Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 3 avril 2014 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (52)

    The Matrix à 15 ans : le triomphe du plausible

    matrix-neo-stops-bullets

    Il y a 15 ans cette semaine sortait en salle The Matrix des (à l’époque) frères Wachowski. C’était une drôle de bibitte : des réalisateurs inconnus au nom exotique, un acteur dont on aimait moquer son inexpressivité, beaucoup de cuir, et des héros d’action qui étrangement ne manquaient pas une occasion pour y aller d’une bonne jasette philosophique. Et pourtant, ce film est devenu l’un des plus gros succès de l’histoire du cinéma de SF, et certainement l’un des plus influents du genre au cours la dernière décennie et demie.

    Malgré les quelques incongruités listées ci-haut, on s’entend que The Matrix possède quantité d’atouts qui ont réussi à combler le moins aventurier des spectateurs : un protagoniste «ordinaire» auquel on s’identifie facilement et à travers lequel on découvre un monde extraordinaire, une quête aux enjeux suprêmes bien établie, des antagonistes qu’on aime détester, des décors dystopiques impressionnants, des combats et fusillades ultra élaborés, une histoire d’amour salvatrice, etc.

    Ces caractéristiques, rendues à divers degrés de compétence, se retrouvent dans une myriade de films commerciaux post et pré Matrix. Mais alors, qu’est-ce qui fait en sorte que le public, et la culture populaire, aient tellement embarqué dans ce phénomène en particulier? Une réponse qui m’a bien plu se trouve dans cet excellent papier rétrospectif mis en ligne par Vulture, dans lequel l’auteur Bilge Ebiri soutient que The Matrix a réussi à trouver dans le concept du virtuel le mariage parfait entre deux composantes cinématographiques en duel perpétuel : la réalité et la fantaisie.

    Nous aimons que nos films soient des fantasmes d’évasion, mais nous aimons aussi prétendre qu’ils ont un semblant de réalisme – qu’ils sont plausibles à un certain niveau. Nous n’aimons pas en général quand les gens ordinaires volent en l’air avec des armes à feu ou font des sauts impossibles. Mais dans The Matrix, toutes ces actions se déroulent dans un monde virtuel – un monde qui, s’il adhère la plupart du temps aux contours et aux règles de la réalité, peut être piraté. Et donc, lorsque les personnages marchent sur ​​les murs et plongent latéralement d’un bâtiment à l’autre, c’est un signe non pas de leur force physique, mais de leur capacité à tromper les règles du réel. Le film établit un cadre dans lequel l’impossible peut se produire.

    Une autre force de The Matrix, c’est d’avoir réussi à créer un objet complètement lisse et original à partir d’une multitude de références et d’allusions, qu’elles proviennent du cinéma, de l’anime, de la télévision, de la littérature ou d’ouvrages philosophiques. L’équipe de Everything is a Remix, dont le credo veut que l’originalité est une notion au mieux relative, y est allé de cette démonstration plutôt éloquente :

    0:27 – Fist of Legend (1994) 0:38 – Tai-Chi Master (Twin Dragons) (1993) 0:44 – Fist of Legend (1994) 0:48 – Tai-Chi Master (Twin Dragons) (1993) 0:53 – Drunken Master (1978) 1:02 – Fist of Legend (1994) 1:09 – The Killer (1989) 1:19 – Fist of Legend (1994) 1:21 – Iron Monkey (1993) 1:31 – Once Upon A Time In China (1991) 1:36 – Fist of Legend (1994) 1:41 – Tai-Chi Master (Twin Dragons) (1993) 1:45 – Le discours de Philip K. Dick (1977) 2:18 – Strange Days (1995) 2:24 – Akira (1988) 2:30 – Total Recall (1990) 3:24 – Alice In Wonderland (1951) 3:42 – The Killer (1989) 3:53 – A Better Tomorrow (1986) 4:05 – Ghost In The Shell (1995) 4:32 – Akira (1998) 4:39 – Koyannisqatsi (1982) 4:49 – Dr. Who: The Deadly Assassin (1976) 5:10 – Ghost In The Shell (1995)

    À lire aussi :

    > L’originalité, un terme bien flou
    > Question d’originalité


    • Quand je vois le video de Remix, il faut aussi dire que le fight coordinator du film The Matrix, Yuen Woo-Ping a participer à la plupart des films qui sont dans cette liste, que ce soit comme directeur ou bien comme fight coordinator. Il ne faut pas donc se surprendre si la facture visuelle des combats reviennent dans The Matrix.

    • Merci @thanekrios pour l’explication!

