Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 18 août 2014 | Mise en ligne à 18h45 | Commenter Commentaires (48)

    35 ans après l’Apocalypse

    Apocalypse Now Duvall

    Beaucoup ont pensé qu’il avait perdu la tête dans la jungle des Philippines. Il y a passé plus d’un an, entre 1976 et 1977, à tenter de gérer une production de plus en plus hors de contrôle, marquée par des cataclysmes naturels (un typhon qui démantèle son plateau de tournage) et humains (son acteur principal, Martin Sheen, est victime d’un infarctus). On s’était dit, en présageant la funeste chanson des Doors qui ouvre le film : «C’est la fin pour le roi d’Hollywood».

    Mais pas si vite. Apocalypse Now a eu sa première mondiale au Festival de Cannes, dans une «version de travail» de quelque trois heures, et y a remporté la Palme d’or. Un deuxième couronnement sur la Croisette pour Francis Ford Coppola après The Conversation, en 1974. Lors d’une conférence de presse après la projection, il a condamné le potinage des médias qui ont tenté d’enterrer son film, avant de lancer sa fameuse réplique:

    Apocalypse Now n’est pas un film sur le Viêt Nam, c’est le Viêt Nam. Et la façon dont nous avons réalisé Apocalypse Now ressemble à ce qu’étaient les Américains au Viêt Nam. Nous étions dans la jungle, nous étions trop nombreux, nous avions trop d’argent, trop de matériel et petit à petit, nous sommes devenus fous.

    S’il a donc bel et bien perdu la tête à l’autre bout du monde, il a pu tirer de sa «folie» une sublime force créatrice. Comme il le raconte vers la fin de cet extrait de la conférence de presse, l’évolution du récit miroite sa propre trajectoire mentale au cœur des ténèbres :

    Malgré cette Palme inattendue, la réception d’Apocalypse Now dans son pays natal, qui a officiellement pris l’affiche il y a 35 ans et 3 jours, ne fut pas si chaleureuse. On en avait surtout contre l’hypnotique et quasi-abstraite séquence finale. Le réalisateur James Gray (We Own the Night, The Immigrant) revient sur cette première impression dans un essai publié lundi dernier dans Rolling Stone :

    Les critiques ont jugé les 30 dernières minutes, consacrées presque exclusivement aux ruminations improvisées de Marlon Brando, prétentieuses et confuses. Je ne suis pas d’accord. Coppola a choisi de montrer Kurtz comme un dieu qui s’est jeté dans l’enfer, aux prises avec le plus grave des dilemmes éthiques. Une fois de plus, nous sommes dans la peau de Willard, témoignant de la désintégration du colonel face aux choix tragiques que son pays a faits. Notre passage tortueux à travers la lute intérieure de Kurtz est précisément ce qui nous fait prendre conscience de notre propre complicité. Certes, la séquence risque de dépasser les limites de la netteté formelle traditionnelle, mais je m’en fous.

    La «perfection» peut être sa propre limitation, et parfois un «défaut» peut contribuer pleinement au pouvoir ultime d’une oeuvre. (Un travail sans défauts est un travail sans ambition). Le poète romain Horace insérait souvent des vers qui juraient avec sa poésie, obligeant le lecteur à confronter le modèle établi; les objectifs d’Horace étaient différents, et plus profonds, que le lecteur pouvait initialement le penser. Apocalypse Now fonctionne de la même manière, ses créateurs engagés envers une vision rare et glorieuse.

    Dans une émission spéciale de Siskel & Ebert, diffusée en 1989, Roger Ebert, qui sacre Apocalypse Now comme son «meilleur film des 14 dernières années», revient sur cette notion délicate de perfection. À partir de 1:53 :

    Je pense que la fin fonctionne, mais à part ça, il ne s’agit peut-être pas d’un film parfait. Je ne crois pas qu’une telle chose existe. Je doute qu’un film puisse être à la fois grandiose et parfait, puisque, afin d’être véritablement grandiose, un cinéaste doit essayer des choses dont il n’est pas sûr, et aller à des endroits dont il ne connaît pas le chemin.

