Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 4 mars 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (31)

    DiCaprio trop cool pour l’Académie?

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    Il a peut-être livré la performance la plus solide de sa carrière dans la peau d’un hédoniste débauché dans The Wolf of Wall Street, il n’en demeure pas moins que les rêves d’Oscar de Leonardo DiCaprio n’avaient à peu près aucune chance de se concrétiser dimanche soir, alors que la star a «réagi dignement» dans la défaite, comme on dit, en regardant le grand favori Matthew McConaughey monter sur scène cueillir le pétillant cadeau que lui tendait la non moins pétillante Jennifer Lawrence.

    Ce quatrième revers en autant de nominations a ému le web, qui a ces derniers jours manifesté son chagrin à grands coups de memes et de gifs plutôt sarcastiques, et souvent amusants. Mais à la déception du fanclub se joint LA question : pourquoi l’Académie boude-t-elle l’une de ses plus grandes stars qui, de surcroît, a refusé de prendre le chemin «commercial» qui s’offrait volontiers à lui pour prêter son talent et sa gloire à des projets plus complexes et adultes (en d’autres mots, plus respectables et oscarisables)?

    Cette interrogation a suscité de nombreuses théories, la plus satisfaisante d’entre elles, à mon avis, avancée par James S. Murphy dans un essai paru lundi sur le site de Vanity Fair. En bref, Leo est trop cool. Comme le sont ou l’ont été d’autres vedettes dans le même moule jamais reconnue par l’Académie, telles Cary Grant, Richard Burton, Robert Mitchum, James Dean, Steve McQueen, Samuel L. Jackson, Gary Oldman et Tom Cruise.

    Avant d’étayer sa thèse, Murphy propose une définition de la notion de cool au cinéma en citant un extrait du commentaire DVD de Killing Them Softly fourni par le réalisateur Andrew Dominik, qui parle de l’attrait spécial qu’exerce Brad Pitt sur le public :

    «Lorsque vous regardez Brad, vous sentez toujours qu’il y a quelque chose qui se passe là-dessous, mais vous n’êtes pas tout à fait sûr de ce que c’est. Je pense que c’est la raison pour laquelle il est une star de cinéma. Il a cette qualité de mystère. Il ne vous invite pas à partager sa position en quelque sorte».

    Et de poursuivre :

    Il ne vous invite pas à partager sa position. L’acteur cool invite l’admiration, l’envie, le désir, bien plus que l’empathie, parce qu’il est illisible. Ses personnages vous laissent vous demander ce que ce serait d’être comme eux, sans jamais pour autant vous laisser vous imaginer que vous le pourriez.

    À l’autre extrémité du continuum se trouve Tom Hanks, un acteur qui vous invite presque toujours à partager sa position. Le pouvoir des performances de Hanks réside dans leur capacité à communiquer exactement ce que ce serait d’être le personnage qu’il joue, ce qui explique pourquoi il a eu tant de succès aux Oscars.

    [...] Le continuum explique aussi pourquoi l’Académie favorise les acteurs jouant des personnages qui sont handicapés, malades mentaux, homosexuels, ou laids. Ce qui est vraiment récompensé ce sont des rôles dans lesquels les acteurs se sont étirés eux-mêmes afin de partager une position qui est sous-représentée à l’écran.

    Donc, si DiCaprio tient tant que ça à l’Oscar, il doit trouver un moyen de se Tom Hankiser, et je crois d’ailleurs qu’il ferait aussi bien de se dé-Al Paciniser; cette approche par moments (trop) délirante du jeu ne lui a manifestement pas porté chance.


    ***

    Pour finir, j’aimerais mentionner brièvement une autre histoire – loin d’être cool celle-là – qui a beaucoup fait jaser dimanche après le gala : le froid très palpable entre le réalisateur de 12 Years A Slave, Steve McQueen, et son scénariste John Ridley.

    Quand ce dernier est allé chercher le prix du Meilleur scénario adapté, il a ignoré le cinéaste, préférant donner l’accolade à David O. Russell (geste assez curieux, considérant que les deux hommes s’étaient vigoureusement disputés par le passé concernant l’écriture de Three Kings).

    McQueen, pendant ce temps, affichait un air impassible, tout en mimant des applaudissements.

    The Wrap a révélé lundi que la tension entre les deux artistes a été causée par une querelle concernant la paternité du scénario. McQueen voulait une mention de co-scénariste, ce que lui a refusé Ridley, qui a d’ailleurs obtenu le soutien du studio Fox Searchlight.