      Beaucoup de films avec Jet Li ou encore des films de John Woo. Par contre, Les Wachowski ont ajouté un petit élément différent aux scènes de fusillades par rapport à celles de Woo; c’est l’accent sur les cartouches qui tombent. Les amoureux des armes à feux (je m’inclus ici) ont été directement interpellés par le The Matrix (l’original, pas les 2 autres).

      Ghost in the Shell… ça fait longtemps que j’ai vu ça! je ne m’en rapelle presque plus.

    • Ne faudrait-il pas lire “The Matrix a 15 ans : le triomphe du plausible” et non pas “The Matrix à 15 ans : le triomphe du plausible” (c’est-à-dire pas d’accent grave sur le “a”, puisqu’il s’agit du verbe avoir conjugué à l’indicatif présent et à la troisième personne du singulier)?

    • L’analyse d’Ebiri me semble être surtout une analyse de trentenaire et plus. Et en ce sens la coquille de Jozef “The Matrix à 15 ans” est une belle perle ironique. Car c’est vraiment The Matrix “À” 15 ans qui est la clé de la pupillarité de ce film selon moi.

      Je ne conteste pas toute cette idée d’opposition entre fiction et réalisme. Toutefois, la génération marquée par the Matrix a surtout été “flabergastée” par cette apothéose du cool que constitue le film des Washowski.

      Passons sur le cool absolu des lunettes noires (belle métaphore) et de l’esthétisme de type techno-groove. L’apothéose du cool est surtout décuplée par sa capacité à rassembler une jeunesse tiraillée entre les deux extrêmes du cool: Morpheus le cyber-ninja et Neo dans un vieux chandail de laine troué qui goûte l’authenticité de la vie réelle.

      Que de publics-cibles (de 15-30 ans) on peut rassembler en unissant ces deux images!

      On pourrait dire que la “vraie” science-fiction, le vrai fantasme du film, ce n’est pas de maîtriser la virtualité technologique pour la plier à notre volonté et s’en servir pour se refaire une garde-robe en cuir noir, mais plutôt la possibilité de revenir à une réalité nue, une simplicité volontaire qui rompt avec la société post-moderne. Voilà le vrai fantasme des années 1990.

    • *popularité

    • Je ne sais pas si quelqu’un en a déjà parlé ailleurs, mais ce que j’aimais de la trilogie, c’est qu’elle transposait l’univers de l’informatique (hommes-machines-virus) en véritable système social. À la fin, les hommes et les machines s’allient pour vaincre le virus (incarné par Smith).

      Plusieurs personnes ont détesté les volets II et III, après avoir tripé sur l’inventivité des effets spéciaux du premier. Comme avec Le Parrain (dont le volet III est mauvais si l’on se fie à un peu tout le monde), l’univers de The Matrix est bancal — disons vachement incomplet — sans l’apport des deux derniers volets.

    • “Bullet time”, The Matrix est un des rares films qui a donné aux effets spéciaux le pouvoir d’ajouter de la profondeur à l’histoire. Dès la première scène lorsque Trinity saute dans les airs et la caméra tourne autour d’elle alors qu’elle est en freeze frame. Oh yeah ! les yeux équarquillés pour toute la projection et ça continué pour toute la durée du film. Wow !

      Le weekend dernier je me suis tapé la trilogie et c’est quelque chose qui a bien vieilli. Il faut lire Jean Baudrillard qui est une des principales inspirations avec son essai Simulacres et simulation.

    • Il reste que je n’ai pas encore compris totalement l’histoire.Est-ce que M.Smith est un virus qui corrompt le programme de la Matrice? Le monsieur Barbu et l’oracle à la fin, est -il Dieu qui recrée sans cesse un nouveau monde parce qu’il n’est jamais satisfait du précédent qu’il a fait?

    • @kurtz

      “On pourrait dire que la “vraie” science-fiction, le vrai fantasme du film, ce n’est pas de maîtriser la virtualité technologique pour la plier à notre volonté et s’en servir pour se refaire une garde-robe en cuir noir, mais plutôt la possibilité de revenir à une réalité nue, une simplicité volontaire qui rompt avec la société post-moderne.”

      Analyse intéressante, mais je ne sais pas… Je n’ai pas revu le film depuis 15 ans, alors ça vaut ce que ça vaut, mais il me semble que la réalité dans Matrix est terriblement moche. Qui veut vivre dans ce monde-là, cette réalité nue? La Matrice est tellement plus attrayante, cool, oui! Le film dit qu’il faut s’échapper mais l’argument n’est absolument pas convaincant (même le film n’y croit pas, il est bien plus intéressé par ses effets spéciaux que par les hommes).

