Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 9 janvier 2014 | Mise en ligne à 13h00 | Commenter Commentaires (34)

    Non, Scorsese ne s’est pas fait berner par le loup

    THE WOLF OF WALL STREET

    Vers la fin de Goodfellas, un malfrat menotté se retourne vers ses capteurs en uniforme et fulmine : «Why don’t you boys go down to Wall Street and find some real crooks?». Faut arrêter les cols blancs de la finance, ces escrocs socialement acceptables! Près d’un quart de siècle plus tard, Martin Scorsese a accepté la proposition en nous offrant avec The Wolf of Wall Street un exposé épique, satirique, grotesque, éprouvant, hilarant de l’avarice à grande échelle. Avec comme résultat un transfert de l’indignation vertueuse: cette fois-ci, c’est un groupe de critiques qui reproche au cinéaste d’avoir échoué à punir son protagoniste.

    La voix emblématique de l’opposition, Richard Corliss de Time, vénérable critique de l’establishment s’il en est un, s’exprime au nom de plusieurs de ses collègues et autres membres furieux de l’Académie, lorsqu’il conclut dans son long texte : «Si un film persiste à nager dans l’amoralité jusqu’à ce qu’il se noie, il peut sembler non seulement complice mais, pire encore, ignorant des conséquences financières et éthiques. C’est l’échec final de The Wolf of Wall Street. En adhérant à l’idée que les frasques de son personnage central étaient faits pour du drame et de la comédie envoûtante, Scorsese, Winter [le scénariste] et DiCaprio se révèlent être des dupes – les derniers d’une longue lignée de gens intelligents escroqués par Jordan Belfort.»

    De la critique de Time, et d’autres dans la même veine, émane une aversion certaine envers l’approche subjective sans complexes que préconise Scorsese pour représenter le personnage immoral qu’est Jordan Belfort. L’esthétisation du mal, oui ça peut aller, mais en poussant le concept jusqu’à sa logique extrême, on finit par franchir une limite éthique, semblent clamer Corliss et cie. (j’ai soulevé la question plus en profondeur il y a quelque temps dans mon analyse de The Act of Killing). Pour démontrer sans ambiguïté que les créateurs de The Wolf of Wall Street ne sanctionnent pas les actes de leur protagoniste, il aurait fallu lui faire explicitement prendre conscience de ses torts. Mais ce n’est pas la méthode Scorsese, comme on peut le constater dans cet extrait d’un entretien qu’il a accordé au Nouvel Observateur :

    D’habitude, vos personnages connaissent une ascension, un paradis momentané, une chute, puis une rédemption. Mais ici, il n’y a pas de rédemption. Vous n’y croyez plus?
    J’ai bien peur qu’il n’y ait pas de rédemption possible pour les loups. Ce qui pousse les personnages, ici, c’est l’appât du gain. Faire des deals, conclure des achats, gagner, quelle jouissance! Ca ne peut pas s’oublier ni s’effacer. Donc, pas de rédemption possible.

    Votre foi catholique vous fait donc défaut?
    Ce que je vois autour de moi me désespère.

    Où est passé le Scorsese de “Raging Bull”?
    Il a disparu avec les valeurs de l’époque. Celles-ci ont changé. Aujourd’hui, tout ce qu’on enseigne aux jeunes, c’est l’idée qu’il faut devenir riche.

