Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 11 juin 2014 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (25)

    Godzilla : cultiver la distance

    godzilla-poster

    Godzilla est une drôle de bibitte. D’un côté, il y a les conclusions des cyniques blasés anti-Hollywood qui, se fiant sur la campagne marketing, n’ont pas tardé d’y aller de platitudes telles: Un autre gros blockbuster à 200 millions $ conçu à grands coups d’effets spéciaux, fort sur la destruction à grande échelle et faible sur la caractérisation des personnages… Et ils n’ont pas tout à fait tort, sauf que, d’un autre côté, force est de constater qu’il ressort un certain élément de grâce à travers tout ce chaos numérique.

    On l’admet, ce reboot de la fameuse franchise japonaise ne s’annonçait pas des plus prometteurs, surtout lorsqu’on considère le précédent effort du genre: le navet de Roland Emmerich portant le même titre, sorti il y a 15 ans. Peut-être dans l’espoir de ne pas répéter cette erreur, le studio, Warner Bros., a décidé de confier sa mégaproduction à un cinéaste à peu près inconnu, Gareth Edwards, dont le seul fait d’armes était un film de science-fiction indépendant qui jouissait d’une réputation aussi discrète que favorable.

    Cette relation inusitée à la David et Goliath amène une question inévitable: quel apport créatif Warner a-t-il légué à Edwards? J’ai ma petite hypothèse aucunement scientifique là-dessus: le jeune réalisateur britannique savait évidemment qu’il ne pouvait pas avoir le beurre et l’argent du beurre, et a habilement choisi ses batailles.

    Le scénario? C’est vous le boss! Allons-y avec le bon vieux arc émotionnel qui repose sur la famille nucléaire blanche, composée d’une mannequin, d’un jock, et d’un garçon/fillette cute et muet, qui sont forcément séparés pour pouvoir mieux se retrouver lors d’un happy end mielleux. Et les dialogues? OK, une bonne partie du public préférerait plonger sa tête dans un baril de déchets toxiques que d’avoir à endurer cette énième scène archi-fade entre le «père absent» et le «fils qui veut se prouver», mais attendez, le meilleur est à venir!

    Après pratiquement une heure de drame familial, Godzilla se métamorphose subitement en un film d’action et de suspense avec le réveil d’un premier monstre, le MUTO (Massive Unidentified Terrestrial Organism), et on ne peut que se féliciter de notre patience. Je veux dire, quand le truc sort de sa tanière, il est massif, lourd et tellement inquiétant; on a presque le goût d’applaudir. Il y a enfin quelque chose qui se passe! Tassez-vous les humains plates, une vraie star vient de faire son entrée.

    Mais le MUTO n’est qu’un préambule au héros incontesté du film, et c’est là que le talent d’Edwards se manifeste véritablement. Quand on voit Godzilla pour la première fois, on est un peu perplexe. Pour reprendre la description d’A.O. Scott du New York Times, «Il semble grincheux et fatigué, ainsi que plus épais autour des bajoues et du ventre», ou celle de Grantland : «Il est mi-Dragon de Komodo, mi-Robert Duvall… il est peut-être devenu trop vieux pour ces conneries». En effet, Godzilla n’a pas trop l’air content de nous voir et, tant le public que le studio (j’aime croire), nous sommes presque gênés de l’avoir réveillé pour une énième fois. Mais il demeure quand même une créature qui a les valeurs à la bonne place, et il n’abandonnera pas l’humanité à son sort.

    Godzilla-2014

    En guise de «respect», Edwards refuse de trop en demander à son vieux lézard radioactif, et garde sa caméra en retrait autant que possible. Souvent, Godzilla est enveloppé par un épais brouillard; lors d’un plan particulièrement lyrique, on ne voit que sa queue, qu’il agite doucement avec une majesté semblant provenir d’une délicate comédie musicale. Parfois, on le voit en direct à la télévision, le cauchemar SF ainsi ramené dans la sphère quotidienne; oui, c’est bizarre de voir un monstre prendre d’assaut une métropole mais, en même temps, on commence presque à être habitué de vivre des horreurs sans nom par l’entremise des chaînes de nouvelles en continu. Et lorsque Godzilla doit passer à l’action, le réalisateur s’assure d’orchestrer des batailles succinctes et pragmatiques, rarement plus de 60 secondes, et filmées à l’aide de plans d’ensemble. En somme, une approche anti-Michel Bay.