      Les références philosophiques sont d’ailleurs utilisées comme des marques de prestige, un placement de produit comme un autre. Le propos du film n’a rien à voir avec Baudrillard, à moins de simplifier à outrance l’idée qu’aujourd’hui le simulacre couvre le réel. Oh, mais ça parait bien de montrer son livre à l’écran – mais juste la couverture: si je me rappelle bien le livre est vide, c’est là que se cachent les pilules, ce qui au fond est la plus belle image du film.

      C’est un film d’action fort divertissant, et c’est bel et bien une formidable représentation de notre époque, mais c’est à son corps défendant, à cause de ses nombreuses contradictions et de l’échec de son propos supposément critique. Fascinant, certes, mais pas pour les bonnes raisons.

    • Le film a très bien saisit les angoisses liées à l’explosion du monde de l’information et de la mondialisation: l’impression d’être enfermé dans un système planétaire (le fameux “système” que tout le monde décrie, parfois) asservissant voué à la voracité de quelques têtes contrôlantes obscures. Le sentiment de “déréalisation”, c’est-à-dire de perte d’engagement envers le réel, causé par la sur-stimulation médiatique. Etc. Ce sont des angoisses qui sont plus prégnantes chez les jeunes, puisque ceux-ci cherchent encore à se positionner dans leur vie (lire: face au “système”).

      Comme cinematographe le dit, le film échoue à proposer une solution crédible. La solution du film, c’est la magie du virtuel, la magie qui crack le code de la Matrice. Et effectivement, une décennie et demi plus tard, le téléphone intelligent et sa magie virtuelle règne sur les esprits !

    • @ ciné

      Pour ma part, la quête d’authenticité et de simplicité m’avait beaucoup plus impressionné à l’époque que celle du pouvoir absolu donné par la réalité virtuelle. J’avais été assez conquis par cette idéal ascétique qui contrastait avec la majorité des films américains (en apparence, évidemment, puisque vous avez raison sur le manque de profondeur des idées lancées par le film)

      Tout de même, le méchant et le traître est celui qui choisit le cool de la matrice au lieu du cool de la marginalité. Le film en fait carrément une opposition sacrée entre le bien marginal et dénudé (neo-jesus) et le mal voluptueux et complaisant envers la matrice (cypher-judas)

      En fait, Cypher réunit TOUS les péchés capitaux en une seule personne:

      “Les sept péchés capitaux identifiés par Thomas d’Aquin sont l’acédie (ou la paresse spirituelle), l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie.” (Wikipedia)

      Il refuse d’accepter la réalité et préfère la matrice: (paresse spirituelle)
      Il demande aux agents d’être puissant (orgueil)
      Il demande d’être riche (avarice)
      Il déteste Morpheus (colère)
      Il jalouse Neo (envie)
      Il désire Trinity (luxure)
      Il se délecte du faux steak (gourmandise)

      The Matrix est vraiment pour moi une sorte de prière adolescente, un fantasme du pureté ascétique typique de l’époque où la surenchère technologique rend la simplicité de la vie de moins en moins palpable.

      Je crois vraiment que c’est en partie cette dimension qui a séduit le public 15-30, en plus des effets spéciaux et de ce parfum de théorie du complot qui attirent tout autant ce public.

    • Neo choisit aussi le cool de la Matrice: je ne pense pas qu’il aurait accepté son rôle de Sauveur si on ne lui avait pas présenté tous ces guns virtuels et la possibilité de plier le monde à sa volonté (d’ailleurs, s’il peut faire ce qu’il veut dans la Matrice, pourquoi des guns? Il me semble que j’aurais essayé d’être plus imaginatif que ça.) Neo est cool dans la Matrice; à l’extérieur, il n’est rien (en tout cas dans le premier film).

      Ce qui est attrayant dans le film, ce n’est pas le retour à la réalité, mais la violence qu’il faut exercer pour se libérer, c’est-à-dire tout ce qui se passe dans le virtuel. Oui, c’est vrai qu’il y a un fantasme d’ascétisme, mais ce n’est pas ce que l’on retient; c’est le bullet-time.

    • « Nous aimons que [...], mais nous aimons aussi [...]. Nous n’aimons pas [...] »

      Il n’y a pas de « nous ». Les individus aiment des choses différentes. Le succès de La Matrice est dû au fait que le film arrive à offrir un peu (énormément) de tout pour tous.

      Pour moi, c’est un peu comme les films Kung Fu Hustle ou Shaolin Soccer (la version originale, pas celle de Miram-”axe”) de Stephen Chow. Dans un sens c’est du gros n’importe quoi, je dirais même que c’est de « l’anti-art » (dans le sens d’une approche artistique complètement opposée à l’art conventionnel), mais ça marche.

