Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 28 mai 2014 | Mise en ligne à 10h15 | Commenter Commentaires (7)

    Winter Sleep : le conflit comme moteur créatif

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    La processus créatif s’apparente rarement à un long fleuve tranquille. De la conception d’une oeuvre jusqu’à son exhibition, l’artiste doit habituellement braver de nombreux orages. Mais ces potentiels conflits de tout acabit ne sont pas nécessairement craints de tous; parfois, ils sont même les bienvenus.

    C’est le cas de Nuri Bilge Ceylan, le plus récent palmé du Festival de Cannes, qui admet franchement que l’écriture de son film Winter Sleep, en collaboration avec sa femme Ebru Ceylan, n’a pas été de tout repos. «La meilleure méthode est de se chicaner, a affirmé le cinéaste turc en entrevue au New York Times. Et c’est dans la chicane que nous trouvons beaucoup de nouvelles idées.»

    Une approche conflictuelle que Ceylan privilégie avec d’autres collaborateurs, comme son fidèle directeur photo Gökhan Tiryaki, qui a révélé à Fandor l’année dernière : «Lors de la planification d’une scène en particulier avec NBC, nous commençons d’abord par une réflexion sur les paramètres. Où mettre la caméra, comment éclairer la pièce. Il dit quelque chose, je dis quelque chose d’autre. Nous mettons chacun nos points de vue de l’avant, et tout ça devient presque une bataille.»

    On ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs. Une recette qui a manifestement porté fruit si l’on se fie à son impressionnant historique au plus prestigieux festival du monde : deux Grands prix (Uzak, Il était une fois en Anatolie), deux prix FIPRESCI (Les Climats, Winter Sleep), un Prix de la mise en scène (Les Trois Singes) et bien sûr le prix suprême cette année.

    Au-delà de son succès soutenu sur le circuit festivalier, le cinéma de Nuri Bilge Ceylan présente de nombreuses constantes. Ses récits sont souvent inspirés par les légendaires auteurs russes Dostoïevski, Tolstoï et surtout Tchekhov. Sa mise en scène adopte une approche contemplative rappelant l’oeuvre de ses cinéastes préférés tels Ozu, Antonioni et Tarkovski. L’aspect visuel de ses films est particulièrement soigné, qualité qui est due en bonne partie à sa formation de photographe.

    Enfin, Ceylan n’est généralement pas un grand adepte des dialogues et encore moins de la musique extra-diégétique. Quoique dans Winter Sleep on note une évolution à ce propos. En effet, il s’agit d’après Bilge Ebiri de loin de son film le plus bavard, et il s’est même permis d’intégrer un refrain musical dans la bande son, la Sonate pour piano nº 20 de Schubert (qu’on entend tout au long de la bande-annonce). Le cinéaste de 55 serait-il entré dans une nouvelle phase, se demande le critique de New York Magazine.

    Lors de son discours de remerciements samedi, Ceylan a dédié sa Palme d’or «à la jeunesse turque, à celles et ceux qui ont perdu la vie pendant l’année qui s’est écoulée», en référence aux violentes manifestations antigouvernementales qui secouent son pays depuis plusieurs mois. Une déclaration politique de la part d’un réalisateur qui ne donne pas dans le cinéma politique, pas de manière frontale en tout cas.

    Questionné par le New York Times sur les entraves à l’expression artistique dans une Turquie de plus en plus prompte à la censure, Ceylan a fait part des pressions qu’il reçoit de la part d’intellectuels qui attendent de lui «d’être un artiste journalistique, de faire beaucoup de bruit sur ​​les questions sociales. […] Mais je crois qu’il est mieux de laisser les journalistes traiter de ce genre de choses sociales. L’art doit traiter de choses plus profondes, le monde intérieur des gens qui créent cette situation politique.»

    En espérant que Mark Boal et consorts méditent sérieusement là-dessus. Mais ne nous emballons pas trop vite…


    • “L’aspect visuel de ses films est particulièrement soigné, qualité qui est due en bonne partie à sa formation de photographe.“

      On comprend pourquoi ses films ont toujours une direction photo remarquables. Ils sont trois photographes: lui, sa femme et celui qui porte officiellement le titre, Gökhan Tiryaki.

    • Bien hâte de voir ce film. “Anatolie” était particulièrement grandiose.

    • Dommage que ses films précédent soit si difficile à trouver DVD ou Blu Ray (Uzak, Il était une fois en Anatolie et les trois singes)

    • Haha M. Siroka, j’aime bien votre dernier paragraphe!

    • @stef27 : Par le plus pur des hasard, je suis tombé sur un dvd de Uzak en liquidation dans un supermarché en Europe; trois ou quatre Euros je crois.

      Merci Jozef pour ce texte sur un cinéaste trop peu connu qui filme sa Turquie natale comme s’il s’agissait d’un pays nordique.

    • Je travaillais dans un club vidéo cheap et on avait un copie d’Uzak, je soupçonne qu’il n’est pas si difficile à trouver, Anatolie non plus, qui avait aussi été diffusé en salles, ce qui n’est pas le cas de tous ses films. Anyway, très grand cinéaste: Ebiri dit qu’il n’y a pas de consensus sur son “meilleur film”, avec 3 candidats potentiels (Uzak, les Climats, Anatolie), mais pour moi le choix va de soi: Anatolie, avec sa belle ampleur philosophique (et Uzak pas très loin derrière).

    • Good grief! Des sous-titres plutôt qu’un doublage de la conférence de presse serait cent fois mieux!

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