    Pour en savoir plus sur Apocalypse Now, je vous suggère ce bref making-of, qui revient essentiellement sur la participation de Brando, et qui n’est qu’un bien modeste prélude au fabuleux documentaire Hearts of Darkness (1991) sur la production chaotique du film (dispo en supplément dans le Blu-ray). Il y a aussi cette entrevue que le cinéaste de 75 ans a accordée jeudi dernier au Toronto Star (et où il revient sur la mort de Robin Williams, qu’il a dirigé dans le malheureusement très oubliable Jack).

    Enfin, cette longue entrevue avec John Milius, le co-scénariste du film, qui est questionné par Coppola lui-même. Personnage plus grand que nature, qui se surnomme fièrement «un fasciste zen», Milius avait d’abord commencé à développer le film avec George Lucas, qui a finalement choisi de prendre le chemin d’une galaxie très lointaine…

    Si, aujourd’hui, Apocalypse Now est considéré par plusieurs comme le meilleur film de guerre de tous les temps, n’oublions pas qu’une oeuvre pratiquement aussi puissante et ambitieuse l’avait précédé d’un an seulement. The Deer Hunter, une vision à la fois épique et intime des horreurs du Viêt-Nam, avait été pratiquement sanctifié par l’industrie à l’époque. Le film a d’ailleurs connu un regain d’intérêt dans les médias en Grande-Bretagne, où il est ressorti en salle fin juillet. Je pense en particulier à ce papier du New Statesman.

    Incidemment, lors de la soirée des Oscars 1979 qui allait consacrer The Deer Hunter, c’est nul autre que Coppola, deux mois avant la première cannoise de son propre film sur le Viêt Nam, qui avait remis la statuette du meilleur réalisateur à son «paisan» Michael Cimino. Je suis tombé sur cette info en lisant ce passionnant texte publié par Vanity Fair en 2008, sur deux productions concurrentes (The Deer Hunter et Coming Home) portant sur le même sujet explosif mais privilégiant des approches distinctes.

    Lors de la présentation du prix, Coppola est accompagné d’Ali McGraw, la charmante Jenny de Love Story (1970), méconnaissable ici avec cet espèce de pouf sur la tête qui laisse deviner les nombreux crimes contre la mode qui définiront la décennie à venir. Tandis que son allocution est assez calculée et impersonnelle, comme il est coutume lors de tels événements, celle de Coppola, clairement improvisée, est une sacrée bouffée d’air frais!

    Sans aucun lien apparent avec les nominés, il démarre un monologue nerveux sur le bouleversement technologique à venir, qui va radicalement transformer notre rapport au cinéma. Il évoque une «révolution des communications» et parle d’«électronique numérique, d’ordinateurs et de satellites»… Pas de doute, certaines personnes dans la salle devaient murmurer entre elles: «C’est vrai ce qu’on dit, il a vraiment perdu la boule!». Trente-cinq ans plus tard, on ne parle que de ça.

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    • Coppola, dans ses propos des diverses entrevues auxquelles vous référez, démontre son génie artistique et son engagement total envers le cinéma.

      Par ailleurs, Apocalypse Now est selon moi l’archétype d’une adaptation réussie qui dépasse sa propre genèse tout en la transcendant. Et ce n’est pas peu dire, considérant l’oeuvre de Joseph Conrad.

      Lorsque j’ai vu la version Redux du film, j’ai constaté à quel point la coupure de la scène de la plantation française de la version originale était carrément un crime contre le film. C’est pour moi la meilleure scène d’Apocalypse Now, beaucoup plus que ces foutus hélicos wagnériens…

    • Un seul autre film à part Appocalypse Now peux rivaliser avec le titre de meilleurs film de guerre de tout les temps…The Thin Red Line !! Ce qui est le plus impressionnant concernant Apocalypse Now c’est le nombre de scene mythique que ce film comporte.

    • Kurtz à raison, était-il nécessaire dans la version Redux du film “Apocalypse Now” de rajouter les séquences de la portion française? J’ai visionné maintes fois ce film et cette portion-là n’apporte rien pour donner plus de poids à l’histoire. Mis à part ce détail, ce film restera une œuvre culte tout comme l’est “The Godfather”. C’est le top du top.

      PS: C’est au cours du tournage Apocalypse Now qu’un fils de Coppola a perdu la vie. C’est sa femme qui en parle dans son livre.

    • Absolument tout dans ce film est E X T R A O R D I N A I R E.

