Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Samedi 17 septembre 2016 | Mise en ligne à 17h30 | Commenter Un commentaire

    Le court (et l’entrevue) du week-end : Gaspé Copper

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    Un sentiment de calme angoissant nourrit une bonne partie de Gaspé Copper, et ce ne sont pas les images de verdure luxuriante, ou les mouvements de caméra berçants qui réussiront à nous convaincre qu’on s’inquiète pour rien. À travers des yeux d’enfants, on voit un père à la mine grave, qui cherche désespérément un exutoire pour sa mauvaise humeur. Il réussira à le trouver, en partie, sur le terrain de la défaite, le temps d’y laisser sa marque une dernière fois, comme se le doit de faire un homme droit de son époque, avec une protestation stoïque.

    Le cadre du court métrage d’Alexis Fortier-Gauthier, sorti en 2013, est la grève de Murdochville, un des jalons du mouvement syndicaliste québécois, qui s’est soldé par la mort d’un travailleur. «Ce que je voulais raconter, c’est l’héritage de la violence», explique le réalisateur lors d’une entrevue dans un bar du centre-sud. «C’est l’histoire d’une oppression qui vient du haut, le gouvernement Duplessis, la compagnie qui vient des Américains. Le père est broyé par le système, et n’est pas capable de gérer la situation».

    Il ne faut cependant pas voir Gaspé Copper comme une leçon d’histoire. La grève de 1957 n’est pas le sujet du film; la mine maudite sert plutôt de canevas métaphorique. Cette grosse entité qui nous dépasse; on la voit et l’entend constamment, mais on ne peut pas la contrôler. Appelons ça du fatalisme, ou le caillou dans la botte… Pourtant, et c’est tristement typique, on va toujours tomber sur des spectateurs qui refusent d’accepter, ou de comprendre, la notion de licence artistique.

    Dans un billet publié sur le site de 24 Images, intitulé La fois où j’ai insulté la Gaspésie, Alexis Fortier-Gauthier revient sur un échange Facebook qu’il a eu avec un homme de la région qui n’a pas digéré que que Thetford Mines ait servi de substitut visuel à Murdochville. Un extrait de la réplique du cinéaste :

    Le cinéma est un art du raccourci et de l’illusion. Le défi de raconter une époque révolue est énorme. Déjà, la mémoire est subjective d’une personne à une autre, mais aussi les détails s’émoussent, les évènements se diffusent avec le temps. C’est donc invariablement un échec de penser rendre le passé tangible dans le présent. D’où mon idée de rester vrai avec les sentiments et les émotions, qui sont des choses intemporelles et universelles.

    Fait plutôt rare dans l’industrie du court québécois, l’idée ni même le scénario original ne proviennent du réalisateur. Alexis Fortier-Gauthier a eu vent du projet à travers une connaissance mutuelle, Alexandre Auger, qui s’est inspiré des souvenirs de jeunesse de la mère pour le récit. Ce dernier n’avait cependant pas l’expérience nécessaire aux yeux de la SODEC pour mettre en scène le film, et c’est ainsi que les deux Alex ont choisi d’unir leurs forces.

    «Alexandre, je l’ai gardé le plus proche possible dans la production. C’est une âme sœur créative. Son histoire avait les mêmes préoccupations que d’autres films que j’ai faits avant; comment les gens se sentent en situation de crise, ou délicate. Dans la plupart des films historiques on est plutôt dans le social, dans le politique – ici j’ai vu la possibilité de faire quelque chose de plus intime».

    Autre fait inusité : un court qui nécessite une méticuleuse reconstitution d’époque. Et, pour rajouter à la complexité de l’entreprise, il fallait diriger des enfants et des animaux (un chien qui «n’était pas très docile») : «Beaucoup de difficultés assez célèbres du cinéma se sont rassemblées dans un même film. Il y avait donc un défi. Toutes ces choses qui me faisaient peur, en même temps c’est ce qui me donnaient le goût de le faire.»

