Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 15 avril 2014 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (20)

    Sus aux critiques professionnels chez Entertainment Weekly?

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    Quatre ans après le tremblement de terre qui a coûté leur poste à de nombreux critiques de renom (notablement Todd McCarthy de Variety), victimes des «restructurations» dans un monde des médias en crise, une cruelle réplique s’est récemment fait sentir. Owen Gleiberman, critique cinéma d’Entertainment Weekly depuis la fondation du populaire magazine, en 1990, s’est fait montrer la porte après un quart de siècle de loyaux services.

    Gleiberman était l’un des journalistes les plus respectés dans son milieu (voir les réactions médusées à son renvoi ici), et certainement l’un des plus lus. Après le départ de son estimée collègue Lisa Schwarzbaum, en février 2013, il est devenu le principal porte-voix du 7e art chez EW. Mais ses patrons voyaient plutôt en lui un gros chèque facilement remplaçable… par des belles promesses de «prestige» à coût nul.

    En effet, le site web du magazine à ouvert, fin mars, une plateforme communautaire qui permet à n’importe qui de publier des comptes-rendus, chroniques, ou listes sur le monde du divertissement, en échange d’une visibilité accrue. «Cette expansion permettra, nous l’espérons, de puiser dans de nouveaux publics qui tiennent de plus en plus des conversations dans des lieux fragmentés», a expliqué la directrice de EW.com.

    Pour le critique Matt Zoller Seitz, l’instauration de The Community, quelques jours avant le congédiement de Gleiberman, «a ajouté l’insulte à l’injure» à l’endroit du critique, et à son métier en général.

    Je trouve aussi que cette plateforme a procuré une victoire majeure aux nombreux adeptes du relativisme absolu, qui clament haut et fort qu’il ne devrait y avoir aucune distinction entre l’opinion dite «professionnelle» et celle qui provient du public «ordinaire». Philosophie habilement raillée dans ce Tumblr qui recense les commentaires émis par la faune d’Amazon, et qui les appose sur de fausses affiches de films.

    Une fois la notion de professionnalisme évacuée du journalisme culturel, la logique capitaliste s’assure de réduire le nouveau paradigme au plus petit dénominateur commun; la compensation financière des «rédacteurs communautaires» devient forcément la même que celle qu’ont toujours perçu les commentateurs de blogues, et autres éditorialistes d’un jour, c’est-à-dire 0$. Il s’agit là d’un prix très attrayant pour les patrons qui choisiront d’aller dans cette direction, et qui pourront de surcroît se draper dans la défense et la promotion honorable d’une démocratisation illimitée.

    (À noter qu’il reste encore des critiques professionnels chez EW. Je pense par exemple à Chris Nashawaty, auteur d’une récente biographie fort alléchante du roi de la série B Roger Corman. Mais si la direction a su se débarasser d’une pointure comme Gleiberman, elle ne se gênera certainement pas pour faire de même avec les nouveaux-venus, si elle le juge nécessaire).

    Avec The Community, EW suit sur les traces de publications aussi diverses que Forbes, People et, bien sûr, The Hiuffington Post. Une évolution journalistique suspecte que Seitz tente de cerner plus loin dans son cri du coeur, sans même tenter de cacher son amertume :

    Il y a, j’en suis sûr, de nombreuses raisons complexes, qui se chevauchent et peut-être même se contredisent, qui expliquent pourquoi les entreprises de médias n’ont aucun intérêt à publier de la critique bien compensée par des écrivains éclairés et expérimentés. Je ne prétends pas toutes les comprendre, bien que je soupçonne que les dés étaient jetés à la fin des années 1990, lorsque les journaux et magazines s’inclinèrent devant les gourous de la technologie et des pronostiqueurs et ont commencé à faire cadeau de leur contenu.

    Cela a habitué tout le monde, mais en particulier la jeune génération, à penser que l’écriture est quelque chose qu’ils ont le droit d’avoir, comme l’air ou l’eau; que ce n’est pas vraiment valorisé, que ce n’est pas vraiment du travail; que ce n’est pas vraiment quelque chose qui est «fait»; ce n’est pas créatif, et que, pour toutes ces raisons, elle n’est pas censée être compensé par personne, qu’il s’agit, au contraire, d’une combinaison de divertissement et d’indulgence personnelle, quelque chose du genre «soirée micro ouvert» sous une forme imprimée, avec des gens qui essaient de «matériel», se prélassant dans les applaudissements («visibilité»), et qui finissent peut-être par ramasser un peu d’argent de poche. Comme un joueur de violon dans une station de métro.

    owen_gleibermanCeci dit, je n’oserais jamais affirmer qu’un journaliste rémunéré est directement garant de journalisme de qualité, et vice versa. C’est même possible que des rédacteurs communautaires chez EW pourront un jour accoter la prose éloquente et le propos éclairé que Gleiberman a démontré – je pige au hasard – dans son essai sur son désenchantement par rapport au cinéma de Paul Thomas Anderson. Faut laisser la chance au coureur.