    Cette philosophie visuelle relativement non-intrusive, qui nous invite à une expérience sensorielle intense au lieu de nous l’imposer, permet au spectateur de prendre un peu de distance par rapport au blockbuster, tant celui qui se déroule devant ses yeux que le concept du divertissement cinématographique à l’Américaine. En ce sens, le clin d’oeil le plus futé du film survient lors d’une très brève scène – un insert, vraiment – qui montre une image télévisée d’un MUTO qui détruit la tour Eiffel. Sauf que, on finit par réaliser qu’il ne s’agit pas du fameux emblème parisien, si souvent annihilé par Hollywood pour illustrer l’apocalypse imminente, mais bien de sa reproduction kitsch à Las Vegas. Une savante raillerie de l’appropriation de l’universel de la part des USA via leurs films-catastrophe.

    Dans la conclusion de sa critique publiée dans le New Yorker, Anthony Lane propose son Godzilla de rêve : «Pas de développement de personnages, pas de trame de fond, pas d’enfants avenants, juste des allusions et des aperçus d’une puissance incommensurable – assez pour vous faire sursauter, trembler, suer et finir par en redemander. Heureusement, cet idéal existe déjà, et il ne nécessite que deux minutes, pas deux heures, de votre temps. Alors, laissez-faire Godzilla, le film. Regardez la bande-annonce».

    Même si on peut s’amuser (ou se choquer) de ces propos intentionnellement provocateurs, il faut admettre que cette b-a était peut-être trop bonne pour le propre bien du film. Il était en effet devenu carrément irréaliste de s’imaginer un résultat final dépassant la perfection de l’aperçu. D’autre part, quand Lane parle de «trame de fond», il fait évidemment référence à toute l’intrigue qui concerne les humains dans Godzilla, dont la véritable fonction, pour être franc, est de remplir les trous entre les apparitions des monstres. Il y a une exception notable cependant, quoique ce n’est pas la psychologie des personnages qui est mise de l’avant ici, mais plutôt la qualité quasi-abstraite de leurs corps en mouvement dans un sublime ballet aérien, séquence que commente Edwards dans cette vidéo du New York Times.

    Et revoici le cinéaste qui discute de son approche «sérieuse» et de l’influence du jeune Spielberg sur Godzilla (le film d’Edwards clonant carrément les formules derrière Jaws, Close Encounters ou Jurassic Park, selon cet essai publié sur Slate).


    • J’ai vu Godzilla récemment et bien que j’anticipais l’aspect mélodramatique humain à la suite des critiques que j’avais lu, j’ai été agréablement surpris du résultat. En fait, je dirais que là où les “24″ de ce monde abusent vraiment beaucoup des liens familiaux brisés et transforme invariablement un des parents en superhéro, Godzilla a le mérite, voire la finesse, de faire évoluer ces histoires par petits bouts, quasiment en background. Franchement, belle surprise…

      p.s. Parlant de Micheal Bay: j’ai écouté les dernières 30 minutes du plus récent Transformers qui passait à la télé cette semaine. Mon dieu…! #incroyable #scriptfail

    • C est juste que c est un theme facile et tres tentant à exploiter dans cette époque de possibilités technologiques . On a vu Hulk dépasser la logique de la technologie et maintenant on est confronté à un sujet qui fait plus dans le mythique que le héros.

      Moi j aimais bien le vieux modele caoutchouc japonnais et toute la trame dramatique qui l entourait. Il y a un je-ne sais-quoi qui clashe entre un film de Godzilla et une production moderne ,lechée ,calculée et cadrée à la perfection. Au même titre d ailleurs ,et vous m en excuserez, que ce genre de film ne demande pas une analyse exhaustive de laquelle on tente d élucider le mystere de la caramilk…

      Et malgré tout cela c est un sujet qui attire et suscite la curiosité . Parlez en en bien….

