Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 11 août 2014 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (7)

    Le parrain des films de gros bras n’est plus

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    Dans une semaine sortira en salle The Expendables 3, nouveau chapitre d’une franchise d’action misant sur la nostalgie du cinéma de gros bras des années 1980. Un film qui n’aurait jamais vu le jour sans l’apport de Menahem Golan, producteur israélien décédé vendredi, à l’âge de 85 ans, qui a vécu son rêve américain avec fureur et fracas.

    Golan est aujourd’hui reconnu pour avoir produit et parfois réalisé nombre de navets mettant en vedette des musclors (et futurs «sacrifiés») tels Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme, Dolph Lundgren et Chuck Norris. Des films soi-disant patriotiques à moyen budget qui épousaient la vision manichéenne de la doctrine Reagan, et dont la popularité fut exacerbée par l’arrivée du VHS.

    Même parmi les cinéphiles les plus pointus, certains films de Golan – co-produits avec son cousin Yoram Globus via leur studio Cannon – constituent des plaisirs coupables qu’on ne se lasse pas de revoir, préférablement avec un groupe d’amis et une caisse de 24 au froid. Parmi mes préférés : Missing in Action 2: The Beginning, Invasion U.S.A., Death Wish III, Cobra, Over the Top et Bloodsport.

    Voici un bref aperçu de son oeuvre :

    Et voici The Last Moguls (1986), un fascinant documentaire de la BBC sur The Cannon Group :

    Mais associer Golan au seul cinéma de gros bras est très réducteur. Avant son aventure hollywoodienne, il a produit plusieurs hits et même classiques dans son pays natal, dont Sallah Shabati (1964), premier film israélien a obtenir une nomination à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Et même lors de ses années fastes chez Cannon, il a pris en charge des projets d’auteurs ostracisés par l’industrie, dont John Cassavetes (Love Streams), Robert Altman (Fool for Love), Andreï Kontchalovski (Maria’s Lovers) ou Barbet Schroeder (Barfly).

    Son «film de prestige» le plus souvent cité est King Lear de Jean-Luc Godard, adaptation expérimentale de l’oeuvre de Shakespeare au casting des plus éclectiques: Woody Allen, Leos Carax, Julie Delpy, Norman Mailer, Molly Ringwald ainsi que la voix de Golan lui-même, qui fut enregistrée en secret par le cinéaste français. Le film fut un important échec commercial, mais c’est sa conception qui entra dans la légende, comme on peut le voir ci-dessous:

    Menahem Globus est né le 31 mai 1929 à Tibériade, en Palestine sous mandat britannique, de parents d’origine polonaise. Il a été pilote et bombardier durant la Guerre d’indépendance d’Israël en 1948, période durant laquelle il changea son nom en Menahem Golan, pour raisons patriotiques. Il a eu la piqûre du cinéma dès son jeune âge, comme il le raconte dans cette longue entrevue accordée à Cinema-Scope :

    À cette époque, les sous-titres n’étaient pas sur le film, mais projetés sur le côté. Donc, vous aviez besoin de quelqu’un pour faire tourner la roue. Et déjà quand j’étais enfant, je voulais voir tous les films, mais mon père ne m’a pas donné assez d’argent pour aller au cinéma trois ou quatre fois par semaine. J’ai donc conclu une entente avec le projectionniste dans laquelle je tournerais les sous-titres de films gratuitement, en autant que je pouvais voir lesdits films. Mais il arrivait souvent que j’étais tellement pris par le film que j’oubliais de tourner la roue. Et toute la salle commençait à crier: «Menahem! Menahem! Les sous-titres!!!»

    Au début des années 1960, fraîchement débarqué en Californie, Golan a fait ses classes auprès du grand manitou de la série B Roger Corman. En sa compagnie, il a côtoyé des futures légendes comme Francis Ford Coppola, qui était en train de travailler sur son premier long métrage en tant que réalisateur, Dementia 13 (1963).

    Toujours chez Cinema-Scope :

    Lors d’un dîner, avec Coppola et les autres, j’ai dit à Roger: «Je veux faire mon premier film». Et il a dit, «De quoi s’agit-il?». J’ai répondu: «Savez-vous qui est Theodor Herzl? Dans son livre Nouveau pays ancien il dit que lorsque le peuple d’Israël aura un voleur, un flic, et une prostituée, alors il aura un pays. Je vais donc faire un film sur un policier, un voleur et une putain!» Nous avons immédiatement conclu un marché: Roger a acheté les droits internationaux (sauf Israël) pour 30 000 $. En fait, à l’époque, je n’avais aucune idée de ce qu’était un budget. Mais de toute façon, Coppola a immédiatement dit, «Roger, es-tu fou? Tu fais un film en hébreu? En noir et blanc? Je vais te faire un film en couleur en anglais pour cet argent!» Donc, Coppola a volé mon film! Quand Roger lui a demandé: «Mais Menahem a une histoire, as-tu un script?», Coppola a admis qu’il n’en avait pas encore. «Mais demain matin je le ferai!» Et il a écrit toute la nuit à l’hôtel; il était dans une chambre près de la mienne, et je l’ai entendu taper toute la nuit. Et vraiment, le lendemain matin, il a présenté un script.

    The Cannon Group a commencé son déclin vers la fin des années 1980, alors que des productions ambitieuses comme Superman IV, Masters of the Universe et Captain America se sont cassées la gueule au box-office. Ce dernier échec a mis fin aux espoirs de Golan-Globus de porter Spider-Man à l’écran, projet qui fut repris quelques années plus tard par Marvel et Columbia sous la direction de Sam Raimi. Ils ont tenté de sauver la compagnie en vendant des parts à l’homme d’affaires controversé Giancarlo Parretti, une association qui représenta en fin de compte le dernier clou dans le cercueil (plus de détails ici et ici).