    Absent une manifestation de rédemption à l’écran, les anti-Wolf auraient au moins souhaité une intervention concrète de la part du réalisateur dans la construction de son récit afin de prouver qu’il ne s’est pas fait naïvement séduire par un voyou sans remords, qu’il est du «bon côté» de l’humanité (remontrances, soit dit en passant, qui remontent à l’époque de Mean Streets et de Taxi Driver). Mais encore une fois, ce n’est pas comme ça que Scorsese voit les choses. Dans une entrevue accordée à Deadline, il affirme qu’un quelconque Happy End aurait transformé son oeuvre en télé-film sans conséquence, et précise :

    Au cours des 30 dernières années, j’ai vu un changement dans le pays, ce que les valeurs étaient et où elles sont allées. En toute honnêteté, les valeurs ne reposent désormais que sur ​​ce qui fait de l’argent. Présenter des personnages de ce genre sur l’écran, leur faire atteindre une sorte de crise émotionnelle, et de les voir punis pour ce qu’ils ont fait, tout ce que ça fait c’est de nous faire sentir mieux. Et c’est nous qui sommes les victimes, les gens qui regardent l’écran. Donc, pour faire quelque chose qui a un message moral évident, où deux personnages s’assoient pour en discuter point par point, ou placer un carton à la fin du film qui expliquerait ce qui est juste, le public s’y attend. Il en est désensibilisé.

    Parlons-en de ce carton hypothétique. Dans une chronique se portant à la défense de The Wolf of Wall Street, David Cohen de Variety établit un parallèle entre ceux qui s’offusquent de la soi-disant immoralité du film, et les censeurs de l’industrie des années 1930 qui ont imposé au Scarface de Howard Hawks l’avertissement qui suit :

    This picture is an indictment of gang rule in America and of the callous indifference of the government to this constantly increasing menace to our safety and our liberty.

    Every incident in this picture is the reproduction of an actual occurrence, and the purpose of this picture is to demand of the government: “What are you going to do about it?

    The government is your government. What are YOU going to do about it?

    Cohen, dans son article, a simplement remplacé «gang rule in America» par «Wall Street» pour prouver son point. La raison pour laquelle Scorsese a refusé de procéder de la sorte (de manière littérale ou autre)? Peut-être parce qu’il respecte l’intelligence des spectateurs, et ne considère pas que son rôle est d’agir comme un berger paternaliste cherchant à protéger à tout prix les agneaux-spectateurs du grand méchant loup.

    Il poursuit, chez Deadline, en adoptant un ton amer peu caractéristique :

    Je ne voulais pas que le public puisse penser que le problème est résolu, qu’on peut l’oublier. Je voulais qu’ils se sentent comme s’ils avaient été giflés en reconnaissant que ce comportement a été encouragé dans ce pays, et que cela affecte les entreprises et le monde, jusqu’à nos enfants et comment ils vont vivre, et leurs valeurs dans le futur. C’est presque en train de devenir comme à Hollywood ces jours-ci : les gens se conduisent mal, ils ont des problèmes dans leur vie, la drogue, l’alcool, ils vont en cure de désintoxication et en ressortent. Et cela signifie que c’est correct, c’est un rituel attendu à travers duquel vous passez.

    Quand on fait un film qui ne fait que pointer et dénoncer la terrible réalité du monde de la finance et de la philosophie financière et de la religion financière en Amérique, on le fait d’une certaine manière et ça nous fait sentir bien. On a fait notre devoir, on a vu le film, on lui a donné quelques prix et il s’en va et on l’oublie. Par ailleurs, Jordan et un tas de gars sont allés en prison, et même s’ils ont purgé des peines dans des prisons confortables, la réalité est que la prison n’est pas agréable et une peine légère reste une peine. La réalité persistante est que, si vous regardez la dernière catastrophe que ce monde a créée, qui est allé en prison? Personne.

    THE WOLF OF WALL STREET

    Ceci étant dit, Scorsese pose bel et bien un regard moral sur Belfort et sa bande de dépravés, seulement, pas de la manière que certains critiques sceptiques trouvent adéquate – à moins qu’ils n’aient tout simplement pas pris la peine de le relever, ayant formé leur opinion bien avant le générique. En effet, le «message» du film survient à la toute fin, durant un épilogue empreint d’une allure maussade de fin de party. Après trois heures d’excès de toutes sortes, nos sens sont soudainement saisis d’une violente décharge de sobriété, si l’on peut dire ainsi. J’ai pensé à ce moment à ces quelques symphonies exubérantes, comme la 8e de Chostakovitch ou la 9e de Mahler, qui se concluent par une paisible lamentation, au lieu de la finale triomphale à laquelle on s’attend, question de nous ramener encore plus intensément à soi.