      Qu’est-ce qui vous a tant déplu dans le film que vous me reprochez le seul fait d’en parler? -js

    • C’est drôle, concernant la remarque d’Anthony Lane, je pensais exactement l’inverse. Je trouvais que, dans le genre, le film ne s’assumait pas assez, à l’image d’un Pacific Rim, par exemple.
      J’aurais aimé voir Godzilla se battre pendant 1h30 et qu’on nous épargne l’aspect human beaucoup trop lourd. À 3 reprises dans le film on aperçoit le gros lézard sur le point de se battre et on nous coupe ça sec. Le film ”terrifiant” d’un monstre qu’on ne voit presque pas existe déjà et il s’appelle Cloverfield.

      Je pense que vous avez mal lu la remarque de Lane, il dit justement qu’il devrait avoir encore moins d’aspect humain : «Pas de développement de personnages, pas de trame de fond». -js

    • @ noirod
      Je vous rejoins dans le sens qu’il aurait été intéressant que ça soit
      les japonais qui fassent leur version 2014 du monstre. Quitte à y
      aller complètement avec un personnage à l’intérieur d’un costume…

      Un autre film qui sera sans doute « délocalisé » c’est « Akira » mais
      je n’ai pas hâte de voir ce que les studios d’hollywood vont en faire…

    • @noirod

      Tous les films pourraient passer au crin d’une analyse exhaustive, ne serait-ce que, dans le cas des médiocres, pour nous apprendre ce qu’est la médiocrité. Et les blockbusters américains sont toujours fascinants à décortiquer, qu’ils soient réussis ou non, tant ils cristallisent parfaitement un certain zeitgeist idéologique, cinématographique ou les deux.

      Tiens, l’aspect humain beaucoup trop lourd, comme dit thythoutrust avec raison: c’est très spielbergien, Godzilla, mais même avec son sentimentalisme (que l’on exagère quant à moi), les personnages de Spielberg sont milles fois plus complexes et mieux développés que les archétypes qu’on a ici. Quel gâchis, tout de même, de voir Cranston, Binoche (apercevoir dans son cas), Straitharn et Hawkins s’embourber dans des rôles aussi ingrats, il n’y a que Ken Watanabe qui s’amuse follement (et nous avec lui) avec son personnage. La première partie est pénible, alors bien sûr qu’on attend avec hâte qu’il émerge Godzilla, qu’on les écrase une bonne fois pour toutes ces caricatures d’humains (surtout le personnage principal, zéro charisme).

      On attend les taloches, la boxe monstrueuse, mais finalement on nous coupe les scènes rapidement pour nous ramener aux humains. Watanabe nous dit “il n’y a rien à faire, il faut les laisser se battre, c’est la Nature” et on est bien d’accord avec lui, mais il y a ce maudit général qui lui dit “non, les hommes ne se laisseront pas faire!” Alors voilà, on vient de résumer le cinéma hollywoodien contemporain: plus personne ne veut voir des hommes, on veut des monstres, des super-héros, du spectacle quoi, mais Hollywood refuse de faire cela, il faut rester plus près de la tradition, ce serait un changement trop brusque, alors on se retrouve avec des humains sans intérêt, mal écrits, mal mis en scène, qui empêtrent le pur spectacle. Ce qui donne des films bancals, comme Godzilla, ou des super-héros avec des problèmes “moraux” d’une parfaite insignifiance. J’aimerais garder mieux l’homme au centre des films, mais si on le traite avec autant d’indifférence, aussi bien s’en débarasser.

      Quant à moi, Michael Bay est en avance sur tout les autres: fuck l’homme, vive les robots. Au moins c’est honnête.

    • Le bon vieux costume aurait pu marcher, je viens de trouver ces images sur YT :
      https://www.youtube.com/watch?v=HGAggwEEvhM
      C’est le travail d’un vrai fan, on voit le résultat final avec ces images :
      http://theawesomer.com/the-ultimate-godzilla-cosplay/282189/
      Chapeau !

    • @ cinefilm – désolé, mais de nos jours, les japonais ne font pas de très bons films, surtout dans le domaine fantastique et science fiction. Le style est lourdement influencé par les éléments d’animés et de manga, tapissé d’effets spéciaux et les acteurs… ne sont pas très bons!

