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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 22 avril 2014 | Mise en ligne à 16h25 | Commenter Commentaires (5)

    The Hateful Eight : Tarantino reconsidère son abandon

    tarantino

    En janvier dernier, Quentin Tarantino a choqué ses fans en déclarant qu’il abandonnait la production de son western intitulé The Hateful Eight, quelques jours seulement après avoir officiellement annoncé le projet. Le cinéaste n’avait tout simplement pas digéré la fuite non-autorisée du scénario qu’il avait confié à un cercle restreint d’acteurs. Le document a ensuite été publié sans son autorisation sur Gawker, site web que QT poursuit pour 1 million $ (AJOUT : La poursuite a été rejetée mardi soir).

    Toute cette désolante clameur a heureusement su être canalisée en une énergie créatrice positive. Samedi dernier, The Hateful Eight s’est matérialisé sur les planches du théâtre du Ace Hotel, dans le centre-ville de Los Angeles. Une lecture publique du script menée par Tarantino lui-même, entouré de quelques uns de ses plus fidèles acolytes. Un évènement unique, une représentation seulement, et des billets tournant autour de 200 $. D’après les nombreux comptes-rendus, il régnait dans la place une atmosphère électrique de concert rock.

    «Ceci est une première version» a lancé Tarantino sur scène à une foule en délire. «Et il y en aura une deuxième, et une troisième!», insinuant que The Hateful Eight prendra bel et bien forme sur grand écran (le Hollywood Reporter affirme sans ambages que le tournage s’entamera l’hiver prochain). Quelques instants plus tard, il introduit ses acteurs un par un. La troupe a répété la pièce pendant trois jours.

    De gauche à droite, et de haut en bas : Kurt Russell, Dana Gourrier, Zoe Bell, Tim Roth, Quentin Tarantino, Michael Madsen, Bruce Dern, Samuel L. Jackson, James Parks, Walton Goggins, James Remar, Amber Tamblyn et Denis Menochet.

    De gauche à droite, et de haut en bas : Kurt Russell, Dana Gourrier, Zoe Bell, Tim Roth, Quentin Tarantino, Michael Madsen, Bruce Dern, Samuel L. Jackson, James Parks, Walton Goggins, James Remar, Amber Tamblyn et Denis Menochet.

    Le décor est quasi inexistant, si ce n’est pour les micros et les fauteuils qui jonchent la scène. Mais Tarantino suggère aux spectateurs – dont la plupart sont debout – d’user de leur imagination, et de visualiser des paysages captés «dans toute la splendeur impressionnante, spectaculaire, du 70 mm». Pour donner un certain poids à la violence, on mime les armes avec les mains, alors que QT crie des «bam-bam» au micro dans son rôle double de narrateur et de metteur en scène en direct. «Pas de coscénarisation SVP», s’exclame-t-il à l’occasion, lorsqu’il sent que des acteurs se permettent trop d’improvisation.

    John Patterson du Guardian a assisté à l’évènement. Voici quelques extraits de son papier :

    Ce qu’on voit ce soir rappelle davantage Reservoir Dogs que les films récents de Tarantino, plus tentaculaires : deux lieux claustrophobes regorgeant de suspicion mutuelle et de récrimination, avec beaucoup d’action survenant hors champ ou en flashback.

    Tarantino commence par une longue séquence dans une diligence qui tente de battre de vitesse un blizzard en se mettant à l’abri dans une cabane, Minnie’s Haberdashery. À bord se trouvent John Ruth (Russell), un chasseur de primes brutal surnommé The Hangman parce qu’il les apporte vivantes au bourreau, et sa charge, une femme raciste et grossière, Daisy (Tamblyn, excellente), dont les crimes ne sont pas encore divulgués, mais dont la bassesse et le venin sont instantanément évidents (John Ruth apprécie de la frapper au visage – beaucoup). Sur scène apparaît ensuite un ex-officier de l’armée de l’Union et chasseur de primes Marcus West (Jackson), qui a trois cadavres congelés à amener en ville. Ruth a entendu parler de lui et lui offre du respect réticent et un siège dans la diligence, tandis que Daisy lui crie simplement «Salut le nègre!».

