Jozef Siroka

Archive, mars 2015

Lundi 30 mars 2015 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (11)

Don Draper dans Gone Girl, et autres alternatives

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On apprenait dimanche via le New York Post que Jon Hamm s’était fait offrir de jouer Nick Dunne dans Gone Girl, rôle qu’a finalement assuré Ben Affleck. L’acteur de 44 ans n’aurait pas été autorisé à participer au film à succès de David Fincher en raison d’obligations contractuelles qui le liaient à Mad Men, où il incarne le personnage principal Don Draper.

Selon le quotidien, Hamm en veut toujours au créateur de la populaire série télévisée, Matt Weiner, de ne pas lui avoir accordé l’opportunité de participer à une production hollywoodienne d’envergure à la veille de son retrait de Mad Men, dont le dernier épisode sera diffusé au mois de mai. En effet, ce rôle aurait représenté un pont en or entre sa solide notoriété au petit écran et son désir de reconnaissance au grand écran. À ce propos, il a dit en entrevue à GQ :

La seule chose constante que j’ai eue dans ma carrière [Mad Men] m’est maintenant retirée. Et c’est une révélation: les gens vont-ils encore me prendre au sérieux? Vais-je juste faire des comédies romantiques pour le reste de ma vie? Qu’est-ce qui m’attend? Je souhaiterais être assez suffisant pour avoir un grand plan.

Précisons cependant que ni Hamm, ni personne impliqué dans Mad Men ou dans Gone Girl, n’a confirmé ou infirmé les informations du New York Post. En même temps, force est d’admettre que l’ambiguïté émotionnelle et la sorte d’amertume, pour ne pas dire colère sourde, qu’il attribuait à son personnage de Don Draper tout au long de la série en aurait fait un candidat idéal pour l’évasif et apparemment sournois Nick Dunne.

Je profite de cette révélation pour revenir sur d’autres castings au conditionnel qui ont marqué l’imagination des cinéphiles, et qui semblent impliquer pour la plupart Harrison Ford et John Travolta… Pour l’anecdote, la vedette de Saturday Night Fever a été le premier choix de Terrence Malick pour Days of Heaven (rôle qui est finalement allé à Richard Gere). Cet échec aurait selon une rumeur «brisé le coeur» du légendaire cinéaste, qui a pris 20 ans avant de s’en remettre et de tourner un autre film, The Thin Red Line, où Travolta fait un caméo.

> Marlon Brando dans Rebel Without a Cause

Le film mettant en vedette James Dean est sorti en 1955, tandis que cette audition date de 1947. Le projet basé sur le livre de psychologie The Hypnoanalysis Of A Criminal Psychopath a connu plusieurs changements en cours de route, dont un scénario complètement réécrit.

> Tom Selleck dans Raiders of the Lost Ark

La plus fameuse moustache de Hollywood s’est officiellement fait offrir le rôle de l’intrépide archéologue, mais il a été obligé d’y renoncer en raison de son contrat qui le liait à la série Magnum, P.I.. D’autres acteurs qui ont été considérés avant Harrison Ford, qui a été engagé seulement trois semaines avant le tournage : Nick Nolte, Steve Martin, Bill Murray, Chevy Chase et Jack Nicholson.

> Kurt Russell dans Star Wars: A New Hope

Un autre petit rôle qui a failli échapper à Harrison Ford… Russell a finalement développé un autre aventurier avec de l’attitude, Snake Plissken, dans les deux Escape de John Carpenter. Les autres acteurs qui avaient été pressentis pour incarner Han Solo : Sylvester Stallone, Christopher Walken, Nick Nolte et Al Pacino.

> Sam Neill dans The Living Daylights

L’acteur britannique d’origine néo-zélandaise a été l’un des principaux candidats pour succéder à Roger Moore dans le rôle de James Bond. C’est en fin de compte Timothy Dalton qui a remporté la mise, quoiqu’il n’a revêtu le costume de l’agent 007 qu’à deux reprises.

> Eric Stoltz dans Back to the Future

Il avait non seulement remporté l’audition, mais il a même tourné plusieurs scènes de ce qui allait s’avérer un classique de science-fiction (et qui aurait sans aucun doute largement profité à sa carrière, qui n’a jamais connu de véritable envol). Mais après cinq semaines de tournage, il fut renvoyé, le ton de son jeu ayant été considéré trop «sérieux».

