Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 1 avril 2014 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Commentaires (23)

    Qui a tué Pasolini?

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    C’est la question qui hante les cinéphiles depuis bientôt 40 ans. Pas tant qui, au fait, mais pourquoi. Et aussi : tous ces films qui auraient pu être… Pier Paolo Pasolini, une des figures les plus audacieuses, controversées et adulées de l’histoire du cinéma, n’avait que 53 ans lorsqu’il fut sauvagement assassiné le 2 novembre 1975, sur la plage d’Ostie, près de Rome.

    Les circonstances de sa mort restent nébuleuses. Un gigolo de 17 ans, Giuseppe Pelosi, a admis le crime au lendemain des faits, mais s’est rétracté en 2005. Une volte-face qui allait déclencher moult hypothèses et théories de la conspiration : le meurtre a été fomenté par le parti politique Démocratie chrétienne, l’industrie du pétrole, la mafia, la CIA…

    Qui a donc tué le réalisateur de Théorème et de Mamma Roma? La réponse, le cinéaste italo-américain Abel Ferrara (Bad Lieutenant, King of New York) assure la connaître, mais elle ne sera dévoilée que lors de la sortie de son film biographique, dont il vient de terminer le tournage en Italie. Cette déclaration a donné du fil à retordre aux médias locaux, qui hésitent à la prendre au premier degré, ou à n’y voir qu’une stratégie de marketing.

    1-Photo-officielle

    Le rôle-titre de Pasolini est assuré par Willem Dafoe, qui signe là une quatrième collaboration avec Ferrara après New Rose Hotel, Go Go Tales et 4:44 Last Days on Earth. À la vue des deux premières images diffusées par la production, l’acteur de 58 ans au visage sévère taillé à la serpe entretient une ressemblance frappante avec PPP. Il l’a d’ailleurs brièvement commentée dans une récente entrevue au Monde, avant d’y aller d’une pointe à l’endroit de ses compatriotes.

    Sans doute, mais elle n’est pas tout. Le fait qu’on ait déjà fait un film à Rome ensemble – Go Go Tales – était important pour Abel. Surtout, il savait que j’avais une connexion avec Pasolini. Je le connais mieux que l’acteur américain moyen. Au festival de Sundance, où des amis me demandaient ce que je préparais, je me suis aperçu qu’ils n’avaient aucune idée de qui il était. C’est sidérant.

    Le film portera sur les derniers jours de Pasolini, «entre la postsynchronisation de Salò et les 120 journées de Sodome, un long entretien accordé à la presse française, ses retrouvailles romaines avec ses plus proches amis et ses dragues nocturnes dans les bars autour de la stazione Termini, jusqu’à sa rencontre avec un jeune «ragazzo», Giuseppe Pelosi, qui le conduira à la mort», résume un reportage d’Arte.

    Ferrara insiste que, malgré le travail de recherche pointu, et les lieux de tournage authentiques, il y aura de la place à l’interprétation dans son biopic, avec Dafoe qui explique au Monde: «Une partie des dialogues vient de choses qu’il a dites, mais on n’a pas cherché à coller à la réalité. On cherche une voie pour exprimer, avec ce qu’on a à notre disposition, qui était cet homme.»

    Pasolini-set-Teorema-1968

    L’hommage à Pasolini est entre autres rendu à travers le processus de casting, alors que Ferrara a trouvé le jeune homme qui incarne l’assassin présumé Pelosi «dans la rue», à la manière du maître italien, qui avait l’habitude d’engager des acteurs non-professionnels, notamment son Jésus dans L’Évangile selon saint Matthieu (1964).

    Ferrara est particulièrement satisfait de sa trouvaille, «un garçon au visage poupin et au regard charbonneux, traversé d’un éclat canaille légèrement sournois, qui dégage une incroyable intensité sexuelle», comme on peut le lire dans cet autre reportage du Monde – accessible à travers cette page virtuelle du quotidien, page 10 :

    Je n’en reviens pas du cool absolu dont il fait preuve, totalement impassible face à Dafoe, au milieu de tout ce monde, de toute cette machinerie. Avec ce Viagra que je m’avale, il va arriver à m’exciter!

