Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 24 juillet 2014 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Commentaires (25)

    Eyes Wide Shut, ou la promesse non tenue d’un cinéma adulte

    sk

    Des pèlerins qui auraient visité le tombeau de Stanley Kubrick peu après sa mort, dans le nord de Londres, auraient été surpris d’entendre un curieux vacarme six pieds sous terre. Le mythique cinéaste a dû en effet s’être violemment retourné dans sa tombe après avoir eu vent de la décision de Warner Bros. de censurer une des séquences de son oeuvre ultime, Eyes Wide Shut.

    Comme on le sait, Kubrick était un maniaque du contrôle; aucun détail, aussi infime soit-il, relatif à la production ou à la distribution de ses films, ne lui échappait. Après que Universal lui eut retiré le droit au final cut de Spartacus, en 1960, il s’était juré de ne plus jamais se retrouver à la merci des studios, de quelque manière que ce soit. Pendant les quatre décennies qui ont suivi, il a réussi à jouir d’une indépendance absolue quasi-inédite, et ce, jusqu’à son dernier souffle.

    Kubrick est mort le 7 mars 1999, quatre jours après avoir projeté la version finale de Eyes Wide Shut à un groupe restreint de collaborateurs et de proches. Il a affirmé que le film était sa «plus grande contribution au cinéma». Qu’un des plus grands cinéastes de l’histoire ait livré à Warner ce qu’il considérait être son meilleur film à vie n’a cependant pas ému les pontes du studio, qui étaient en train d’établir une stratégie marketing au même moment que le monde du cinéma pleurait une de ses légendes.

    Le principal obstacle à la mise en marché de Eyes Wide Shut? Sa nature sexuellement explicite. La version originale s’est fait attribuer la cote NC-17 par la MPAA, ce qui signifie: interdit aux spectateurs âgés de moins de 17 ans, mais aussi, et surtout, une nette diminution de la promotion dans les médias de masse et une frilosité de la part des grandes chaînes de cinémas. Pour obtenir la nettement plus commerciale cote R (les 16 ans et moins doivent être accompagnés d’un adulte), Warner a choisi d’altérer la séquence de l’orgie, en ajoutant des personnages numériques qui voilent les actes les plus osés (on peut consulter ici un comparatif entre les deux versions).

    eyes-wide-shut-uncensored

    La censure de Warner a provoqué un tollé chez les principaux groupes de critiques à l’époque, le New York Film Critics Circle déclarant que la MPAA était «hors de contrôle», qu’elle était devenue «une force punitive et restrictive qui piétine sur la liberté des cinéastes américains», et qu’elle «avait créé sa propre zone de puritanisme impulsif». Roger Ebert, quant à lui, a affirmé à la fin de sa critique positive du film: «Cela montre bien l’hypocrisie morale de la censure, qui peut obliger un grand réalisateur à altérer son œuvre, tandis que par le même processus, elle rend son film pour adultes plus accessible à un jeune public».

    Malgré le fait que la vision de Kubrick n’est pas demeurée intacte, beaucoup de cinéphiles s’entendent pour dire que ces quelque 65 secondes partiellement modifiées n’ont pas porté atteinte à la qualité générale de l’oeuvre. Le problème se situe ailleurs, dans l’échec du film à sauver le mal-aimé NC-17 et, par extension, de légitimer un «cinéma adulte» aux yeux des grands studios et du grand public.

    En effet, l’opportunité était immense: le couple royal d’Hollywood qui s’associe à un cinéaste mythique qui n’a pas sorti de film en 12 ans. Une équipe idéale pour promouvoir la notion taboue d’un type de productions à grande échelle faites par des adultes, qui montrent des adultes faire des activités adultes, et destinées à un public adulte.

    Dans un essai publié dans le magazine Forbes la semaine dernière, à l’occasion du 15e anniversaire de la sortie en salles d’Eyes Wide Shut, Scott Mendelson tente de s’imaginer le destin du film s’il avait conservé sa version originale:

    Il y aurait-il tant de spectateurs adultes prêts à acheter un billet pour voir un drame érotique de 159 minutes coté R mettant en vedette Tom Cruise et Nicole Kidman qui, soudainement, seraient devenus nerveux à l’idée de voir le même film s’il avait été coté NC-17? Je dirais que la réponse est non. Je dirais que Eyes Wide Shut aurait seulement fait un peu moins d’argent, mais prouvé qu’une version NC-17 peut engranger des sommes comparables par rapport au même film coté R, pourvu qu’elle ait obtenu les mêmes opportunités en terme de marketing et de distribution.

