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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 29 avril 2015 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Commentaires (11)

    Goodfellas, 25 ans après

    goodfellas_22

    Lorsque vient le temps d’évaluer l’oeuvre de Martin Scorsese, trois films remontent invariablement à la surface : Taxi Driver (1976), Raging Bull (1980) et Goodfellas (1990). Personnellement, si je n’avais qu’un seul film du légendaire cinéaste à apporter sur la proverbiale île déserte, ce serait Casino (1995), mais on s’éloigne du sujet…

    Le quart de siècle du chef-d’oeuvre de Scorsese a été célébré le week-end dernier lors du festival de Tribeca, évènement fondé par Robert De Niro, un des personnages principaux de la fresque de gangsters. L’acteur était présent sur scène, tout comme Ray Liotta (Henry), Paul Sorvino (Paulie), Lorraine Bracco (Karen), et le scénariste Nicholas Pileggi. Scorsese était à Taipei, en train de tourner Silence, tandis que Joe Pesci n’a pu y être, mais à envoyé un message lu par De Niro : «Fuck fuck fuckity fuck fuck fuck. Fuck».

    Difficile de croire que Goodfellas est officiellement relégué au rang de «vieux film». En effet, en le regardant aujourd’hui, on ressent une vive énergie et une urgence qu’on ne retrouve pas dans de nombreux films du genre sortis récemment. D’ailleurs, ces derniers ne sont toujours pas parvenus à se détacher de l’héritage incommensurable du classique en question; personne, semble-t-il, n’a encore osé fermer la porte à Goodfellas, comme Scorsese lui-même l’avait fait à The Godfather, au propre comme au figuré (voir mon post de novembre 2009).

    Oublions les portes un instant, et passons aux capots de coffre. Le génie de Goodfellas est son aisance à constamment jouer sur deux niveaux de lecture distincts, qui illustrent la relation d’amour-haine que Scorsese entretient avec l’univers qu’il dépeint. Comme la fin de son film le démontre, être un gangster n’est pas cool; pourtant, faire un film de gangsters, ça, c’est très cool! Cette fascinante dualité, on la découvre dès le prologue.

    Dans une voiture, la nuit, trois hommes à l’air louche entendent du bruit provenant du coffre. Il s’arrêtent, sortent du véhicule, et ouvrent le capot. On y voit un homme baignant dans son sang qui marmonne quelque chose avant de se faire poignarder par un des passagers, et puis tirer à bout portant par un autre. Une scène d’une violence inouïe. Enfin, le troisième malfrat claque le capot, regarde au loin, et dit en voix-off : «As far back as I can remember I always wanted to be a gangster» (Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster).

    Son geste et ses paroles sont instantanément suivis par une chanson jazzy et pétillante, Rags to Riches, interprétée par Tony Bennett. Une rupture de ton choquante, qui pourtant s’accorde à merveille avec la fermeture du capot. En d’autres mots, avec le refus de voir l’horreur réelle provoquée par le style de vie convoité. On tombe ici face à un autre type de violence : celle du déni volontaire de la réalité. Déni qui finira bien entendu par le rattraper.

    La musique occupe un rôle fondamental dans Goodfellas. Elle dépasse le simple contrepoint émotionnel ou l’établissement d’un temps et d’un lieu; elle est un élément structurant de la mise en scène. Durant le questions-réponses organisé par le festival de Tribeca – qui a été animé par l’hôte du Daily Show Jon Stewart – on apprend que le fameux montage musical de la découverte des cadavres a été accompli en jouant Layla sur le plateau de tournage. L’objectif était de faire correspondre les mouvements de caméra et le positionnement des acteurs à la mélodie de la magnifique finale de la chanson de Derek and the Dominos.

    Dans une fascinante entrevue qu’a accordé à Esquire l’éditeur musical de Goodfellas Chris Brooks, on apprend que Scorsese avait choisi toutes les chansons – pas loin d’une cinquantaine – «deux ans avant même qu’un seul plan n’eut été filmé». Et, dans son entretien-fleuve avec Ian Christie, le cinéaste affirme que sa quête d’authenticité l’a poussé à n’utiliser que des morceaux musicaux qui s’accorderaient avec l’époque : «Par exemple, je voulais utiliser une chanson des Rolling Stones à la fin – She Was Hot – pour cette dernière journée de 1979, mais elle est sortie un an plus tard, j’ai donc dû utiliser autre chose».

    S’il y a une scène de Goodfellas qui se démarque – et il y en a un paquet! – ça doit être l’angoissante confrontation entre Tommy et Henry dans le club, communément surnommée «I’m funny how?». Cette séquence a été improvisée pour le film, après que Pesci eut raconté à Scorsese avoir été victime d’une plaisanterie similaire dans le passé, lorsqu’il a complimenté un mafieux du quartier Queen’s sur son sens de l’humour.

    Pour revenir à ce que je disais plus tôt au sujet de cette crainte, ou refus, de refermer «la porte Goodfellas», on peut en voir ci-dessous un exemple concret, sous la forme d’une bande-annonce «funny how», pour le film de gangsters Black Mass, avec un Johnny Depp des plus intimidants dans la peau de Whitey Bulger, qui jusqu’à il y a quatre ans était le criminel le plus recherché aux États-Unis.

