Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 17 février 2015 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (25)

    The Birth of a Nation : un héritage délicat

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    Après une projection spéciale de Selma à la Maison-Blanche le mois dernier, la réalisatrice Ava DuVernay a rappelé sur Instagram que le premier film à y avoir été projeté était The Birth of a Nation, en 1915. «C’est un moment que je n’ai pas besoin d’expliquer à la plupart des gens. Un moment lourd d’histoire, mais en même temps léger et rempli de joie pure», a-t-elle écrit.

    Le contraste est saisissant. Il y a un siècle de cela, le président Woodrow Wilson invita son ancien camarade de classe Thomas Dixon à présenter l’adaptation cinématographique de son roman The Clansman, une célébration du Ku Klux Klan à l’époque de la Reconstruction, doublée d’une mise en garde alarmiste contre le métissage. Contrairement à la croyance populaire, l’auteur n’était pas un anti-abolitionniste, mais il était clairement raciste. «Il croyait, profondément et passionnément, que les Afro-Américains et les blancs étaient séparés par des différences innées trop vastes pour combler, et que tout espoir de construire une société fondée sur leur égalité était condamnée», explique le critique Godfrey Cheshire dans une tribune de Vulture.

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    Fils d’un colonel dans l’Armée des États confédérés, et d’une mère qui racontait fièrement avoir passé des nuits blanches à coudre des uniformes du KKK, le réalisateur de The Birth of a Nation, D. W. Griffith, n’a pas tenté de masquer la sensibilité raciste de l’oeuvre de Dixon. Le principal méchant, qu’on voit apparaître dans la deuxième moitié de son épique de plus de trois heures, est un «mulâtre exhibant des caractéristiques psychopathes» nommé Silas Lynch.

    Les principaux personnages noirs, joués par des acteurs blancs en blackface, sont séparés en deux catégories : des idiots paresseux et ivrognes, ou des obsédés sexuels pourchassant la femme blanche. L’appétit sexuel débridé des noirs, plus même que leur désir d’égalité, semble être la principale source d’angoisse illustrée dans le roman et dans son adaptation. Comme le note le professeur de l’université Brandeis Thomas Doherty dans un papier du Hollywood Reporter :

    Au cours de la fameuse scène de la cavalerie à la rescousse, les hommes blancs assiégés dans la cabane tiennent les crosses de leurs fusils au-dessus des têtes des femmes – prêts à enfoncer leurs crânes plutôt que de voir leurs épouses et filles souffrir «un sort pire que la mort», qui était l’agression sexuelle par un homme noir.

    Si, pour reprendre les mots du professeur Doherty, The Birth of a Nation est le film le plus «ignoble» de l’histoire, il en est aussi le plus «important» et le plus «innovant».

    Dans un premier lieu, il a posé les jalons du long métrage commercial tel qu’on le connaît aujourd’hui. À ses débuts, le cinéma était perçu ni plus ni moins comme du divertissement de foire. Mais suite au film de Griffith, l’on a saisi la portée de son potentiel commercial. The Birth of a Nation était le premier vrai blockbuster ; dans certaines salles on chargeait jusqu’à 2,20 $ le billet, ou 51,50 $ en dollars ajustés à l’inflation. Le film est demeuré le champion du box-office jusqu’en 1937, quand il s’est fait détrôner par Snow White and the Seven Dwarfs.

    The Birth of a Nation est également célébré pour avoir introduit les fondements de la grammaire du cinéma de fiction. «Il était le professeur de nous tous», a déclaré Charlie Chaplin à propos de Griffith. «C’est Dieu le père, il a tout créé, tout inventé. Il n’y a pas un cinéaste au monde qui ne lui doive quelque chose», a renchéri le cinéaste soviétique et père du montage intellectuel Sergueï Eisenstein.

    Si les foules ont applaudi le film avec autant d’enthousiasme, ce n’est pas seulement parce qu’elles épousaient son propos, mais aussi parce qu’elles étaient enivrées par son «assaut audiovisuel», comme l’explique le critique Godfrey Cheshire. Il poursuit :

    Bien que les publicistes de Birth l’ont faussement crédité comme étant l’inventeur d’un grand nombre de techniques stylistiques (effets d’iris, gros plan, action parallèle, etc.), il n’y a pas de doute que Griffith, qui avait fait quelque 450 courts métrages depuis ses débuts comme réalisateur en 1908, a non seulement compris mieux que tout autre cinéaste de l’époque comment orchestrer ces techniques au service d’un résultat convaincant et unifié, mais a aussi été le premier à démontrer leur potentiel dans la création de longs métrages qui parviendraient à garder les spectateurs dans un état de fascination frénétique pendant des heures.

