Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 5 août 2014 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (24)

    Le renouveau du documentaire, ou la soif ardente de réel

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    En 2012, David Edelstein a tenté d’expliquer le nouvel engouement public et critique pour le format documentaire: ils sont devenus «incroyablement sexy» s’est il exclamé dans sa chronique. Au cours des dernières années, ils semblent en effet s’être défaits de cette image didactique et austère que résume le critique de New York Magazine par la terrifiante injonction : «Les enfants, c’est le temps de retourner en classe».

    Si la popularité statistique des documentaires est difficile à vérifier – leurs profits ont sextuplé entre 2010 et 2011 en Grande-Bretagne, rapportait The Economist, mais ils ne comptaient que pour 1% des recettes au box-office; aux États-Unis, les ventes combinées des billets pour tous les docus à l’affiche en 2010 représentaient les gains du seul film Saw 3D, un «succès modeste», dévoilait de son côté le New York Times – une chose est certaine, l’offre et la demande sont en pleine croissance.

    Les festivals de films leur font de plus en plus de place – ils représentaient 16% du Marché du Film de Cannes en 2013, comparé à 8% cinq ans plus tôt – et des boîtes d’envergure comme HBO, CNN, ESPN et surtout Netflix se montrent de plus en plus généreuses question financement et diffusion.

    Alors qu’est-ce qui explique ce regain d’intérêt pour le documentaire? Côté production, on parle bien sûr des moyens technologiques de plus en plus accessibles et abordables. Pour ce qui est du public, ce désir de «retour en classe» peut se comprendre comme une soif ardente de réel après tant d’années passées à consommer de la fantaisie hyperbolique.

    En 2011, le New York Times remarquait que, parmi les 20 champions du box-office domestique, seulement deux films – The Help et Bidesmaids – proposaient «des histoires réalistes sur la vie américaine, contemporaine ou autre». Tom Shone du Guardian a vu juste en rétorquant :

    En un sens, la renaissance récente du cinéma documentaire se pose comme un anticorps direct aux stéroïdes de super-héros pompés par les multiplexes chaque week-end.

    Plus spécifiquement, un certain groupe de spectateurs s’est tanné des conflits artificiels et des notions simplistes de justice offerts dans bon nombre de blockbusters, du style «Une bataille épique entre le Bien et le Mal. Le Bien triomphe. Toujours.» C’est donc sans surprise qu’on constate que le docu judiciaire et/ou d’investigation, avec son regard infiniment plus complexe sur les enjeux éthiques et sociaux du monde dans lequel et on vit, est devenu aujourd’hui la star du format. Un reportage du Los Angeles Times publié en février précise :

    Depuis que le monumental The Thin Blue Line (1988) d’Errol Morris a mené à la libération du condamné à mort Randall Adams, les films documentaires modernes ont plaidé les procès des individus faussement accusés. Mais à l’époque de la surveillance généralisée et de l’écoute électronique non autorisée, le documentaire américain semble entrer dans une nouvelle ère, une ère dans laquelle le film sur les inconduites de la poursuite ne représentent pas seulement une bouillante exception, mais un thème récurrent.

    Ceci dit, il faut faire attention de ne pas confondre le documentaire avec du journalisme en bonne et due forme, et encore moins avec la réalité; dès lors qu’un objectif de caméra est braqué sur un sujet, ce dernier devient du même coup l’extension de la vision du cinéaste. Comme le note Richard Brody du New Yorker dans un billet mis en ligne en avril :

    Déjà en 1895, le documentaire primordial, le film des frères Lumière sur des employés quittant l’usine de leur compagnie, a été mis en scène par les cinéastes. Et le film qui a transformé leur invention, le «cinématographe», en un spectacle terrifiant, L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat, contient le geste définitif et durable de l’implication mutuelle reconnue; le coup d’œil sur la lentille de la caméra. […] Le documentaire a été défini non pas comme une capture naïve et spontanée de la réalité préexistante, mais plutôt comme une création, une œuvre d’art.

    Le week-end dernier, le prestigieux magazine britannique Sight & Sound a dévoilé sa liste des meilleurs documentaires de tous les temps. Le couronnement du long métrage soviétique L’Homme à la caméra, une symphonie urbaine par voie de mise en abyme agrémentée d’un cocktail formaliste explosif, vient revendiquer la complexité et la force artistique d’un format qui est trop souvent associé au tristounet «exposé objectif».