    Le conflit a été gardé secret pendant toute la campagne des Oscars afin de ne pas nuire aux chances du film. Une décision qui s’est avérée judicieuse, en fin de compte, même si la consécration gardera pour toujours un déplaisant arrière-goût amer.


    • Aussi jouissives et justes soient les performances de Leo d’un film à l’autre, elles ont à la fois toutes quelque chose de profondément insupportable : à chaque rôle auquel il prête ses talents, Leo joue davantage le rôle de « Leo, un acteur qui aime les personnages complexes, intenses et/ou mégalomanes qui veut gagner un oscar » que le personnage qu’il est censé incarné à proprement parler. Dicaprio souffre du syndrome Renee Zellwegger dans Cold Mountain et l’oscar lui échappera toujours tant et aussi longtemps qu’on pourra lire « GIVE ME MY OSCAR ! » sur ses performances plus grandes que nature.

    • Dans ce cas on inverse les rôles, McConaughey est engagé par Scorsese pour jouer le rôle de Jordan Belfort (impossible vu son âge) mais peu importe et Dicaprio est engagé par Vallée pour jouer le rôle du cowboy atteint du sida, croyez vous vraiment que McConaughey gagne l’Oscar ??? Pacino a été ignoré longtemps avant de gagner l’Oscar et c’est finalement dans le rôle d’un aveugle qu’il a réussi à émouvoir les membres de l’académie. Si tu veux gagner un Oscar il est préférable de jouer une personne malade ou handicapé ou un personnage historique ou d’être prèt à vivre une transformation physique extrême. Brando (Le parrain) DeNiro (Raging Bull) Tom Hanks (Philadelphia, Forrest Gump) Daniel Day Lewis (My Left Foot, Gangs of New York, Lincoln) Al Pacino (Scent of a Woman) Dustin Hoffman (Rain Man) Sean Penn (Milk)

    • Parlant de Hanks, sa dernière scène dans Captain Phillips à elle-seule surpasse n’importe quelle scène de la carrière de Dicaprio, incluant Wolf. Et d’ailleurs ce n’était même pas un rôle de composition, où l’acteur “s’étire lui-même” pour reprendre l’expression. C’était un personnage sans complexité, sans transformation. Mais il crève l’écran en improvisant dans cette scène. Pour Dicaprio, je ne dis pas ca parce que je ne l’aime pas. En fait, je le respecte beaucoup, comme Brad Pitt, pour leurs choix. Mais l’un et l’autres ne m’épatent pratiquement jamais. Pitt a eu Jesse James, c’est sûr. Et pis Tom Cruise a eu Magnolia, si j’me souviens bien il y était excellent, et même touchant.

      Par ailleurs, je suis un peu tanné des rôles à oscars des Bale, mcconaughey, Lawrence, Cooper. Autant des rôles que des films eux-mêmes, qui sont faits sur mesure pour les mettre en valeur. Mcconaughey était bien, il a appliqué la formule et a offert le type de performance où il faut que les yeux soient rivés sur lui constamment. Je ne sais pas si c’est parce que je suis de plus en plus un fan du style européen, mais le jeu des américains me parait de plus en plus agaçant. Cette année, je ne sais pas où était la performance idéale.

      Bien vu le premier paragraphe. L’article de Vanity Fair analyse justement pourquoi Hanks a été ignoré cette fois-ci. Oui, la dernière scène de Captain Phillips est extraordinaire, mais faut pas oublier l’apport crucial du réalisateur Greengrass, et de sa direction d’acteur particulière (d’ailleurs, je suis pas mal sûr que l’infirmière dans cette scène est une non actrice, son jeu étant si naturaliste, il y avait un vrai feel documentaire). -js

    • ***SPOILER ALERT***

      “Tom Hanks claimed that the scene of Captain Philips’ medical examination was improvised on the spot with real-life Navy Corpsman Danielle Albert, who was told to simply follow her usual procedure. However, Albert was so star-struck by Hanks that she froze during the first take. Hanks joked to her that he was supposed to be the one in shock during the scene.”

    • “This most likable of actors deliberately presents us with a character who makes no effort to be liked. . . . The rubbery mug of the young Hanks is barely discernible.”