    • Comme la ci bien dit chrisrayberg “Bullet time” est la signature de The Matrix; Everything is a Remix sont aller fort avec leur argument sur ce film: note de 1sur10 sur cet essai qui n’a réussi à mon humble avis à rien démontré de façon éloquente. That’s it… and this that’s it it’s the that’s it!

      TAM

      Quel commentaire bizarre. La vidéo relève habilement les hommages et références qu’on retrouve dans le film, je ne vois pas dans quel sens ils sont “allés fort”. -js

    • The Matrix, ca restera un classique de sa génération. Un mélange de Philipp K. Dick, du Wuxia,du old school kung fu (First of Legend était le dernier classique avant la sortie de The Matrix) et surtout, du cyberpunk. Pas juste Ghost in the Shell, mais aussi du William Gibson. Mais un commentaire ci-haut parlait de l’intégration même des effets spéciaux au coeur de l’histoire, et non pas comme du “fluff”.

      Mais les suites sont vides au pied cube. Quelle perte de temps. Mais j’ai vraiment apprécié les mal compris Cloud Atlas et surtout Speed Racer. J’attends donc Jupiter Ascending avec une certain trépidation…

      @mendell

      Ghost a très bien vieillit. J’ai réessayé de revori Akira, mais non, c’est toujours une merde….

    • le bullet time tout seul c’est vrai que cela ne semble pas si unique; sur une rotation de 360 degrés autour de l’objet: cela était carrément unique. Alors, selon mon humble avis, dire que The Matrix est simplement un mélange d’éléments connus qui ont déjà plu aux cinéphiles dans d’autres films, c’est un peu réducteur, surtout avec une telle nouveauté.

      TAM

    • Et ça se dit que The Matrix est un mauvais film. Ils sont convaincus aussi.

      kurtz, 4 avril 2014, 12h41 est pas mal dedans.

      Tranche de vie: je n’aime pas les films de super-héros. Je tolère Batman parce que c’est une personne normale qui a du cash pour se payer des gadgets. Je vois les previews de The Matrix. Ça a l’air cool, mais je ne veux pas en savoir plus; les trailers brûlent souvent le plaisir.

      Je suis au cinéma, avec des amis, et Trinity saute à travers une fenêtre vers une autre fenêtre de l’autre côté de la rue. Elle fait un roulé-boulé et pointe ses armes vers un potentiel agresseur. Ça n’arrive pas et elle est sauvée. Je lève les yeux et me dis: oh non! pas encore un maudit film de m***e.

      Puis, il arrive quelque chose. Quelque chose qui me fait “rooter” pour le héro.
      Quelque chose qui me fait croire que cette histoire est intéressante.
      Et j’aime ce film.

      On est d’accord que les changements de technologies changent les façons de raconter les histoires. The Matrix y a participé.
      Mais c’est pas juste ça.

      Désolé pour les intellos. Il faut aimer une histoire pour l’aimer.

    • @cinématographe

      Si je me rappelle bien (moi aussi ça fait longtemps que je l’ai vu), le livre de Baudrillard n’est pas tout à fait vide. On arrive à voir que la page précédant la cache de Neo c’est la première du chapitre sur le nihilisme. Je trouve que ça en rajoute au placement de produit philosophique que vous évoquez.

    • Je trouve que le fait que les pilules se trouvent dans le livre de Baudrillard est un beau clin d’oeil, qui aurait été souligné de façon beaucoup plus positive par les cinéphiles s’il avait figuré dans un film de Kubrick ou de Lynch, ou même dans un film comme Fight Club, qui va un peu plus loin dans l’intellectualisation des concepts.

      C’est évident que le défaut de Matrix est d’utiliser les concepts philosophiques dans le but de servir les intérêts narratifs et dramatiques du film et non le contraire. Nolan fait pareil dans ses films d’ailleurs. Toutefois, il faut reconnaitre que le but du film était avant tout de divertir et non de proposer une réflexion sur le monde contemporain.

      Il a souvent été question ici de l’importance pour le cinéaste de “montrer” ses idées au lieu de les enfoncer dans des dialogues explicatifs verbeux. En ce sens, je trouve que The Matrix montre bien le déchirement entre le fantasme technologique comme cure miracle et celui du retour à une conception essentialiste de la vie. Les lunettes noires, le biscuit, le livre vide, les enfants au look monastique, etc. Est-ce du “placement de concepts”? Oui, bien sûr. Je reviens sur mon idée de départ: The Matrix est un film pour post-ados avant tout. Il amorce des idées qui demandent à être creusées. On lira Baudrillard, Lipovetsky et Arendt à 25 ans et Derrida à 30 ans.