    - À noter que le Blu-ray du 25e anniversaire de Goodfellas sera disponible à partir du 5 mai

    À lire aussi :

    > À propos de la fin de Goodfellas
    > Scorsese ne donne aucun signe de ralentissement
    > Le silence de Martin Scorsese
    > Les quatre auteurs contradictoires de Taxi Driver

    - Mon compte Twitter


    • J,me souviens encore de ma très grande déception lorsqu’au Oscar ils annoncent Kevin Costner comme meilleur réalisateur pour Dances With Wolves face à un Scorsese au sommet de son art (il a toujours été au sommet de son art, mais bon) et par la suite, le choc lorsqu’ils annoncent Dances With Wolves comme meilleurs film face à GoodFellas. Quel Vol !!

    • Très intéressant ce qui est dit à propos du choix musical. J’ai hâte de le revoir.

      “«deux ans avant même qu’un seul plant n’eut été filmé».”
      PlanT ? Robert PlanT ? PlanT de pot ? ;-)

      Ha bien vu, merci! -js

    • Je trouve également Casino supérieur à Goodfellas qui selon moi n’a pas sa place parmi les meilleurs de Scorsese.

      Un peu hors sujet mais bon, comme on parle de Scorsese. Il semblerait qu’il va retourner à la boxe.

      https://youtu.be/_vC2sho7LjA

    • C’est drôle: moi aussi j’ai toujours trouvé que Goodfellas était surestimé…

    • Petite pensée pour la scène des côtes levées de Once Upon a Time in a Mexico à la vision du trailer de Black Mass!

    • On dirait que les films de gangsters me laissent un goût plus amer depuis le traumatisant The Act of Killing. De voir l’influence de la pellicule sur des gars qui ont grandis avec The Godfather, mais en prenant tout au premier degré… Faudrait que je revois Goodfellas pour me faire une idée, mais Layer Cake, RocknRolla et autres passent moins bien qu’avant.

    • Je ne suis pas un cinephile érudit comme plusieurs içi mais c… que j’aime vous lire. Merci ! Scorsese est mon cinéaste favori ! J’ai des souvenirs précis de Casino que j’ai vu en salle à sa sortie et j’étais fessé… la scène du règlement de comptes dans le désert avec les battes de baseball, j’en ai encore des frissons. Ou l’autre… la tête dans un étau qui supplie Joe Pesci de l’achever ! Et Sharon Stone… etk ! Le problème avec Goodfellas, c’est que je l’ai vu à la tivi. Ray Liotta surjoue un peu mais c’est peut-être le personnage coké à l’os qui l’amène la. Bien que la petite scène avec les boulettes à la fin… un classique dans le genre !

    • Surestimé Goodfellas? Jamais. Ce serait comme dire que les Bulls de Chicago de l’ère Jordan sont surestimés.
      Il n’y a pas qu’un seul “meilleur” film de gangster. Mais Goodfellas n’est comme rien d’autre et le film déborde largement le genre. C’est encore et toujours une critique de la culture italo-américaine – Scorsese n’a-t-il pas produit un documentaire sur le sujet? – un regard sur la fascination pour l’héritage de Sinatra et la déconstruction du mythe. La transformation du personnage principal est super bien réussie. Liotta au regard livide qui paranoïe sur les hélicoptères, qui se plaint de ses pâtes au ketchup à la fin. Scorsese et Pileggi ont réussi, quant à moi, à créer une synthèse de l’esprit du Godfather et de Donnie Brasco. Ray Liotta et Joe Pesci sont magistraux. Les plan en plongée sont superbes, comme d’habitude. L’humour est à la fois gras et subtil. Scorsese a même réussi à intégrer intelligemment une de mes chansons préférées – Leyla de Clapton (mais seulement la fin) – sans tomber dans la facilité ou le kétaine.

      Oui, en effet, Taxi Driver, Raging Bull et Goodfellas: le tryptique par excellence. Merci de m’avoir permis de revisiter mes trips.

    • Jimmy “Two times“

    • “Scorsese était à Taipei, en train de tourner Silence, tandis que Joe Pesci n’a pu y être, mais à envoyé un message lu par De Niro : «Fuck fuck fuckity fuck fuck fuck. Fuck». ”

      J’adore!!!

      Je n’irais pas jusqu’à dire que Casino est meilleur que Goodfellas, mais disons que je les ai aimés autant l’un que l’autre. Ils se classent à mon avis tous deux parmi les 10 meilleurs de films de Gangsters de tous les temps aux côtés des Godfather 1 et 2, Carlito’s Way, Pulp Fiction, The Departed et Donnie Brasco.

      On pourrait discuter longtemps des 2 autres meilleurs films de Gangsters; disons que j’ai beaucoup aimé Mesrine, Blow, Un Prophète, Public Enemies, Blood Ties, RockNRolla, Snatch, American Bluff, The Usual Suspects, Heat, In Bruges, Raging Bull et Carlos, bien que leur inclusion dans un Top 10 du genre soit discutable (surtout les 5 derniers qui se qualifient difficilement à titre de films de Gangster purs et durs).

      @stef27

      D’accord que Goodfellas est supérieur à Dances with Wolves, mais j’ai déjà vu pire comme injustice aux Oscars. Dances With Wolves demeure un solide film épique avec une trame sonore époustouflante, bien que destiné à un grand public et un peu “quétaine” par moments.

    • @procosom.com

      Ouais, ben vous savez, il s’est fait tout plein de films de gangsters avant 1995… Et personnellement, les films de Melville ont un petit quelque chose de surrané et bon enfant qui me plaît bien. Bob le flambeur est un exemple du genre, si jamais ça vous intéresse.

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