Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 13 août 2014 | Mise en ligne à 14h30 | Commenter Commentaires (16)

    Alors Marvel, à quand Squirrel Girl?

    Guardians-of-the-Galaxy-Rooker

    Lors des semaines et mois qui ont précédé la sortie de Guardians of the Galaxy, une certaine tension régnait dans l’air à Hollywood. Assisterons-nous au premier flop de la courte mais fructueuse histoire de Marvel Studios?

    La publication de référence The Hollywood Reporter parlait en février de son «film le plus risqué» depuis Iron Man ; les sites spécialisés en SF io9 et WhatCulture faisaient part de leurs inquiétudes en long et en large ; tandis que le magazine économique Forbes et l’expert en finances Daniel Kline, dans un billet largement cité, prédisaient un retentissant échec commercial.

    Finalement, il n’en fut rien. Guardians of the Galaxy a fracassé le record pour un premier week-end d’exploitation au mois d’août, avec 94 millions $ en recettes au box-office. Le film a d’ailleurs engrangé 172 millions $ durant ses quatre premiers jours à l’affiche à l’échelle mondiale. En date d’aujourd’hui, le film totalise 320 millions $, soit près du double de son budget (moins marketing).

    À la fin d’un post que j’ai publié en mai dernier, sur la compétition dans le domaine des univers partagés, je me demandais : «Si Guardians of the Galaxy faisait exploser le box-office malgré le fait que sa mythologie est moins connue du grand public, il s’agirait d’un gage de la prééminence du sceau du studio. Le brand Marvel deviendrait autosuffisant». On a aujourd’hui la réponse.

    En gros, les prophètes de malheur qui affirmaient que Guardians of the Galaxy se plantera avançaient comme argument principal que la bande dessinée source était essentiellement inconnue. D’autant plus que ses principales vedettes masculines, Bradley Cooper et Vin Diesel, sont physiquement absentes de l’écran, alors qu’elles prêtent leurs voix à un raton laveur verbomoteur et à un arbre quasi-muet, respectivement. Mais en fin de compte, l’absence virtuelle de gros noms et la mythologie obscure proposée ont été des points «négatifs» qui ont solidement été contrebalancés par la fidélité des nombreux fans de Marvel.

    En d’autres mots, le studio à l’estampe rouge a désormais le champ libre. Comme l’affirme au New York Times Marc Tyler Nobleman, auteur d’un livre sur la création de Superman : «Alors qu’on voit des personnages qui étaient de niveau C et D dans les comics qui sont cependant capables de se convertir en blockbusters, tout redevient neuf. On peut prendre pratiquement n’importe qui, et en faire un gros film». Le site Vox, qui a signé un papier fort intéressant sur la nouvelle liberté inégalée de Marvel, va dans le même sens : «La compagnie n’a plus besoin de cueillir ses histoires parmi ses oeuvres de premier plan».

    Squirrel-Girl-Jessica-Jones-Luke-Cage

    Afin de démontrer son argument, Vox propose avec humour l’adaptation cinématographique d’un des personnages les plus insolites issus de l’univers Marvel, Squirrel Girl, «Une mutante qui possède plusieurs mutations affiliés à l’écureuil. Lors de sa première rencontre avec Iron Man, elle donne une description détaillée de ses pouvoirs : une queue préhensile couverte de fourrure d’un mètre de long, des incisives adaptables et assez puissantes pour ronger le bois, ainsi qu’une force et agilité élevée qui lui permet de se déplacer facilement entre les arbres. Ses doigts ont des griffes qui lui permettent d’escalader les parois et des griffes pointues rétractables aux articulations des poings. Elle est surtout capable de communiquer avec les écureuils : elle connait le langage des rongeurs et est capable de le parler, mais peut se faire comprendre en parlant anglais».

    Mais, plus sérieusement, avec la diminution des risques financiers, Marvel devrait songer à prendre plus de risques au niveau créatif. Une étape a déjà été franchie avec Guardians of the Galaxy, qui a réussi haut la main «une satire joyeuse des histoires d’origine tristes», pour reprendre le titre d’un billet publié par The Atlantic, et qui a littéralement ramené de la couleur au cinéma de super-héros, qui reniait agressivement au cours des dernières années le look chatoyant propre au genre des comics, au profit d’une esthétique désaturée.