      Je suis d’accord avec cinématographe sur le fait que Neo a l’air de jouir pas mal de son power trip virtuel, mais c’est pour lui un moyen de détruire ce monde artificiel et de donner au reste du monde la possibilité de vivre la réalité, aussi nue et crue soit-elle.

      Neo embrasse donc les deux fantasmes et il représente en cela toute l’ambivalence de la jeunesse contemporaine, qui passe 4 heures par jour sur son téléphone et devant l’écran, mais qui déclare avoir l’écologie et la famille comme valeurs principales.

    • désolé, j’ai confondu les disques avec les pilules pour le livre…

    • @kurtz

      En fait, l’erreur vient de moi, plus haut.

      La différence avec Kubrick ou Lynch, c’est qu’eux travaillent leurs références en profondeur. Et surtout, dans ce cas-ci, la référence est incohérente: la Matrice asservit les hommes en leur cachant la réalité. Simulacre et simulation, c’est un titre qui semble s’accorder parfaitement à cette vision. Or, Baudrillard ne dit pas que la réalité nous est cachée ou que l’on vit dans un monde véritablement faux, artificiel; il dit simplement que notre référent premier n’est plus la réalité mais son image. Ce n’est pas du tout la même chose que ne pas savoir que notre monde n’est qu’illusion. Les Wachowski auraient utilisé La société de consommation que ce serait déjà plus cohérent.

      Et Baudrillard n’est qu’un exemple parmi d’autres de philosophes utilisés sans souci de les respecter. Je me rappelle qu’à l’époque on citait souvent la caverne de Platon à propos de ce film, mais encore une fois il faut passer à côté de Platon pour relier sa caverne à la Matrice. Ce sont des références superficielles, qui donnent un semblant de contenu. On pourrait bien parler aussi des Méditations de Descartes, du ciel de Berkeley ou de toute la tradition du scepticisme. C’est facile accrocher plein de concepts à la Matrice, et le film le sait bien, alors il cite toute la philosophie occidentale, mais ne travaille absolument aucune de ces idées. Bref, du placement d’idées pour faire intelligent. On est loin de Philip K. Dick.

      Personnellement, c’est ce qui me dérange le plus; enlève toutes ces prétentions intellectuelles et assume ton film d’action, il est très bien! Et ça devient un problème, ces prétentions, car, comme vous dites:

      “Neo embrasse donc les deux fantasmes et il représente en cela toute l’ambivalence de la jeunesse contemporaine, qui passe 4 heures par jour sur son téléphone et devant l’écran, mais qui déclare avoir l’écologie et la famille comme valeurs principales.”

      C’est ce que je voulais dire plutôt quand je parlais d’une formidable représentation de notre époque. Il n’y a pas beaucoup de films hollywoodiens qui représentent mieux notre époque que la Matrice, mais c’est un produit de cette époque, qui n’arrive pas à s’en distancier; le film la reflète mais ne la réfléchit pas du tout. Et ce miroir offre un modèle finalement pernicieux, un rebellez-vous conformiste, un ascétisme qui passe par un power trip, un retour vers la réalité qui encense néanmoins le virtuel. Je préfère les modèles disons plus positifs.

    • @ Cine qui dit : “pourquoi des guns?”

      Quand vous voulez attirer les jeunes gamers, comme Kurtz le dit, vous mettez le mur de guns. Le fan des vieux Rainbow Six y est directement intéressé. On pourrait ajouter d’autres jeux, mais ici n’est pas le point. Les tomes 2 et 3 s’éloignent d’ailleurs de ces armes (inutiles contre l’agent Smith de toute façon) pour aller plus vers les arts martiaux.

      @dusk : Il faudrait que je le revoie, mais j’en avais gardé une très bonne impression (juste inférieur aux Vampire Hunter D et sous les Miyazaki évidemment).

    • Je suis surpris que personne n’ait fait allusion à Dark City d’Alex Proyas, notamment dans le remix. Les parallèles sont très nombreux. Une réalité constamment modifiée, une matrice en constante évolution, l’arrivée d’un messie aux super pouvoirs mentaux qui brise ce monde d’illusions. J’avais beaucoup aimé ce film, que j’ai vu après the Matrix. Vu que ce film n’était qu’un an ou deux avant, je ne sais pas l’influence qu’il a pu avoir.

    • Kurtz a mis le doigt sur les principaux concepts qui m’ont frappé, et ciné a complété le tout! En fait, 3 films m’ont vraiment marqué dans les années 90 : Pulp Fiction, Fight Club et the Matrix!

      Pulp Fiction est une classe à part, mais ce que je retiens de Fight Club et the Matrix au-delà de la coolitude et des essais philosophiques, c’est le concept de raison d’être (”purpose”) qui se mélange avec celui de la destinée. Dans Matrix, c’est encore plus clair : est-ce qu’on préfère avoir une raison de vivre dans un monde difficile, ou plutôt être anonyme dans un monde irréel?

