Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Vendredi 19 juin 2015 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (6)

    Le court (et l’entrevue) du week-end : Gloria Victoria

    gloriavictoria

    Avec Gloria Victoria, Theodore Ushev a réussi à capter l’essence à la fois de la fureur et du chagrin provoqués par les plus grandes horreurs de notre époque. Ce court métrage d’animation dépasse le nécessaire mais commun discours moral anti-guerre; il s’agit d’un déchirant cri du coeur dénonçant la bêtise humaine, un poème viscéral qui crée chez le spectateur une expérience littéralement douloureuse, épuisante, avec un défilement d’images quasi-stroboscopique, et des dessins sublimes dans le vrai sens du terme: ce sentiment où se côtoient menace et beauté. Le tout violemment secoué par la tragique, épique et alarmante Symphonie no 7 de Chostakovitch.

    Sorti en 2013, Gloria Victoria est la conclusion d’une trilogie sur «l’art, l’idéologie et le pouvoir», complétée par Tower Bawher (2005) et Drux Flux (2008). Des films qui ont gagné une pléthore de prix dans des festivals nationaux et internationaux et qui ont permis à Ushev de cimenter sa réputation de cinéaste d’animation majeur sur la scène mondiale. Son oeuvre la plus ambitieuse est cependant Les journaux de Lipsett, biographie libre et impressionniste de l’animateur de l’ONF Arthur Lipsett, qui comptait parmi ses admirateurs George Lucas et Stanley Kubrick. Tous ces courts sont intégrés ci-dessous.

    Je ne vous cacherais pas que j’ai été franchement intimidé à l’idée de rencontrer Theodore Ushev. On m’a inculqué durant ma jeunesse, via mon père et sa bande impliqués dans le prestigieux studio d’animation Zagrebfilm, la notion que ce type de cinéma, qu’on peut décrire comme abstrait, non narratif, misant sur des figures en mouvement, en gros, weird pour un enfant, représente l’apogée de l’art. Mais ma nervosité s’est vite dissipée dès que j’ai rencontré mon interlocuteur, un grand gaillard doux, généreux de son temps et de son écoute.

    Mon entrevue précédait de peu son départ en Europe. Au cours de la dernière semaine, il y a dévoilé son tout nouveau court, Sonámbulo, «un voyage surréaliste à travers couleurs et formes, inspiré par le poème Romance Sonámbulo de Federico García Lorca». D’abord à l’Animafest Zagreb, où il a remporté un Prix spécial remis par Chris Landreth, un autre animateur de l’ONF, lauréat d’un Oscar, qui a vanté «un film d’une folle beauté abstraite, évoquant peut-être Miró, saluant peut-être Maclaren, mais dansant à son propre rythme, et démontrant à quel point l’animation abstraite peut être purement joyeuse».

    Sonámbulo a par la suite été présenté au Festival international du film d’animation d’Annecy (15-20 juin), en France, rendez-vous incontournable pour les amateurs du genre.

    Marcel Jean, un des grands manitous du cinéma québécois, est le délégué artistique du festival. Producteur d’une cinquantaine de courts métrages, la plupart pour l’ONF, professeur de cinéma à l’Université de Montréal, ancien critique au Devoir, co-auteur du Dictionnaire du cinéma québécois, et nouveau directeur de la Cinémathèque, M. Jean a donné un coup de pouce à la carrière de Theodore Ushev peu de temps après qu’il se soit installé à Montréal, à l’orée du 21e siècle. Son arrivée dans le Nouveau Monde était d’ailleurs le premier sujet de notre discussion, qui a duré environ 75 minutes, et que je retranscris ici presque dans son intégralité.