    «Plusieurs choix de réalisation étaient faits en raison de contraintes, pour faciliter le mouvement des enfants par exemple, pour les distraire le moins possible. Il n’y avait pas de marques [au sol], on répétait comme pour une pièce de théâtre. J’ai tourné le film en plan-scène; c’est-à-dire en plan-séquence, et après ça a été monté.»

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    Dans son blog de 24 Images, il rajoute des anecdotes cocasses :

    J’aurais plusieurs histoires à vous raconter sur le tournage du film. Comment Laurie, la petite Jocelyne du film, revenait chez elle les soirs de tournage et refusait de nouer ses propres chaussures, déjà habituée à ce que les habilleuses le fassent pour elle. Ou bien Mathieu qui, vers 17h, devenait mou comme de la guenille et devait être nourri de barres de céréales afin de pouvoir dire son dialogue sans s’endormir. Ou encore le petit Dérick, 5 ans, qui demandait à ses parents, après la dernière journée de tournage : «C’est quand qu’on tourne le vrai film?».

    La production a nécessité plusieurs mois. Une centaine d’enfants ont passé des auditions dans des écoles de la région de Thetford Mines. Un vieux bureau de poste qui a passé au feu a été converti en maison familiale pour les besoins du film. Une des scènes finales a été tournée à Black Lake, où se déroule et où a été filmé Mon oncle Antoine.

    Gaspé Copper est doté d’un certain souffle épique qu’on ne retrouve pas dans la grande majorité des courts québécois, généralement satisfaits de leur modestie minimaliste. Alexis Fortier-Gauthier se fait même parfois critiquer pour cette approche, pour cette idée de «version courte d’un long métrage». «Ça n’a pas la structure d’un court, ou d’une nouvelle littéraire, avec une chute. Ce qui m’intéresse c’est les personnages, c’est l’émotion… Je ne voulais pas faire la formule du petit film bien emballé, avec la fin en queue de poisson, ou la surprise. Je veux que le payoff soit dans quelque chose d’humain, et non de conceptuel».

    La caractéristique la plus intéressante de Gaspé Copper est sa «réflexion sur le film d’époque», pour reprendre les termes du réalisateur. Qui comprend notamment le désir d’éviter le piège de «filmer des décors».

    «J’ai travaillé avec un ami directeur photo, qui fait beaucoup de documentaires. Il a opéré une petite steadicam, une Red Scarlet. En tournant la plate-forme à l’envers, on arrivait à la hauteur des enfants. Je voulais du mouvement, je voulais tourner avec l’esthétique de maintenant, je ne voulais pas que ce soit trop classique, fixe. Comme si on avait pris les caméras d’aujourd’hui et qu’on avait tourné à cette époque. Je voulais quelque chose de contemporain dans le traitement.»

    > Le film est disponible sur le site de TFO

    En lice pour un Jutra en 2014, Gaspé Copper est le troisième court métrage d’Alexis Fortier-Gauthier, détenteur d’un bac en communication à l’UQAM et gradué du programme de réalisation à l’INIS. Il se trouve présentement au Festival de Cinéma de la Ville de Québec pour y présenter en première mondiale son long métrage collectif, D’encre et de sang.


    • ..Intéressante vision d’une des conséquences de la sauvagerie tant de la clique à Duplessis que des multinationales à l’endroit des travailleurs.

      Cela dit, l’auteur fait bien d’invoquer «la notion de licence artistique» pour justifier que le film, malgré le titre très évocateur de «Gaspé Copper», se passe totalement ailleurs que dans le paysage gaspésien et qu’une maison familiale dans une mine nouvellement implantée en pleine forêt ait l’air d’avoir au moins 50 ans d’âge.

      Il aurait peut-être pu admettre franchement qu’un budget pour «un court qui nécessite une méticuleuse reconstitution d’époque» mais produit localement ne permettait pas une reconstitution totale et encore moins «méticuleuse».

      Ceux que la seule vue d’une photo d’arme à feu fait frémir ont dû «freaker» en voyant un gamin se balader avec une arme de gros calibre qu’en plus il à mal manipulée au moins une fois. Mais cela, c’était fréquent dans les campagnes où les enfants apprenaient jeunes à se servir d’armes de chasse.

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