    Ce qui irrite, plutôt, c’est cette attitude condescendante de la part de certains dirigeants des médias vis-à-vis une profession qu’ils veulent reléguer au rang de vocation ou de passe-temps, qu’ils perçoivent comme pas assez digne pour être considérée comme un travail en bonne et due forme. Faites-le, si vous le devez, pour l’amour de la chose; For the Love of It, pour reprendre le titre de l’essai de Seitz. Et entre-temps, cherchez-vous une vraie job.

    Parlant d’amour, voici la bande-annonce du documentaire For the Love of Movies (2009); rien de transcendant comme film avec son style «têtes parlantes» peu imaginatif, mais qui permet de mettre en lumière les passions de certains des scribes des salles obscures les plus renommés. Les anciens collègues de Entertainment Weekly, Owen Gleiberman et Lisa Schwarzbaum (qu’on peut voir à 0:48) y participent. C’est disponible sur Netflix.

    > Suggestion de lecture : Kent Jones, dans la dernière édition de Film Comment, tente de définir l’évolution de la théorie de la critique, de André Bazin à Manny Farber, en passant par la génération dorée des Cahiers.

    À lire aussi :

    > Un géant de la critique perd sa voix au Village Voice


    • Je ne lis jamais de critique non professionnelle, c’est simple, ça ne m’intéresse pas.

    • @jp_martel

      Mais que faites-vous donc sur ce blog ? (no offence)

    • @hlynur

      Ou c’est une raillerie à l’endroit de M. Siroka, ou bien vous lisez mal. jp_martel a dit “critique NON professionnelle”

    • @carlpaquin

      Les commentaires de M. Siroka constituent la pointe de l’iceberg. Ses observations, si pertinentes les trouverons-nous, se nourrissent et s’enrichissent des nombreuses interactions de ses participants en l’occurrence non professionnelles si ce n’est de quelques rares vieux briscards qui profitent de la plateforme pour causer cinoche dans un contexte plus aérée que dans leurs niches éditoriales respectives.

    • Vous excuserez les coquilles, mais il se fait tard. Pas besoin de vous faire un dessin.

    • @hlynur

      Mais que faites-vous donc sur ce blog ? (no offense)

    • @carlpaquin

      De l’insomnie

    • @carlpaquin

      Si jp_martel ne lit que de la critique “professionnelle”, dois-je comprendre qu’il se “contente” de lire le billet du modérateur sans égard pour les débats et les discussions qu’il suscite entre participants, nous, pauvres ilotes et béotiens de ce monde ?

      Après une longue absence vous nous revenez avec une attitude plutôt désagréable, agressivement sur la défensive, alors que personne ne vous a attaqué. Pour ce qui est de mon post, par “professionnel” je dis rémunéré, pas nécessairement meilleur que ce qui se lit dans les commentaires, ici ou ailleurs. Je parle d’une profession qui est lentement mais sûrement en train de disparaître. Alors le fait d’attaquer un de mes visiteurs sous prétexte qu’il refuse de lire les commentaires est complètement hors sujet, d’autant plus qu’il n’a jamais dit ce dont vous l’accusez. -js

    • @hlynur

      Je l’ignore et je m’en fous, au fond. Mais je le lui souhaite. Tous ne vont pas sur un blogue pour les commentaires mais pour le propos qui, ailleurs, ne serait pas formulés, comme cela arrive souvent avec M.Siroka. Vous remarquerez qu’il (jp_martel) ne considère pas important de se joindre aux remontrances que vous exprimez.

      Je vous souhaite une aérée et paisible nuit. Attention à votre dictionnaire des synonymes; il est très lourd et inutilement blessant. Je lis les blogues par curiosité et votre propos m’a fait réagir. Habituellement, je suis plutôt jp_martelien.

    • Je lis le EW depuis près d’une vingtaine d’année. J’y étais abonnée mais depuis une dizaine d’année, je ne le lis que sur le web. J’y ai remarqué plusieurs changements au cours des ans alos que le magazine s’adaptait aux goûts du jours. Il a toujours eu un mandat très culture populaire mais j’avais constaté que sur le site web, la balance penchait de plus en plus du côté populaire que culture. Tout ça pour dire que je ne suis pas étonnée du départ d’Owen Gleiberman.

    • Sans aucune intention de vouloir sonner le glas d’une profession comme celle de critique artistique, je pense qu’il faut néanmoins se poser une ou deux questions: pour le commun des mortels, qu’elle est la valeur ajoutée d’une critique professionnelle? Et si valeur ajoutée il y a, est-ce que cela transparait dans le résultat?

      À l’heure où l’information est diffusable et accessible de partout en tout temps, ce qui n’était pas le cas avant, justifier des positions d’information exclusives deviendra de plus en plus difficile…

    • À mon avis, le produit du critique relève purement du divertissement, au même titre que le produit du poète, du chroniqueur politique/automobile ou du Stéphane Laporte. Par conséquent, le critique doit être en mesure de vendre son produit s’il veut en faire son gagne-pain; il ne s’agit pas d’un service essentiel, et personne n’en a réellement besoin.