    Quoique le film ne s’affranchit pas du schéma narratif de Marvel autant qu’il aurait pu, ou dû ; des restrictions auxquelles a vraisemblablement cédé le réalisateur James Gunn – un vétéran de Troma! – dans le but de ne pas trop dévier du rigide «univers étendu» de Marvel (explications ici et ici).

    En ce qui me concerne, ce qui distingue nettement Guardians of the Galaxy des autres films de super-héros, c’est l’accent placé sur la dynamique de groupe, en opposition à l’exploit individuel. Une conception qui est habilement illustrée dans la scène finale, où les personnages doivent obligatoirement se tenir la main afin de vaincre le méchant. Vous me direz que d’autres récents films du genre, comme The Avengers ou la nouvelle génération des X-Men, misent sur l’esprit d’équipe, mais la notion de solidarité constitue carrément le modus operandi des Gardiens. On le constate dans le souci du réalisateur d’éviter autant que possible d’isoler ses personnages dans le cadre, pour plutôt miser sur les plans larges.

    Film-Guardians of the Galaxy

    Et il y a aussi les dialogues qui reflètent cette philosophie inclusive, cette prépondérance de l’amitié, de manière assez fréquente et explicite. Par exemple :

    Gamora: I have lived most of my life surrounded by my enemies. I would be grateful to die surrounded by my friends.

    ***

    Peter Quill: So here we are: a thief, two thugs, an assassin and a maniac. But we’re not going to stand by as evil wipes out the galaxy. I guess we’re stuck together, partners.

    ***

    Drax the Destroyer: I just wanted to tell you how grateful I am that you’ve accepted me despite my blunders. It is good to once again be among friends. You, Quill, are my friend.
    Peter Quill: Thanks.
    Drax the Destroyer: This dumb tree is also my friend.
    Groot: [grunts]
    Drax the Destroyer: And this green whore is also…
    Gamora: Oh, you must stop!
    Nebula: Gamora, you’ve always been weak. You stupid, traitorous…
    [Drax shoots her with his cannon]
    Drax the Destroyer: Nobody talks to my friends like that.

    ***

    Rocket Raccoon: But Quill, beating Ronan, it can’t be done. You’re asking us to die.
    Peter Quill: Yeah, I guess I am.
    Gamora: Quill. I have lived most of my life surrounded my enemies.
    [she stands]
    Gamora: I will be grateful to die among my friends.
    Drax the Destroyer: [Drax stands up and holds Peter's shoulder] You’re an honorable man, Quill. I will fight beside you. And in the end, I will see my wife and daughter.
    Groot: [Groot stands up] I am Groot.
    Rocket Raccoon: Aww, what the hell, I don’t got that long a lifespan anyway.
    [stands up]
    Rocket Raccoon: Well now I’m standing. Happy? We’re all standing now. Bunch of jackasses, standing in a circle.

    Je me demande à quel point cette réévaluation du superhéroïsme est due au fait que, pour la première fois de l’histoire de Marvel, c’est une femme qui a écrit un de leurs films. En 2009, Nicole Perlman a proposé Guardians of the Galaxy lors d’un stage de scénarisation offert par le studio à l’époque, une expérience qu’elle relate en détail dans cette entrevue à ScriptMag.

    Son travail a apparemment été apprécié, puisqu’on lui a offert de scénariser Black Widow, un film centré sur un personnage de soutien incarné par Scarlett Johansson dans Iron Man 2, The Avengers et Captain America: The Winter Soldier; il s’agit du premier projet issu du Marvel Cinematic Universe qui aura une femme comme protagoniste. On peut dire que, avec ce geste doublement progressif, Marvel a fait sien le fameux adage de Spider-Man : «Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités».