      Sans blague, il y a une poignée d’artisans – acteurs, réalisateurs, etc – qui pondent des petits bijoux, surtout dans les drame et les films policiers, mais c’est tout.

    • Le film a tout plein de défauts, le principal étant d’être beaucoup trop long dû à du développement de personnages vraiment vide et interminable.

      Cependant, quand je vois du monde chialer sur le fait que c’est pas le monstre en caoutchouc je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est purement de la nostalgie mal placée. Ces films là ils existent, les japonais en ont fait plein. La nouvelle version CGI nord américaine est rafraichissante, elle est de loins la version qui nous donne la plus importante impression de grandeur, en plus d’être très fidèle aux éléments de base du design du fameux Godzilla de caoutchouc. On est loin de la version de Emmerich où on avait absolument tout éliminé du personnage de Godzilla pour en garder que le nom et le fait que c’est un gros lézard, et où on en avait fait un genre de gros T-Rex qui pond des oeufs de vélociraptor. Je ne vois pas comment on peut chialer sur cette version du monstre d’un point de vue purement design. Ça fonctionne, c’est fidèle à l’orignal, il donne des frissons et est intéressant à regarder se battre.

      Je suis le premier à dire que le CGI ne doit pas être utilisé partout et que dans beaucoup de cas on gagnerait à utiliser des marionettes ou des costumes, mais dans le cas de Godzilla 2014, je vois juste pas ce que les marionettes auraient apporté au film.

    • @allonsvoyons
      Ma proposition « de costume »pouvait ressembler à de la nostalgie mais pas
      du tout. Je me disais qu’idéalement ça aurait été aux japonais de faire ce genre
      de film de monstre. D’accord avec vous sur le fait qu’on a perdu la main dans
      le domaine (fantastique et science fiction). En tout cas ça semble être le cas.
      J’ai en mémoire la sortie, pas si lointaine, d’une adaptation cinéma de la série
      jeunesse « Albator » (animation 3D). Selon ce que lu comme critique les visuels
      du film étaient super… mais le scénario pas très bon.
      (J’ai regardé sur le web pour « Akira », le film semble dans les tuyaux mais on
      aura un casting presque uniquement américain. Il y aura Ken Watanabe
      bien sûr).

      @remington
      Ça prendrait beaucoup de doigté pour faire passer un gars en costume en 2014,
      je vous l’accorde. Sans doute que dans un pastiche ça pourrait passer. On arrête
      pas le progrès et le CGI est omniprésent de nos jours. Je n’ai pas vu le film mais
      si vous dites que ça marche c’est tant mieux. On prépare déjà un Godzilla 2 !

    • @remington
      Attention, sans vouloir le costume de caoutchouc, Godzilla, en 1954 et en 1975, mesurait 50 mètres et dans le nouveau film, il fait entre 120 et 150 mètres. Donc, ce n’est pas fidèle à l’original non? Sauf que, bien entendu, avec tout ce qu’on voit maintenant grâce au CGI, on aurait trouvé insignifiant un monstre de 50 mètres.

    • Roland Emmerich et Michael Bay, même combat. Je peux concevoir que leur cinéma rejoint un (très vaste) public, mais il m’est personnellement indigeste.

      @thythoutrust
      À l’époque, en visionnant Cloverfield, je me suis fait la remarque que c’est le film que Godzilla aurait dû être.

      @Jozef Siroka
      N’allant probablement pas visionner Godzilla (2014) avant sa sortie en Blu-ray, je serais curieux de connaître, d’une part, votre opinion sur Cloverfield (plus spécifiquement l’impact du développement des personnnages sur votre appréciation du film) et, d’autre part, comment les deux films peuvent se comparer.