      De la direction photo au bruitage (complètement synthétisé). Derrière ou devant la caméra. Une œuvre magistrale à propos du chaos et issue du chaos, une sorte de Big Bang cinématographique sur la guerre qui n’est arrivé qu’une fois à ce jour. Coppola a réussi à nous communiquer (pas expliquer) ce qu’est exactement l’antithèse de la Vie : l’auboutisme des guerres menés contre elle.

      Contrairement au colonel Kurtz (joke) qui approuve dans ces pages, Coppola a jonglé avec l’idée de nous l’expliquer avec les séquences françaises, et à mon avis, ça ne fonctionne plus. Il les a sans doute tournées, parce qu’elles étaient écrites, et aussi sans doute pour se couvrir contre sa propre démence, mais il a choisi de respecter cette démence, ce qui l’a amené au chef d’œuvre que l’on connait. Les séquences françaises constituent une tentative de réponses pour nous rassurer intellectuellement en tentant une explication sur l’origine de nos folies, mais l’auboutiste Coppola a aussi compris qu’elles ne sont pas réellement explicables, encore moins justifiables.

      Donc heureusement, Coppola a privilégié l’intensité de son film plutôt que de le réduire à l’expliquer ou le coincer dans l’Histoire. THE DEER HUNTER est une excellente fresque campée dans le même décor, et certainement du niveau du TRIPTYQUE de Jérôme Bosch sur l’Enfer, mais ce n’est aussi qu’un autre excellent film de guerre, comme THE THIN RED LINE l’est. APOCALYPSE NOW lui nous permet, de nos jours malheureusement, de « sentir » toute l’absurdité de l’horreur qui se dégage de Gaza en ce moment même. Et ailleurs… APOCALYPSE NOW est définitivement à part, et est intemporel – comme 2001 A SPACE ODYSSEY l’est : ces films nous laissent avec plus de questions que de réponses. La marque des chefs d’œuvre.

      La projection de Cannes, faite dans l’urgence que l’on connait, sans ces séquences, sans explications ou finale classique, et sans générique de fin, est un Big Bang pur et dur sur l’horreur des guerres. À mon avis, ça suffit.

    • Bonjour,

      @fruitloops , je seconde !

      Ceci étant dit, j’avais vu la version française REDUX (version de 3h30) au cinéma à l’été 2001. Comment se fait-il que cette même version française est introuvable en DVD ?

      Quelqu’un peut m’éclairer svp ? Je suis acheteur !

      Merci !

      MD

      Bonjour, quand vous dites “version française”, vous parlez de la version du film avec la séquence sur la plantation française? Ou de cette version doublée en français? Sinon, le redux existe bel et bien en DVD, et s’il a été discontinué, en bien il existe en supplément sur le magnifique blu Ray du film. -js

    • mario1965 , elles le sont (même sous forme de prêt):

      En DVD

      ou mieux, en Blu Ray

    • @ JS

      Merci de me répondre.

      Je voulais dire effectivement avec la plantation française (où l’on voit entre autre l’actrice Aurore Clément) ET aussi qui est doublé en français.

      En général, ce qui m’a marqué dans ce film, c’était la non-complaisance envers les Américains pour leur malheureuse aventure asiatique . Une vraie bouffée d’air frais !

      @fruitloops

      Merci bien !

      MD

    • D’accord avec Stef27.

      The Thin Red Line est un chef d’oeuvre, et avec The Deer Hunter figure à mon palmarès des meilleurs films de guerre et si Apocalypse montre mieux les scènes de guerre, il est moins porteur moins signifiant pour démonter l’absurdité de la guerre en général (et non pas la folie d’un seul homme).

    • @ vlrglqqf

      En fait, vous m’avez mal compris, je disais plutôt que la scène de la plantation est la meilleure scène du film! C’est la scène qui inscrit le film dans l’oeuvre de Conrad, dans le contexte du colonialisme.

      Après la plantation, qui est le dernier vestige de “civilisation”, il n’y a que la barbarie du colonel Kurtz. La plantation est le moment ou Willard bascule dans les ténèbres, le moment où il réalise jusqu’où il est lui-même descendu.

      C’est aussi la scène qui expose l’hypocrisie de la présence américaine au vietnam et qui renvoie à la barbarie de cette armée d’occupation, qui ne sait même pas où elle débarque et pourquoi elle est là.