    IMMIGRANT CULTUREL

    J’étais venu trois fois comme touriste ici, avant que je ne déménage. Les trois fois c’était pour des concours de design graphique, à Ottawa. J’avais aussi beaucoup d’amis à Montréal qui me demandaient pourquoi je ne déménage pas ici. L’autre histoire c’est que le gars qui me donnait le visa en Bulgarie était tanné de me voir. Il m’a demandé pourquoi je n’applique pas pour une résidence permanente [au Canada]. Au début j’ai dit non, et mes amis ici me disaient que j’étais fou, qu’ici c’est tranquille. Parce qu’en Bulgarie j’avais une compagnie de design, je travaillais beaucoup beaucoup, jusqu’à 18 heures par jour… Je ne suis pas immigrant économique, je cherchais plutôt la tranquillité; je suis immigrant culturel.

    Au début, à Montréal, je travaillais dans les nouveaux médias. J’ai commencé par des films d’animation destinés pour l’internet. Comme ça je n’ai pas eu besoin de producteurs, ni même de beaucoup d’argent. À l’époque, je pense qu’un des premiers films pour l’internet c’était le mien, en 1998, c’était avant YouTube. J’ai ouvert un site web qui s’appelle Mortadella TV – c’est un jeu de mots entre la télé qui est morte et la saucisse cheap très appréciée en Europe de l’Est. Il y a d’autres gens qui ont commencé à mettre des films à cette époque-là, comme HotWire et Animation Xpress ; ils m’ont pris et ont même commencé à me payer.

    CBC a ouvert un nouveau site web et ils m’ont donné une page. Chaque fois que je faisais un film ils me payaient. C’est comme ça que j’ai commencé ma carrière dans l’animation. Ce qui est intéressant, c’est que je n’ai pas commencé par les festivals; en fait, les festivals ont vu mes films sur l’internet et après ils ont commencé à m’inviter. C’est le monde à l’envers.

    Lors d’une compétition de films pour internet, il y a le producteur Michael Fukushima qui a vu un des mes films, et m’a dit: «OK, on peut faire quelque chose ensemble». À ce moment, j’avais aussi fait le premier site web de l’ONF. Après ça, il y avait un concours du style «cinéastes recherchés» ; j’ai postulé mais je n’ai pas gagné. Par contre cela m’a permis de rencontrer Marcel Jean. Et même si je n’ai pas gagné le concours, l’ONF est venu me chercher pour faire un petit film pour internet, pour des enfants, Tzaritza, qui est inspiré de la vie d’une de mes amies.

    LE POUVOIR DE L’ART, L’ART DU POUVOIR

    Le constructivisme était beaucoup utilisé par la propagande russe des premiers jours, comme Rodchenko, Vertov, un mouvement qui a été détruit par le totalitarisme. Ce qui m’intéresse dans ce style, ce n’est pas seulement le côté esthétique, mais le lien entre l’art et le pouvoir. Les gens qui ont travaillé dans ce style-là ont cru tellement dans le communisme comme étant un système parfait, dans lequel tous les humains seraient égaux. Et après ça, une fois que ces gens idéalistes sont entrés dans le pouvoir, ils ont détruit les artistes, ils ont interdit ce style. Donc cette naïveté, si on veut, ces gens qui y croyaient et qui se sont fait trahir, je pense que c’est très important pour l’histoire de l’humanité.

    Il y a beaucoup de gens qui me disent, «Mais oui, ça c’est du passé». Pour moi c’est pas le passé, c’est le futur. Si on lit bien l’histoire, on voit ce qui va se passer dans le futur… Je vois la même tendance maintenant. Les artistes sont toujours à gauche, croient toujours à l’égalité, à un monde idéal démondialisé, espèrent un futur clair et lumineux. Mais en fait ils sont utilisés par la classe politique. Dans tous les pays, les artistes se mettent au service du pouvoir, ou d’une industrie, ou de l’argent.

    On peut parler du mouvement abstrait en Amérique du Nord. Dans les années 60-70, il y avait beaucoup d’art abstrait qui était très avant-gardiste aux États-Unis. Mais c’était une façon pour le pouvoir de mener une propagande pour montrer la liberté d’expression en Amérique, par rapport au communisme. Mais une fois que cette dichotomie s’est terminée, que la Guerre froide s’est terminée, ces artistes-là ont perdu de leur popularité ; ils ont été troqués pour des artistes «réalistes» tellement poches comme Jeff Koons, kitchs, sans goût.

