Le film a d’abord été diffusé par Who’s There, festival de films britannique spécialisé dans l’horreur. Et puis ce fut la folie en ligne : plus de 20 millions de vues. Peu de temps après, le couple était inondé de courriels provenant d’Hollywood. Sandberg a été approché par James Wan, le créateur de la franchise Saw et parrain de la nouvelle vague de cinéma d’horreur à budget moyen, préconisant une esthétique relativement dépouillée (il a notamment produit et/ou réalisé les séries Insidious et The Conjuring).

Les courts rappelleront certains joyeux souvenirs à la génération qui a découvert les premières caméras vidéo maison abordables. On y retrouve un esprit bricoleur et ludique caractéristiques des films faits dans les proverbiaux sous-sols des parents, ou ruelles près de l’école. Mais aussi un souci de la mise en scène qui, aussi minimaliste soit-elle, a certainement contribué à rassurer les bonzes des studios quand est venu le temps de sortir le chéquier…

> Lights Out (2013)

> Coffer (2014)

> Attic Panic (2015)

> Closet Space (2016)

> Pour en savoir plus sur David F. Sandberg, consultez ces deux entrevues qu’il a accordées à : Slashfilm et The Creators Project

> La page Vimeo de Sandberg (qui inclus des making-of de ses courts)

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Mardi 25 octobre 2016 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (4)

The Birth of a Nation : après la gloire, la chute

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Il y a dix mois, à Sundance, The Birth of a Nation n’était pas seulement acclamé pour son accomplissement artistique, mais aussi historique. Voici un film singulier écrit et réalisé par un Afro-Américain qui aborde avec une catharsis libératrice le péché originel américain à l’ère de Black Lives Matter. Cette histoire vraie sur une rébellion sanglante d’esclaves avait, dit-on, le moteur de Django Unchained et le coeur de 12 Years A Slave.

Aujourd’hui, deux semaines après la sortie en salles de The Birth of a Nation, le phénomène annoncé revêt un caractère plutôt timide. Le relatif désintérêt que subit le film est dû à deux facteurs, plus ou moins liés. D’abord, une histoire de viol datant d’il y a quinze ans, qui a remonté à la surface au mois d’août. Une accusation dont a été exonéré le réalisateur Nate Parker. Son ami et co-scénariste du film Jean Celestin a cependant été jugé coupable d’agression sexuelle (un verdict qui a par la suite été renversé). La femme qui a porté plainte contre les deux hommes, et dont l’identité n’a pas été dévoilée, s’est suicidée en 2012.

Le studio Fox Searchlight, qui a déboursé la somme record de 17,5 millions $ à Sundance pour acquérir les droits de distribution, s’est soudainement retrouvé aux prises avec un gros problème de relations publiques. Une situation fort délicate que Parker n’a pas réussi à atténuer, au contraire. Il y a notamment eu l’entrevue qu’il a accordée à 60 Minutes, dans laquelle il affirme ne pas se sentir coupable, et que le procès parle de lui-même. Lors d’une apparition au talk-show de Steve Harvey, le cinéaste a accusé les médias d’avoir ravivé cette «tragédie», avant de dire qu’il faut davantage discuter de «l’épidémie de viols en Amérique».

The Birth of a Nation contient deux scènes d’agression sexuelle, deux scènes qui constituent selon plusieurs voix féministes les principaux problèmes du film. Voici d’abord l’évaluation de Dana Stevens, critique chez Slate :

Ces histoires de viol, même si elles sont sans doute des portraits composites fidèles de la triste réalité de la vie durant l’esclavage, n’ont joué aucun rôle dans l’histoire de Nat Turner; elles ont été insérées pour rendre la quête de justice de Turner moins abstraite et plus personnelle, comme si l’esclavage n’était pas suffisamment concret et personnel. Dans le contexte de l’intrigue du film, l’armée que Nat soulève sert principalement à défendre l’honneur de femmes violées. En gros, Parker instrumentalise la violence faite aux femmes pour justifier la violence des hommes. Il indique par la même occasion pourquoi les victimes de viol pourraient vouloir se tenir loin de The Birth of a Nation, indépendamment de l’histoire personnelle du réalisateur.