      Je ne peux concevoir ce film sans cette scène.

    • @ fruitloops

      Je ne trouve pas que les scènes de la plantations sont explicatives. En fait, je trouve qu’elles illustrent au moins autant qu’elles expliquent et c’est ce qui fait leur pertinence.

      Y voir une simple opération pédagogique est assez réducteur et c’est aussi occulter toute l’atmosphère fantomatique qui règne du début à la fin de cette partie, comme une parenthèse hors du temps, un songe de Willard.

    • Kurtz, les lectures de film varient d’une sensibilité à l‘autre.

      Personnellement, la scène des colonialistes français est une scène que je qualifierais de « normale » dans un film sur le colonialisme, semblable à celles qu’on retrouve dans COUP DE TORCHON de B. Tavernier, sans doute un classique du genre.

      APOCALYPSE NOW est plutôt une « journey » dans l’horreur et à mon avis, la scène où on laisse derrière le dernier bastion de la civilisation, est plutôt celle des playmates qui débarquent en hélicos sur la musique de Susie Q, et que le maître de cérémonie sauve in extrémis de la curée sexuelle des GI en rut en leur balançant de l’argent.

      Cet intermède de pur « americana » est full « psychédélique » comme l’était l’époque, mais en même temps parfaitement incongrue au fond de la jungle, et c’est là que tout bascule dans l’enfer dantesque du colonel Kurtz, orchestré par un maestro. Coppola ne veut pas que personne s’en sorte indemne, même pas les spectateurs.

      Ce n’est pas un film normal comme THE DEER HUNTER ou philosophique comme THE THIN RED LINE, c’est fondamentalement une expérience psychédélique.

    • @ vlrglqqf

      Gian-Carlo, le premier fils de Coppola, est décédé en 1986, pendant le tournage de GARDENS OF STONE.

    • La scène de la ‘plantation’, au demeurant esthétiquement superbe, est celle qui donne une réelle profondeur historique à ce film. Cette référence à l’Indochine est superbement documentée. Quand j’ai vu le Redux au tournant 2000, je ne pouvais pas croire que ‘on’ ait choisi de la faire sauter au montage.

      Parce que pour le reste, je seconde fruitloops, Apocaplypse est foncièrement psychédélique. Le drones de Minimoog qui accompagnent les gars frostés sur le bateau alors que surgissent les carcasses de guerre… Oui, c’est ‘ça’ la guerre, mais avouns tout de même que c’est esthétisé à mort.

    • @ Winslow 19 août 21h1

      Dans son livre sur Apocalypse Now Eleanor Coppola raconte l’évènement du décès de leur fils comme faisant partie des avatars du films. Ou alors j’ai mal lu ou mal interprété. Quoi qu’il en soit, merci pour la précision.

    • J’ai eu le bonheur de voir Apocalypse Now lorsqu’il est sorti. Au cinéma York, je crois.

      J’ai vu beaucoup de films au cinéma dans ma vie, mais je n’ai jamais vu une salle se lever pour crier et applaudir une scène comme c’est arrivé cette fois-là.

      Lorsque la paysanne vietnamienne fait exploser l’hélicoptère, la salle s’est levée d’un bon en hurlant comme un réflexe. C’était bien une autre époque. Bien avant le triomphe des néo-libéraux.

      Pour votre dernière phrase, vous remportez la plame de la logique cause à effet la plus tordue que j’ai lue sur ce blog! -js

    • Sans me prendre pour le nombril du monde et ne possédant pas la vérité absolue, comme cinéphile je déclare que les deux meilleurs films de tous les temps sont: The Godfather et Apocalypse Now de F. F. Coppola sans toutefois faire offense à deux autres, Citizen Kane et Casablanca. Ce n’est pas une bataille sur le cinéma, c’est simplement le fond de ma pensée.

      Fasse que le ciel ne me tombe pas sur la tête!