    Aujourd’hui, un autre film très attendu à saveur sexuelle est en train de susciter la conversation. Fifty Shades of Grey, dont la bande-annonce a été dévoilée ce matin, est basé d’après une série de romans pour adultes monstrueusement populaire qui dépeint la relation teintée de sado-masochisme entre un playboy millionnaire et une jeune ingénue.

    Malgré l’immense (et aujourd’hui indispensable) «brand recognition» dont jouit la production, le studio a préféré opter pour la prudence, y allant d’une illustration relativement soft pour dépeindre l’action, et ainsi se qualifier pour la fameuse cote R. Pour reprendre l’argument du producteur Michael De Luca : «Évidemment, le film ne peut être aussi explicite que le livre».

    Comme ça, les mères de 40-50 ans – le public cible de la trilogie romanesque – pourront aller voir le film accompagnées de leurs ados sans souci… Et on peut aussi présumer que ces mêmes mamans auraient fui comme la peste une hypothétique version NC-17 de l’adaptation cinématographique des romans hard qu’elles ont pourtant dévoré avec passion…

    Pour reprendre la réflexion de Mendelson : Dans un univers alternatif où Eyes Wide Shut avait été distribué dans sa version originale, serait-on aujourd’hui en train de se préparer à la venue du premier véritable blockbuster S&M de l’histoire d’Hollywood?

    À lire aussi :

    > Après 22 ans, le NC-17 n’a toujours pas la cote
    > Eyes Wide Shut : «Un jour, j’ai eu une illumination»
    > Le prix (élevé) du cinéma pour adultes


    • La bande-annonce de Fifty shades me laisse penser que ça va être un 9 1\2 week avec moins de subtilités, moins d’érotisme, on est a un époque victorienne je dirais, faut pas trop en montrer, Nymphomaniac de Lars Von Trier est passé sous les radars, si on était en 1977, c’eut été un succès au box office, , même chose pour Eyes wides shut, si ce film était sortie en 1976, c’était le succès assuré, mais en 2014, oubliez ça. Autres temps, autres mœurs.

    • Oui teddybear. Quand on pense que Barbet Schroeder tournait Maîtresse en 76! …mais c’était en France, cinquante tons plus loin d’Hollywood qui aura finalement toujours été prude.

    • re: la bande-annonce de Fifty Shades: j’adore comment le sexe est vendu comme un film d’horreur! Personne ne pourrait savoir qu’il s’agit d’un drame romantique érotique (ça ne le sera pas vraiment, j’imagine) à partir de cette B.A. Ça ressemble à un mauvais roman de Mary Higgins Clark (ça existe encore?): jeune fille innocente se fait séduire par un bel homme riche et apparemment chevaleresque jusqu’à ce qu’elle découvre son passé sombre et secret: il aime le sexe! L’horreur! Suspense! Va-t-il l’attirer du côté obscur (du sexe sans amour! ça cause des maladies selon Carax, faut faire attention) ou réussira-t-elle à le ramener dans le droit chemin de la vie conjugale?

      Mais où est passé Gus van Sant?

    • Pour moi la bande annonce de Fifty Shades cela me fait penser à du Harlequin mais plus érotique ou même du Twilight mais pour la madame plutôt que les jeunes ados…

      Pour Eyes wide shut, ici au Québec et notamment à la télé , c,est la version originale qu’on a vu, non censurée ?

      La cote n’est que de 13 ans et plus.

      Je me souviens plus si j’ai vu cela à Radio-Canada ou à la CBC il ya plusieurs années en fin de soirée.

      J’avais pas mal plus que 18 ans, par contre…

      Mais oui, il faut vraiment être hypocrite quand les scènes ne durent que quelques secondes et s’en plaindre ou vouloir les censurer, c’est bien évident qu’ils les ont alors regardée au ralenti et en mettant le zoom dessus…

    • @lecteur_curieux

      Je me souviens assez clairement de mon visionnement de Eyes Wide Shut au cinéma. J’avais 15 ans, j’étais en voyage avec les parents et la soirée seul je m’étais pointé au cinéma et je me souviens d’avoir eu le choix entre Eyes Wide Shut et Deep Blue Sea, j’étais pas très cinéphile à l’époque, mais je l’étais assez pour être curieux étant donné que je connaissais Kubrick de réputation et aussi assez pour savoir que Deep Blue Sea semblait vraiment mauvais.