      J’ai vu Cloverfield il y a plusieurs années dans un état second, alors ma mémoire n’est pas au top. Selon mes vagues souvenirs, on a droit à une bande de mannequins qui dealent avec leurs problèmes sentimentaux pendant qu’une créature les guette, ça m’a pas vraiment accroché, mais je sais que des critiques pointus à l’époque s’émerveillaient de son point de vue subjectif, une révolution dans la narration des blockbusters qu’on disait… Sinon, voir Godzilla en vidéo, je n’en vois pas vraiment l’intérêt, à moins d’avoir un monumental cinéma maison, er encore là… -js

    • *** Attention, mon commentaire contient des “spoilers”:

      J’ai bien aimé ce Godzilla. Le contexte dans lequel oeuvre le monstre est vraiment intéressant, et l’approche est bien plus agréable que les gros blockbusters standard. Je dois aussi lever mon chapeau à Alexandre Desplat, qui encore une fois livre une trame sonore vraiment efficace. J’aime qu’il soit allé dans l’ambiance, le crescendo, mais jamais appuyé. Parfois l’excellence est dans la retenue, et je crois que ce commentaire s’applique bien ici.

      Par contre la trame sentimentale du film a été baclé à mon avis. On a voulu faire un punch à la “Game of Thrones” en nous enlevant notre protagoniste, mais je crois que le film à énormément souffert de ce choix. Toute la trame émotive repose sur le personnage de Brian Cranston, le spectateur est attaché à celui-ci, et on nous l’enlève au profit d’un fils sans grande envergure, qu’on aime bien “dropper” ici et là partout dans l’action. Ben oui encore…

      Ça m’a fait un peu penser au dernier “300″, avec un acteur principal fade et sans grande prestance, qui doit se mesurer à une Eva Green magnifique qui excelle et crève l’écran (et il ne fait nullement le poids de M. Butler non plus). Donc pourquoi forcer le spectateur à accepter un personnage moindre, sacrifier en partie la cohésion et le gros bon sens du film pour un punch de quelques minutes qui en bout de ligne ne servira pas à grand chose? Le père lui possédais des infos cruciales, il aurait pu être celui qui accompagne les scientifiques et le général de l’armée. Que son fils aille ensuite au front aurait fait plein de bon sens. À la place on confie des infos ultra secrète à un simple soldat (???) qui ne sait rien et qui comme par hasard se trouvera toujours à exécuter des tâches bien au-delà de son grade, “parce qu’il est là”. Tout ça m’a laissé un goût amer. Le film aurait été de loin meilleur sans ce choix scénaristique.

    • ‘Ce qui donne des films bancals, comme Godzilla, ou des super-héros avec des problèmes “moraux” d’une parfaite insignifiance. J’aimerais garder mieux l’homme au centre des films, mais si on le traite avec autant d’indifférence, aussi bien s’en débarasser.
      Quant à moi, Michael Bay est en avance sur tout les autres: fuck l’homme, vive les robots. Au moins c’est honnête.’

      Très bonne observation.

      Pour le sentimentalisme de Spielberg et bien c’est différent. C’est un maître. Il est capable de nous tourner à l’envers avec un cheval.

      Sérieusement, j’étais plus attaché au cheval de War Horse que j’ai pu l’être pour n’importe quel personnage de blockbuster depuis 5 ans.

    • J’ai vu ce film avec des ados de ma famille.

      L’élément très intéressant de ce Godzilla est que les humains ne sont que des spectateurs impuissants. On les voit en multiples plans avec leurs jumelles, ajustants leur cible et aboyants des ordres. Ils ont l’impression d’être pro-actifs.

      Puis l’instant d’après, les destroyers revolent comme miettes de nachos sur le t-shirt du titan qui s’en torche souverainement. En fait, il n’en a même pas conscience tellement nous sommes insignifiants.

      Ce n’est pas un hasard. C’est exactement l’alégorie que le réalisateur voulais nous faire vivre. Notre insignifiance en comparaison avec la force inimaginable de la nature. Notre tendance à tout ramener à nous-mêmes. La façon qu’ il construit des petits soaps mélodramatiques pendant la première moitié du film et qu’ensuite, le géant change de poste sur la télé sans préavis.

      C’est parfaitement réussit. J’ai beaucoup aimé ce coup de genou subtil dans l’arrogance humaine. Oui, en cela, on est très loin, aux antipodes de Micheal Bay. J’ai bien aimé.

    • J’ai aimé, un bon moment de cinema popcorn.

      Juste une question; si Godzilla est le Alpha-Predator supreme, pourquoi est-ce qu’il n’a pas mangé les MUTO? Si il ne mange pas ça, voulez-vous bien dire qu’est-ce qu’il mange?!