    > Avis aux intéressés, vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter

    À lire aussi :

    > Justice League saura-t-il répéter l’exploit de Avengers?
    > Redéfinir le «personnage féminin fort»
    > Man of Steel : contre le super-héros «réaliste»


    • Va pour la leçon d’esprit d’équipe, va pour la leçon d’apprécier son prochain au-delà de l’apparence (avec les yeux du cœur?), reste qu’une fois sorti de la salle, à part me dire que ça passe vite un film de Marvel, qu’il y a plus de pétards là que dans la compétition de feux d’artifices de Montréal, je n’ai rien d’autres à me dire. Et puis, écouter la même foutue cassette de chansons qui jouent dans le même ordre depuis tant d’années, me semble qu’il y a de la monomanie là qui mériterait d’être souligné dans un dîner de con…

      M’enfin. En vert, Zoe Saldana est une très belle plante. Mais elle n’est jamais plus belle que dans sa couleur « straight. »

    • Aussi, et surtout, Peter Quill est pratiquement aussi cool que Han Solo. Ce type de personnage est parfait pour ce type de film. Et c’est d’ailleurs ce qui manquait à la dernière trilogie Star Wars. Dans les avengers, Ironman fait ce boulot (avec brio). Bref, Han Solo est la clef d’un succès de film “épique”

    • @atchoum

      Même si c’est du motion capture, elle est pas mal en bleu aussi :)

    • De loin le film qui m’a rappellé le plus Star Wars, dans toutes ses qualitiés.

      The Avengers était un exploit. Réunir 4-5 franchises en un seul film cohérant et divertissant relevait du miracle. Surprise encore, Winter Soldier est un film d’espionnage rappellant la belle époques des films d’espionnage et conspirationiste des années 70.

      Mais Guardians of the Galaxy est le meilleur de Marvel, en grande partie dût à James Gunn. Ce gars-là a pondu le superbe Slither, qui est non un seulement un homage au films de body horror des années 80 (night of the Creep, the Hidden, Body Snatchers) mais il va chercher l’équilibre PARFAIT entre humour et horreur. Et Guardians of the Galaxy accomplit la meme chose, en substituant horreur pour superheros.

      James Gunn a laissé sa signature partout. Les dialogues et scenario ont été retouchés par Gunn.Tous ses acteurs fétishes (Michael Rooker, Gregg Henry, Rob Zombie, son frère Sean et meme Nathan Fillion) y sont present d’une manière ou une autre. Même le père de Troma, Lloyd Kaufman, y a un caméo!

      Et le 6ème membre des Guardians of the Galaxy, c’est l’incroyable trame sonore. Awesome Mix #1 est un personage intégral du film.

      La superhéros qui va avoir son premier film? Pas Black Widow. Ca serait Carol Danvers. Miss Marvel. Qui aurait un cameo dans Avengers 2. Black Widow est tellement ininteressante…

      Le vrai drame, c’est que un des 3 personnages phares de DC, soit Wonder Woman, n’aille toujours pas son proper film (lâchez le cameo dans le prochain Batman… Aquaman en a un…)

      P.S.

      Il y’a juste Gunn pour insérer une joke de sperme dans un film à vocation familiale (indice: faut connaitre Jackson Pollock).

    • Encore une fois comme dans plein de choses : sur-exploitation du filon jusqu’à écoeurement du spectateur.

    • X-Men First Class est selon moi le meilleur film de la franchise Marvel
      Une petite coche en haut des gardiens de la galaxie.

    • J’ai adoré ce film et je lui ai trouvé plein d’analogie avec le premier Star Wars. En fait j’ai pensé à Star Wars tout au long. Les personnages, l’action, l’humour tout nous le rappelle, mais avec toute la différence à la foisé Une étrange réussite. Quand on a envie de le revoir une deuxième fois, c’est bon signe.

    • Ça va vous sembler simpliste, mais juste offrir des personnages qui ont des personnalités moins superficielles, des textes intelligents à dire et un scénario qu’on ne devine pas 30 minutes d’avance me gagne à chaque fois. J’aime bien l’analogie aux Star Wars et X-Men. On peut ajouter tous les odd buddy movies, comme Lethal Weapon, Rush Hour et autres de ce genre. Bien aimé, bien hâte à la suite.

    • pierre.s. : X-Men First Class n’étais pas un produit de Marvel, mais de Fox, qui détient les droits des X-Men.

      Sinon j’ajoute ma voix à ceux qui ont adoré. Je suis très peu allumé par le Marvel Cinematic Universe (MCU). J’en ai loué quelques uns, j’ai vu avec un immense désintérêt The Avengers en salle sur la reccomandation de votre collègue Sarfati (avec qui j’ai souvent les mêmes appréciations pour les films sc-fi/fantastique1super-héros, sauf cette fois-là). Tout ça pour dire que je suis loin d’être un fan fini.

