Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 15 mai 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (8)

    Les «chefs-d’œuvre polonais» de Scorsese arrivent en ville

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    Après des escales à New York, Boston, Los Angeles et Chicago, la joyeuse caravane cinéphile de Martin Scorsese s’installe à Montréal. Depuis hier, et jusqu’à la fin du mois, la Cinémathèque présente «Chefs-d’œuvre du cinéma polonais», une série initiée et dirigée par le légendaire cinéaste de Taxi Driver et de Goodfellas. Il s’agit d’une seconde programmation exceptionnelle ce printemps tenue par la vénérable institution québécoise, après «Orson Welles : L’ogre du cinéma».

    Suite à la remise d’un doctorat honoris causa à Martin Scorsese par The Polish National Film, Television and Theatre School, est née l’idée de concevoir un programme entièrement composé de merveilles du cinéma polonais contemporain, principalement celui de l’ère soviétique.

    Le cycle couvre les années 1957 à 1987. Il est composé autant de classiques inoubliables que de raretés jamais projetées sur nos écrans. En tout, il s’agit de 21 titres pour ce cycle prestigieux que nous présentons dans son intégralité en première canadienne.

    Ce sont toutes des restaurations numériques (DCP) récentes financées en partie par The Film Foundation de Martin Scorsese, avec des chefs-d’œuvre signés Andrzej Wajda, Aleksander Ford, Jerzy Kawalerowicz, Andrzej Munk, Wojciech Jerzy Has, Krzysztof Zanussi, Tadeusz Konwicki, Krzysztof Kieślowski et autres. Autant d’auteurs magistraux qui ont fait de la Pologne, l’un de ces pays qui ont su réaliser la grande promesse du cinéma comme un art à part entière.

    Les films seront présentés en versions originales sous-titrées en anglais.

    Parmi tout ces noms difficilement prononçables, seuls deux seront reconnus par l’amateur honnête du septième art : Wajda et Kieślowski, dont les films ont eu un certain retentissement en Occident. Le premier a connu la consécration internationale en remportant la Palme d’or en 1981 pour L’Homme de fer, tandis que le second est devenu le héros des cinéphiles sophistiqués grâce à ses productions françaises, La Double vie de Véronique et la trilogie aux consonances métaphysiques Trois couleurs.

    Scorsese a commencé à penser à cette rétrospective en 2011 alors qu’il se trouvait à Łódź, ville du centre de la Pologne qui a donné son nom à l’une des plus fameuses écoles de cinéma au monde (à propos, lire ce reportage du New York Times). Le réalisateur de 71 ans est surtout heureux de pouvoir présenter à un vaste public une de ses oeuvres préférées à vie, le drame de guerre Cendres et Diamant (1958) de Wajda.

    «Il s’agit toujours de l’un des plus grands films jamais faits, à dit Scorsese en entrevue au Los Angeles Times. Les films de Wajda ont ouvert la voie pour ce qui allait devenir une nouvelle vague en Pologne. C’était un peu avant les Nouvelles Vagues française et italienne».

    Il poursuit, cette fois chez Salon : «Je ne savais pas à quoi m’attendre, et ça m’a laissé sans voix. C’était passionné, désespéré, romantique, cynique et cinématographiquement magnifique. C’était toute une introduction!»

    Parmi les joyaux méconnus dans son cycle, Scorsese suggère : «Toute personne qui n’a pas vu Le Manuscrit trouvé à Saragosse de Wojciech Has devrait certainement y aller. C’est une expérience hallucinatoire sauvage. C’est devenu un véritable film-culte dans les années 60 et 70 – Jerry Garcia en était un grand fan. Vous devriez également voir Le Pharaon de Jerzy Kawalerowicz, un épique historique situé dans l’Égypte ancienne – trois ans de production et un film vraiment envoûtant.»

    Pour finir, je retiens une déclaration de Bernardo Rondeau, directeur de la programmation du Academy of Motion Picture Arts and Sciences, citée dans le papier du LA Times, qui décrit bien les conditions des artistes et de leurs oeuvres à l’époque du bloc de l’Est, voire dans tout régime oppressif :

    Ce qu’il y a de fascinant à propos des films polonais, c’est que beaucoup d’entre eux ont été faits dans le contexte d’un gouvernement autoritaire à la censure lourde, et beaucoup de ces films ont fini par être fortement censurés.