    • Je ne peux pas croire que Full Metal Jacket ne soit pas cité parmi les meilleurs films de guerre de l’histoire. Malgré ses qualités indéniables, Apocalypse Now esthétise la guerre. Thin Red Line est quant à lui un véritable poème métaphysique qui dépasse le seul thème de la guerre. The Deer Hunter n’a pas la force de résonance des 3 autres films. Tandis que Full Metal Jacket opère une véritable dissection du phénomène de la guerre, sans complaisance, sans esthétisation forcée, sans parti pris (les films de guerre ont généralement un parti pris pour la figure du soldat). Kubrick va même jusqu’à effectuer une distanciation magistrale en filmant littéralement un réalisateur en train de filmer la guerre: une taloche pour ses collègues qui font de la guerre un spectacle parfois complaisant ? – Coppola n’échappe pas toujours à cette critique à mon avis.

    • @ orangemecanique

      Totalement d’accord avec toi concernant Full Metal Jacket, il est le troisième sur ma liste !! La scene final ou l’on découvre que c’est une petite vietnamienne qui tiens tête au gros soldats Américaine est une métaphore puissante sur la guerre du vietnam !

    • Ou plutôt une brillante métaphore teinté d’un cynisme dont seul Kubrick avait l’secret!!

    • @ orangemecanique

      Je ne saisis pas trop en quoi votre critique de Thin Red Line et Apocalypse Now change quelque chose à la place de Full Metal Jacket parmi les meilleurs films de guerre.

      Je ne pense pas qu’Apocalypse Now esthétise la guerre au sens où on utilise la guerre comme ressort dramatique ou comme spectacle. Je pense plutôt qu’il montre avec ironie comment la nation américaine se représente la guerre, notamment avec la scène des hélicoptères et de wagner.

      Les morts (assez grotesques) des compagnons de Willard viennent d’ailleurs rappeler le spectateur à la réalité et lui dire que le show est fini et que ce vietnam rêvé n’existe pas. Et Thin Red Line esthétisme lui aussi dans ce cas?

      Quant à dire que ce dernier est plus un poème qu’un film de guerre, bien j’avoue que je ne placerais jamais un film de guerre qui se concentre sur la guerre en elle-même dans mon top. “La grande illusion” est-il un film de guerre ou un film de prison?

      Full Metal Jacket est très bon (parmi les meilleurs films de guerre), mais il a lui aussi des faiblesses.

      Premièrement, l’acteur principal joue assez mal et n’a jamais la présence d’un Robert de Niro dans Deer Hunter.

      Deuxièmement, Full Metal Jacket est très “didactique” et manque selon moi de fluidité d’une scène à l’autre.

      Troisièmement, l’esthétique (justement) n’est pas très à point et je me suis souvent dit qu’à ce niveau, le film était indigne de Kubrick. On peut faire un beau film de guerre sans esthéthiser cette dernière (Paths of Glory est pour moi bien meilleur en ce sens) D’ailleurs, à part Lolita et Spartacus, je dirais que Full Metal Jacket est le pire film de Kubrick.

    • Films de guerre “meilleurs” que Full Metal Jacket:

      Apocalypse Now
      Thin Red Line
      Deer Hunter
      La grande illusion
      Paths of Glory
      Letters from Iwo Jima
      Dr Strangelove

    • “à part Lolita et Spartacus, je dirais que Full Metal Jacket est le pire film de Kubrick.”

      Je pense que quelqu’un n’a pas vu FEAR AND DESIRE…

    • @ winslow

      ben, comme Kubrick avait renié le film, acheté toutes les copies pour ne pas qu’on le voit, et que le DVD est apparu il y a 2-3 ans, je vous crois sur parole que c’est pas bon.

    • Casualities of war et Redacted seraient-ils trop dérangeants pour les nommer? L’apocalypse morale peut être plus terrifiante encore que les bains de sang.

    • @ rafc

      J’ai même préféré Casualities of War à Platoon. Je crois toutefois que ce film est victime d’un mauvais casting.

    • @ kurtz

      Casualties of War est un excellent choix également et je crois que le casting est bon, Michael j Fox dans ce contre emploi s’en sort vraiment bien à mon avis..

    • @Kurtz

      Lolita le pire film de Kubrick ! Dommage de lire des choses semblable !! Et ça vaut aussi pour l’analyse de Kurtz concernant Full Metal Jacket… l’acteur joue assez mal ! Vous parlez de qui là..de Vincent D’Onofrio ? Il n’a pas la présence de De Niro dans Deer Hunter.. comparaison des plus boiteuse.. manque de fluidité entre les scène.. mon dieu est ce que vous parlez des ellypse qui servent à faire avancer l’action ? Et esthétique pas très à point..première fois que j’attend parler d’esthétique qui ne serait pas très à point concernant un film de Kubrick..