    La dernière apparition publique de Golan remonte au Festival de Cannes de cette année, alors qu’il est venu y présenter le documentaire The Go-Go Boys, «L’histoire des studios Cannon vue de l’intérieur». On peut le voir ci-dessous en compagnie de Yoram Globus et de la réalisatrice Hilla Medalia, lors d’un entretien accordé au «Monsieur Cinéma» de la chaîne Arte, Olivier Père :


    • Souvenirs épars de Bloodsport, d’hémoglobine, d’une belle blonde expressive et d’une armoire à glace capable de faire la « splitte… » On avait été pas mal impressionné dans le temps. Mais on l’était aussi par Toxic le ravageur!

      Reste que ce genre de films reste quand même dans un recoin de la mémoire. J’ai récemment lu Confessions sportives du journaliste Leclerc. L’une de ses personnalités raconte un camp d’entraînement sur le campus militaire de West Point. À la fin du camp, un vétéran gradé était lâché lousse, seul contre toutes les recrues. Malgré plusieurs camps, le gradé racontait que lui, contrairement à ses recrues, n’avait jamais encore été « descendu. » Des images de Rambo me sont alors revenues en mémoire!

    • Mon homage à mr. Golan se limitera à ceci:

      REVENGE OF THE NINJA FTW!!!!!!!!!!!!!!!!

    • Runaway Train d’Andrei Konchalovski, avec Jon Voight et Eric Roberts est un des meilleurs films d’action de tous les temps. Il a aussi une forte dimension métaphysique. Live free or die!
      Le scénario est d’un certain Akira Kurosawa.

    • J’ignorais complètement que Monsieur Menahem ‘Over the top’ Golan avait déjà été en nomination pour un Oscar. C’était un bonhomme comme il ne s’en fait plus beaucoup, on dirait : un type vraiment ‘bigger than life’, un passionné qui aura fabriqué du meilleur et du pire. Par certains aspects, il me rapelle Dino de Laurentiis.

      À part ça, je suis tout à fait d’accord avec goupil, ‘Runaway Train’ était vraiment un moment de cinéma assez percutant.

    • Bon article.

      Pour les fans des films d’actions de “série B” des années 80, la compagnie CANON Group était “La” compagnie de films de référence.

      Je me souviens, à l’ère des VHS, moi et mon frère louions les films de Charles Bronson(en fin de carrière) ou de Chuck Norris. Je voyais toujours ce nom de compagnie qui était … différent des autres compagnies de films “normaux”. C’était “CANON GROUP” et non Universal ou 20 century Fox…. En plus, ces films sortaient directement en VHS très souvent. On savait à quoi s’attendre…. ;-)

      Charles Bronson pourra remercier Golan/Globus pour sa fin de carrière … extraordinaire… ;-))
      Toujours avec un scénario qui lui donne environ 1 ligne à apprendre par heure. Je me souviens où Charles arrive avec un fusil devant un “méchant” qui tentait de violer une femme. Il lui présente son fusil. Le méchant lui demande “Qui es-tu ?”. Chales répond : “La mort”. Et puis, BANG…
      Tu sais, ce genre de réplique.

      Oui, oui, quel plaisir de que voir Charles Bronson refaire toujours le même film avec la même histoire où il tire à bout portant les méchants. Et quelle finale dans Death Wish 3 où Charles et le chef de la police de New-York (Ed Lauter) tirer les méchants avec leurs guns, tout les deux, seuls dans la rue…. Bref…

      C’est effectivement intéressant de voir de l’intérieur cette “pseudo industrie” de films d’action “low budget” un peu de mauvais goût. C’est quand même le portrait d’une époque. Golan/Globus, Mustapha Hakkad (John Carpenter/Halloween), etc etc.

    • https://www.youtube.com/watch?v=zy7YsBEuJfI#t=319

      Un résumé de la carrière à Bronsson (Pour faire suite à BizzBille987)

    • Wow, j’ignorais qu’il en avait produit/réalisé autant!

      Les scènes du rat dans le sac de jute et du lance-flamme sur le pont suspendu dans MIA 2 m’ont toujours fasciné.

      Cobra était pas mal non plus avec le méchant à la sale gueule, Sly & Brigitte Nielsen (la femme de Drago dans Rocky 4). Film mauvais, mais un anti-héros trop cool!

      Over the Top était effectivement très bien, et j’ai adoré l’univers de Cyborg et les prouesses de JCVD (si on exclut les dernières 10 minutes durant lesquelles le méchant hurle sans arrêt!). Fait intéressant : Cyborg était sensé être Masters of Universe 2, mais étant donné le flop au box office du 1er, le script a été ré-écrit et converti en Cyborg!

      Mais le classique des classiques, c’est Blood Sport avec l’Ogre de la Revanche des Tronches : JCVD était tout simplement trop cool et les combats, mémorables!

      Sinon, dans les films trop poches qui m’ont pourtant fasciné figurent 2 perles :

      - The Barbarians (1987) : tellement mauvais que ç’en est bon!
      - American Ninja (disons le 2!) : ouffff, presque aussi bon que Ninja III: The Domination :)

      Incroyable quand même : de 1980 à 1990, il a produit 149 films, dont plusieurs de ceux que je louais en cachette avec mon frère alors que j’avais 8-9 ans :)

      Repose en paix Menahem Golan!

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