    La liste de quelque 50 titres, qui se conclut convenablement par La Sortie de l’usine Lumière à Lyon, inclut plusieurs autres oeuvres qui brouillent volontairement la ligne entre réalité et fiction, que ce soit d’un point de vue stylistique, narratif ou philosophique : Grizzly Man (mon film préféré de la dernière décennie) et Lessons of Darkness de Werner Herzog, Moi, un noir et Chronique d’un été de Jean Rouch (à propos, lire ce billet de Brody), The Thin Blue Line et The Fog of War d’Errol Morris, Close-up d’Abbas Kiarostami, Sans soleil de Chris Marker, The Act of Killing de Joshua Oppenheimer (dont j’ai parlé en long et en large) ou F for Fake d’Orson Welles.

    Voici le Top 10 :

    1 – L’Homme à la caméra (1929) de Dziga Vertov

    2 – Shoah (1985) de Claude Lanzmann
    3 – Sans soleil (1982) de Chris Marker
    4 – Nuit et brouillard (1955) d’Alain Resnais
    5 – The Thin Blue Line (1988) d’Errol Morris
    6 – Chronique d’un été (1961) de Jean Rouch et Edgar Morin
    7 – Nanook of the North (1922) de Robert Flaherty
    8 – Les Glaneurs et la Glaneuse (2000) d’Agnès Varda
    9 – Dont Look Back (1967) de D.A. Pennebaker
    10 – Grey Gardens (1975) d’Albert et David Maysles

    Bien sûr, la publication de ce genre de liste va toujours faire des mécontents. Mais il faut quand même admettre que l’omission du travail de l’ONF, en particulier sa période révolutionnaire des années 1960, est plutôt inexplicable. Je pense par exemple à l’oeuvre de Michel Brault, un pionnier du cinéma direct, dont l’influence sur le documentaire est palpable encore aujourd’hui. Les personnes sondées par l’équipe de Sight & Sound auraient peut-être bien fait de prendre connaissance de ce témoignage de Jean Rouch, qu’ils ont célébré deux fois ici, avant de passer au vote.

    Il faut le dire, tout ce que nous avons fait en France dans le domaine du cinéma-vérité vient de l’ONF. C’est Brault qui a apporté une technique nouvelle de tournage que nous ne connaissions pas et que nous copions tous depuis.

    De tous les films de l’ONF, le sublime Pour la suite du monde (1962) de Brault et Pierre Perrault aurait dû être considéré comme un candidat très sérieux. Et ce n’est pas juste moi qui le pense…

    > Avis aux intéressés, vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter


    • Une certaine surprise, en effet. Le cinéma-direct y a sa « représentation » par le biais de Pennebaker? (Ce film… j’en avais tellement détesté le sujet que j’en avais fini par ne pas aimé le documentaire même!)

    • Mes films Québécois préférés sont presque tous des documentaires:
      - Golden Gloves et 24 heures ou plus de Gilles Groulx
      - Le confort et l’indifférence et On est au coton d’Arcand
      - Les Ordres de Michel Brault

      C’est un aspect fondamental et sous-étudié de notre weltbild.

    • Il y a aussi une version de The man with the movie camera qui existe avec une superbe trame sonore du groupe The Cinematic Orchestra

    • Les ordres, un documentaire? Avons-nous la même définition?

    • Le meilleur documentaire, dans sa forme artistique, est LE TRIOMPHE DE LA VOLONTÉ de Leni Riefenstahl. Oui le sujet est odieux ( le congès nazi de Nuremberg), mais l’esthétique de ce documentaire n’a jamais été égalé.

    • zaclock
      6 août 2014
      01h16

      Le “presque” dans mon texte, c’était pour celui-là. Et même si “Les ordres” est techniquement une oeuvre de fiction, Brault a toujours dit s’être inspiré très fortement des véritables témoignages. Les scènes où Jean Lapointe s’adresse au spectateur ne fait qu’ajouter à cela…

    • J’ai de la misère avec la présence de Grey Gardens dans ce top 10.

      Je trouve que les deux femmes dans ce film manquent d’authenticité et ça sens l’exhibitionnisme à plein nez. À partir de là, est-ce qu’il y a encore un aspect “documentaire” à la chose?
      Si l’objectif était surtout de faire une place au sommet à ces deux réalisateurs, il me semble que Gimme Shelter aurait été plus approprié.