    • Je ne pense pas que Casualties of War est bien dérangeant: le film se termine avec l’étudiante vietnamienne qui nous rassure que tout cela n’était qu’un mauvais rêve et que c’est bien terminé. De plus, le film insiste beaucoup trop sur la conscience du personnage principal, au détriment de la souffrance des vietnamiens. On en ressort avec l’idée que c’était ben difficile pour Michael J. Fox, cette guerre, mais on a un peu oublié au passage la principale victime du film, dont la souffrance est instrumentalisée en vue d’un examen de conscience des soldats US. Il y a des scènes très fortes, mais en rajoutant les touches usuelles de son cinéma, j’ai l’impression que de Palma fait dérailler le projet; l’apocalypse morale n’appartient qu’à Errikson en quelque sorte, c’est son rêve, et il est difficile de l’appliquer au pays entier, ou même de la partager comme spectateur (ce que réussit à faire Coppola ou Cimino). Je ne vois pas de problème par contre avec le casting.

    • Platoon était ridiculement manichéen. Jamais été certain du casting de Fox, mais il représente bien ce « normal guy » américain à qui le film s’adresse, à qui on doit s’identifier. Quand on pense que Penn ne quittait pas son personnage entre les prises, devenant littéralement Meserve, ne s’adressant jamais à Fox sinon pour l’injurier : « you’re just a tv actor »; le casting était peut-être pas si mal que ça, difficile ça oui!

      Mais Redacted est un film le plus important encore.

    • Oui, le salut de l’individu traumatisé est de transformer ses traumas en images, en rêves, et de poursuivre sa vie (Fox), mais le problème pour le pays, le peuple, c’est la répétition de ces scènes de trauma (Redacted).

    • @ stef27

      C’est pas gentil de parler dans mon dos à Winslow…

      Évidemment que je ne parle pas des ellipses dont certaines sont assez réussies, mais pas mal moins que celles de Deer Hunter, par ailleurs. Je parlais plutôt de longueurs dans les scènes de guerre surtout. Les ellipses, c’est bien, mais quand la scène d’avant est oubliée en chemin, c’est moins puissant.

      La première partie de Full Metal Jacket coule de source alors que celle au Viet-nam est un peu plaquée, malgré quelques morceaux de bravoure (zoom, travelling, etc.), plutôt flashy.

      Quant à l’acteur, je ne parle évidemment pas de Gumer Pyles, mais bien de Matthew Modine, qui à ce que je sache, est bien le protagoniste du film. Son personnage est intéressant, mais il joue faux et même archi-faux par bouts. (Comme Michael J Fox qui a l’air plus perdu que traumatisé dans Casualities of War)

      Ça n’empêche pas Full Metal Jacket d’être un excellent film, mais faible dans la cinématographie de Kubrick et certainement beaucoup moins réussi que Deer Hunter, en ce qui concerne les films de guerre.

      Quant à Lolita, ben nommez-moi lequel de ces films de Kubrick est MOINS bon que Lolita:

      Full Metal Jacket : le 11e meilleur film de guerre de tous les temps ;-)
      2001
      Shining
      Clockwork Orange
      Eyes Wide Shut
      Barry Lyndon
      Paths of Glory
      Dr Strangelove

      Avec Lolita, on est loin d’un grand Kubrick ici aussi.

    • @ rafc

      faut que je regarde Redacted…

    • 2001
      Barry Lyndon
      Dr Strangelove
      Eyes Wide Shut
      Clockwork Orange
      Path of Glory
      Shining
      Lolita
      Full Metal Jacket
      The Killing
      Spartacus
      Killer’s Kiss
      Fear of desire

      Voici mon ordre de préférence concernant Kubrick, Lolita est quand même bien positionné. C’est surtout le côté péjoratif de “pire film” qui agace

    • Mais ce qui est souvent le cas avec les listes c’est que nos goût et la lecture de certains film peuvent changer avec les années, il y a plusieurs années de ça j’aurai placé Full Metal Jacket à la suite de Clockwork Orange… mais j’avoue que Lolita est un des films mal aimé de Kubrick..un film comme de The Killing est beaucoup plus séduisant à prime abord pour un fans de Kubrick période de Dr Strangelove à Eyes Wide Shut que Lolita !