    Il est presque impossible de s’imaginer ce que c’était pour le public que de voir Birth en 1915. Beaucoup parmi eux n’avaient jamais vu de film auparavant; seuls quelques-uns avaient vu un film de plus de 20 minutes; et personne n’avait vu de film avec un dynamisme visuel, une puissance émotionnelle et une étendue spectaculaire comme celui-ci. Parmi ses innovations, Birth doit beaucoup de son impact – ironiquement, pour un film «muet» – d’avoir été le premier film avec une partition musicale écrite spécifiquement pour lui, et interprétée par un orchestre en direct, avec une batterie d’effets sonores en coulisses.

    entete

    Évaluer l’héritage de The Birth of a Nation est une tâche pour le moins délicate. Le discours prudent ressemble à : «Un chef-d’œuvre d’un point de vue technique, une abomination d’un point de vue humain». Mais cette dichotomie est intenable selon Ignatiy Vishnevetsky de A. V. Club, qui rejette «l’idée que l’art ou le divertissement peuvent être esthétiquement bons tout en étant idéologiquement mauvais». Il poursuit :

    Cette idée est en quelque sorte attirante, car elle suggère qu’il est possible de considérer un film seulement d’après sa forme. Mais elle est également très problématique, car elle est fondée sur la notion que le style et le contenu sont deux choses différentes, plutôt que différentes façons de regarder la même chose. Cela est, à certains égards, une question politique. Et comme la plupart des questions politiques liées au cinéma, il s’agit d’une variation sur «Où devons-nous tracer la ligne, et pourquoi?» [...]

    Il peut sembler qu’on trace une de ces lignes forme/contenu dans le film, mais ce que nous faisons réellement – du moins, lorsqu’on essaye de parler de Birth of a Nation comme quelque chose qui est «esthétiquement important» – est de tracer une ligne au sein de nos propres valeurs, qui, tout comme les valeurs du film, ont tendance à être plus plus étroitement liées que ce que nous aimerions croire. Le goût frappe toujours une sorte de bouton idéologique, même si c’est inconscient; aucune réaction ne vient directement de nos trippes.

    Selon la légende, le président Wilson aurait dit du film après la projection à la Maison-Blanche : «C’est comme écrire l’histoire avec de la foudre». On peut rétorquer que, 100 ans plus tard, l’histoire s’est remise de cet électrochoc et a acquis un superbe sens de l’ironie. En effet, on se demande comment réagirait l’auteur de The Clansman à la vue du présent locataire de la Maison-Blanche : pas seulement un noir, mais un mulâtre, ce qui, selon le schéma racial du roman et de son adaptation cinématographique, représente «la créature la plus déviante et la plus sournoise» qui soit.

    Selma, «un film sur la justice et sur la dignité», selon le message de sa réalisatrice après la projection privée aux côtés des Obama, est une réponse formidable à la sanction présidentielle de The Birth of a Nation il y a un siècle. En même temps, cette chronique sur un des épisodes les plus cruciaux dans la lutte pour l’émancipation des Afro-Américains n’aurait jamais pu être réalisée aujourd’hui, certainement pas avec la même puissance émotionnelle, si ce n’était du langage artistique institué par Griffith lui-même. Pour citer le titre du papier de Vishnevetsky : on fait face ici à «une troublante contradiction».

    À lire aussi :

    > Selma et le poids disproportionné de l’Histoire

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    • Disons que personne oserait faire un film du genre en 2015
      même si on réussissait ce faisant à réinventer la forme cinématographique!

      Et ça reste un grand film, peu importe le sujet… (IMHO)

      Concernant, le KKK, disons simplement qu’il est la preuve
      qu’on est pas obligé de remonter jusqu’au temps des Croisades
      pour trouver une véritable organisation terroriste chrétienne!!