      Mais en quoi ils sont pionniers ces gens là, et pour qui au fait? Je sais pas, c’est peut-être parce-que, étant québécois, j’ai eu la chance de visionner plusieurs documentaires de l’ONF, et que, par conséquent, je n’ai rien trouvé de majeur dans les oeuvres de ces cinéastes…

      À moins qu’on les considèrent comme étant les avant-gardistes du principe de la télé-réalité (surtout avec Grey Gardens), mais on n’est plus dans le documentaire là…

      Vous pouvez ne pas apprécier le cinéma direct, mais ça ne rend pas les figures majeures de l’ONF moins significatives pour autant. Leur influence a par exemple été reconnue par les artisans de la Nouvelle Vague française, un mouvement qui a, oui, révolutionné l’histoire du cinéma. -js

    • Un peu honteux en effet cette absence de l’ONF. Le glaneur et la glaneuse était formidable mais, vraiment, si haut que ça au classement? Sans avoir tout vu (les Frederick Wiseman sont durs à dénicher), je comprends mal l’absence de L’Inde fantôme et du Général Idi Amin Dada. Un autre docu, que je n’inclurais pas nécessairement au 50 mais qui est fascinant à plusieurs égards, est Poto et Gabengo de Jean-Pierre Gorin; à mettre en perspective avec le travail de Pierre Perrault sur la langue québécoise, trilogie de l’Ile-aux-coudres et cycle abitibien surtout.

    • @Jozef

      De toute évidence, je me suis mal exprimé.

      Ma critique visait bel et bien les réalisateurs du film Grey Gardens, et leur filmographie.
      C’est l’apport au cinéma direct et au documentaires de ces deux réalisateurs que je mets en doute, et non celui de l’ONF.

      À moins que vous me disiez que ce sont eux qui ont influencé les cinéastes québécois et canadiens oeuvrant dans le documentaire et non l’inverse.
      Mais je crois plutôt que c’est l’ONF le pionnier.

      Vu de même! J’ai mal saisi votre tournure de phrase, pardon. -js

    • Assez belle liste, surpris et ému de voir SANS SOLEIL si haut placé mais pour moi, outre l’ONF sus-mentionné, les oublis majeurs sont Depardon, Cavalier et Van der Keuken. C’est impensable de penser le documentaire aujourd’hui sans ces trois géants.

      Des suggestions issues de leurs filmos? -js

    • Euh, l’intégrale? :-)

      Je blague mais je pense que le documentaire se réduit plus difficilement en film-objet. D’où la difficulté d’en faire une liste. Pourquoi tel Wiseman et pas tel autre? Le sens est sur la durée de son oeuvre, dans la continuité de son engagement, 50 ans à filmer le monde. Même chose avec Depardon, Cavalier, VDK. Je pense que je suis encore plus “auteurist” pour les documentaristes que les cinéastes de fiction!

      Enfin, quand même, quelques films magnifiques:

      Depardon
      - 1974, UNE PARTIE DE CAMPAGNE (sur la campagne de Giscard d’Estaing, interdit pendant 28 ans)
      - SAN CLEMENTE
      - URGENCES
      - DÉLITS FLAGRANTS
      - LA VIE MODERNE

      Cavalier
      - LA RENCONTRE
      - IRÈNE

      Van der Keuken
      - L’OEIL AU-DESSUS DU PUITS
      - AMSTERDAM GLOBAL VILLAGE

      Ah oui, j’oubliais, le plus grand des documents sur l’Amérique: ROUTE ONE/USA de Robert Kramer ne figure pas dans ce top 50.

      Bonus: un autre magnifique doc de Resnais.
      http://youtu.be/Pvl4h8vdGFA

    • 1% c’est pas beaucoup. Le “doc” ne fait pas ses entrées au cinéma. C’est OK pour les festivals mais à quand dans un cinéma près de chez nous?

      Un beau défi! Avec la TV et Internet je ne sais vraiment pas quel documentaire me ferait déplacer au cinéma.

    • Merci Mr Siroka pour cette mine d’information.

    • Un des meilleurs films (qui mélange fiction et documentaire) que j’ai vu est Medium Cool de Haskell Wexler.