      La théorie sur la transformation physique drastique ou du rôle de composition très étiré me paraissent plus évidents comme éléments déterminant pour obtenir une nomination, en comparaison avec l’aimabilité de la performance. Pour Hanks, La scène finale est p-e supérieure à tout ce que les autres acteurs ont produit, mais c’est qu’une scène. A mon avis son jeu en général était juste trop retenu, i.e. bien dosé. Ou alors c’est en fait exactement ca que veut dire l’article, que les jeux plus retenus ne sont jamais récompensé. Parce qu’une chose est certaine, c’est rendu rare les gagnants qui jouent sur la retenu. Oui c’est jouissif des Landa ou des Bill the Butcher, mais y a pas que ca.

    • “mais faut pas oublier l’apport crucial du réalisateur Greengrass, et de sa direction d’acteur particulière”

      Pour cette partie, je le dis toujours, y a pas de fines performances d’acteur sans fines performances de réalisateur.

      J’ouvre une bulle: Je cherchais des exemples parfaits de jeux d’acteurs européens sur lesquels les américains devraient prendre modèle. La première qui me vient en tête, c’est Isabelle Huppert dans La pianiste. Encore une fois, le duo acteur-réalisateur est très important. Quelle superbe étude de personnage.

    • @eturgeon

      « Les jeux plus retenus ne sont jamais récompensés. »

      Si je suis d’accord avec le facteur transformation physique radicale, je ne souscris aucunement à cette dernière idée. Le cabotinage et le jeu «over the top» obtient en effet rarement les faveurs de l’Académie : Adrien Brody, Sean Penn (deux fois plutôt qu’une), Daniel Day-Lewis (deux fois aussi), Philip Seymour Hoffman sont quelques exemples d’acteurs qui ont gagné la statuette dorée en misant davantage sur l’étendu de leur registre dramatique (souvent fait de silences et de non-dits) que sur un numéro d’acteur. Et je m’en suis tenu seulement à des gagnants de la dernière décennie.

    • @ eturgeon : Oldman dans Tinker Tailor Soldier Spy était un exemple éloquent de retenue. Au moins, il a été nominé…

      @ Jozef : Al Pacini ? :-P

    • @hlynur

      humm ok faisons du cas par cas

      je vous donne Penn pour Mystic River, et Brody pour le pianiste.

      Day-Lewis dans there will be blood? Penn dans Milk? Je classais ca davantage dans les performances spectaculaires. Je peux vous accorder l’étendu du registre, soit.

      En disant cela j’avais en tête des noms comme Pacino dans scent of a woman, McConaughey cette année, ou Waltz dans I.B. Et surtout, je crois que, comme je le disais, je me suis beaucoup européanisé avec les années. Je trouve qu’à Hollywood on surjoue beaucoup. Entendez “minimaliste” lorsque je dis “avec retenu”. Un type d’acting en exemple serait la filmographie complète des Dardenne.

    • http://en.wikipedia.org/wiki/Academy_Award_for_Best_Actor

      n’empêche, je le reconnais, y a des gagnants de premier ordre. Cette semaine, je voyais pour la première fois Leaving Las Vegas justement. Nicolas Cage y est émouvant.

    • Exemples européens de jeu avec retenue, authenticité, spontannéité:

      Tahar Rahim, un prophète
      les 2 actrices de 4 Months, 3 Weeks and 2 Days
      n’importe quel acteur de “entre les murs”
      n’importe acteur principal d’un film des Dardenne
      Isabelle Huppert, La pianiste
      Adèle Exarchopoulos, Adèle (Ok pas minimaliste, mais authentique et spontanné)
      les acteurs de la graine et le mulet

      bon je m’arrête là. Comme le disait josef, la direction des acteurs compte pour beaucoup, mais n’empêche, je suis beaucoup plus souvent saisi de vérité en regardant les acteurs européens qu’en regardant les acteurs des états-unis.

    • Je n’ai jamais été un fan de Léo, mais au-delà de mon appréciation mitigée de son jeu/talent d’acteur, je crois que son principal problème, c’est son look d’éternel adolescent. Difficile de jouer des rôles “d’homme”ou de “martyr” avec une bette “d’adulescent”!

      En fait, c’est dans le film Revolutionary Road (Sam Mendes – 2008) que je trouve qu’il a livré sa plus solide performance car justement, son look d’adolescent n’a pas entaché sa solide performance contrairement à Shutter Islandou Inception; au contraire, il l’a rehaussé, donnant de la crédibilité à son personnage de banlieusard rêveur et désillusionné.