Les propos de Stevens ont trouvé écho chez bon nombre de militantes afro-américaines. Par exemple Salamishah Tillet, professeure à la University of Pennsylvania, qui écrit dans le New York Times que le film «réduit les femmes au silence» : «D’abord, à travers la violence faite contre leurs corps, et puis à nouveau lorsque leur victimisation est dépeinte comme secondaire à l’héroïsme de Turner». Dans le même journal, l’auteure féministe Roxane Gay dit refuser de voir le film parce qu’elle ne peut réconcilier l’art et l’artiste.

Danielle McGuire, auteure du livre prisé sur le mouvement des droits civiques At the Dark End of the Street, soutient dans le Hollywood Reporter que The Birth of a Nation «déshonore Rosa Parks et les militantes afro-américaines», et qu’il «simplifie trop l’histoire épouvantable du viol en tant qu’outil d’oppression». Enfin, Rebecca Carroll du Guardian reproche au film son portrait «unidimensionnel des femmes, au service de leurs hommes, et qui se partagent en tout quelque 50 lignes de dialogue dans ce film de deux heures».

La critique se distancie

Au-delà des condamnations féministes, The Birth of a Nation n’a pas vraiment réussi à trouver réconfort auprès des experts de la culture afro-américaine. Vinson Cunningham, dans un long essai publié dans le New Yorker, dit carrément que le film «ne vaut pas la peine d’être défendu». Un sentiment qui semble avoir été pris au bond par de nombreux critiques de cinéma, qui ont retourné leur veste entre Sundance et la sortie du film en salles.

Justin Chang du Los Angeles Times a plaidé coupable, en un sens, dans un article où il explique qu’il est particulièrement difficile dans ce cas-ci de séparer l’art de l’artiste «parce que l’artiste est presque toujours devant la caméra». Il commence son papier ainsi :

Quelques heures après que la première de The Birth of a Nation eut créé un tonnerre d’applaudissements à Sundance, Variety a publié une critique enthousiaste, saluant le film comme une chronique imparfaite mais vitale de l’esclavage américain – qui a été racontée, de manière cruciale, du point de vue des hommes et des femmes noirs qui l’ont enduré.

La critique a également reconnu que le premier long métrage de Parker, un portrait brutal mais sympathique du chef rebelle Nat Turner (joué par Parker lui-même), était destiné à provoquer et à polariser. «Aucun film digne de ce sujet historique particulier», écrivait le critique de Variety, «ne pouvait espérer d’éviter la controverse».

Ce critique, c’était moi, et à l’époque je ne savais pas que ma supposition se révélerait être entièrement juste pour les mauvaises raisons.

Chang fournit des éléments d’analyse afin de justifier l’évolution de son appréciation du film, pour finalement admettre qu’il avait de la difficulté «à regarder le visage de l’acteur sans me rappeler de ses gaffes à l’extérieur de l’écran… Vous pouvez voir Nat Turner; vous pouvez voir Nate Parker. Dans tous les cas, il est difficile de ne pas voir un homme pris dans le tressaillement de sa propre croisade – et sans se rendre compte, peut-être, que son propre Jour du Jugement est en train de se manifester».

A. O. Scott du New York Times profite de la controverse afin de méditer sur la nature de son métier, suggérant qu’il trahirait sa mission s’il s’aventurait à l’extérieur du cadre de l’écran.

«Ce n’est qu’un film» n’est pas une phrase que vous risquez d’entendre de ma part. Je crois en la puissance morale de l’art – et dans la force spéciale des films à écrire l’histoire avec la foudre – et aussi dans les responsabilités éthiques des artistes et du public. Mais mon travail n’est pas d’être votre conscience de substitution. De vous dire que de voir ce film affirmera votre bonne foi abolitionniste, ou que de l’éviter affirmera votre solidarité avec les victimes de violence sexuelle. Ce n’est pas mon travail de juger M. Parker, sauf en tant qu’auteur et star de ce film.

Dans tous les cas, The Birth of a Nation n’est pas «seulement un film»; c’est précisément un film, une tentative ambitieuse de réunir les contradictions de l’histoire à l’intérieur des conventions du récit populaire. Il demeure, parfois trop confortablement, parfois trop maladroitement, et parfois avec une efficacité tonifiante, à l’intérieur des paramètres établis du cinéma mainstream. Dans le contexte de l’histoire hollywoodienne, M. Parker est moins un révolutionnaire qu’un révisionniste, adaptant d’anciennes stratégies à de nouvelles fins, infléchissant une rhétorique de violence et de sentimentalité familières avec des significations nouvelles.