      Sur l’édition de Criterion, il y a un excellent documentaire auquel il retourne sur les lieux (dans son film, c’était lee Congrès National des Démocrates) du tournage pendant le G7 qui a eu lieu à Chicago. Assez percutant et très allumé le réalisateur pour son age!

      À voir!

    • Plus qu’une soif du réel du public, le regain du documentaire me semble découler d’un épuisement (pour ne pas dire une exsanguination) des trames narratives du récit de fiction, répétées et re-répétées à satiété.

      Bref, ce n’est pas tant le manque de réalisme des fictions qui stimule le marché du documentaire, mais plutôt la redondance excessive du récit de fiction qui a été surexploité, notamment avec les “films de genre”

      Cette redondance est bien sûr causée par la crainte du risque des studios, et l’utilisation à outrance des ressorts dramatiques populistes.

      Mais aussi, comment faire mieux quand au moins 4 films sur 5 sont des remakes, des adaptations ou des suites?

      Et comment faire autrement quand la machine du cinéma est engoncée dans un taylorisme qui embauche (et produit) davantage des techniciens spécialisés que de réel auteurs-créateurs?

    • D’autre part, en lisant cette discussion sur Brault et le docu-fiction, je ne peux m’empêcher de penser à Denis Côté, qui crée de la fiction, mais souvent filmée comme un documentaire. La scène des matchs de bowling et de curling dans le film du même nom rappelle vraiment le cinéma vérité de l’ONF.

    • “Soif de réel” : je mettrais un bémol. Considérant que la majorité des documentaires qui obtiennent un succès publique utilisent des procédés tirés de la fiction (reconstitution entre autres), ce n’est pas tant du réel dont on a soif que de sa représentation déclarée comme telle. Pour moi, ça va de pair avec une certaine perte de foi envers le pouvoir des images : on s’est tant fait dire que l’image peut mentir que pour retrouver cette foi il faut que l’image déclare ouvertement sa subjectivité, qu’elle annonce ses procédés de “fiction”, comme si cet acte “d’honnêteté” nous rassurait sur la “bonne foi” des images.

      Je ne veux pas critiquer ce procédé, aussi valable qu’un autre, mais il faudrait aussi se rappeler que l’image peut être vraie, que la fiction ou les puissances du faux peuvent aussi créer des vérités, sans avoir à se déclarer comme du “faux” (c’est en partie pourquoi on aime moins la fiction : on n’y croit plus, et les cinéastes non plus, ce qui n’aide pas à nous convaincre).

      S’il y a quelque chose que le cinéma de Pierre Perreault nous a appris, c’est bien la puissance de la fiction (la fabulation disait Deleuze) et de l’image en tant que producteur de vérité. Conclusion hasardeuse : c’est peut-être ça, aussi, qui explique l’absence de Pour la suite du monde de ce palmarès. Cette fabulation n’est plus de notre temps, et à quelque part on s’en méfie. Quant à moi, ça devrait être dans le top 5.

    • « Cette fabulation n’est plus de notre temps, et à quelque part on s’en méfie. »

      Peut-être, en effet. On se méfie de la légende comme d’un mythe, il y a méprise. L’image et la parole légendisante de Perrault sont plus qu’une mise à jour, ou un dévoilement du réel, elles en sont l’invention même. Les grands cinéastes documentaires pratiquent une révélation, une transformation du réel sans le recours au truchement narratif. On avait beaucoup critiqué Perrault à la sortie de La bête lumineuse, pour avoir trop intervenu dans le cours de la réalité.

      On a beaucoup testé le réel ces dernière années, que ce soit en lui appliquant une formule, Supersize me, ou en le harcelant, Bowling; rarement nous avons réconcilié la parole et le geste dans un effort d’invention. C’est pour ça que les scènes entre Poto et Cabengo, de 1980, filmées par Gorin sont une sorte d’image absolue. Elles sont le documentaire pur. Un monde se crée, se façonne, dans la langue inventée et les modelages de pâte qu’elles pétrissent.

      Du côté de la fiction, il n’y a sans doute que Robert Bresson à avoir réussi à construire ces images fictives et vraies, en cousinage avec le documentaire. La danse autour de l’âne est une ronde millénaire qui s’invente encore une fois.

      Merci winslow pour les titres. Et le Resnais est splendide; là nous sommes dans le mythe toutefois, mythe de la matière idéale, parfaite, alchimique : « le monde entier peut être plastifié » disait Barthes.