      Je me suis retrouvé dans une salle complètement vide où j’étais littéralement seul, à 15 ans, devant ce “drame érotique pour adulte”.

      Tout ça pour dire, pour ces raisons je garde un souvenir très clair du film, et je me souviens que la version en salle à l’époque était celle censurée.

    • Au cinéma, mises à part les scènes de bestialité, sado maso et autres perversités causés par les dérèglements de touts sortes reliée à la sexualité, est-il encore nécessaire de nos jours de couper ou de censurer ce qui se fait de ce côté-là? Même l’ado le plus innocent ou naïf peut se renseigner et voir tout ce qu’il faut savoir sur le sexe.

      Je ne dis pas qu’il faut tout laisser passer en faisant oh! et ah! La vigilance est toujours de mise surtout pour ce genre de cinéma. “Salo ou les 120 jours de …” de P.P. Pasolini. A mes yeux cette œuvre-là est une ordure et rien d’autre. Le sexe est à présent un article que l’on peut se procurer au même titre que le dernier gadget que tout le monde veut avoir.

    • La version présentée au Canada était donc celle censurée ? Et à la télé aussi ? Disons celle doublée ?

      Je ne le sais pas perso. Pour moi, c,est plus l’aspect psychologique qui devait jouer et dans cette scène bien que je me rappelle les corps et des actes mais en arrière plan, c’est plus la société secrète voir un peu la secte qui m’inquiétait. Des sites aussi embarquent là-dedans mais semblent être des adeptes des théories du complot.

      Par ailleurs, je vois aussi des contradictions sur le web au sujet de cette censure. Dans des anciesnarticles ou des sites. Certains disent que ces images de synthèse sont apparues selon la volonté de la Warner et que Kubrick ne les auraient pas voulues mais d’autres disent que c’est Kubrick lui-même qui les a voulues pour déjouer la censure.

      http://www.kubrick.fr/cruisentretien.htm

      Ici , Cruise dit que Kubrick l’a fait mais en y étant obligé … Mais avant de mourir…

      ” Stanley avait exigé que rien ne soit coupé au montage final. C’est donc la solution à laquelle il s’était résolu pour satisfaire la censure. ”

      http://www.banq.qc.ca/HighlightPdfWithJavascript/HighlightPdfWithJavascript?pdf=http://collections.banq.qc.ca/retrieve/4522426&page=8#navpanes=0&search=%22eyes%20wide%20shut%22

      Selon le producteur Jan Harlan, l’idée venait de Kubrick. Un producteur reste un producteur même s’il est parent (beau-frère) avec le réalisateur.

      http://www.banq.qc.ca/HighlightPdfWithJavascript/HighlightPdfWithJavascript?pdf=http://collections.banq.qc.ca/retrieve/4623057&page=4#navpanes=0&search=%22eyes%20wide%20shut%22

      L’article sur Todd Solondz dit aussi que c’est Kubrick qui l’avait fait…

      http://www.ecrannoir.fr/films/99/eyes/ews_tournage2.htm

      La volonté vient de la Warner mais c’est Kubrick qui a numérisé les images ?

      ” … Warner a fait cacher les parties intimes des acteurs et actrices du film par un effet digital.”

      (…)

      ” Mais Kubrick ne voulait sûrement pas que son film soit coupé, à la rigueur censuré par ce NC-17. Finalement 65 secondes d’images “explicites” seront numérisées par lui-même. ”

      Cela peut venir ajouter au débat… Et la critique peut être plus contre la MPAA que contre la Warner. Mais personne aime la censure ici…

      Cela fait quand même une différence… Vouloir sauver la cote ou considérer que le film ne mérite pas cette cote NC-17.