    C’est toujours ça qui m’intéresse : l’individu, l’artiste, par rapport à la société, au pouvoir, à l’industrie; l’artiste avec un grand A, qui est tout seul, et que ça se peut qu’il s’est fait tromper, mais qui y croit, qui mène sa démarche vers un idéal imaginable, pour être mis à la poubelle après.

    Quand j’étais jeune, je n’ai pas manqué une seule manifestation après que le Mur soit tombé. Pendant une période de quatre ou cinq ans j’étais très impliqué dans la politique. Au lieu de travailler sur mes œuvres, je travaillais au service d’autres gens. Je faisais des affiches de propagande en faveur de grèves, contre le gouvernement, etc. Mais après j’ai été tellement déçu, quand j’ai vu comment le pouvoir a monétarisé les désirs de la masse. Et je me suis dit «OK, j’arrête». J’ai perdu mon innocence, ma virginité politique. Je suis devenu cynique. Et même quand j’ai de temps en temps le goût de participer à des manifestations, je me restreins. Mes actes politiques passent désormais à travers mes films.

    Le personnel c’est le nouveau mondial. Je pense qu’en faisant des films personnels, ta voix va mieux être entendue. Justement, Manifeste de sang est un de mes films les plus désespérés, cyniques, qui dit que ça ne sert à rien de gaspiller ton sang. Ce film a été inspiré par une manifestation que j’ai vue où des policiers battent des étudiants. Et quand on voit ces jeunes ensanglantés, je me suis demandé si ça vaut la peine de verser du sang pour un idéal, de mourir pour un idéal. Et je ne suis même pas sûr que ça a valu la peine pour mon film! Il n’a pas eu beaucoup de distribution, ni de succès. Il a été envoyé dans deux trois festivals, et n’a pas été pris. Je me sens très attaché à ce film que presque personne n’a vu. C’était pour moi une création ultime et intime.

    GUERRE PERPÉTUELLE

    Quand je faisais Gloria Victoria, il n’y avait pas encore tous les conflits qu’on connaît aujourd’hui. Mais j’ai senti que la guerre va venir. C’est un film sur la haine humaine. Et quand j’ai fini le film, il y a eu le printemps arabe, qui est devenu une guerre arabe. Quand les gens innocents commencent à mourir, ça c’est une vraie guerre. La semaine passée j’ai vu un article qui disait que l’EI a pris une ville et tué 400 personnes, enfants, femmes et vieillards. Un massacre qui rappelle certainement ce que faisaient Hitler et Staline. Pour moi c’est la Troisième Guerre. La seule différence c’est que c’est des petits conflits ici et là, pas des états contre des états. Mais si ça continue, ce sera la guerre la plus sévère jusqu’à maintenant. Et ça confirme ce que je dis dans mon film, que la guerre est inévitable ; c’est un clash des civilisations.

    En fait, mon film est inspiré par un livre très intéressant, qui s’appelle La fin de l’histoire de Francis Fukuyama [essai qui avance qu’un «consensus universel sur la démocratie mettra un point final aux conflits idéologiques»]. Ce qu’il dit c’est que, à «la fin de l’histoire», il va toujours y avoir des gens qui seront nostalgiques, qui vont essayer de se révolter. Si on suppose que le système libéral a gagné, il y aura un retour au système totalitaire; c’est le retour du balancier. Tous mes films parlent du passé et du futur, mais jamais du présent. Quand j’ai fait Drux Flux, qui parle de la gloire de l’industrialisation, peu de temps après a éclaté la crise économique de 2009.

    MUSIQUE

    J’utilise souvent la musique de l’Europe de l’Est. Pour la trilogie c’était tout russe. Chaque morceau que j’utilise a une histoire derrière lui, et qui est en lien avec mon film. Par exemple, Tower Bawher a une musique de Gueorgui Sviridov, un compositeur qui avait beaucoup de talent mais qui était proche du parti communiste. Il est devenu chef d’une union de compositeurs soviétiques. Il était l’élève le plus talentueux de Chostakovitch, mais il a perdu son talent parce qu’il s’est mis au service du pouvoir; c’est un peu sa tragédie.

