Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 5 mai 2014 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Commentaires (4)

    2001, une analyse… typographique

    1968_2001 Space Odyssey_01

    À l’occasion de la projection d’une nouvelle copie restaurée 2K de 2001 : A Space Odyssey au Cinéma du Parc (à l’affiche jusqu’à jeudi), j’aimerais porter votre attention sur une analyse pour le moins atypique d’un des films les plus scrutés de l’histoire.

    Dave Addey, rédacteur senior chez Apple, est un fan de science-fiction et expert en typographie. Cherchant à conjuguer ses passions, il a démarré le blogue Typeset In The Future, qui vise à étudier l’utilisation des polices de caractère au cinéma.

    Son entrée sur 2001 examine la pertinence et les subtilités de l’emploi des Eurostile, Gill Sans, Albertus, Futura, ainsi que leurs déclinaisons, dans la logique narrative du film. Les divers logos de compagnie, les interfaces de nombreux appareils futuristes, et les instructions de la fameuse «toilette zéro gravité», sont également passés sous la loupe.

    2001_titlecard_full

    Sans surprise, on apprend que Stanley Kubrick s’est amusé à transgresser les règles. Par exemple, le carton d’ouverture utilise la police Gill Sans pour le titre, mais a troqué les deux nombres «0» de «2001» par deux lettres «O» en majuscule.

    2001_directed_full

    Et que serait un film de Kubrick, celui-ci de surcroît, sans quelques éléments de mystère. De fait, le carton de fin est rédigé en Futura, sauf pour la lettre «M» de «FILM», qui est en Gill Sans. Là où ça devient encore plus étrange: Addey n’a aucune idée d’où provient le «W» de «WAS»…

    ***

    En novembre dernier, le site Open Culture a déniché pour notre plus grand plaisir un documentaire promotionnel très vintage intitulé A Look Behind the Future. Après une longue entrée en matière au ton quasi-alarmiste concernant le monde d’ici 35 ans – un présentateur austère prédit des «révisions radicales dans notre société totale» – on obtient un accès inédit dans les coulisses du tournage de 2001. Une visite privilégiée qui témoigne de l’envergure de l’opération.

    Parmi les intervenants, à noter deux scientifiques de la NASA qui ont agi à titre de consultants, le directeur artistique John Hoesli, le co-scénariste Arthur C. Clarke, qui est accoutré d’une sorte de képi de peintre bleu poudre tandis qu’il aborde ses théories sur l’évolution de l’humanité, et l’acteur principal Keir Dullea, qui compare son personnage à Ulysse – tous des collaborateurs «au service de l’imagination bizarre et incisive de Stanley Kubrick».

    En août dernier, le grand mage des effets visuels Douglas Trumbull accordait une entrevue à Filmmaker Magazine, discutant de son travail sur 2001, son premier contrat dans l’industrie.

    ***

    Toujours chez Open Culture : une rare entrevue audio que Kubrick a accordée au magazine The New Yorker. Comme on sait, le légendaire cinéaste n’était pas très friand des médias, mais il a accepté la proposition du journaliste Jeremy Bernstein lorsqu’il a appris qu’il était, comme lui, un passionné du jeu d’échecs.

    Les entretiens ont eu lieu à Londres, fin 1965, début 1966, pendant le tournage de 2001, et ont été enregistrés grâce à un magnétophone que Kubrick a prêté à Bernstein, ce dernier n’étant pas aussi féru de technologie que son sujet. L’entrevue a donné lieu à un long portrait publié dans l’édition du 12 novembre 1966 du New Yorker.

    ***

    Pour revenir à la projection de 2001 au Parc, vous me pardonnerez ce cliché banal, mais je ne vois pas d’alternative : vous n’avez pas vu ce film tant que vous ne l’avez pas expérimenté en salle. Cela fait cinq ans que je l’ai vu sur grand écran – au Parc encore, en novembre 2009 – et cela fait cinq ans que j’attends avec fébrilité de revivre l’expérience cinématographique la plus jouissive de ma vie. (À noter qu’une copie restaurée de A Clockwork Orange est également projetée cette semaine à la même adresse).

    Pour conclure, je suis tombé sur cette sympathique description de la bande-annonce de 2001 par John Landis, réalisateur des comédies cultes Animal House et The Blues Brothers. Rien de très profond, mais un enthousiasme sincère fort bienvenu.

    Landis y parle notamment de la musique originale composée pour le film, par Alex North (à écouter ici), qui a finalement été rejetée au profit des pièces de musique classique aujourd’hui indissociables du chef-d’oeuvre de Kubrick.

    Pour une analyse fouillée du rôle de la musique dans 2001, je vous suggère un récent échange entre les critiques Matt Zurcher et Glenn Kenny, à consulter ici et ici.

    À lire aussi :

    > Cadrages symétriques; de Kubrick à Wes Anderson
    > Dr. Strangelove, plus réalité que fiction
    > Eyes Wide Shut : «Un jour, j’ai eu une illumination»
    > Stanley Kubrick, cinéphile éclectique
    > Le premier film de Stanley Kubrick bientôt en vidéo


    • Intéressant sujet que celui de la typographie au cinéma. Il est un peu tard
      pour consulter tout le contenu du blogue mais j’irai voir. Je ne sais pas si
      c’est vous qui parliez de ce sujet mais il y avait un typographe américain
      (Mark Simonson) qui avait analysé la typographie utilisé dans les film
      « the artist »… et ses nombreuses erreurs ! Pour ceux que ça intéressse:

      http://www.marksimonson.com/notebook/search/The%20artist/P18

    • C’est intéressant comment les artisans du cinéma transgressent les règles. Dans une entrevue Guillermo Del Toro raconte comment un éminent intellectuel lui expliquait que par son ignorance Guillermo transgressait certaines règles de l’art dramatique dans la plupart de ses films, à quoi il raconte qu’il a répliqué: “It’s not that I don’t know, it’s just that I don’t care”; dans le cinéma il faut travailler avec une certaine insouciance. C’est probablement les transgressions et imperfections qui rendent un film intéressant et unique… d’auteur.
      TAM

    • Dans les commentaires sur le site Addey il y avait un lien vers un site
      (en plusieurs langues) sur «Kubrick 2001, the space odyssey explained »:

      http://www.kubrick2001.com

      Pour l’utilisation des majuscules dans 2001 ont ne peux que penser à un
      choix esthétique; beaucoup des éléments montrés sont des cercles. Et le
      fameux W de « THIS FILM WAS » semble être aussi du Futura. Cela dit, pour
      un film de science fiction, la typographie dans l’ensemble est assez sage.
      Rien de très « futuriste » comme on le voit dans les films de SF des dernières
      années.

      (Parlons typo)
      À noter que Gill Sans fait partie de la famille des linéales humanistes et Futura
      des linéales géométriques. Linéales pour le côté « bâton », humaniste car on
      reprend le modèle des capitales latines et géométrique car les caractères
      sont réduits à de simples unités géométriques (dixit mon livre sur la typographie).

      Salutations à la typo Windsor… celle que l’on voit dans tous les génériques des
      films de W. Allen !

    • À votre suggestion, je suis aller hier soir le voir au cinéma, et je dois vous donner entièrement raison lorsque vous dites “vous n’avez pas vu ce film tant que vous ne l’avez pas expérimenté en salle.” C’est vraiment une expérience exceptionnelle. J’ai vu ce film des dizaines de fois (jamais au cinéma), et j’avais l’impression de le découvrir pour la première fois. Merci de l’avoir souligné.

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