> Robert De Niro dans The Godfather

Probablement mon extrait d’audition vintage préféré, qui remonte à une époque où De Niro pouvait jouer n’importe quoi avec conviction. Le rôle de Sonny Corleone pour lequel on le voit lire ci-dessous a finalement été remporté par James Caan, qui s’est acquitté de sa tâche admirablement. Mais Coppola n’a pas oublié De Niro, et lui a offert d’incarner le patriarche Vito Corleone dans la suite de sa saga, une prestation qui lui a valu son premier Oscar.

***

Plusieurs autres exemples de la sorte sont recensés dans cette compilation de Watch Mojo, qui rappelle certains choix de casting totalement incongrus, ou étonnants, ainsi que des raisons de désistement plus ou moins compréhensibles. Quelques unes des auditions présentées plus haut y font leur réapparition, mais pour le reste je n’en dis pas plus; certaines des alternatives valent la peine d’être découvertes sans interférence.

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Jeudi 26 mars 2015 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (30)

Tom Cruise met l’impossible au défi

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Le plus grand défi physique de la carrière de Tom Cruise a commencé par une blague. «Que dirais-tu si tu étais à l’extérieur de l’avion au moment où il décolle?», a demandé le réalisateur du nouveau Mission: Impossible à sa vedette de 53 ans, alors qu’ils étaient en repérage. «Oui, je pourrais le faire», a répondu son interlocuteur sans broncher.

Lorsqu’on est au sommet du monde ou, du moins, au sommet de la colline d’Hollywood, on a tendance à vouloir y rester. Même si ça fait trois décennies qu’on y règne. Et ce n’est pas comme si Cruise s’y complaît passivement; il mérite son trône. Il est reconnu comme l’un des professionnels de sa stature les plus dévoués, qui cherche constamment à repousser ses limites. Sa série des MI, entamée il y a près de deux décennies, fait figure d’une symbiose exemplaire entre la prémisse loufoque d’une franchise et l’engagement sans faille de sa star.

Après avoir escaladé le plus haut gratte-ciel du monde dans Mission: Impossible – Ghost Protocol, Cruise avait placé la barre très haut, c’est le cas de le dire, en vue de sa prochaine cascade «impossible». Pour la séquence de l’avion, dont on peut voir un extrait à la fin de la bande-annonce du film sortie cette semaine, l’acteur a carrément risqué sa vie… à huit reprises! Il a expliqué comment la scène a été tournée en entrevue à Yahoo! UK :

Ce qui nous inquiétait le plus, c’était la présence de particules sur la piste et le risque aviaire. Nous avons passé plusieurs jours à faire en sorte que les oiseaux quittent les terrains à proximité, et la piste a été nettoyée du mieux possible. Mon coordinateur de cascades devait m’avertir s’il recevait un avis de risque aviaire. Le pilote était à l’affût de toute chose dans l’air qui pouvait m’atteindre.

J’ai aussi testé la façon de garder mes yeux ouverts. Un autre truc auquel personne d’autre n’a pensé, c’était le carburant. Vous avez du carburéacteur qui sort tout droit de l’arrière vers moi parce que je suis sur l’aile au-dessus du moteur. Même pendant que l’avion roulait au sol, je respirais les émanations et elles allaient dans mes yeux.

Donc nous sommes arrivés avec cette idée d’une lentille qui couvrirait tout mon globe oculaire. Alors, quand j’ouvrais mes yeux, mes pupilles et ma rétine avaient une protection contre les particules et l’air dur de la piste.

Je me souviens d’un moment où nous roulions sur la piste et où une petite particule m’a atteint, elle était plus petite qu’un ongle. Heureusement, elle n’a touché ni mes mains ni mon visage – ces parties de mon corps étaient exposées et j’aurais alors eu un problème. Mais cette particule aurait aussi pu me briser les côtes!