      Je classe Léo dans cette catégorie d’acteurs devenus bons car ils sont beaux, et non ceux qui sont devenus beaux car ils sont bons (et riches!).

      Au moins, il est devenu bon (même si je ne suis toujours pas capable de voir/ressentir son personnage à l’écran; je vois encore et toujours Léo) contrairement à d’autres bellâtres qui ont rapidement stagné et périclité!

      … ce qui m’emmène à terminer ce commentaire sur Matthew McConaughey. Je n’ai pas encore vu Dallas Buyers Club (mais j’ai adoré le mésestimé Prisonners, l’autre excellent film québécois cette année!), mais quelle performance il a livré dans Mud et surtout dans PaperBoy!

      Côté métamorphose, laquelle est la plus impressionnante : Fassbender dans Hunger, Bales dans The Machinist ou McConaughey dans Dallas Buyers Club?

      J’opte pour The Machinist!

    • @procosom.com

      c’est la première fois que j’ai envie de voir Revolutionary Road!

      Pour Léo, je partage votre opinion.

    • @ eturgeon

      Revolutionnary Road n’est pas un Grand film, mais c’est un bon film crédible et touchant.

      Vrai que je vivais des moments assez similaires lorsque j’ai vu le films, donc il se peut que je l’aie vu meilleur qu’il ne l’était en réalité. Par contre, je n’ai jamais aimé ni DiCaprio, ni Kate Winslet (sauf dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind) et j’ai pourtant aimé le film ainsi que leur performance respective; il faut bien que le film soit bon!

    • Leonardo n’a qu’à faire un rôle où il sera maquillé et laid pour gagner.. ça a marché pour plusieurs acteurs.. où de refaire son rôle de What’s Eating Gilbert Grape qui a passé très proche de lui donner un Oscar.

    • @procosom.com

      Pour moi c’est Fassbender dans Hunger !!

    • Je n’aurais jamais pensé associer DiCaprio à “cool”, sauf peut-être pour Wolf et Django. Qu’est-ce qu’il y a de cool dans les types renfermés, bouillonants, schyzophrènes, dans lesquels il s’est embourbé dans les années 2000? C’est tout l’opposé d’un Grant ou de Pitt, Clooney, qui incarnent la coolitude, la légèreté… Ses choix de films l’handicappent bien plus que son style de jeu (et il faudrait voir aussi contre qui il était en compétition à chaque fois; cette année, McConaughey était une quasi-certitude, même si à mon avis son jeu est sans intérêt).

      @procosom

      Revolutionay Road c’est pas mal ordinaire, et comment ne pas aimer Kate Winslet?!? Au moins pour Little Children, magnifique, et Mildred Pierce.

    • Pour McConaughey, je voulais dire: son jeu est sans intérêt cette fois-ci. En général c’est un très bon acteur.

    • J’ai toujours l’impression que ses personnages ne sont pas «construits» et se ressemblent tous, à une crise près. Peut-être gagnerait-il à espacer ses «grands rôles».

      Son rôle le plus décevant des dernières années: «J.Edgar». Son meilleur rôle quant à moi: «Catch me if you can».

    • DiCaprio éprouve peut-être des difficultés dans les trois situations suivantes:

      a) – Il veut rester lui-même coûte que coûte afin de garder sa propre identité

      b) – Il voudrait pouvoir utiliser son double pour sortir de son personnage public

      c) – Il est incapable d’équilibrer son propre dilemme

    • Hors sujet. Une suggestion pour le court de la semaine: un vidéo montage d’une vingtaine de minutes des rôles Phillip Seymour Hoffman, incluant sa première apparition à l’écran dans un épisode de Law and Order. Maintenant qu’il n’est plus, j’ai furieusement envi de passer au travers de sa filmographie. Sauf pour Twister…

      https://vimeo.com/87873042

    • Quant à la chichane entre Ridley and McQueen, cela me semble être plus un combat de coq que tout autre chose. En regardant Ridley durant la table ronde des auteurs chez THR, il ne m’avait pas donné l’impression d’un personnage très sympathique.