      C’est un sujet que je n’ai pas eu le temps d’aborder : le film a donné une seconde vie au KKK. Pour citer un passage du texte du H. Reporter :

      If the impact of The Birth of a Nation on the racial id of millions of American moviegoers is impossible to calculate, its most direct consequence is easier to gauge: the revival of the Ku Klux Klan. Defunct since the Reconstruction era (its job, after all, was done), the KKK saddled up for a long second life in the wake of Birth. [...] By 1924, the KKK had nearly 5 million members and for decades afterwards remained a social club in the South as popular and respectable as the Kiwanis.

      – js

    • Je dois être fatigué parce que j’ai de la difficulté à saisir les subtilités dans la citation de Ignatiy Vishnevetsky de A. V. Club. Je ne connaissais pas ce film. À vrai dire, le sujet me pue au nez.

      Peut-on faire un parallèle entre ce film et les œuvres de propagande de Leni Riefenstahl? Liam O’Leary, historien du cinéma, a dit d’elle : « Artistiquement, elle est un génie, et politiquement, elle est une imbécile. »

    • « Les principaux personnages noirs, joués par des acteurs blancs en blackface, sont séparés en deux catégories : des idiots paresseux et ivrognes, ou des obsédés sexuels pourchassant la femme blanche. »

      Le film véhicule des « valeurs « équivalentes à ce que faisaient les Minstrels Show (danse, musique, théâtre, autres). Ces caricatures des Noirs étaient suffisamment imprégnés dans les esprits WASP que les artistes Noirs eux-mêmes devaient les perpétuer quand ils se donnaient en show…
      ….

      Pour sa part, la Reconstruction a suivi la guerre de Sécession en 1865. Après l’abolition de l’esclavage, plusieurs Noirs dans le sud se sont pris à rêver, mais… les dés étaient pipés!

      « Le problème racial sera au centre de l’ensemble de ces questionnements, tant il est vrai qu’il a été au coeur de tous les débats et de toutes les oppositions. Il s’agira de prêter une attention particulière aux nouveaux positionnements sur les droits civiques suscités par l’abolition de l’esclavage, en particulier ceux des Républicains radicaux (création du Freedmen’s Bureau, Reconstruction radicale) et des Afro-Américains (Tuskegee Institute, Booker T Washington et ses critiques, affaire Plessy, etc.).

      L’on verra aussi comment le Sud n’a cessé de résister à la mise en oeuvre de l’égalité raciale (Codes noirs, Ku Klux Klan, lois Jim Crow, privation du droit de vote). »

    • «Il croyait, profondément et passionnément, que les Afro-Américains et les blancs étaient séparés par des différences innées trop vastes pour combler, et que tout espoir de construire une société fondée sur leur égalité était condamnée», explique le critique Godfrey Cheshire dans une tribune de Vulture. »

      Il n’était pas le seul. En 1896, l’arrêt de la Cour Suprême des États-Unis instaurait le principe de « séparation dans l’égalité » (separate but equal). Dans l’imaginaire populaire, le Blanc ne pouvait pas être chômeur ou sans emploi alors que le Noir travaillait ou prospérait.

      De mémoire, voici deux exemples de « massacres » dans les communautés noires perpétrés par des WASP. À Tulsa, des avions auraient même été employées pour détruire des propriétés! :

      « The East St. Louis riot (May and July 1917) was an outbreak of labor- and race-related violence that caused between 40 and 200 deaths and extensive property damage. The incident took place in East St. Louis, Illinois, an industrial city on the east bank of the Mississippi River across from St. Louis, Missouri. It has been described as the worst incident of labor-related violence in 20th-century American history,[1] and one of the worst race riots in U.S. history. The local Chamber of Commerce called for the resignation of the police chief. »

      http://en.wikipedia.org/wiki/East_St._Louis_riot
      .
      « The Tulsa race riot was a large-scale, racially motivated conflict on May 31 and June 1, 1921, in which a group of white people attacked the black community of Tulsa, Oklahoma. It resulted in the Greenwood District, also known as ‘the Black Wall Street’[1] and the wealthiest black community in the United States, being burned to the ground.