      On sait que les scorpions peuvent manger aussi peu que une fois par année alors pendant le film je me suis dit que peut-être Godzilla ne mangeait qu’un MUTO tous les cing milles et hibernait le reste du temps. Mais non. Il s’est réveillé juste pour les tuer et est retourner se coucher le ventre vide. Mais quel genre de prédateur farfelu est cette bestiole?

      Puisqu’il est supposé être une allégorie, peut-être qu’il se nourri exclusivement de métaphore…

    • -55-

      “Une allégorie nourrie aux métaphores” … lololol excellent

      En fait, je crois bien que vous avez raison, en plus. Godzilla est attiré et se nourrit des radiations. Il se terre tout au fond de la fosse tout près des radiations terrestres. Vous allez voir cet aspect dans plusieurs vieux films japonnais de Godzilla. Les MUTO également (sont même physiquement très similaires à 2014). Que Godzilla soit attiré/se nourisse des raditions est une puissante métaphore : D’une puissance de destruction terrifiante (bombe atomique) est née une toute aussi puissante force destructrice, “neutre” (ni bonne ni mauvaise) qui ramène l’équilibre.

      C’est l’aspect le plus intéressant de Godzilla. Il est, entre deux destruction, le meilleur car il est le grand cycle de la nature qui assure sa pérénité et n’a que faire du “bien” ou du “mal” ou même du sort de l’humanité.

    • snooze: Vous êtes poétique. ;)

      Mais avouons que si Godzilla ne se ‘nourrit’ que de radiation, c’est tout un gaspillage d’une belle gueule de carnassier. Regarde lui les dents de requin sur la photo ci-haut. Et ça n’a jamais la chance de dévorer de la chaire fraîche? Quel dommage.

      Peut-être que si même Godzilla peut-être un végétarien (ou plutôt un non-carnivore!), c’est un autre message environnemental?

    • @snooze

      Godzilla comme force de la Nature, c’est ce que Godzilla a toujours représenté depuis 1954, il n’y a là rien de neuf. Pas de regard nouveau, le film ne fait que répéter ce que l’on savait déjà en jouant sur la nostalgie. Et les hommes comme spectateurs impuissants, ce n’est pas si bien mis en scène que cela, quant à moi. Vrai qu’il y a toujours des hommes spectateurs en avant-plan pour bien nous faire sentir la démesure de Godzilla, mais il y a toute cette trame narrative autour de la bombe qui donne aux hommes quelque chose à faire. Ils ne sont pas inactifs, alors que dans les films japonais, les hommes ne font vraiment rien d’autre que regarder (je ne suis pas un spécialiste, dois-je dire, peut-être qu’on me corrigera).

      Le film d’Edwards prend le modèle japonais et tente de l’implanter dans une formule américaine, ce qui donne cet aspect bancal, où on n’assume pas tout à fait ni l’une ni l’autre esthétique. Del Toro avait résolu le problème, dans Pacific Rim, en mettant les hommes dans des robots, c’était plus convaincant comme américanisation d’une importation asiatique.

      Je dirais tout de même que les apparitions de Godzilla sont vraiment terrifiantes et réussies, mais elles sont trop rares et pas assez développées.

    • @cinematographe

      Si vous connaissez quelques gros titres japonnais, ce thème (l’arrogance humaine et le retour à l’équilibre) est assez présent. Akira, probablement le plus évident, est essentiellement une variation de ce thème. Akira est né d’un programme de recherche sur le développement des pouvoirs psychiques mais en perd le contrôle, détruit Tokyo et provoque la 3ième guerre mondiale. Il est alors cryogénisé et beaucoup plus tard, lorsque Tetsuo suit le même chemin (quoique différemment) Akira revient et rétablit l’équilibre. Pas de bons. Pas de méchants. Et l’arrogance humaine de croire qu’ils ont encore un rôle à jouer.

    • @cinematographe

      Je pourrais, effectivement, être d’accord avec vous sur le fait que cette version 2014 tente de jumeler l’aspect “worship” original de 1954 avec l’aspect “hollywood”. Mais j’argumenterais que Edward a réussit à le faire. Tout dépendamment de l’état d’esprit dans lequel nous sommes en le voyant, j’ai l’impression que ce film nous donne une lecture différente.