On note que l’analyse de Scott par rapport à l’illustration des femmes dans le film n’emploie pas une argumentation d’ordre moral, comme dans les commentaires cités plus tôt, mais plutôt dramatique.

Dans les films (du Birth of a Nation de D. W. Griffith en 1915 jusqu’aux innombrables westerns et thrillers d’action qui ont suivi), la violence faite aux femmes est le prétexte le plus fort pour motiver la violence masculine. C’est ce qui fait du meurtre la chose qu’un homme à faire. Mais, justement, parce qu’il s’agit d’une prémisse aussi efficace et facilement disponible, cette logique patriarcale de viol-et-vengeance est un élément qui rend le Birth de M. Parker plus petit que ses ambitions, et moins radical qu’il aurait voulu être.

La quantité d’encre qui a coulé au sujet de The Birth of a Nation est extraordinaire. Avant les tristes révélations du mois d’août, on disait du film qu’il était «prédestiné» à une gloire soutenue, doublée d’une juteuse récolte aux Oscars. On le qualifiait de Schindler’s List pour la communauté afro-américaine; un film que l’on se doit de voir par devoir moral.

Aujourd’hui, on présume que les membres de l’Académie ne déballeront même pas leur screener, et on devine que Fox Searchlight, qui est en voie de perdre 10 millions $ dans cette aventure, se montrera malheureusement plus réticent lorsque viendra le temps de soutenir des oeuvres ou des projets perçus comme risqués.

The Birth of a Nation était vivement salué comme «un film de son temps». Ironiquement et tragiquement, dans le contexte socio-politique actuel des deux côtés de la frontière, il l’est sans doute plus que jamais.

À lire aussi :

> The Birth of a Nation, version 2016
> The Birth of a Nation : un héritage délicat

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Mercredi 19 octobre 2016 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (8)

Guardians Of The Galaxy Vol. 2, «évidemment»

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À quelques heures d’intervalle, aujourd’hui, l’internet s’est réjoui de deux promos pour l’un des films les plus attendus de… l’été prochain. C’est loin, oui, mais en même temps ces diffusions vont permettre à tout le monde de souffler un peu. Il faut comprendre que les fans de Guardians Of The Galaxy sont particulièrement exigeants, et impatients. Il y a deux mois, le réalisateur James Gunn, exténué par les demandes répétées pour une bande-annonce, les a même implorés de se calmer : «Quand je mets en ligne un hommage sur la mort de Gene Wilder, et quelqu’un commente Where the fuck is the trailer, asshole?, ce n’est pas très cool».

Plus même que la b-a – qui est en fait un teaser – c’est l’affiche qui retient l’attention. Comme le note The Playlist, ça fait du bien de voir une promotion pour un film de Marvel qui évite l’approche typique «d’un tas de têtes illustrées disposées au hasard». On nous présente plutôt ici une version «années 70 de la suite, que ce film ne sera clairement pas».

J’y vois surtout une référence à l’attitude décontractée mais menaçante de Reservoir Dogs – la chanson Hooked on a Feeling apparaît dans la bande originale du premier Tarantino, ainsi que dans le teaser de GOTG2. Et aussi un clin d’oeil aux affiches des Expendables; Sylvester Stallone sera finalement réuni à l’écran avec Kurt Russell, qui avait refusé l’invitation de Sly à joindre son équipe de gros bras vintage. Bien hâte de voir ce que Tango et Cash 2.0 nous réservent.

L’élément le plus intéressant de l’affiche (à part le bébé Groot qu’on n’aperçoit pas au premier coup d’oeil) est son accroche : Obviously. Une exclamation pour le moins ironique. Avant sa sortie, à l’été 2014, Guardians Of The Galaxy était attendu comme le premier grand flop de Marvel. La BD source était à peu près inconnue du grand public, son réalisateur venait du cinéma d’exploitation à petit budget, et on n’y retrouvait pas de véritables stars. Enfin, si – Bradley Cooper et Vin Diesel – mais Gunn a eu l’audace de les cantonner à des rôles de doublage seulement.