    La deuxième musique, qui est sur Drux Flux, c’est absolument le contraire. C’est un des premiers cas de musique minimaliste, industrialiste – on entend des sons de marteaux, de métal, etc. C’est rès répétitif aussi, avant même Philip Glass ou Steve Reich ou Rammstein. Et cette musique-là a été perdue, parce que le compositeur, Alexandre Mossolov, a été mis dans un camp de travail. Il n’avait plus le droit d’écrire ni de composer, et il a caché ses partitions. Le mouvement en question fait partie d’un ballet qui s’appelle L’Acier et qui a été joué à Cleveland dans les années 30. Et c’est grâce à cette performance que cette musique a été conservée, sinon elle aurait sûrement été perdue à jamais. Il y a eu une performance musicale live pour ma trilogie à Poznań, en Pologne, en juillet 2013, et le chef d’orchestre m’a dit que c’est le morceau le plus difficile qu’il a jamais joué.

    INTERPRÉTER L’ART AVEC SON COEUR

    La question qu’on me pose souvent c’est «Es-tu un cinéaste canadien ou un cinéaste bulgare?». La réponse que je donne c’est que je suis un affichiste bulgare et un cinéaste canadien. Je n’ai fait aucun film en Bulgarie, seulement du design graphique. En déménageant ici, je suis devenu cinéaste grâce à l’aide de l’ONF, à des producteurs qui m’ont presque toujours donné carte blanche. Même s’ils ne comprennent pas le film, ou n’aiment pas le film, ils me donnent toujours l’opportunité de me casser la tête, et j’en profite!

    Il y a des gens qui me disent qu’ils ne comprennent rien à ce que je fais. Et ma contre-question c’est «Est-ce que vous avez senti quelque chose?». Et ils disent que, oui, ils sentent beaucoup de choses, mais ils sont fâchés contre moi parce qu’ils ne sont pas capables de formuler leurs propres émotions. Ma réponse c’est toujours : Le cinéma ne doit pas rentrer dans le cerveau. Il doit d’abord rentrer par ici, par le cœur, et après il peut aller dans le cerveau. Il y a beaucoup de niveaux dans mes films, c’est comme un oignon, avec beaucoup de pelures. Si tu veux vraiment sentir l’oignon, tu dois enlever les différentes couches pour aller au cœur du problème.

    THEODORE_USHEVIl y a un essai de Susan Sontag qui s’appelle Contre l’interprétation. Maintenant on juge la musique, la photographie, la peinture, avec des termes comme : c’est bien maîtrisé, c’est un bon musicien, un bon compositeur, un bon réalisateur, etc. Des trucs faciles à mesurer, avec des critères préétablis. Mais la façon qu’on devrait juger les œuvres, la seule critique valide c’est : est-ce qu’on aime, ou on n’aime pas? Est-ce qu’on sent le film avec son cœur, ou pas? Et ça se peut que ce soit un «mauvais» film, mais qui te parle, qui te touche. C’est le seul moyen pour interpréter une œuvre d’art.

    Il y a des gens dans des festivals qui me disent: «Oui mais, tes films ont leur place dans les galeries – l’art abstrait c’est pas du cinéma». Moi je crois au cinéma des premiers jours, quand Dovjenko et Vertov faisaient leurs expérimentations. Le cinéma ce n’est pas seulement du commerce – bien sûr, ça existe – mais je crois qu’il doit rester un cinéma qui est pur. Ce qui me dérange beaucoup c’est quand je regarde un film qui n’est que de la littérature, qui n’a pas presque besoin d’images.