    • @ stef27

      J’allais justement dire qu’en lançant la liste des Kubrick (un peu HS aussi), on ouvrait grande la porte aux goûts et couleurs…

      En réalité, notre liste des meilleurs K est pas mal semblable, à une Lolita près.

      Barry Lyndon
      2001

      Eyes Wide Shut
      Clockwork Orange
      Dr Strangelove

      Shining
      Paths of Glory
      The Killing
      Full Metal Jacket

      Lolita
      Spartacus
      Killer’s Kiss

      (Fear of Desire pas vu)

      Les espaces représentent une marche métaphorique à monter dans mon échelle de qualité ;-)

    • @ Kurtz

      Oui, ça en vaut vraiment la peine (peine, puisqu’il y a une scène très dure voir). La trame de Casualities y est reprise, doublée d’une autre sur la censure militaire à l’époque numérique (c’était dans Snake Eyes, mais d’une façon plus mentale, si je peux dire). Ça fait un peu Robert Morin en Irak, pour le meilleur. Et ce n’est plus le destin en repentir illusoire d’Errikson, on reste sur le traumatisme et l’incommunicable, l’injustice et l’impuissance. On comprend pourquoi toute l’attention américaine de l’époque penchait plutôt pour The Hurt locker.

    • @ Kurtz

      Placé Barry Lyndon devant 2001 j’avoue que c’est culotté !! Eyes Wide Shut devant Dr Strangelove ? Personne aurait fait ça lors de la sortie du film en 99.. Eyes Wide Shut est selon moi un des films les plus sous estimé de la filmo de Kubrick..

    • Les auteurs travaillent souvent par pairs, forçant à réinterpréter une oeuvre passée en vue de leur dernière offrande; je n’avais pas mémoire de Casualties of War quand j’ai vu Redacted, il me faut maintenant le revoir pour mieux voir CW.

    • Quant à être dans le hors-sujet…

      Mes pairs préférés, parce qu’improbables : chez Spielberg, Sugarland Express/War of the Worlds. Et Coppola, Godfather part III/Twixt.

    • Rumble fish/Twixt.
      Godfather III !

      Une paire improbable m’est venu à l’esprit dernièrement après avoir vu Modern romance d’Albert Brooks : Eyes wide shut en est la suite.

    • “Robert Morin en Irak”

      Excellent!

      FEAR AND DESIRE est assurément le pire film de Kubrick (enfin, c’est son seul mauvais film) mais je pense que c’est très intéressant de le voir. C’est une grande leçon de cinéma quand on le place dans la filmographie Kubrickienne. C’est un film de guerre et tous les thèmes chers à l’auteur sont là mais rien de fonctionne car Kubrick n’avait pas trouvé sa voie. Tant au niveau de la scénarisation que de la mise en scène.

      LOLITA / STRANGELOVE: super dyptique satirique sur les frutrations sexuelles de l’Amérique. J’aime beaucoup la scène de ping pong…

    • Ouais, ben il y a tout Coppola dans Twixt, mais Godfather III parce que ce sont ses deux films qui parlent le plus ouvertement de la mort de son fils et de son sentiment de culpabilité, et il y a une reprise du cri silencieux de Pacino quand Elle Fanning se fait emmurer.

      Je me demandais pour Kubrick, il y a sûrement de beaux couples à penser, mais je suis dû pour une rétrospective, c’est trop vague.

      Un moins improbable, dévoilé récemment: the Host/Snowpiercer pour Bong Joon-ho.

    • Lolita/Strangelove
      Spartacus/Clockwork
      2001/Eyes Wide Shut
      The Killing/Full Metal Jacket

    • Au sujet d’Apocalypse Now : la version Redux vient refroidir l’impact, dilater l’unité qu’avait la première version qui ressemble plus à l’esprit du roman de Joseph Conrad (Heart of Darkness), d’où origine le film. J’ai vu la première version au Cinéma York, effets sonores compris.