      J’ai adoré the Matrix tout comme j’ai adoré Fight Club. Il s’agit clairement d’un film culte au même niveau que Star Wars.

      2 autres influences qui me viennent assez facilement à l’esprit : Terminator (guerre contre le système contrôlé par les machines) et Shadowrun (jeu de table devenu jeu de Genesis/SNES et dernièrement PC dans lesquels on pouvait justement se connecter à une matrice – un hybride entre l’Internet et un système de CCTV – pour désactiver certaines défenses).

      Ceux qui ont apprécié l’univers de the Matrix devraient clairement en apprendre davantage sur celui de Shadowrun…

    • “Je suis surpris que personne n’ait fait allusion à Dark City d’Alex Proyas, notamment dans le remix”

      +1

      En revoyant Dark City il y a quelques années, ca saute aux yeux que ce film s’est logé dans le subconscient des Washowski avant qu’ils ne fassent the matrix. Mais qui sait, p-e aussi qu’ils ne l’avaient jamais vu avant de tourner leur film. Ca me penser à Tarantino qui disait ne jamais avoir vu La mariée était en noir. Presque impossible.

    • Matrix 2 & 3: un des pires gaspillage de potentiel de l’histoire du cinéma.

    • @ jon8

      Et une des choses qui plombe ces deux films est la relation ridicule de Neo et de Trinity, que les deux acteurs ne réussissent jamais à faire décoller.

    • La déception était d’autant plus grande que le teaser était l’un des meilleurs jamais vu à l’époque:

      http://www.youtube.com/watch?v=-URQ4sMzBvA

      Très dommage. Il y avait là un potentiel aussi fort que Star Wars si ce n’est plus. Enfin… rien n’est jamais facile en Sci-Fi, hein ?

    • @Kurtz, il y a une liste longue de même de choses qui plombent ces deux films. À commencer par le scénario (cinematographe niera sûrement, hehehe) et le ”traitement Michael Bay”.

    • @procosom.com

      En passant, Shadowrun, c’est du William Gibson mélangé à du D&D. Neuromancer est un des très grand roman de science-fiction. Il a inventé le cyberpunk, le terme “cyberespace”et le concept même de la matrice .

      Pour Dark City, totalement. en fait, lors de la séquence du début avec la pousuite sur les toits avec Trinity, les décors sont littéralement ceux de Dark City. Les 2 films ont été tournés aux même studios.

    • @jon8

      Hehehe, mais non, pas cette fois, je n’ai même pas vu! Par contre, je peux toujours vous faire une apologie de Michael Bay si vous voulez, question de vous convaincre à jamais que nous ne voyons pas le même cinéma.

    • Je comprend l’utilité de Michael Bay dans l’écosystème-cinéma. Tout ce que je dis c’est que Matrix méritait un traitement plus approprié à son potentiel mythologique.

    • The Matrix, c’est l’explication imagée du malaise ressenti à l’adolescence: on ne comprend pas pourquoi, en quittant l’enfance, on nous oblige à entrer dans un système qu’on doit servir. C’est assez fou quand on y pense, que l’humain, cette créature soi-disant intelligente, ait réussi à s’asservir à un système qu’il a lui-même créé. La matrice.

      Fight club mise un peu sur le même principe, mais sous l’approche de la destruction de la matrice. C’est moins crédible par contre.

    • Ouais, sauf que la solution de Matrix, c’est troqué un système pour un autre. Neo n’est pas libre, il est déterminé par une prophétie, même son amour pour Trinity a été programmé à l’avance (pas pour rien que ce n’est pas crédible à l’écran: leur amour a été imposé par une prophétie/les scénaristes). De même, le film n’a rien libéré du tout, mais n’a qu’a entraîné une mode. Ça représente le malaise adolescent, mais ce n’est que pour mieux l’asservir avec une rebellion cautionnée par le système. Baudrillard indeed.

    • Avalon de Mamoru Oshii?

    • ”C’est assez fou quand on y pense, que l’humain, cette créature soi-disant intelligente, ait réussi à s’asservir à un système qu’il a lui-même créé. La matrice.”

      C’est assez simpliste comme vision des choses, i’d say.

      Sans vouloir entrer dans un big-depth débat philosophique, disons que Matrix symbolise beaucoup plus que ça. Du moins, Matrix 1 semblait promettre du plus profond… Finalement on a eu BSG, Inception et quelques autres…

    • @jon8

      “Sans vouloir entrer dans un big-depth débat philosophique”

      Mais allez-y mon cher! Pourquoi vous priver?