    Mais vous avez ces grands films qui canalisent leurs messages et leurs opinions à travers des allégories, certaines à peine voilées, certaines beaucoup plus abstraites.

    Très souvent, ils abordent cette idée de la mémoire de l’identité et toujours avec un sens visuel impeccable et un intellect perçant.

    Voici Scorsese qui présente son cycle et qui commente certains des films qu’il a choisi :

    - Pour une analyse pointue de la rétrospective, je vous conseille fortement de lire ce papier de Film Comment.

    - «Martin Scorsese présente : chefs-d’œuvre du cinéma polonais» à la Cinémathèque du 14 au 31 mai.

    À lire aussi :

    > Waldemar Swierzy : retour sur un affichiste unique
    > Le court du week-end: Têtes parlantes
    > Le court du week-end: Deux hommes et une armoire


    • Je seconde la recommandation scorsesienne pour le Manuscrit trouvé à Saragosse, à voir absolument, oeuvre atypique d’une grande beauté, avec sa structure d’une folle complexité enchâssant les récits, mélangeant les tons et les genres. Vraiment unique dans l’histoire du cinéma. Et de la littérature aussi d’ailleurs: il faut lire le roman, un des grands chef d’oeuvres fondateurs du fantastique.

    • Parlant de chefs-d’oeuvre polonais, quelqu’un sait si on aura l’occasion de voir “Ida” de Pawel Pawlikowski à Montréal?

    • Maintenant pour 10 points . Êtes-vous prêtes? Quel est le prénom du cinéaste polonais Kieslowski et épelez-le. Vous avez 15 secondes ! Question ! Savez-vous si sa trilogie sera présentée en rafale ?

    • Krzysztof… voilà !

      Phonétiquement : Kchichtophe. -js

    • Jozef : à propos du regretté Krzysztof K., vous auriez dû citer également “Le Décalogue”, une oeuvre monumentale, inclassable. Il fallait le faire : un athée qui construit une ‘décalogie’ basée sur les 10 Commandements de Dieu !

      Oui bien sûr, Le décalogue. Ça lui a d’ailleurs attiré des ennuis, le fait d’avoir essentiellement retiré la religion dans son approche au profit d’un propos humaniste, de surcroît pour des téléfilms diffusés dans le plus catholique des pays européens. Pour ce qui est des titres cités dans mon post, c’est dans le contexte de sa notoriété occidentale (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest). D’ailleurs, Roger Ebert a beaucoup aidé pour sortir l’oeuvre de son obscurité pour le public américain. Voici son joli texte. Sinon, Cinémathèque montre samedi le 31 Tu ne tueras point, version longue de la cinquième partie du Décalogue, et un des films les plus durs jamais faits. -js

    • Toutes d’excellentes raisons de se réjouir, mais qui nous rappellent à la fois qu’il n’y a rien de très fécond, corrigez-moi si je me trompe, qui se soit fait en Pologne (au cinéma) depuis l’école de Lodz. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est la glorification du passé à la lumière d’un déclin, mais j’ai parfois l’impression, à quelques exceptions près (Holland, Zulawski) que les seuls cinéastes polonais qui continuent à faire parler d’eux à l’international sont les figures de proue – désormais dinosaures – de cette génération dorée (Polanski en tête de liste, Wajdi, Skolimowski,etc.). S’il y a du sang neuf, il me semble peiner à se faire valoir lors des grandes manifestations cinéphiles.

    • @hlynur
      Ben justement, “Ida” a gagné le prix FIPRESCI à Toronto et le grand prix au Festival du film de Londres, en plus de rafler les aigles (oscars polonais) du meilleur film et meilleur réalisateur 2013.

      Selon http://www.pisf.pl/en/news/ida-in-the-usa-and-canada, ce serait vu à “Toronto, Vancouver, Ottawa, London, Waterloo, Regina, Saskatoon”. Quand c’est rendu que Saskatoon a des projections mais pas Montréal…

    • @benoitxvi

      Merci. Je vais regarder ça de plus près. Un réalisateur qui m’a fait découvrir Emily Blunt me semble difficilement pouvoir me laisser indifférent.

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