      Allons quand même dans l’autre sens :

      http://www.kubrick.fr/ewscritiques.htm

      ” Jan Harlan a alors procédé à des retouches visuelles… ”

    • Comme toujours, ces petites controverses autour des films de Kubrick finissent par prolonger l’œuvre de manière intéressante. Il y a donc deux films qui circulent, ou qui existent, l’un masqué et l’autre pas. Exactement ce que cette scène prédit : il y aura désormais un démasqué parmi nous, et ce sera au péril de sa vie sociale (la vie du film). Kubrick aurait malgré tout bien apprécié qu’au fil des années son film se fasse démasqué peu à peu par les spectateurs; car après tout, la position du cinéphile suppose une sorte de regard masqué lui aussi.

    • Je pense que les humains (surtout les Américains) ont terriblement peur de leur animalité. Une représentation graphique de l’acte sexuel, ou des organes impliqués, est comme une rétrogradation de notre statut, auto-proclamé, d’humain — donc supérieur.

      Perso, dans le film THE SHINING, la scène de l’ours libidineux qui vient, semble-t-il, de fellationner un partenaire qui ressemble à Donald Rumsfeld (!), m’est restée comme une des scènes des plus déstabilisantes jamais visionnées au cinéma; pourtant les protagonistes sont habillés, même déguisés de la tête aux pieds, mais sa force réside dans la suggestion — comme le bébé/démon de ROSEMARY’S BABY que l’on ne voit jamais.

      https://www.youtube.com/watch?v=7aLNa1RfkIY

      La littérature procède exclusivement de la suggestion et commande la participation du lecteur et de son imaginaire. Il y a autant de nuances de gris que de lecteurs dans la lecture d’un roman. Le problème du cinéma vient qu’il « fixe » la suggestion, donc réduit la plupart des imaginations, et dans le cas des représentations graphiques de l’acte sexuel dans EWS de Kubrick, c’est la honte de nos origines animalières qui remonte sans doute dans la tête des censeurs (collectivement, on a les censeurs qu’on est). Et il est préférable de se fermer les yeux…

      Par ailleurs, touché ou pas retouché, je ne trouve pas que EWS est un très bon Kubrick. Et Ebert (merci de m’avoir redonné l’occasion de relire la belle plume de ce grand passionné) a raison de désavouer la finale explicative, et plutôt plate, du film. Kubrick, contrairement à un Spielberg manichéen (surtout de cette époque, et en excluant MUNICH) nous avait habitué à être abandonnés avec plus de questions que de réponses à la fin de ses films. En particulier, la finale de 2001, ODYSSÉE DE L’ESPACE est tout — sauf une finale.

    • Je ne pense pas que le cinéma « fixe » la suggestion qui serait proprement littéraire, il la déplace simplement, lui permet de se jeter avec autant d’avidité sur un autre terrain.

      2001 et EWS n’ont-il pas le même dénouement? La fécondité en réponse aux tabous masqués, sexe et meurtre (l’œil sans visage est un masque).

    • “Évidemment, le film ne peut être aussi explicite que le livre” Pourquoi? Des enfants risquent de le voir? Plus de chance qu’ils tombent sur le livre sans se faire prendre que sur le film!

    • Pour 50 Shades of grey, je trouve déjà que les livres semblent très peu érotiques. De la romance érotique…

      http://www.lepoint.fr/culture/fifty-shades-n-est-pas-un-roman-erotique-16-10-2012-1517622_3.php

      Ouais du vrai photo-roman, roman-savon, soap d’après-midi… avec un peu de piment et c’est tout.

      C’est déjà soft au max et puritain sans bon sens… Imaginez le film…

      Pas de danger qu’un ado, un gars puisse vouloir voir cela en haut de 13 ans… ou encore peut-être certain mais rendu à 15-16 ans… plus rien là-dedans ne va les émoustiller…

    • Dire qu’on a manqué ça. La version originale change tout. Merci pour le lien Jozef et je comprends Kubrick de se retourner dans sa tombe.

    • bah pour 50 shades, c’est le même paradoxe que le livre… Un contenu adulte écrit dans un langage de 5è année du primaire.

      Je pense que la quête absolue de la cote R est une des nombreuses raisons qui font que certains créateurs migrent vers les séries télé.

    • Perso, j’ai de sérieux doutes sur la qualité des analyses statistiques et des stratégies de marketing utilisées par les grands studios de production, de manière générale. Les sommes gigantesques dépensées pour faire des films horriblement médiocres (ex. Transformers) juste pour une clientèle d’ados me lèvent le coeur.