    • Je n’ai jamais compris comment le 1er Matrix avait pu être si bon et les 2 autres aussi mauvais!

      Le monde/système/débat/combat créé était fantastique; il a fallu que le tout se transforme en film d’action un peu nono alors que le 1er, même s’il ne faisait qu’effleurer certains concepts, au moins soulevait des questionnements!

    • @eturgeon et the_brooky : c’est tout à fait normal. En plus des thèmes qui sont proches et de l’atmosphère, les décors de Dark City ont été réutilisés pour The Matrix (vous pouvez voir ça sur IMDB)

      Autre parallèle entre les 2 films : Les je-ne-sais-trop-quoi appellent toujours le héros “Monsieur Murdoch” et de même avec le “Monsieur Anderson” de l’agent Smith.

    • ”Mais allez-y mon cher! Pourquoi vous priver?”

      Boaf. Un jour d’élection ? Le moral n’y est pas…

      ;-)

      @procosom
      Matrix 1 se la jouait ”Jaws 1” en montrant le moins possible de ce qui pouvait possiblement nuire à l’ensemble. Finalement, dans 2 & 3 on a étendu au grand jour le manque de profondeur alors qu’il aurait été plus simple de faire ce que J.J. Abrams a fait pour Lost: faire croire que quelque chose de big se cache derrière le mystère opaque. Ensuite, tu attends pour sortir un Matrix 4, 10 ans plus tard, qui montre finalement que derrière le mystère il n’y a rien pentoute sauf un box-office de 1.5 milliards!

      Ok je suis cynique. Scusez moi, je dois aller voter.

    • @jon8

      Je suis déçu. Partie remise dans ce cas…

    • @frank, bon d’accord puisque vous insistez et puisque Pauline va prendre sa retraite bientôt…

      ”l’humain, cette créature soi-disant intelligente, ait réussi à s’asservir à un système qu’il a lui-même créé. La matrice.”

      Primo, il n’y a aucun consensus quant à la définition exacte ”d’intelligence”. Plus important encore: intelligence ≠ raison/vérité ultime.

      Deuzio, à peu près tout sur cette planète (and beyond?) est basé sur le schème de l’équilibre entre l’individualité et la collectivité. Des bazillions de micro-frictions maintiennent le ‘’système” en place et, franchement, l’humain du 21e siècle n’a que peu à avoir avec sa ”création”. Tout au plus l’animal qu’il est a su évoluer en dehors de sa grotte pour ramper dans un condo avec de l’eau chaude et une télé 3D.

      Finalement, je soupçonne fortement Keanu Reeves d’être un Cylon. Mais shuuttt! Ne l’ébruitez pas.

    • D’accord sur la notion d’intelligence.

      Sur le système, d’accord aussi. Il y aura toujours un système.

      Par contre, ce que j’ai retenu du film, c’est une critique acerbe du système, qualifions le de “capitaliste”, mis en place par l’humain pour régir ses rapports. Ce que j’ai compris du film, c’est l’image d’un système que l’humain a créé et qui maintenant l’asservit au point où il va même jusqu’à détruire son environnement naturel. Rappelez-vous le petit monologue de l’agent (je ne sais plus lequel… smith?) sur la comparaison de l’Homme à un virus (quand Morphéus est attaché).

      Suis-je vraiment passé à côté du propos?

    • ”Suis-je vraiment passé à côté du propos?”

      Pas obligatoirement.

      C’est pas aussi premier degré que Avatar dans ce sens là, disons que ça fait du 1½ degré, mais si on gratte plus profondément c’est pas mal plus que ça. Je parle du potentiel, bien sûr. Potentiel à peine exploité et ruiné dans le 2 & 3.

      Une des scènes les plus ”profondes”, si je puis dire, c’est celle où le personnage Cypher déguste son steak:

      You know, I know this steak doesn’t exist. I know that when I put it in my mouth, the Matrix is telling my brain that it is juicy and delicious. After nine years, you know what I realize?
      [Takes a bite of steak]
      Cypher: Ignorance is bliss.

    • En tout respect, ne dépassez-vous pas de beaucoup le propos du film?

      Je comprend bien ce que vous dites; la métaphore de la matrice peut s’appliquer au monde “réel” dans lequel nous vivons. L’univers est-il “réel”? Sauf que là, vous faites exploser mon cerveau…

      Mais, pour revenir à The Matrix, l’enjeu même n’est-il pas celui de vaincre la matrice pour retourner vivre dans le monde “réel”. Les machines créées par l’Homme, et qui ont fini par le dominer, ont été créées dans le monde “réel” non? Quand ils sont dans leur espèce de vaisseau spatial dans les sortes d’égouts, ils sont dans le monde “réel” non? La scène à laquelle vous faites allusion, c’est la matrice, donc les machines, qui envoient l’influx nerveux à Cypher pour lui faire croire qu’il mange un steak et que ce steak est bon? Quand il dit “Ignorance is bliss”, il réfère au fait d’ignorer la matrice, donc le système “sociétal”, non?