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Mis à part la vertigineuse séquence de l’avion, le réalisateur Christopher McQuarrie promet une autre «chose physiquement épuisante» que Cruise a accomplie pendant le tournage, et qui est illustrée «fugitivement» dans la bande-annonce. Il fait peut-être référence ici au vortex de sable dans lequel on le voit plonger pendant moins d’une seconde…

Dans Mission: Impossible — Rogue Nation, Ethan Hunt et sa bande (Jeremy Renner, Simon Pegg et Ving Rhames sont de retour) doivent se mesurer au Syndicate, une organisation secrète hors-la-loi qui tente d’achever tous les membres du Impossible Missions Force. L’antagoniste principal est interprété par Sean Harris, un Britannique qui se spécialise dans le rôle de méchants; il s’est montré particulièrement menaçant dans la trilogie Red Riding.

À noter que le sous-titre du plus récent MI a fait l’objet d’un bref contentieux entre les studios Paramount et Disney; ce dernier avait baptisé Rogue One un de ses dérivés de Star Wars sans en avertir au préalable la MPAA. Une entente à l’amiable a finalement été conclue. Elle stipule que Disney s’abstiendra de faire référence à Rogue One par son nom d’ici la fin de la saison estivale dans son matériel promotionnel.

Incidemment, ce n’est pas la première fois que Cruise et McQuarrie se retrouvent mêlés à une histoire de titre qui cause des remous. Leur précédent film, Jack Reacher, s’intitulait initialement One Shot. Le changement avait soulevé un certain scepticisme à l’époque, le nouveau titre ayant été considéré comme trop générique, même si l’objectif était de rendre le produit plus familier auprès d’un certain public – Reacher est le héros de 17 polars de l’auteur-vedette Lee Child.

Mission: Impossible — Rogue Nation devait prendre l’affiche le jour de Noël prochain, mais la date de sortie a été devancée au 31 juillet, question d’éviter la compétition avec le nouveau James Bond et le Star Wars de J.J. Abrams. Moins d’un mois après cette décision, la production a soudainement été suspendue : il fallait réécrire la fin du film, jugée «insatisfaisante». Mais il n’y a pas eu de panique, assure le studio. En effet, Paramount a récemment vécu une situation similaire, voire pire, quand il a stoppé le tournage de World War Z afin de repenser son troisième acte. En fin de compte, le délai a porté fruit : le film de zombies de Brad Pitt s’est avéré un franc succès critique et commercial.

À lire aussi :

> Jack Reacher ne se prend pas au sérieux!

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Mardi 24 mars 2015 | Mise en ligne à 15h35 | Commenter Commentaires (41)

Montage : la «violence» d’un raccord

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Pour le spectateur ordinaire, et même pour bon nombre de critiques aguerris, il n’y a probablement aucun aspect majeur de la production d’un film plus difficile à assimiler que le montage. On s’entend, le raccord des plans est un concept assez simple à comprendre, mais l’obstacle vient de notre capacité à distinguer ne serait-ce qu’un bon travail de montage d’un excellent travail de montage (pour ne rien dire d’un travail oscarisable).

Pour ce faire, il faudrait s’entendre sur les critères employés afin d’évaluer la qualité technique et artistique du processus en question. Mais, considérant que l’écrasante majorité des longs métrages utilise presque exclusivement le «montage invisible», qui consiste à ne pas perturber la perception spatiale et temporelle du spectateur, on tombe face à un paradoxe: comment apprécier ce qu’on tente de nous dissimuler?

Thelma Schoonmaker, la monteuse attitrée de Martin Scorsese, explique la confusion que son métier peut engendrer, dans une entrevue accordée à Film Comment l’an dernier.

Il y a beaucoup de mystère par rapport au montage de films, et c’est parce que l’on n’est pas censé beaucoup le voir. On est censé sentir qu’un film a une cadence, du rythme et du drame, mais l’on n’est pas nécessairement censé être concerné par la façon dont c’est accompli. Et parce qu’il y a si peu de compréhension sur ce qui constitue réellement un montage de qualité, un film qui est tape-à-l’oeil, a beaucoup de coupes rapides et d’explosions, reçoit une attention particulière.

Par exemple, avec The Aviator – pour lequel j’ai gagné un Oscar – je suis sûre que cette décision a été fondée en grande partie sur l’accident d’avion très élaboré. C’est tellement dramatique, et vous pouvez vraiment y voir les raccords, mais pour moi, et pour beaucoup de monteurs et de réalisateurs, le montage le plus intéressant n’est pas si visible. Ce sont les décisions qui vont dans la construction d’un personnage, d’une performance, par exemple, ou comment vous réorganisez les scènes dans un film, si elles ne marchent pas correctement, de sorte que vous pouvez obtenir une meilleure construction dramatique.