    • On se méfie de la fabulation, oui, surtout quand elle n’est pas auto-proclamée. C’est le grand problème du cinéma de masse (et de tout ce qui est de masse finalement): la difficile, voire impossible tolérance à l’ambiguité.

      L’ambiguité choque même plus que l’immoralité totale.

      Les gens qui sortent d’un film qu’ils n’ont pas compris ou qui laisse trop au spectateur le choix de l’interpréter sont souvent plus enragés que ceux qui ont assisté à une fiction qu’ils considèrent immorale.

    • @ cinematographe :

      Je suis d’accord avec vous, “Pour la suite du monde” devrait figurer dans le top 5.

      Par ailleurs, je m’explique mal la TOTALE absence d’un film de l’ONF dans ce palmarès.

      J’ai réfléchi à la chose et je ne vois qu’une raison à cet inexcusable oubli : politique.

      À l’échelle internationale, le Québec n’existe pas. Le Canada ? À peine davantage.

      Pourtant, un cinéphile averti devrait tout de même connaître l’importance historique de l’ONF.

      Mais bon, on dirait bien que cela a échappé aux “spécialistes” sondés par l’équipe de Sight & Sound.

    • @kurtz

      Je ne parlais pas du tout d’ambiguïté, bien au contraire! Je parlais du fait qu’on ne croit plus en la fiction comme créatrice de vérité, révélatrice du réel. Il ne faut pas d’ambiguïté pour croire en la fiction, au contraire, il faut la voir comme une fiction.

      Une belle explication rencontrée récemment: dans Waking Life de R. Linklater, deux hommes discutent dans un café de cinéma et l’un d’eux explique que dans un film il y a deux acteurs qui jouent un rôle et qui pourtant crée un moment “qui existe”, et ce moment “qui existe” n’a rien de faux, au contraire, ça fonctionne comme un révélateur. Ce que la caméra capte, ce n’est pas deux acteurs qui jouent un rôle, mais bien ce “qui existe” entre eux, cette révélation. Il se passe quelque chose entre les acteurs, à l’écran, qui n’a rien à voir avec le faux.

      Aujourd’hui, en gros, on ne croit plus à cela, on voit des acteurs qui jouent un rôle, qui sont donc “faux” et de toute façon les cinéastes de fiction n’essaient pas de mettre en scène ce moment “qui existe” car ils n’y croient pas non plus. C’est juste un film, ce n’est pas vrai, c’est une histoire, un divertissement, ce n’est plus un monde qu’on met en scène mais une image.

      Vu aussi enfin Side by Side après la discussion cette semaine et j’ai failli frappé virtuellement James Cameron quand il dit “but when was it ever real?” (répondant à Keanu Reaves qui lui demande s’il pense le CGI comme une illusion qui essaie de se faire passer pour vrai). Mais c’était toujours vrai, M. Cameron, c’est toute la beauté du cinéma (d’ailleurs, Cameron avait aussi inversé l’adage de Godard en disant que le cinéma c’est du mensonge 24 images par seconde). Le cinéma contemporain pense comme Cameron, pas comme Godard (ou Linklater), on fait du mensonge; on ne croit plus aux images, à la fiction, on n’y voit que du faux.

      Et la fabulation, en fait, c’est toute autre chose, pour Deleuze ce concept renvoie à un peuple minoritaire à qui un cinéaste donne la parole pour qu’il puisse s’inventer une identité, se créer un devenir par une parole qui “légende”, selon l’expression de Perreault.

    • Chuis pas mal fatigué, pu de concentration, désolé si c’est sorti tout croche…

    • De mon côté, si je dois établir une liste des meilleurs documentaires de tous les temps, j’irais (dans le désordre) avec…

      - L’homme à la caméra
      - The Thin Blue Line
      - Pour la suite du monde
      - Nuit et brouillard
      - Sans soleil
      - Shoah
      - Tabu
      - Le monde du silence
      - Louisiana Story
      - Häxan
      - Koyaanisqatsi
      - Les glaneurs et la glaneuse
      - Fellini Roma
      - Les Clowns (Fellini)
      - Berlin, Symphony of a Great Story
      - Man of Aran
      - Antonio Gaudi

    • Suis un fan de National Géo alors…
      Mais c’est pas en réaction aux films de fictions car il y a aussi une réalité dans la fantaisie.
      Elle est codée et transposée mais bien réelle pareil!

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