    L’élément le plus intrigant de Pasolini est la présence au générique de Ninetto Davoli, acteur fétiche et grand amour de PPP, qui a joué dans 11 de ses films (pour en savoir plus, lire cet entretien publié dans Libération en 2002). Aujourd’hui âgé de 64 ans, Davoli a prêté ses traits à Totò, star des planches et du grand écran en Italie dans les années 1940 et 1950, qui avait par ailleurs déjà partagé la vedette avec le jeune apollon chez Pasolini, dans Des oiseaux, petits et gros (1966).

    Davoli a donné la réplique à sa «version jeune», qu’interprète Riccardo Scamarcio, et que Ferrara a déjà dirigé dans Go Go Tales. La scène en question est extraite du scénario non tourné de PPP, Porno Teo Kolossal. Poursuit Arte :

    Les deux principaux intéressés s’amusent de cette confusion du vrai et du faux Ninetto, de l’acteur et du personnage à deux âges de leur vie […] Davoli se réjouit de participer à cette aventure: «C’est émouvant mais je ne peux m’empêcher de me demander comment Pier Paolo aurait tourné cette scène. Ferrara est un fou génial, déchainé et profondément sympathique. Je l’aime beaucoup.»

    Co-production franco-italo-belge, Pasolini devrait prendre l’affiche en Amérique du Nord au moins en 2015. En attendant, on a bien hâte de voir l’autre film biographique de Ferrara, sur un autre personnage provocateur, mais dans un tout autre registre celui-là : Dominique Strauss-Kahn. Ça s’appelle Welcome to New York, c’est avec Gérard Depardieu, et ça devrait avoir sa première mondiale au Festival de Cannes, le mois prochain. J’en ai parlé en détail (avec bande-annonce) en mai dernier.

    Un portrait de Pasolini datant de 1971, intitulé A Film Maker’s Life, qui présente des entrevues avec ses amis et collègues dont Davoli et l’écrivain Alberto Moravia.

    À lire aussi :

    > Pasolini ressuscité
    > Jésus vu par un athée marxiste


    • Ses prédilections pour le mythe antique, l’hérésie et la poésie expliquent peut-être en partie l’ignorance « sidérante » des américains devant l’œuvre de Pasolini.

      Je ne peux m’empêcher de souligner que les circonstances de sa mort ont inspiré une des plus belles chansons des années 2000, Roma Amor des Married Monks.

    • Les 120 jours de sodome est un des films les plus abjects jamais réalisés.
      Tout y passe, y compris la coprophagie.
      Du “grand art” en effet.
      Et qu’est-ce qu’un monsieur de 53 ans fait avec un petit jeune de 17 ans au juste ?

    • @hydrophone33
      Voyez *Teorema*, au moins, ne serait que pour avoir une autre image du cinéaste.

    • @ la_roy

      Non merci, il y a des tonnes de cinéastes à découvrir qui en valent la peine et la vie est trop courte pour encourager ceux qui avilissent le spectateur et l’humanité entière du même coup.

    • @ la_roy

      Ce qu’un cinéaste fait avant ou après ce genre d’horreur n’a pas d’importance.
      Jean Renoir ne serait plus Jean Renoir s’il avait fait ce genre de film.
      Le pire c’est que le monsieur s’est probablement servi de cette “excuse artistique” pour se rincer l’oeil.
      Ce film on l’a vu au Ouimetoscope dans les années 80, quasiment tout le monde est sorti avant la fin du film et certains avaient des haut-le-coeur.
      C’était de la porno scatologique, c’est ce qu’on aurait dû dire sur l’affiche.
      Au moins par respect pour la personne qui paye son billet appelons les choses par leur nom.