    • Ah ! Comment oublier le premier visionnement d’APOCALYPSE NOW lors de sa sortie en 1981 … J’étais jeune cinéphile (18 ans) et le film jouait dans une des plus belles salles a Québec : la salle Le Dauphin du cnéma Odéon. A cette époque, si vous alliez voir un film un apres-midi durant la semaine, vous pouviez rester assis et assister a la projection suivante sans que personne ne vienne vous dire de quitter ! Ce que je fis ! Imaginez : un mardi apres-midi, la salle pratiquement vide, cette impression d’une projection privée et le plaisir de voir et revoir ce qu’on savait déja etre un grand film …

    • J’ai revu il y a quelques mois la version complète de Apocalypse Now. Bien que mes 2 visionnements précédents [il y a bien longtemps] m’avaient un peu laissé sur mon appétit, je conviens maintenant que A.N. est probablement le meilleur film de guerre de tous les temps!

      Comme kurtz, j’ai moi aussi été frappé par le manque de discernement dans la version réduite, amputée de l’ensemble de la scène de la Plantation française. Cette scène était clairement une des meilleures du film. J’ai beaucoup aimé également les scènes tout à fait irréelles impliquant les playmates, de même que la scène d’échanges de coups de feu dans la nuit – sans officiers/leaders – alors qu’on ne pouvait pas discerner les amis des ennemis.

      Jusqu’à mon dernier visionnement, Schindler’s List & Letters from Iwo Jima (3e à égalité. Oui oui, pitchez-moi des tomates!), Full Metal Jacket (2e) et Platoon (1er) étaient probablement mes 4 meilleurs films de guerre, mais j’avoue que A.N. n’est pas un film sur le Vietnam, c’est LE Vietnam… et c’est spécifiquement cela qui m’a envoûté. L’horreur, la bêtise humaine et l’incongruité américaine est partout dans le film. Vrai que la scène finale de Marlon est un peu longue, mais comment dépeindre à l’écran la folie en 2 min. 30 sec.?

      Bref, peu importe à quel rang on le classe et peu importe que certaines scènes nous agacent quelque peu, A.N. est un véritable chef d’oeuvre!

      N.B. Je n’ai pas vu Deer Hunter et Casualties of War

    • Je pense avoir vu A.N. au York mais c’est plutôt flou dans ma tête. Anyway, nous étions des cinéphiles macrophages. . A la sortie du cinéma, pendant que mes copains délibéraient sur la possible allégorie de la grotte de FFC, je ne pensais qu’à une seule scène, le monologue presque monocorde du Colonel, le passage ou il décrit l’amoncellement des petits bras d’enfants me glace encore le sang.

    • Correction : je viens de voir Deer Hunter et honnêtement, c’est bon, mais sans plus.

      Excellent traitement des personnages et quelques solides performances d’acteurs, mais beaucoup de longueurs et un certain manque de réalisme du “Player” (combien de fois peut-il “jouer” et survivre; 5? 10? 15? Sûrement pas des tas de douzaines comme le laisse croire le film!).

      On dirait un croisement à moitié réussi entre Godfather part 1 (famiglia), Rocky 1 (classe ouvrière américaine) et Heaven & Earth (O. Stone – 1993 – pour les traumatismes de la guerre)… sauf que chacun de ces 3 films lui sont supérieurs dans leurs champs respectifs.

      Je peux comprendre que plusieurs le considèrent comme un excellent drame social, mais comme meilleur film de guerre de tous les temps? Je ne la comprends pas…

      Mon classement (avec un seul visionnement lointain de The Thin Red Line; à revoir!) demeure :

      1- Apocalypse Now
      2- Platoon
      3- Full Metal jacket
      4- Schindler’s List
      5- Das Boot
      6- Inglourious Basterds
      7- Letters from Iwo Jima
      8- In Darkness (Agnieszka Holland – 2011)
      9- Rambo part 1
      10- Che part 1

      (Les numéros 4 à 10 peuvent être interchangés)

      Mention honorable à :

      A) Saving Private Ryan pour le 30 min. du débarquement de Normandie, clairement une des meilleures et plus authentiques reproductions d’un assaut sanglant (les premières scènes de Enemy at the Gates sont pas mal non plus!).

      B) La vita è bella pour sa leçon de courage et d’amour

      C) Valkyrie : quelle tension à la fin!

      N.B. Je n’ai toujours pas vu Casualties of War & Paths of Glory

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