    Un troisième passager – Goggins – surgit de la neige, prétendant être le nouveau shérif de Red Rock, la destination finale de tout le monde. En arrivant à Minnie’s Haberdashery, nous rencontrons un vieux général confédéré (Dern), et trois personnages louches, un Madsen quasi-silencieux, un Anglais (Roth) qui prétend qu’il est le nouveau bourreau de Red Rock à qui Tamblyn sera livrée, et un Français qui prétend gérer la place durant l’absence de Millie et de son mari.

    Assez vite, quelqu’un met du poison dans le café et deux personnes meurent sur le champ, et le décor est planté pour une enquête de style Miss Marple pour dénicher le(s) tueur(s) parmi les personnes présentes, avec des fusils dégainés et la salle divisée en belligérants du nord et du sud, et tout le monde se demandant qui est réellement qui.

    Pour ce qui est des acteurs, la brève performance de Bruce Dern était une classe de maître, faite de pauses vertigineuses, de moments calmes stratégiques, et d’une modulation sans effort. Russell détenait une véritable présence, imposante et charismatique, remplissant la pièce comme s’il s’y était présenté avec des dimensions supplémentaires inaccessibles aux simples acteurs de soutien. Tamblyn a fait pétiller son personnage odieux, Jackson était très Jackson (à un moment donné, il éclate de rire et dit: «Je ne peux pas croire que je lis ça…» – , un monologue lourd et horrible impliquant une fellation), et Goggins gagne son statut de deuxième tête d’affiche sans effort. Tarantino, en mode showman à la PT Barnum, a tenu le fort magnifiquement.

    The Hateful Eight est divisé en cinq chapitres : «Last Stage to Red Rock», «Son of A Gun», «Minnie’s», «The Four Pasggengers» et «Black Night, White Hell». Lors de la lecture publique, qui a duré près de trois heures, QT a assuré qu’il modifierait complètement le dernier chapitre, un bain de sang dans lequel tout le monde meurt. La séquence la moins convaincante d’un point de vue scénaristique selon les compte-rendus, que vous pouvez d’ailleurs consulter ici, ici, ici, ici et ici.

    À lire aussi :

    > Tarantino abandonne son western
    > The Hateful Eight, un western de Quentin Tarantino


    • La poursuite est rejetée et comme par hasard, on apprend que le film se fera finalement… On dirait vraiment que cette histoire de renoncer au film était un moyen de justifier une poursuite et des préjudices subis. Au mieux, Tarantino boudait, ce qui n’est pas fort non plus.

      Par impressionné par Tarantino dans ce dossier.

    • Monsieur Siroka,

      J’aimerais vous signaler un possible anglicisme, si Tarantino a bel et bien présenté ses acteurs un par un:
      “Quelques instants plus tard, il introduit ses acteurs un par un”.
      Bien à vous,

      Katia

    • @katia.paradis

      C’est peut-être un anglicisme à l’origine, je n’en sais rien, mais c’est un usage acceptable de ‘Présenter’ de nos jours si je me fie au Larousse.

    • Oups…

      Je devais petre fatigué hier, j’ai inversé qui a utilisé ‘introduit’ vs ‘présenté’.

      Sauf que Introduire dans le sens de ‘introduire à un groupe (i.e. la foule) non-plus ne semble pas une anglicisme selon Larousse.

      Dites, ça a l’air bien ce Hateful Eight selon ce que j’ai pu lire depuis. J’espère que ça va se concrétiser.

    • Vu Whity (1970) hier de Fassbinder et les résonances avec Django sautent aux yeux; on aurait dû en parler à la sortie du film de Tarantino. À voir absolument pour tous les amateurs de western acides et de camp!

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