      Lorsque j’étais moi-même ado, les films à gros budget étaient souvent de bien meilleure qualité, ils nous étaient souvent interdits en raison de la violence (on devait trouver moyen de les voir), et généraient malgré tout des revenus appréciables pour l’époque.

      À ce que je vois, cependant, les changements à Eyes Wide Shut – magnifique film avec des scènes atmosphériques remarquables et un message social pertinent – ne sont pas si graves. Si quelqu’un regarde ce film seulement pour la scène de l’orgie, cette personne ratera l’essentiel !

      Je pensais qu’on avait retiré des séquences complètes contre la volonté de Kubrick – j’avais cru avoir lu celà quelque part. Ç’aurait été bien pire.

      Quant à Fifty Shades of Grey, c’est une histoire minable. SVP évitons de le comparer à un chef d’oeuvre comme Eyes Wide Shut.

      Fifty Shades est un ramassi de stéréotypes sexistes, le fantasme immature d’une auteure à propos d’une fille incapable d’accomplir quoi que ce soit dans la vie par elle-même, et qui espère être sauvée par un milliardaire playboy de 26 ans. Puérile et inintéressant. C’est l’équivalent de Transformers, pour les adolescentes. Ils peuvent bien censurer le film en entier, ça ne ferait que rehausser la qualité du cinéma !

    • @timmy_m

      1. Votre vision des blockbuster de votre jeunesse est purement biaisée par la nostalgie. Vous vous rappellez des bons films mais vous oubliez les très mauvais aussi. Ils se dépensaient alors des fortunes pour des films très mauvais aussi. (mauvais dans le sens qu’ils ne réussissent pas à être un bon divertissement comme tel est leur intention).

      2. Pour la censure de Eyes Wide Shut : Votre attitude de “bah c’est pas ça l’important dans le film” est symptômatique justement de notre puritanisme collectif à ce niveau là. Combien de fois on a entendu des gens dire face à une scène de nudité “était-ce vraiment nécessaire ?”, pourtant on pose cette question là seulement face à la sexualité parce que ça nous dérange, mais jamais pour d’autres genres de scène. On aurait coupé une scène anodine du film les gens auraient dit que ça aurait été gratuit et que ça brime la vision de l’auteur et bla bla bla, pourtant quand on argumente un peu de la même façon, à part quelques scènes clés, la plupart des morceaux d’un films sont rarement absolument “essentiel” à l’oeuvre en général, mais on les respecte parce que c’est une oeuvre. Pourquoi on respecte pas les scènes à caractère sexuel de la même façon ? Le film ne repose pas sur le fait de voir une orgie, mais le film ne repose pas seulement sur la plupart des scènes du film. C’est un tout, une entité. C’est de la censure gratuite que de vouloir à tout prix cacher tout ce qui est trop sexuellement explicite (comme si c’était dangereux pour la société…)

    • À noter que Eyes Wide Shut est classé 13+ au Québec.

    • @remington

      Mon point concernait le public cible visé par les films à gros budget. Ça n’a rien à voir avec la nostalgie.

      Prenez le film avec le plus gros budget en 2014: Transformers IV. Ce film a été conçu spécifiquement pour la clientèle adolescente (13-19 ans). Le film est sans intérêt pour les adultes, même ceux qui ont grandi avec les dessins animés de ces robots. Plusieurs autres films à gros budget des dernières années visent cette clientèle (ex. le reboot inutile de Spider-Man).

      Comparez avec les films qui avaient les plus gros budgets dans les années 1980-1990 (où même avant). Par exemple: Die Hard, Total Recall, Terminator 2, True Lies, Titanic, etc. Il y en avait des mauvais sur le tas, mais la grosse différence était qu’ils n’étaient pas réalisés uniquement pour les ados. Le public cible était soit un public adulte (Total Recall) ou encore c’étaient des films pour toute la famille.

      La raison de ce chanement, à mon avis, est que les studios ont fait une grande “découverte” statistique durant les dernières années: les ados sont très, très réceptifs à la publicité, et répondent au marketing viral de manière spectaculaire.

      Par conséquent, on oriente le contenu des super-productions à partir de focus groups faits sur des ados, on adapte les films pour eux, et on y consacre les plus gros budgets.

      Il s’en suit que les studios seront encore plus frileux de diffuser des films avec une cote NC-17.

      SVP, ne déformez pas mon argument comme un homme de paille afin de le réfuter.

