Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 31 mars 2014 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Commentaires (7)

    La Tour Eiffel sur grand écran

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    La tour Eiffel célèbre aujourd’hui ses 125 années d’existence. Son inauguration, le 31 mars 1889, ne précéda la naissance du cinéma que d’une demi-douzaine d’années. Ce ne fut donc qu’une question de temps avant que la plus haute structure du monde, à l’époque, ne soit captée par l’objectif des pionniers du septième art.

    Panorama pendant l’ascension de la tour Eiffel (1897) des frères Lumière est le premier document cinématographique du fameux monument historique. Trois ans plus tard, Georges Méliès allait le filmer à l’occasion de l’Exposition universelle.

    La première oeuvre de fiction majeure à représenter la Tour – après une série de Fantômas – est le court métrage de science-fiction Paris qui dort (1923) de René Clair. «Albert, le gardien de nuit de la Tour Eiffel s’aperçoit, à son réveil, que Paris est en état de catalepsie. Seules cinq personnes arrivées en avion ont échappé à l’endormissement et déambulent dans la ville déserte. Un savant fou a inventé un rayon mystérieux qu’il expérimente sur Paris.»

    Le cinéma français n’est pas particulièrement friand de la tour Eiffel; ses réalisateurs, sans doute las par la surexploitation de leur emblème national, cherchent à éviter autant que possible la vision carte postale de la Ville Lumière. Mais il y a des exceptions notables. Dans la séquence d’ouverture des Quatre Cents Coups (1959) de François Truffaut, la Tour agit comme une cible à la fois monumentale et hors de portée, symbolisant le désir d’amour inassouvi du protagoniste. Une métaphore visuelle qui ressurgit sous une autre forme dans la merveilleuse scène finale, alors qu’Antoine part en quête de la mer/mère au pas de course.

    Et voici une des scènes les plus mémorables de Zazie dans le métro (1960), adaptation par Louis Malle du roman burlesco-philosophique de Raymond Queneau, avec un jeune Philippe Noiret dans la peau de l’oncle Gabriel :

    Il a tous les signes d’une femme : «en rougissant», «la peau douce», «en tutu». On le qualifie d’hormosessuel car il évolue dans le même flou et la même indécision que ce terme. C’est le double inversé de Zazie, c’est lui la véritable petite fille du roman, il parle avec calme, veut toujours boire de la grenadine.

    La tour Eiffel exerce un rôle intéressant dans une scène de La Haine (1995) de Mathieu Kassovitz, alors que les jeunes regrettent de ne pouvoir éteindre ses lumières «comme des héros de cinéma», jusqu’à ce que le sort ne leur joue une agréable surprise. Malheureusement, je ne trouve pas l’extrait, sauf cette version doublée en italien.

    Pour revenir à cette notion de «carte postale», voici Fred Astaire et Audrey Hepburn qui se cherchent à Paris, et se retrouvent devinez où, dans le classique musical Funny Face (1957).

    La Tour Eiffel a été utilisée comme point de convergence dans quelques films d’action, dont au moins deux James Bond, Thunderball (1965) et A View to a Kill (1985) :

    La suite de la scène, en version doublée en français :

    …et fameusement dans Superman II (voici la scène telle que présentée dans l’édition de Richard Donner, sortie en 2006) :

    …ainsi que dans Rush Hour 3 (2007) :

    Comme le veut la logique des films-catastrophe, lorsque surviendra la fin du monde, ce sont les monuments historiques qui tomberont en premier. Comme de fait, Hollywood n’a pas épargné la tour Eiffel, l’anéantissant dans diverses productions majeures telles The War of the Worlds (version de 1953), Independence Day, Mars Attacks!, Armageddon, Team America: World Police, The Day the Earth Stood Still, 2012, Men in Black 3… alors que sa destruction la plus élaborée a été mise en scène dans G.I. Joe: The Rise of Cobra (2009) :

    Pour faire suite à l’affiche qui coiffe ce post, vous pouvez voir la version intégrale de The Man on the Eiffel Tower (1949), basé d’après la nouvelle La Tête d’un homme écrite par le mythique auteur de polars belge Georges Simenon.

    Un étudiant en médecine a été payé par un homme qui souhaite tuer sa riche tante. Un rémouleur est accusé à sa place, mais le commissaire Maigret a du mal à croire en sa culpabilité.

    À noter le curieux crédit lors du générique de début, «And The City of Paris», au cas où subsistait un doute dans l’esprit des spectateurs quant à l’identité du véritable héros du film.


    • J’avais vu “The Man in the Eiffel Tower” il y a quelques années, excellent film (et aussi le fait que ç’avait été filmé cinq ans à peine après la Libération ajoutait une dimension historique, surtout que c’est en couleur). Cependant, toutes les versions disponibles sont en piteux état, et étant donné le fait qu’il soit dans le domaine public, pas trop d’espoir, je le crains, de le voir un jour restauré.

    • P.S.: J’avais lu aussi quelque part que Charles Laughton avait réalisé plusieurs scènes, ce qui le rend intéressant quand on sait que “The Night of the Hunter”, son seul effort de réalisation répertorié, est devenu un classique du cinéma quelques années plus tard.

    • Outre l’ouverture des Quatre cents coups, c’est à mon sens dans Play Time de Tati que se trouve la plus belle image de la Tour Eiffel au cinéma. Elle apparaît en reflet dans une porte de verre, sans que la source ne soit repérable, devant la jeune touriste en visite dans le “nouveau” Paris anonyme, gris, uniforme, de style international.

      Très juste, merci de nous rappeler ce beau moment (on attend d’ailleurs toujours l’annonce d’un coffret blu Ray de Tati par Criterion). -js

    • Superbement cadrée également (par le grand Conrad L. Hall) dans une mémorable scène de combat à mains nues dans une chambre d’hôtel (avec vue sur la Tour) entre Roy Scheider et un ennemi asiatique dans le thriller MARATHON MAN (1976) de John Schlesinger.

    • Je me souviendrai toujours de l’ouverture de The Dreamers de Bertolucci, avec un long pan sur la tour Eiffel au son the Third stone from the sun, d’Hendrix. Dommage, je ne l’ai pas trouvé en ligne.

    • Très intéressant, merci Jozef. J’ai bien aimé la séquence de Zazie. Ça me rend tout nostalgique d’une époque pourtant pas si lointaine où [...].

    • Autre scène sympa, celle dans “un monde sans pitié” d’eric rochant avec h.girardot “éteignant” la t.eiffel devant son amoureuse.
      Un film sur le désenchantement de la génération des post-ados à la fin des années 80.

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