      En fait, je crois que ce film est une surtout réponse (ou une redemption) au Godzilla de 1998 qui avait totalement manqué le bateau et qui était plus un Jurrasic Park II qu’un Godzilla (et en plus, les humains le tuent à la fin avec leurs missiles !! Yess !! Nous avons encore une fois triomphé !!).

      La ligne de Watanabe, “let them fight”, est assez éloquente. Il ne dit pas “nous avons le pouvoir de les empêcher”. Il dit “cela ne dépend plus de nous”.

    • Il faudrait avoir de vrais personnages pour que ce soit réussi. J’aime bien la ligne de Watanabe, que j’ai aussi cité plus haut, mais vous oubliez la répliquee, le général de l’armée qui ne veut pas baisser les bras. Le film, comme ce général, n’accepte pas l’inaction, alors les hommes poursuivent leur trame en parallèle (planter la bombe, puis la désactiver) à celle du duel. C’est ça l’écartèlement que je sens, entre les hommes et le spectacle de boxe géant, qui pourrait marcher si j’avais un quelconque attachement à ces hommes, ce qui n’est pas le cas. Alors je suis juste frustré quand j’ai une bribe de Godzilla et qu’on retourne illico vers ces hommes sans intérêt dramatique.

    • Mais la tactique de la bombe devient rapidement inutile, soulignant le coté “insignifiant” de nos capacités réelles, général crinqué ou pas. Il n’y aura pas de “today, we are cancelling the apocalypse”.

      Je suis bien d’accord avec vous sur le peu d’intérêt dramatique des personnages. En fait, c’est même déjà flou dans ma mémoire. Je le reverrai peut-être lorsqu’il sortira en dvd. Je vais y repenser en le revisionnant. Mais Edwards dirait peut-être que ces trames humaines banales sont servent surtout à minimiser les coûts de production (ou mieux les concentrer) et offrir un contraste flagrant entre nos inquiétudes et l’inévitable.

    • Je suis d’accord, je pense qu’on ne prend pas le problème du même angle: la bombe donne quelque chose à faire aux hommes. C’est inutile, vrai (en fait ils ne font qu’essayer de réparer leur erreur, de retirer la bombe qu’ils ont amenée, des actions qui s’annulent), mais c’est quand même quelque chose, contrairement au “je fais juste regarder”. C’est une sorte de compromis: donnons quelque chose à faire aux hommes, parce qu’à Hollywood il est important de garder des personnages au centre du récit, mais donnons leur quelque chose d’inutile, parce qu’au Japon on ne peut rien faire contre les kaiju, il faut les laisser se battre, alors les hommes ne peuvent pas interrompre leur lutte.

      Et ça pourrait être un compromis intéressant, porteur de sens, s’il y avait soit une once d’empathie envers ces hommes, soit un regard critique plus affirmé sur l’inutilité de leurs actions (il y en a un, mais ça me semble très faible).

      Je rajouterais que s’approprier Godzilla, même en démontrant un respect pour les kaiju, c’est pas mal indécent de la part des américains. Godzilla, à la base, c’est une métaphore de la destruction nucléaire, une représentation du traumatisme japonais causé par les bombes larguées par les États-Unis. S’emparer de cette image, c’est pour Hollywood un geste de domination extrêmement pervers… et là je réalise que le film semble vouloir s’excuser (d’Hiroshima ou peut-être plus de cette appropriation de Godzilla), par cette bombe que l’on lance à regret en plein centre-ville et que l’on tente de retirer avant qu’elle ne tue des innocents. Je ne sais pas, je viens d’y penser, c’est à réfléchir, mais ça me semble quand même problématique comme manière de s’excuser (quant à ça, fait le pas ton film).

    • J’aime beaucoup votre 20h17

      J’ajouterais que la notion de “Greater Good”, chrétienne au possible, est très compatible avec le worship japonnais (Godzilla, Akira, etc).

    • Je dis ça parce que c’est dommage que les cinéastes américains ne l’ont jamais utilisé pour faire un pont entre les 2 sociétés. Ca collerait pourtant parfaitement.

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