      Pour votre deuxième point, c’est un bon argument. La NCAA devrait mettre la pédale douce et être plus tolérante.

    • ”Eyes Wide Shut, ou la promesse non tenue d’un cinéma adulte”

      Est-ce qu’on peut faire un parallèle avec Caligula, film érotique des années 70, gros noms au casting, genre Malcolm McDowell, Peter O’Toole et Helen Mirren ?

    • Message précédent: je voulais dire MPAA, et non NCAA !

    • ”La raison de ce chanement, à mon avis, est que les studios ont fait une grande “découverte” statistique durant les dernières années: les ados sont très, très réceptifs à la publicité, et répondent au marketing viral de manière spectaculaire”

      En effet c’est connut, les ados vont aller le même film durant l’été a deux, trois, voire même quatre reprise, sinon plus.

    • EWS est un de mes films préférs, je l’ai vraiment aimé même s’il n’est habituellement pas considéré parmi les meilleurs de Stanley Kubrick.

      Concernant la scène de l’orgie modifiée, je suis d’accord avec remington (27 juillet 2014 14h42). Même si on peut très bien apprécier et saisir le propos du film sans la scène originale, la masquer de manière hypocrite nuit à l’oeuvre dans son ensemble et à l’ambiance supposée régner durant toute cette scène. Masquer les actes plus explicites édulcore tout le processus mis en place par le réalisateur sensé nous frapper en plein visage à quelques reprises durant le film, tout spécialement durant cette scène!

      Bref, je dénonce avec véhémence… mais je ne suis guère surpris par Hollywood (un peu quand même étant donné le réal. en question).

    • 50 Shades of Grey n’était pas un grand roman mais plus un Harlequin avec du spicy qui se termine de façon hyper cucul avec la demande en mariage du “sadique”. Bref, le film ne peut être que mauvais et peu importe la cote (16 ou 18+ au QC) qu’il se verra attribuer, toutes les femmes qui ont lu le livre iront voir le film et ça me surprendrait bien qu’un/e ado aille voir ça avec sa mouman… :-)

      Pour ma part, je vais attendre les critiques qui seront sûrement assassines rien qu’à voir l’extrait montré… Quant à Eyes Wide Shut, je me suis toujours demandé si j’avais ou non apprécié ce film et qu’il ait 65 secondes de moins ou de plus ne changera rien à mon questionnement; trop long et trop emberlificoté!

    • Pour Mendelson c’est sa thèse son essai mais personne à ce moment là avait pour objectif de sauver la cote NC-17. Pas les critiques qui blâmaient surtout la MPAA mais qui se méfiaient aussi de la désinformation possible de la Warner ( modifications voulues et faites par Kubrick, ce que Mendelson croit pratiquement impossible), pas la Warner et pas Kubrick lui-même, s’il a su ou anticipait le verdict à venir…

      Pour la sc`ne au complet, elle est sur le web… Je crois toujours que c’est surtout un drame psychologique plus qu’un drame érotique malgré cela…

      Et je trouve la critique de Serge Kagankis à l’époque excellente…

      http://www.lesinrocks.com/1999/09/01/cinema/actualite-cinema/eyes-wide-shut-lodyssee-du-sexe-et-de-langoisse-11229488/2/

      ” Décidément, les censeurs ne comprennent rien à rien, et surtout pas les modes de représentation, car chez Kubrick, nulle pornographie, nulle intention graveleuse (ce dont certains se plaindront) : le sexe, cette grande affaire sur laquelle on a fait mousser le film, est ici mis à distance, stylisé, chorégraphié et, au final, éminemment kubrickien. C’est-à-dire aussi bandant qu’un concept, aussi érotique qu’une cérémonie maçonnique : purement plastique et cérébral. Harford est complètement perdu dans ce labyrinthe nocturne et s’en tient à une constante : il ne baise pas. ”

      Cette vision de la chose est plutôt conforme avec ce que je me rappelle de mon visionnement mais rappelons-le sur un simple téléviseur et une seule fois. Pour moi, cette oeuvre est plus complexe que ce que je peux en avoir compris à l’époque.

    • Les images non numérisées/censurées sont toutes là :

      http://www.europe1.fr/Cinema/Ces-scenes-de-sexe-qui-ont-marque-le-cinema-1757329/

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