    PAS INTÉRESSÉ À IMITER LA RÉALITÉ

    Quand j’ai une idée pour un film, je le vois dans ma tête au complet : j’ai la musique, j’ai le début, j’ai la fin. Je sais quel film je vais faire, quel sera le message, l’émotion que je veux évoquer au public. Je veux les déranger. On me demande : Pourquoi veux tu que les gens sortent de la salle? Mais les gens ne sortent jamais, même s’ils se sentent inconfortables, ils restent jusqu’à la fin. Ça aide que mon cinéma soit court; s’il durait une heure et demie, là les gens vont sortir!

    Pour moi chaque idée, chaque film, porte ses propres techniques. Si un message demande que je dessine avec des lumières sur la lune, je vais le faire. Et si la technique n’existe pas, tu dois l’inventer. Il y a des films que je ne me souviens même pas comment je les ai faits. J’utilise souvent des ordinateurs, pour la rapidité, mais aussi des peintures, des dessins sur papier, tout ça provient de mon expérience en arts plastiques. Le seul truc que je connais moins bien c’est la 3D, même si j’ai déjà fait des graphiques 3D. Ça ne m’intéresse pas d’imiter la réalité, si je veux montrer le monde réel, je vais faire des prises de vues réelles. Si un jour je fais un film 3D, je ne vais pas le faire réaliste ni figuratif.

    Je dessine très vite, mais j’en paie le prix parce que mes films ne sont pas parfaits. En même temps ça ne m’intéresse pas d’être parfait. Les journaux de Lipsett ont été entièrement dessinés sur papier. Ça m’a pris trois ans ; je travaillais jour et nuit. Pour Lipsett c’était difficile parce que j’habitais dans la tête de quelqu’un qui s’est suicidé, qui était bipolaire. À la fin j’étais presque mort…

    Le réalisateur Iouri Norstein [auteur du «meilleur film d'animation de tous les temps»] a dit dans des entrevues, dans des journaux français et russes, que Lipsett faisait partie de ses films préférés. La première fois qu’il l’a vu, il a pleuré. Quand je l’ai rencontré, dans un festival en Russie, il m’a arrêté et m’a dit, les larmes aux yeux : «Il y a des films qui sont bons et des films qui ne sont pas bons, mais au-delà de ça il y a des films qui ne peuvent pas être faits, et ton film en est un». C’était très touchant.

    DOLAN NARRATEUR

    Je suis un grand admirateur des films de Xavier. Quand j’ai vu J’ai tué ma mère, je suis tombé sur le cul. Je me suis dit que c’est un gars extrêmement intelligent et talentueux. Quand je l’ai rencontré, cette impression s’est encore approfondie. Il était la seule personne qui, en regardant Lipsett, et avant d’en faire la narration, a relevé toutes les citations que j’ai placées. Et ce n’est pas évident! Il savait quel plan vient de quel film; il y a beaucoup de références dans mon film, de Godard à Bergman et en passant par Gus Van Sant. Aussi, il a reconnu des artistes qui m’ont influencé, comme Egon Schiele et Francis Bacon, etc.

    «VIEUX» CINÉPHILE

    Je vois beaucoup de films, mais je n’aime pas trop les films récents. Je préfère les vieux, comme Scènes de la vie conjugale ou L’heure du loup de Bergman, L’Avventura d’Antonioni, L’homme à la caméra de Vertov, les films de Bresson, Truffaut à ses débuts. J’adore les films de Fernand Léger. J’aime beaucoup Le procès d’Orson Welles, qui devient meilleur chaque fois que je le revois. Je suis fan fini de Tarantino. Cendres et Diamant d’Andrzej Wajda. Je suis fou de tous les films de Krzysztof Kieślowski. Mon film préféré à vie c’est soit Stalker de Tarkovski ou Psycho de Hitchcock.