      During the 16 hours of the assault, more than 800 people were admitted to local white hospitals with injuries (the two black hospitals were burned down), and police arrested and detained more than 6,000 black Greenwood residents at three local facilities.[2]:108–109 An estimated 10,000 blacks were left homeless, and 35 city blocks composed of 1,256 residences were destroyed by fire. The official count of the dead by the Oklahoma Department of Vital Statistics was 39, but other estimates of black fatalities vary from 55 to about 300. »

      http://en.wikipedia.org/wiki/Tulsa_race_riot

    • J’imagine que ce film a eu un certain impact sur ceux qui ont lynchés publiquement 4,000 afro-américains entre 1900 et 1937…

    • Un classique :

      La relation des Blues Brothers avec des racistes :

      https://www.youtube.com/watch?v=UTyHW3sY9_A

    • «Griffith, un des plus grands créateurs du cinéma, est raciste. Le type est à abattre concrètement, mais Naissance d’une Nation, bien que faisant l’éloge du Klu Klux Klan, est un des dix plus grands films qu’on ait fait.» -Guy Debord

    • «Les principaux personnages noirs, joués par des acteurs blancs en blackface, sont séparés en deux catégories : des idiots paresseux et ivrognes, ou des obsédés sexuels pourchassant la femme blanche.»

      Vous avez oublié une 3e catégorie, celle des gentils noirs qui vivaient une si belle vie avant l’abolition de l’esclavage et qui sont même demeurés au service de leurs maîtres ensuite.

      «Mais cette dichotomie est intenable selon Ignatiy Vishnevetsky de A. V. Club, qui rejette «l’idée que l’art ou le divertissement peuvent être esthétiquement bons tout en étant idéologiquement mauvais».»

      Je ne la comprends pas celle-là. Birth of a nation fait la promotion d’idées abominables et est tellement rempli de stéréotypes complètement risibles que l’on se croirait presque dans un épisode de South Park. Je me suis réellement demandé s’il fallait y voir un quelconque 2e degré, mais il semble que non. Sauf que sur le plan visuel et scénaristique, le film est innovateur et divertissant. Je ne vois pas pourquoi cette dichotomie serait intenable…

      Dans le sens qu’on ne peut séparer les deux éléments lorsqu’on fait une appréciation globale d’une oeuvre. Un film est soit bon, ou mauvais. On ne peut pas dire qu’il est bon parce que la technique, mais mauvais parce que le propos. Pour prendre un exemple plus récent, Zero Dark Thirty est «très bien fait», mais son propos (la justification de la torture) est abject. Certains critiques américains «libéraux» lui ont tout de même donné des A + ou des 4 étoiles. Une situation qui a pas mal incommodé David Edelstein à l’époque, qui l’avait cité dans le Top 10 de l’année tout en disant qu’il était «à la limite fasciste». -js

    • Les comparaisons sont toujours boiteuses. Qu’on s’entende bien je ne veux surtout pas reprendre une guerre 2.0 sur l’art cinématographique. En toute liberté d’expression, c’est une opinion personnelle que je soumets humblement et en toute franchise.

      A mon avis The Birth of a Nation de D. W. Griffth est le plus grand film de tous les temps. On a pérorer abondamment sur Citizen Cane et Casablanca, mais il reste que c’est quand même la pure vérité. Aujourd’hui avec les effets spéciaux et tout le gréement qu’on trouve au cinéma, il serait impossible d’en faire un remake en recréant les états d’âme de la mise en scène et de tout le reste. J’adore les films en noir et blanc à cause des contrastes, des jeux d’ombres et de lumières agencés selon les modes de l’époque. La gestuelle des acteurs et figurants est typique de l’âge d’or du cinéma. N’oublions pas que le cinéma en était à ses tous débuts (comme les pionniers de la télévision), d’où la consécration absolue d’un film de cette envergure. The Birth of a Nation de D. W. Griffith est le chef-d’oeuvre du 7ième art.

    • Mon prof de cinéma défendait l’idée que Griffith a réalisé “Intolerance”l’année suivante pour se faire pardonner. D’après vous, est-ce vrai ou seulement une tentative des historiens du cinéma de redorer le blason du maître ?

    • J’ai vu ce film dans un cours complémentaire en cinmaau Cegep, il y a plus de 25 ans.

      J’en avait entendu parlé comme un Chef d’oeuvre et il était coté 1 dans le fameux TV Hebdo de l’époque.

      J’en avait vu des extrait ici et là et je croyait que ce film dénonçait le racisme, comment ça pouvait être autrement, sinon lefilm aurait été un 6 ou encore un rarésime 7.

      J’ai été pour le moins surpris tout au long du visionnement et je m’entendais vraiment à ce qu’à un moment donné un renversement de situation de produise… Eh bien non, je venais de voir un film foncièrement raciste… Au moins, ma perception du film avait changé, ce n’était plus vraiment un Chef d’oeuvre pour moi !!!