    • Ah! Ok. Je comprends maintenant.
      Comme beaucoup, jon8 évalue The Matrix par ses suites.
      [Aveux: je me suis endormi au cinéma pendant le 2e, lorsqu'ils discutaient au "parlement" de je ne sais pas trop quoi. Je n'ai pas vu le 3e, car le 2e était de la m***e]

      Le potentiel mal exploité?
      Oui.
      On est d’accord que The Matrix était fait pour en faire UN film. À cause du succès, on a butché deux autres films. Et fait du cash.
      Mais il me semble qu’on s’éloigne de la question.

      En quoi est-ce que cela fait que ce film est mauvais? La réponse c’est: en rien.
      C’est même un excellent film. Qui sera un classique.

      C’est un film pour adolescents? Qui est bon aussi? Qui fait penser aussi? Assez incroyable que le romantisme, euh… soit vieux.

      Franchement, jon8, je ne pense pas que votre façon de quantifier une oeuvre soit ses suites.

      Bref, que pensez-vous de The Matrix vraiment?

    • ”En tout respect, ne dépassez-vous pas de beaucoup le propos du film?”

      Sûrement, oui!

      Je parlais du potentiel, justement…

      @mephistau
      Le sequels ou prequels ternissent à mon avis l’oeuvre originale lorsque bâclés. Demandez à monsieur et madame tout le monde ce qu’ils pensent de Jaws et de Psycho. Ils retiennent surtout des films d’horreur cheap et ringards et non les bijoux de cinéma que sont les premiers.

      Don’t get me wrong: je ne crois pas que Matrix 1 soit dans la même ligue! C’est bon mais pas si bon que ça non plus… Mais en Sci-fi, un hamburger peut se faire passer pour un filet mignon tellement l’offre est mince.

    • ”Bref, que pensez-vous de The Matrix vraiment?”

      Je pense qu’une de ses plus belles qualité c’est au niveau de l’esthétisme. À mon avis le plus réussi en Sci-Fi depuis Blade Runner et, dans une moindre mesure, Mad Max 2 Road warrior.

    • @jon8

      “À mon avis le plus réussi en Sci-Fi depuis Blade Runner” Vous y allez fort.

    • Esthétiquement parlant (je ne parle pas d’effets spéciaux, mais d’esthétique), entre 1982 et 1999, il y a tout de même eu:

      Terminator 2
      Robocop
      Totall Recall
      Jurassic Park
      12 Monkeys
      Fifth Element
      Gattaca

      Je ne dis pas que ces films sont tous supérieurs à Matrix dans l’ensemble, mais sur le plan esthétique, on y retrouve une griffe particulière, une recherche, qui concurrence l’esthétique néo-noire de Matrix (ainsi que son orgie d’effets spéciaux)

      12 Monkeys et Robocop sont selon moi des films plus recherchés sur le plan de l’esthétique (trash) et les autres sont de bons concurrents.

      Mais là on est dans les goûts et les couleurs. Moi, les films trop léchés (genre Sunshine), ça me touche moins.

    • l’esthétisme, pas le film en général. Blade runner est ”intouchable”… sort of.

    • Je suis tard sur ce billet mais la lecture de celui-ci et des commentaires m’a confirmé pourquoi The Matrix est en fait un chef d’oeuvre complètement incompris par la masse. Alors que presque tout le monde y voit un film d’action bien ficelé et bien réussi sur le plan technique, The Matrix camoufle, derrière sa visuelle, une allégorie sociale étonnante par sa vérité et son exactitude sur la société que plusieurs préfèrent ne pas connaître (ceux qui choisissent la pilule bleue, en quelque sorte).

      La matrice représente notre système d’information et d’éducation, qui nous conditionne en très jeune âge à accepter sans réserve que notre vie doit être consacrée à travailler et payer nos impôts, dont une élite profite sans que nous n’en soyions trop conscients. En somme, nous sommes véritablement des batteries qui fournissent leur énergie à d’autres, lesquels nous maintiennent dans cet état par l’entremise d’un réseau d’information et d’éducation bien organisé. Voilà le sens de la Matrice et pour ceux qui choisiraient ou ont déjà avalé la pilule rouge, le film est un véritable tour de force. Pour ceux qui refusent de voir la vérité et préfèrent la pillule bleue, et bien ma foi, ils n’y verront toujours qu’un film d’action servant à divertir tout au plus…

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