      Si EW juge que le produit du critique n’est pas rentable, c’est dommage, mais il me semble que ça peut arriver dans toutes les sphères professionnelles, sans nécessairement diminuer la valeur de la profession. C’est plutôt la valeur du produit qui compte.

    • Désolé d’avoir semblé disparaître après mon commentaire assez court. Vous remarquerez que la majorité de l’échange à mon sujet a eu lieu entre 23h30 et 2h57.

      Une critique non professionnelle n’est pas du tout la même chose qu’un débat, ou ce qui en tient lieu, entre personnes qui suivent un blogue. Dans ce dernier cas, on échange sur un sujet que les personnes connaissent, au moins dans une certaine mesure.

      Dans le cas des critiques non professionnelles, je reçois l’avis de gens que je ne connais pas au sujet d’un film que je n’ai pas vu. Comment puis-je juger de la qualité de cet avis? Avec un critique professionnel, je sais qu’il a une expérience et une connaissance du cinéma, qui ont été validées par son embauche dans un media qui considère justifié de lui verser un salaire. L’idéal, c’est d’ailleurs de finir par “connaître” le critique au point de pouvoir aller voir sans hésiter les films qu’il propose.

      Dans mon cas, d’ailleurs, cela existe, non pour le cinéma, mais pour la télé américaine. Le critique du USA Today, Robert Bianco, semble avoir des préférences très proches des miennes, ce qui fait qu’à chaque année, au mois de septembre, j’attends son palmarès des nouvelles séries pour savoir auxquelles je vais donner une chance en début de saison. Ça m’a donné de suivre, dès le premier épisode, House, The West Wing, Pushing Daisies et de nombreuses autres séries que j’apprécie ou ai appréciées.

      Pour revenir au cinéma, et pour répondre à hlynur, je n’aurais pas d’hésitation à discuter sur un blogue d’un film que j’ai vu. Je l’ai d’ailleurs fait, à l’occasion, sur ce blogue et d’autres blogues cinéma de la Presse. Mais je maintiens que, pour m’informer à savoir si un film vaut la peine d’investir mon temps et mon argent, je préfère faire confiance à des professionnels.

    • @js
      Le lot de commentaires hostiles que ma remarque anodine a suscité me semble beaucoup plus “agressivement défensif ” que mon commentaire en soi. Si bien fut-il “hors-sujet”, je ne peux que trouver aberrant le propos d’un type qui s’enorgueillit de ne lire que de la critique professionnelle (un terme à quelques exceptions près souvent galvaudé) dans le cadre d’un espace de discussions ouvertes enrichi (malgré-lui…) par les propos qu’il y tient….

    • @hlynur:

      Lisez le commentaire juste avant le vôtre.

    • Un peu hors-sujet, mais je n’aime pas trop associer la critique au journalisme, ce sont pour moi deux formes d’écrits complètement différents, pour ne pas dire opposés. On est journaliste quand on interviewe un réalisateur, mais on ne l’est plus quand on évalue son film (ce serait plus du domaine de l’essai littéraire).

      Un peu plus dans le sujet: c’est triste, mais je ne vois pas d’avenir pour la critique professionnelle, hors des revues pour cinéphiles du moins (qui n’offrent pas le même salaire qu’un grand journal j’imagine). Pour l’industrie, la critique n’a jamais été rien d’autre qu’un agent de publicité, permettant à la foule de connaître un “produit” à vendre. Maintenant que les réseaux sociaux assurent cette pub bien mieux que n’importe quel critique, il n’y a plus d’intérêt pour la profession. Ce n’est pas de la condescendance, mais de l’indifférence, un simple calcul de rentabilité. La critique ressemblera de plus en plus à une relique garant d’un certain prestige.

      Très bien dit ciné. Pour ce qui est de la nomenclature, elle n’est en effet pas des plus claires. Par «journaliste», je parle de la définition légale au sens large : un employé d’un média, que ce soit chroniqueur vedette, lecteur de nouvelles, ou simple pupitreur web (comme moi, dans mon «autre» emploi à La Presse). -js

    • @cine

      En effet, c’est plate à dire, mais il faut avoir des tendances quasi
      masochistes pour aspirer à exercer le métier de critique de nos jours. Ce qui est moins vrai de l’autre côté de l’Atlantique où demeure toujours une starification du critique.

    • Les derniers critiques ‘professionnels’ seront probablement ceux capable de genérer assez de traffic sur un site internet qu’ils contrôlent pour pouvoir bien vivre des revenus de publicité.

      Diantre que ce doit être difficile! Surtout dans une autre langue que l’anglais. Et il va falloir être au moins aussi bon pour le marketing que pour l’écriture. Et peut-être faire des compromis. C’est pas vrai que la qualité seule du produit est suffisante.

    • Tout à fait, 55, mais je compterais moins sur les revenus de publicité que sur toutes les plateformes de financement indie qui sortent un peu partout, du genre Patreon. D’une manière ou d’une autre, ce sont des revenus éphémères qui peuvent disparaître du jour au lendemain, dès que le traffic ou l’intérêt diminue. Et impossible à mon avis de survivre dans une autre langue que l’anglais.

    • Tiens, on dirait que je suis déprimé.

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