    • La forme et le contenu ne sont ni deux choses distinctes ni deux manières différentes d’aborder le même objet, mais bien une seule et même chose, d’où tout le problème avec Birth of a Nation. Griffith a perfectionné avec ce film le langage cinématographique classique, qui n’a pratiquement pas changé depuis, notamment l’utilisation du champ contrechamp et du montage en parallèle, c’est-à-dire un langage fondé sur le conflit, la réunion et l’exclusion. La naissance d’une nation, le Nord et le Sud qu’il faut réconcilier, trouve son équivalent formel dans le champ contrechamp, mais on ne réunit pas toute la nation, il y a un exclus, quelqu’un à condamner à rester en dehors. Pour réunir, il faut d’abord exclure, déterminer qui mérite d’être dans le champ, qui mérite le hors-champ. Les blockbusters contemporains répètent encore le même schéma idéologique, avec le même langage: il faut reformer la communauté, la famille, la nation, en en chassant les intrus (en fait, tout le cinéma américain est fondé sur ce thème, pas juste les blockbusters).

      On ne peut pas séparer la forme du contenu idéologique, c’est la même chose, et ce n’est quand même pas anodin que tout le cinéma classique prenne sa source dans un langage fondé sur l’exclusion de l’Autre.

    • @ vlr ~

      Vous avez droit à votre opinion mais je serais tout de même curieux
      de connaître le rang du film d’Eisenstein “Le Cuirassé Potemkine”
      dans votre liste des chefs-d’œuvre du 7e art?

      Et on “pérore” sur Citizen Kane… Vraiment??

    • @ Pantaleon_Madore

      Il fallait bien que je trouve une argumentation solide pour provoquer une réaction négative ou positive, et le verbe pérorer m’est venu à l’esprit. N’oubliez pas que je suis un polémiste-né, mais ça c’est une autre histoire. Dans ce blogue ou ailleurs, on a maintes fois abordé Citizen Kane et j’ai reçu un magistral croq-en-jambe pour avoir osé donné mon avis sur le sujet à l’époque. De ma part, disons que c’est une douce vengeance de l’esprit, une liberté d’expression selon l’usage qu’on en fait.

      Le Cuirassé Potemkine vs The Birth of a Nation sont deux chefs-d’oeuvre. Mais il arrive parfois aux Oscars, aux Césars ou autres cérémonies du même genre qu’on attribue ex-aequo le premier prix à deux œuvres distinctes et cela satisfait tout le monde, ou à peu près.

      Fin de la guerre des Etoiles.

    • Pour ma part, il me semble possible de séparer le contenu et la forme lorsqu’on discute d’une oeuvre.

      On le fait constamment. Il y a tellement de films qui sont bien réalisés, mais dont l’histoire est sans intérêt (tout dépendemment de notre subjectivité, évidemment). Drive (2011), par exemple, qui a fait l’objet d’une entrée de ce blogue récemment: une réalisation très artistique, mais une histoire soporifique sans grand intérêt, ponctuée de violence extrême. Ou Zero Dark Thirty et son message politique controversé.

      L’inverse est possible aussi: une histoire peut être profonde et intéressante, mais la réalisation peu inspirée.

      Dans le cas de The Birth of a Nation, on peut reconnaître les innovations techniques sans pour autant souscrire au propos.

    • C’est un chef d’oeuvre qui a contribué à la naissance d’une nation. Un film controversé qui a de la substance.

      Quand je vois les films qui causent la controverse aujourd’hui, celui sur la Corée et l’autre sur Fifty quelque chose… – films sans substance – je me dis que c’est peut-être l’annonce de la fin d’une nation.

      Avec le temps, on pardonne à ceux qui dérangent lorsqu’ils ont du contenu. On espère ne pas être dérangés par ceux qui ont du contenant, parce que ceux-là on les oublie vite…

    • @Clinty27

      Faut toujours se méfier des films cotés 1…

      Les critiques ont des drôles de schéma d’analyse

      Depuis que je suis aller voir le film « The tree of life » acclamé par bon nombre de critiques… Ben ma critique à moi c’est que ce film est le pire de l’histoire du Cinéma ;)

    • “Un travelling est une affaire de morale” disait Rivette il y a maintenant longtemps; remplacez “travelling” par n’importe quelle autre trait de langage du cinéma, ça restera vrai. Contenu et forme, yin et yang.