C’est donc à Chris Pratt, un acteur à l’époque uniquement associé à la série télévisée en manque d’audimat Parks and Recreation, qu’incombait la lourde tâche de porter sur ses épaules cette superproduction en forme de pari fou. Il a finalement remporté le jackpot, avec un week-end record au box-office, et des recettes totales de 773 millions $. Pratt a immédiatement été salué comme l’héritier de Harrison Ford, «un héros affable, anticonformiste et solitaire qui affiche aussi une sensibilité moderne à laquelle les hommes peuvent s’identifier et que les femmes trouvent séduisante, charmante et drôle», avançait un expert en marketing à l’AFP.

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Une suite à Guardians Of The Galaxy s’imposait, évidemment… même si au départ les dirigeants de studios étaient sceptiques à l’idée de sortir un film de super-héros qui n’est pas sombre et lourd. Qui aurait cru que le public avait un appétit pour des adaptations de BD colorées et comiques?!

La série Guardians Of The Galaxy n’est pas juste drôle, elle est meta-drôle. Le synopsis ne semble pas tant décrire le film que l’idée générale d’une aventure intergalactique dont les détails de l’intrigue sont le dernier de nos soucis. On ne nous invite pas au cinéma, mais à une danse.

Propulsé par le Awesome Mixtape # 2, Guardians of the Galaxy Vol. 2 poursuit les péripéties de l’équipe tandis qu’elle traverse les confins du cosmos. Les Gardiens doivent se battre pour garder leur nouvelle famille ensemble, tout en perçant les mystères de la véritable filiation de Peter Quill. D’anciens ennemis deviennent de nouveaux alliés, et les personnages préférés des fans de la BD classique viendront au secours de nos héros.

Casser le Bechdel

James Gunn est l’un des réalisateurs le plus actifs sur les réseaux sociaux. Sa page Facebook regorge d’anecdotes sur son métier, ses passions et la production de son nouveau film. Ses messages débordent d’enthousiasme. Il ne semble toujours pas croire qu’il est soudainement devenu un joueur majeur dans l’industrie, lui qui il n’y a pas si longtemps faisait du cinéma de genre avec une poignée de change.

Dans un de ses posts, il est fier d’annoncer que GOTG2 a passé haut la main le test de Bechdel, qui se résume ainsi :

Une œuvre réussit le test si les trois affirmations suivantes sont vraies :

- l’œuvre a deux femmes identifiables (elles portent un nom) ;
- elles parlent ensemble ;
- elles parlent d’autre chose que d’un personnage masculin.

Gunn a annoncé les «résultats» sur Facebook le 11 octobre, à l’occasion du International Day of the Girl. Il écrit notamment en avoir assez des histoires dans lesquelles on retrouve «un tas de personnages masculins rondement développés et un seul personnage féminin, dont la principale caractéristique est d’être “la fille”, ou l’objet dénué de personnalité des affections d’un homme. Je n’en ai pas marre parce que je suis politiquement correct, mais parce que c’est ennuyeux et que c’est de la bullshit.

«De même, je ne pense pas que de créer des personnages féminins “forts” est une solution non plus – vous la voyez tout le temps ces jours-ci : la femme guerrière parfaite, qui est une réaction aux histoires du passé, mais qui est tout aussi ennuyeuse et unidimensionnelle.

«Et je suis impatient de vous montrer Guardians of the Galaxy Vol. 2, avec Gamora, Nebula, et Mantis en action, où non seulement nous passons le test de Bechdel, mais nous l’écrasons avec un dix-huit roues. Et où leurs histoires et celles des hommes ne s’effectuent pas au détriment des uns et des autres, mais sont entrelacées de manière à renforcer et à optimiser l’ensemble».

Parce qu’on est en 2016. Ou plutôt en 2017, plus précisément le 5 mai.

- Pour en savoir plus sur Gunn et le nouveau Guardians, consultez son FAQ bien touffu qu’il a mis en ligne le mois dernier.

À lire aussi :

> Alors Marvel, à quand Squirrel Girl?
> Black Panther : trop tôt pour Ryan Coogler?
> Redéfinir le «personnage féminin fort»

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