En présumant que «l’invisibilité» est un critère fondamental pour un montage de qualité, est-ce à dire que la «visibilité» des raccords est forcément un défaut? Pas nécessairement. Pensons aux jump cuts tant célébrés dans les films de la Nouvelle Vague, à l’impact historique du déstabilisant montage intellectuel de Sergeï Eisenstein, ou à l’effervescence du «montage vertical» dans les meilleurs Oliver Stone (où il empile l’information visuelle et auditive, au lieu de l’étendre), notamment JFK, cité dans le Top 10 du Motion Picture Editors Guild.

Selon le grand mage du montage américain Walter Murch, qui a travaillé avec Francis Ford Coppola durant ses années de gloire, le public demande à ce que le cinéma joue avec notre champ de perception. Lors d’une conversation filmée avec Jon Favreau (Iron Man) l’été dernier, l’auteur du livre-phare In the Blink of an Eye a affirmé :

Nous devons penser à quel point un raccord est violent; c’est le déplacement total de votre champ de vision en un instant. Et pourtant, l’esprit est heureux, il peut non seulement l’assimiler, mais dans un sens il aime ça. Le montage n’est pas quelque chose que nous devons faire à cause de la façon discontinue avec laquelle on tourne des films, mais plutôt parce que nous, tant les cinéastes que le public, aimons ces juxtapositions brusques de concepts.

La relation entre la violence du montage et l’enthousiasme du public est on ne peut plus frappante lorsqu’on considère la fameuse scène de la douche dans Psycho, et ses quelque 50 raccords saccadés et délibérément «visibles», qui continue encore aujourd’hui de stimuler l’esprit des cinéphiles. En ce qui me concerne, cependant, le raccord le plus violent de l’histoire du cinéma survient dans 2001 : A Space Odyssey, lors de la transition entre la séquence des hommes préhistoriques et celle du futur interstellaire (une ellipse de 4 millions d’années).

MatchCutIl y a d’abord une certaine violence d’un point de vue visuel; on passe d’un ciel éclairé au noir oppressant de l’espace sidéral. Il y a aussi le choc de la métaphore, et je ne parle pas du contraste abyssal entre les deux outils – le marteau/gourdin primitif et le vaisseau spatial futuriste – mais bien du contraste entre les mouvements des deux objets. En effet, la trajectoire de l’os représente dans le contexte du film l’évolution de l’humanité : il monte, et puis, juste avant le raccord, il se met à descendre. Le vaisseau spatial, quant à lui, ainsi que tous les autres engins qu’on voit dans la seconde partie de 2001, se déplacent de manière circulaire : il n’y a plus d’évolution possible, on tourne en rond. Cette idée de (fin de) cycle est accentuée par la célèbre valse Le Beau Danube bleu de Johann Strauss; comme on sait, une valse est une danse dans laquelle les partenaires tournent sur eux-mêmes. Il s’agit d’une nette rupture avec le morceau musical qu’on entend à deux reprises dans la partie précédente, l’introduction tout en crescendo d’Ainsi parlait Zarathoustra, poème symphonique composé par un autre Strauss, Richard. En résumé, tout ce discours d’anticipation élaboré n’aurait pas été aussi éloquent, explicite et percutant si ce n’était de ce raccord désormais légendaire.

Le chef-d’oeuvre de Stanley Kubrick est par ailleurs inclus dans ce sympathique assemblage des «moments de montage les plus efficaces de tous les temps», conçu par l’équipe de CineFix (les créateurs du 8-Bit Cinema). On y retrouve entre autres le fameux «ballet de la mort» qui conclut Bonnie and Clyde, la scène des escaliers du Cuirassé Potemkine, ainsi que le «raccord lascif» de North by Northwest.

- Les 75 films les mieux montés selon la guilde des monteurs américains est à consulter ici.

À lire aussi :

> Retour sur le montage «invisible» de Rope
> The Dark Knight et le montage du «chaos»

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