    • @eturgeon
      Effectivement, les performances retenues semblent moins populaires aux USA qu’en Europe. 2 cultures bien différentes. Par contre, sans nécessairement avoir été reconnu par l’Académie, on a eu droit en 2013 a de belles performances retenues aux USA. Je peux penser à Ethan Hawke dans Before Midnight (grand absent des Oscars), Terrence Howard et Hugh Jackman dans Prisoners, Frank Langela dans Robot and Frank, Bruce Dern dans Nebraska, Ryan Gosling et Bradley Cooper dans Beyond the pines, Redford dans All is lost, McConaughey dans Mud (2012 ou 2013 ce film?), Oscar Isaac dans Inside Llweyn Davis, Pheonix dans Her et Gandolfini dans Enough said.

      Quant à DiCaprio, je suis d’accord avec cette théorie qu’il est trop cool pour l’Académie. Sa performance dans Wolf était excellente, sans altérer son apparence….Il s’agit tout de même de l’un des meilleurs acteurs travaillant actuellement à Hollywood. Bien sûr, il y en a de meilleurs mais tout de même….

    • En fait, pour Dicaprio, la raison pour laquelle on n’arrive pas à le voir autrement qu’en Léo est simple et plate: le gars est limité par sa physionomie. L’étendu du registre d’un acteur n’est pas que du à son expérience ou à son intelligence. Certains acteurs sont plus naturellement polyvalents, c’est une question de biologie. Prenez le cerveau de Al Pacino et mettez-le dans le corps de Léo, et Pacino ne fera pas mieux que Léo. Ca me parait évident quand on s’arrête à étudier les visages. Certains expriment plus de choses que d’autres, et aussi certains visages sont davantage caméléons que d’autres. Pitt, Cruise, et Léo ont le même problème à ce niveau pour moi. Philip Seymour Hoffman passe du timide complexé au bouillant gangster, et on embarque sans hésitation. Ok le gars a du mérite d’avoir travaillé son métier, mais je pense que chaque acteur a ses limites. Quand on dit que Keanu Reeves est un mauvais acteur, moi ce que j’entends c’est: le gars est né limité physionomiquement, et sa voix caverneuse empire son cas. À l’orale même il est limité.

    • Prenez Hoffman dans Punch drunk love. La fameuse et savoureuse scène au téléphone entre lui et Sander est un bon exemple de ce que je décris plus haut: “SHUT UP! SHUT UP! SHUT UP!” Juste sa voix est suffisante à nous dresser le poil sur les bras. Cet homme avait le gestuel, les mimiques, mais aussi tout une voix qu’il modulait à volonté. Léo aurait beau essayer de hurler aussi fort, jamais il n’en imposerait autant. Il aurait été incapable donc d’accoter la performance d’Hoffman s’il avait été engagé pour faire le gangster dans ce film. Ca ressemble un peu à la chanson. À la base, un chanteur a une voix, ou un chanteur a pas de voix. Et c’est souvent déterminant.

    • “En fait, pour Dicaprio, la raison pour laquelle on n’arrive pas à le voir autrement qu’en Léo est simple et plate: le gars est limité par sa physionomie.”

      Au contraire, tout acteur de cinéma digne de ce nom s’exprime avant tout par sa physionomie. Ce n’est pas une limitation, mais le matériel même à partir de quoi un acteur travaille (c’est beaucoup moins important au théâtre par exemple). Léo n’aurait peut-être pas été capable de jouer le gangster de PSH, mais ce n’est pas une “limitation”; un acteur n’est pas bon pour jouer tous les rôles possibles, c’est pour ça que le casting est essentiel, 90% du travail comme on dit. Léo joue des rôles qui le représentent, qui disent quelque chose sur Léo, mais impossible pour Léo de dire quoique ce soit sur Léo si Léo n’est pas à l’écran. Un acteur caméléon c’est sans intérêt, c’est comme un réalisateur tâcheron: un type compétent, fort de sa technique, mais sans personnalité. Le contraire d’un artiste quoi.

    • “Léo n’aurait peut-être pas été capable de jouer le gangster de PSH, mais ce n’est pas une “limitation”; un acteur n’est pas bon pour jouer tous les rôles possibles, c’est pour ça que le casting est essentiel, 90% du travail comme on dit.”

      D’accord avec cette affirmation, mais le problème c’est que peu importe le rôle que Léo essaie, ca n’accote jamais une performance de PSH. Leo dans Django < PSH dans Owning Mahowny.

      " Un acteur caméléon c’est sans intérêt, c’est comme un réalisateur tâcheron: un type compétent, fort de sa technique, mais sans personnalité. Le contraire d’un artiste quoi."