      Mais quand même, je bute sur cette phrase de Vishnevetsky :
      « Le goût frappe toujours une sorte de bouton idéologique, même si c’est inconscient; aucune réaction ne vient directement de nos trippes. »

      Vraiment?

    • C’est le meilleur billet depuis un bout sur ce blog; vraiment fascinant cette question.
      La question du sens que l’on peut, que l’on doit, ou que l’on ne doit pas donner à l’esthétisme d’une œuvre sur le plan moral est plus brûlante que jamais.

      @rafc
      Je crois que Vishnevetsky a malheureusement raison.

      Le “bouton idéologique” peut être ancré bien profondément, au point de ne pas être en accord avec les valeurs ou l’idéologie que l’on accepte de manière réfléchie. Mais l’idéologie naît d’une organisation plus ou moins rationalisée des désirs, des peurs, des aspirations profondes et de la conception de l’identité que chacun se fait de lui-même.

      Il est difficile de nier (en tout cas, c’est mon cas) que parfois, comme spectateur, on se laisse prendre (positivement ou négativement) par des films qui touchent des cordes sensibles non pas parce que leur esthétisme est sans thèse, ni parce que la thèse de ces films est acceptée, mais justement parce qu’ils mettent en lumière certaines grilles d’analyse de la réalité qui nous semblent y coller malgré nous. Ça vient jouer dans la part d’ombre de notre raison.

    • Pour moi, dans la citation de Vishnevetsky, c’est le bout après le point-virgule qui pose problème. Comme vous dite aubordunord, ça joue dans la part d’ombre de notre raison, donc ça vient de nos trippes, justement.

      J’aurais tendance à dire exactement le contraire de Vishnevetsky, que toute réaction vient d’abord de nos trippes, après on analyse si l’envie nous vient, et je vois mal comment je pourrais séparer mes trippes de l’idéologie : le dégoût qui me prend devant certains films provient d’un choc idéologique (il a osé filmé ça comme ça!), mais le dégoût, on s’entend que ça vient des trippes, pas de la tête.

    • Il faut dire que la vaste majorité du public ne va pas au cinéma
      pour apprécier le langage artistique/cinématographique
      mais pour se faire raconter une histoire et s’en mettre plein la vue.

      Pour paraphraser Frank Zappa:

      La plupart des gens ne comprendrait pas le cinéma
      même s’il s’amenait pour leur mordre les fesses!

    • Je bute sur la phrase non pas parce que je ne suis pas d’accord mais plutôt parce qu’elle fait réfléchir. Ce qui est ancré bien profondément ne serait pas plutôt les premières abjections constitutives de tout sujet? Abjections qui sont bien sûr les points d’ancrage des idéologies. Ces dernières ne se cachant pas dans les profondeurs de chaque identité mais découlant plutôt des exclusions premières qui déterminent ces identités. Maintenant, à savoir qui des tripes ou des raisonnements sont premiers, qui suis-je pour trancher, moi dont les organes sont traversés par le langage?

    • On peut très bien séparer le fond de la forme.C’est d’ailleurs ce que font tous les galas de cinéma en multipliant,ad nauseam,les catégories de toutes sortes.
      Ces mêmes galas ressemblent beaucoup plus à une dissection qu’à une appréciation globale et sans nuance des films.

    • @cinematographe

      Je crois que ce que Vishnevetsky remet en question, c’est justement ce dualisme passions|raison qui permet si facilement de séparer la forme artistique et technique de tout contenu. Ça ne vient pas que des trippes parce qu’on ne peut prétendre que nos trippes ne sont pas nous, ou alors que notre raison (qui a une histoire, à la fois subjective, sociale et politique) pourrait être pure de toute tache idéologique.

    • Si on prend un exemple tout à fait contemporain avec Au secours de Béatrice. Une rare série québécoise à utiliser de courts plans-séquences comme dans le billet sur Spielberg (http://blogues.lapresse.ca/moncinema/siroka/2014/05/22/les-plans-sequence-%C2%ABinvisibles%C2%BB-de-spielberg/). Ce qui se passe dans cette série, je m’en balance, mais j’aime bien la regarder quand ma blonde l’écoute.

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