    • @ hydrophone33

      Vous devriez avoir honte. Vos propos sont ceux d’un sombre crétin.

    • “quasiment tout le monde est sorti avant la fin du film et certains avaient des haut-le-coeur”

      ha ha! Assez caricatural et ironique tout ça. Le petit Québec catho des années 1980 secoué de haut le coeur par un enfant terrible du cinéma italien.

      Ça me fait penser aux gens dans la rue qui lançaient des roches et qui crachaient sur l’actrice qui avait joué le rôle de la mère d’Aurore dans le film des années 1950.

      Mon hypothèse est que les gens les plus choqués par ce film étaient vraiment ceux que le film visait au départ: la bourgeoisie consumériste et son cortège de la classe moyenne aspirant à ce statut.

    • @ kurtz

      Avez-vous vu le film Salo ou les 120 jours de sodome M. le bien-pensant ?
      Que ce soit en 1950, en 1980 ou en 2014 la pédophilie et la coprophagie donne mal au coaur à la très grande majorité des spectateurs.
      Pas vous ?
      Ça fait de vous un avant-gardiste d’être d’accord avec ce genre de thème vous ?
      Et le fait que le cinéaste soit en plus un pédophile de 53 ans qui lui-même profite de jeunes de 17 ans vous trouvez ça correct vous M. le cinéphile “plus ouvert que tout le monde” ?

    • Accatone et Teorema sont des chefs-d’œuvre.

    • @hydrophone33

      La pédophilie et la représentation fictive de cette dernière sont deux choses différentes; c’est d’ailleurs ce à quoi je faisais référence avec l’exemple d’Aurore.

      Glorifier quelque chose, le dénoncer ou simplement le représenter sont aussi des nuances qui vous échappent visiblement.

      Quant à la vie personnelle de Pasolini, je trouve assez lâche votre accusation, d’autant plus que le principal intéressé est mort et qu’elle n’a aucun fondement légal.

      À bien-pensant, bien-pensant et demi.

    • Est-ce qu’il manque quelque chose d’important à ma culture personnelle en général du fait que je sois incapable de visionner jusqu’à la fin Salò et les 120 journées de Sodome de PPP? Aurais-je moi aussi les symptômes typiques de la haute bourgeoisie romaine pour réagir de la sorte? Pourquoi ce film en particulier me répugne-t-il autant alors que j’ai tout vu de ce qu’il a réalisé? Parmi son œuvre complète que je possède en DVD, Oedipus Rex me paraît SON chef-d’oeuvre le plus accompli.

      Avant Wikipédia, j’ai beaucoup lu sur la fin tragique de PPP. J’en suis venu à la conclusion qu’on l’a éliminé parce qu’il dérangeait un peu tout le monde par son écriture, son idéologie et ses films. La société était incompatible avec son époque. Sa mort ne sera fort probablement jamais élucidée. A mon avis, le milieu politique italien et le clergé l’ont éliminé via sa vie dissolue, un prétexte facile pour un meurtre parfait.

    • @Hydrophone33

      Lisez au moins ceci et revenez nous ensuite:

      http://www.horschamp.qc.ca/cinema/030101/salo-bouffe.html

    • Qu’on sorte avant la fin d’un film ne veut rien dire. Il n’y a qu’à penser à 2001 l’Odyssée, certains films de David Lynch, etc.

      Je ne me souvnet plus d’un film, britanique il me semble, qui doit dater des années ‘90, sur un père pédophile. Le genre de film qui laisse un vilain arrière-goût dans la bouche. Eh bien je crois que c’est la réaction normale à avoir. Et je crois que la réaction des gens face à Salo est normale. C’est un film qui choque. Pourquoi choque-t-il? Parce qu’il montre cruement la perversité de certains, notamment les faschistes, des psychopates en pouvoir. C’est d’ailleurs une des thèses de son assassinat. Disons qu’ils n’ont pas apprécié…

      N’oubliez pas que la réalité dépasse souvent la fiction…

    • Les propos d’astyanax ne devraient pas être tolérés. Une attaque ad hominem de cette nature ne vous font certes pas honneur et n’ont aucune place quel que soit le débat. Je comprends qu’en art la subjectivité s’exprime davantage, mais l’insulte n’est jamais une avenue argumentative. En fait, qu’une personne s’y adonne, de surcroît publiquement, me répugne.