    Le premier film de Tarkovski que j’ai vu, je devais avoir 12 ou 13 ans, et je pensais que c’était trop lent. Mais quand je le regarde aujourd’hui, au contraire j’y vois plein d’action. Et c’est le contraire avec les films contemporains, où il y a beaucoup d’action mais où il ne se passe rien. Je me trouve souvent dans une situation où je suis face à un nouveau film – qui a fait beaucoup de bruit, qui a gagné à Cannes ou je ne sais pas où, qui est présenté comme un chef-d’œuvre – et je suis souvent déçu. Quand j’hésite entre voir un vieux ou un nouveau film, je choisis presque toujours le vieux et je ne me trompe jamais ; peut-être que moi-même je deviens vieux!

    > La page ONF de Theodore Ushev


    • Je viens de regarder Gloria Victoria; je viens de recevoir un coup de marteau sur la tête.

    • D’une beauté effrayante. Merci pour la découverte.

    • Merci Jozef de parler du cinéma d’animation et de nous faire découvrir des
      auteurs et des oeuvres. Je ne savais pas d’où venait cet intérêt chez-vous.
      Tout s’explique; ça vient du parternel !

      Theodore Ushev est une révélation pour moi. Je seconde ourobouros en disant
      qu’on s’en prends plein les yeux pour les films présentés sur ce blogue. On est
      hypnotisé, dans le bon sens du terme. Magnifique travail d’animation, grande
      sensibilté et maîtrise du mouvement en accord avec la musique.
      (Dans les extraits plus abstraits on pense effectivement au travail de McLaren.)

      « Je dessine très vite, mais j’en paie le prix parce que mes films ne sont pas
      parfaits ».

      Ce n’est pas le rendu qui est important, c’est l’expression par le dessin (ou
      du dessin), même s’il n’est pas parfait. Ce qui est admirable dans « Les
      journeaux de Lipsett » c’est le côté « peinture en mouvement ».

      P.S. :
      Je note qu’il faut me mettre à jour sur l’animation faites par l’ONF. :-)
      Petit bémol sur la manière dont on fait les génériques de fin. Je ne sais pas
      si c’est une politique de la boîte mais sur la plupart des films présentés ici le
      générique de fin est expéditif…

      Un hors sujet mais en lien avec le blogue d’il y a quelques semaines. J’ai
      trouvé cette référence par hasard; un site français dédié aux génériques
      de films :

      http://www.generique-cinema.net/accueil/accueil.html

      - Ushev m’en a parlé de ses génériques expéditifs, le sourire en coin. Il y a deux raisons à cela, la première c’est l’interactivité; il sait que ses films sont pour la plupart vus sur le web, et que les gens vont donc pouvoir pauser pour bien lire le nom des collaborateurs. En faisant cela, ils seraient peut-être davantage tentés à faire des recherches sur ces personnes sur l’internet. 2e raison, c’est une question d’altruisme festivalier, si on veut. Il ne veut pas encombrer les programmes des courts, parfois lourds, et trouve un moyen de garder son film aussi long que nécessaire, aussi court que possible. Enfin, j’ajouterais qu’il s’agit aussi d’un moyen de s’harmoniser avec le rythme, souvent abrupt, de ses oeuvres. -js

    • @Jozef
      Merci des précisions pour les génériques. En y repensant la fin accéléré de
      « Gloria Victoria » est tout à fait justifié, vu le rythme du film. J’ai un coup de
      coeur pour ce dernier et en le voyant plein écran sur mon ordi. je me disais
      qu’il faudrait voir ce film sur grand écran. Je ne sais pas s’il y a des cinémas
      en Amérique du nord qui présente des courts avant le programme principale.
      Ça changerait des pubs et des bandes annonces criardes ! :-) Je pense que
      c’est plus courant en Europe. Tout ça pour dire que ça serait bien de voir des
      films d’animations hors des festivals…

    • On dirait du Frédéric Back sur l’acide mais c’est de la fort belle animation avec sur le côté pessimiste des choses.

    • @cinefilm:
      La seule fois où j’ai pu voir un court d’animation au cinéma, c’était le court des Simpsons qui avait été sélectionné aux Oscars. Il était présenté, si je me rapelle bien, avant Hôtel Transylvanie et après un ramassis de pubs et de questionnaires peu pertinents…

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