      Humm pas d'accord. Justement PSH est un acteur caméléon pour moi. Justement comme exemple, Owning Mahowny. Votre vision d'un acteur artiste est celle qui défend le droit à Bogart de jouer Bogart, qu'il n'y a pas de mal à avoir une signature en tant qu'acteur. Ca se défend pour certains acteurs. Mais pour moi ce n'est pas la règle générale. J'aime qu'un acteur justement s'efface devant sa légende, et qu'il nous fasse oublier completement qui il est. Ca demeure un vrai travail d'artiste que de se mettre dans la peau de quelqu'un d'autre.

    • J’ai remarqué à plusieurs reprises que vous aviez une vision assez développée du rôle de l’acteur dans le cinéma. J’ai rarement lu quelqu’un placer le rôle de l’acteur sur le même pied d’égalité que le rôle du réalisateur, et d’accorder autant de place à la question de savoir ce qu’un rôle représente pour un acteur pour un film, chose que d’habitude on réserve surtout aux réalisateurs. Une politique des acteurs auteurs? J’avoue que ma vision est beaucoup plus limitée.

    • Oui, j’écrirai un jour une politique des acteurs pour faire suite à celle de Luc Moullet. Avec Tom Cruise, Matt Damon, Leonardo DiCaprio et Brad Pitt. Eastwood et Clooney seraient aussi de bons choix, mais j’aurais l’impression de tricher en prenant des acteurs-cinéastes, qui peuvent se permettre de commenter beaucoup plus directement leur image.

      Pour PSH, je ne le trouve pas si caméléon (je ne dis pas ça comme un défaut). Pour brosser gros, on pourrait définir ses personnages par la dépendance: la masturbation dans Happiness, l’amour pour Markie Mark dans Boogie Nights, pour le prisonnier dans Capote, et le contrôle sur ses émotions dans the Master, une sorte de revers où la maîtrise craque pour laisser poindre, en-dessous, cette dépendance. Il y a probablement d’autres exemples, mais il me semble qu’il y a un fil conducteur qui manifeste la présence de PSH dans les personnages qu’il interprète, même si c’est moins clair que chez d’autres.

    • Bien hâte de voir ce jour arriver ciné! La pensée d’une politique des acteurs n’est pas quelque chose de naturel pour moi quand je réfléchis un film. Comme d’autres ici, je profiterais avec bonheur de tes réflexions. Je viens de faire l’expérience de Jeanne Dielman, et il me semble qu’il y aurait beaucoup à penser autour de Seyrig dans ce film et de son ethos en général (c’est par ailleurs sans doute déjà fait quelque part). Mais il est difficile, comme nous l’avons déjà évoqué, d’élaborer un telle politique à l’extérieur d’Hollywood, ce qui explique le quatuor choisi. Il serait intéressant d’y ajouter un acteur comme Bill Murray qui traine un immense bagage de légèreté à chacune de ses apparitions, ou encore une actrice, Streep ou Bullock par exemple.

    • Je n’ai pas encore vu Jeanne Dielman, il faudra bien que je m’y mette un jour.

      Il est sans doute possible pour un acteur d’élaborer son ethos en dehors d’Hollywood, mais je pense que ça transparaîtrait moins. Paradoxalement, c’est les restrictions hollywoodiennes qui permettent de telles réflexions sur la star: puisque l’acteur est conçu comme un produit, on lui assigne un rôle bien précis duquel il ne peut pas sortir, pour ne pas décevoir les consommateurs. Mais le fait d’être restreint à une case bien déterminée leur permet d’explorer à fond celle-ci, de chercher à exercer leur liberté à travers cette image imposée. C’est ce qui est très beau, le jeu entre liberté/restriction, et c’est ce qui n’existe pas (ou peu) dans un système de production moins commercial.

      Vrai, il faudrait une actrice. Kidman proposait un regard singulier sur la féminité, mais elle ne fait plus grand chose d’intéressant depuis un bon dix ans. En fait, il n’y a pas beaucoup de bons rôles pour les femmes, ils sont trop stéréotypés ou c’est la caméra qui ne sait pas comment les filmer, alors leur liberté finit par être écrasée. Me semble qu’il n’y a plus de grandes stars féminines, comme il y en avait tant dans l’âge d’or (où est notre couple Hepburn-Tracy?) Il y a de grandes actrices, mais c’est rare qu’on a vraiment la chance de les voir jouer.

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