    • On vient d’ajouter un “P” à PPP: alors qu’un “H” lui était accolé jusqu’à maintenant. Pourtant PPP n’a jamais démontré un intérêt sexuel ou pédophilique pour les enfants et ce ne sont pas ses passions pour les jeunes adultes adolescents qui font de lui un psychopathe comme le sont les pédophiles qui agressent des enfants. PPP avait une fascination mais pas envers les enfants. J’ai hâte de voir le film d’Abel Ferrara qui dit “connecter” avec PPP.

    • @Philomuzi

      Ce n’était pas un ‘(argumentum) ad hominem’, c’était tout bonnement une insulte!

      Un ad hominem est une forme d’argument qui cherche à contrer une position en minant la crédibilité de celui qui la défend. C’est généralement un sophisme mais pas toujours.

    • Je sais ce qu’est un argument ad hominem, 55. En effet, c’était davantage de l’ordre de l’insulte gratuite et méprisante. Dans tous les cas cette condescendance mesquine de ceux qui savent réellement apprécier à leur juste valeur les oeuvres controversées sent mauvais.

    • @ philomuzi et -55-

      Sachez que j’assume complètement mes propos.

      Hydrophone33 fait partie de ces gens avec lesquels toute discussion est impossible. Engoncés dans leurs certitudes catho et petites bourgeoises, incapables de penser par eux-mêmes, ils ne comprennent rien: ni à la vie, ni à la liberté, ni à l’art. Notre impuissance à leur faire comprendre quoi que ce soit d’intelligent et de sensible, doublée à leur réel pouvoir de polluer l’espace public de l’air vicié et nauséabond qu’ils dégagent ne nous laissent que les insultes pour réagir. Désolé, mais c’est comme ça.

    • @Philomuzi

      Oui, mais à la défense de Astyanax, la position de Hydrophone était a tout juste un degré sous le seuil de l’insulte pur et simple envers PPP et par extension envers tous ceux qui l’apprécie.

      Pas étonnant qu’il se soit senti piqué et qu’il ait pour sa part franchi ce seuil dans ça réponde . Je ne considère pas ça comme de la ‘condescendence mesquine’. Juste un peu émotif.

    • Astyanax

      Il est vrai que ses commentaires ne font pas dans la subtilité, mais je ne crois pas qu’il faille se sentir honteux et se voir traiter de sombre imbécile pour les avoir émis. On peut questionner les limites d’expression de l’art (débat éternel), ou même la moralité d’une personne, artiste ou non. Je suis d’accord qu’il n’invite pas à la discussion, mais devez-vous diminuer le niveau du débat davantage en l’insultant? Ne vaut-il pas mieux s’abstenir de commenter ou encore mieux, tenter d’argumenter? Mais bon, je comprends également que vous sentez que tout dialogue est imopssible. Dans tous les cas, je peux comprendre que quelqu’un puisse être dégoûter par un film et qu’il soit difficile sinon impossible d’en apprécier la valeur artistique. En passant, je me tiens au seul niveau argumentatif, puisque je n’ai même pas vu le film! C’est sur ma liste… Ok, je viens de perdre le peu de crédibilité que j’avais.

    • puisse être ‘dégoûté’

    • @ philomuzi

      J’essaie simplement de trouver les mots les plus vrais et les plus justes (justes pour moi et dans l’absolu), quand je m’adresse aux gens. C’est, je crois, ce que j’ai encore fait ici avec hydrophone33.

    • Je prendrais bien sa Alfa Romeo GT. WoW !

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