      Pourtant, il y a quelque chose dans Gardians qui m’a fait sourire, m’a fait rire, et m’a allumé comme un blockbuster ne l’avait pas fait depuis longtemps. Le mélange de légèreté, d’humour, de couleurs effectivement. Il y a un côté space-opera un peu à la Star-Wars, mais surtout à la Serenity/Firefly. Une sorte de far-west spatial assumé, bon enfant et sympathique. Et… et… bref, ça a marché dans mon cas. J’écoute la chanson “hooked on a feeling” en boucle depuis. Et pour boucler le plaisir, je crois que je vais retourner le voir…au Ciné-Parc, lieu idéal pour me reconnecter avec ce genre de film d’été pas prétentieux et bon enfant.

    • Plusieurs bons points dans cet article mais, j’espère que les studios vont aussi comprendre qu’il y a une catégorie de gens qui rêve du retour des films de style Space Opera. On aura bien Star Wars l’an prochain mais, sinon, on ne voit presque plus de films du genre. Il y a plusieurs amateurs de science-fiction qui rêve depuis des années à un retour du genre et je pense qu’ils seraient allé voir n’importe quoi où on peut se laisser transporter ailleurs! Guardians of the Galaxy est un bon film à plusieurs niveaux. Il n’est pas parfait par contre. Mais je dois admettre que le premier facteur qui m’a amener à aller le voir, c’est le côté scifi space opera. Souhaitons que les studios sauront aussi comprendre cela, plutôt que de nous pondre des films avec des héros obscures comme Squirrel Girl. Si c’est ça, ils vont se planter encore une fois et ne comprendront rien, pensant qu’ils avaient tout compris de ce qui intéresse les fanboys!

    • Je ne suis plus très à jour dans les « comics », je ne connais pas Squirrel Girl.
      À première vue le personnage n’est pas très vendeur. Si adaptation ciné il y a
      le film pourrait avoir une carrière à la « Howard the duck »…
      Pas vu encore GOTG mais j’ai lu sur un forum que certains le comparait au
      « Cinquième élément » de Luc Besson pour le ton et l’humour.

    • Vu hier: cest sympa et ça offre un revers assez jouissif au film de super-héros usuel, qui sont toujours encombrés par l’humanité (ce serait tellement plus simple pour Superman s’il n’avait pas été élevé par Elliot Ness!), alors qu’ici, au contraire, tout ce que fait Peter démontre son attachement à sa mère, et c’est par une humanité définie comme amour, lien à l’autre, qu’on peut vaincre l’ennemi (la poignée de mains, oui, et la danse).

      En même temps, ce n’est pas beaucoup plus que cela, et on s’étonne de s’étonner devant un simple savoir-faire (surtout au niveau de l’écriture) qui était de mise il n’y a pas vingt ans et qui semble avoir été depuis oublié.

    • Marvel. Pu capable.
      Trop c’est comme pas assez.
      Je vais plus au cinéma depuis cette surexploitation.

    • “il s’agit du premier projet issu du Marvel Cinematic Universe qui aura une femme comme protagoniste.”

      Ah, bon ?

      Elektra appréciera.

      Elle ne fait pas partie du MCU. Voyez pour vous même sur leur page. -js

    • Marvel, tout simplement pas capable!!!

      Je n’ai pas vu Guardians of the Galaxy et ne compte pas le voir. Je n’ai rien contre les films d’action, les séries B, l’horreur, la science-fiction, mais pour les super-héros, je suis très très très difficile!

      J’espère que Squirrel Girl est une blague et ne verra jamais le jour… quoique les personnages loufoques de Guardians of the Galaxy semblent avoir séduit son public cible! Estomaqué, je suis!

      @ cinefilm : “je ne connais pas Squirrel Girl. À première vue le personnage n’est pas très vendeur. Si adaptation ciné il y a le film pourrait avoir une carrière à la « Howard the duck »…”

      J’adore! :)

    • @procosom.com

      Comme on dit en anglais: your loss. Vous allez manquer le meilleur film de Marvel, et ce de loin…

      Et votre commentaire de Howard the Duck est à hurler de rire. Surtout que vous n’avez pas vu le film….

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