    Et il ya ce plan final, des plus médusants, qui demeure incrusté dans mon esprit. Cette masse de visages austères plus vrais que vrais, semblant tout droits sortis d’un drame néo-réaliste italien, en rupture totale avec les figures hollywoodiennes lustrées, voire rassurantes, auxquelles on a fini par s’habituer tout ce temps. Ces prolétaires anonymes cherchent désespérément à être instruits par Belfort qui, malgré son passé criminel, représente tout de même un modèle auquel ils aspirent. Suffit maintenant de réussir un exercice en apparence simple : convaincre le loup d’acheter le crayon qu’il leur tend, telle une baguette magique qui ferait disparaître tous leurs maux.

    Richard Brody, qui qualifie The Wolf of Wall Street de «premier film moderne sur le monde de la finance, car il situe l’argent dans l’économie dite libidinale», analyse minutieusement le plan ultime dans son remarquable essai publié vendredi sur le site du New Yorker :

    C’est un moment avec mélange terrifiant, olympien, de compassion, de dédain, et d’angoisse; cela montre un manque fatal d’imagination combiné avec une gamme désespérée de désirs inassouvis. Le plan ne montre pas seulement un public, mais le public: Scorsese met les spectateurs du film face à face avec eux-mêmes, nous accuse de compenser notre manque d’imagination et d’ambition fatale à travers un contact avec les ruses d’un maître manipulateur. Tout comme le Belfort fictif (Leonardo DiCaprio) est présenté au séminaire par un hôte (qui, dans un caméo diabolique, est joué par le vrai Belfort ), nous-mêmes, le public du film, sommes introduits à Belfort par un autre impresario enthousiaste, à savoir Martin Scorsese, qui sait parfaitement qu’il nous donne quelque chose que nous voulons, dont nous avons besoin, et quelque chose qui fait appel à des rêves et à des ambitions qui sont à la fois au cœur de la vie, et complètement suspectes. […] La fin de The Wolf of Wall Street renonce à un monde d’horreurs tout en embrassant ses passions destructrices.

    Martin Scorsese sur, entre autres, le «risque» de faire de son sujet une oeuvre divertissante :

    À lire aussi :

    > Les quatre auteurs contradictoires de Taxi Driver
    > Shutter Island : Scorsese a-t-il abdiqué?
    > À propos de la fin de Goodfellas


    • Un chef d’oeuvre

      J’ai lu que vous n’êtes pas un fan de la collaboration Dicaprio/Scorsese (contrairement à moi), mais cette fois-ci, êtes-vous devenu un disciple? Le style fait penser à du bon vieux Scorsese et DiCaprio donne sa meilleure performance de sa carrière selon moi

      Ah non, je ne dirais pas disciple! Mais Wolf représente de loin leur collaboration la plus satisfaisante, le meilleur Scorsese depuis Casino à mon avis. -js

    • Merci pour ce texte.

      En voyant le film, je me disais que plusieurs des scènes étaient drôles, mais je ne me rappelle pas avoir ri une fois. Le «vide» de ces personnages m’est apparu dès le début.

      Il me semble que Scorsese aurait pu imaginer un personnage inspiré de Belfort. Malgré la «rédemption» de cet homme dans la vrai vie (qui n’en est pas une), Belfort veut toujours être admiré. Ce choix de Scorsese est hautement discutable.

    • Je ne comprends rien à cette discussion, la critique me dépasse: comment encenser 12 Years A Slave ou the Act of Killing pour ensuite se tourner vers Wolf of Wall Street et le condamner pour un absence de point de vue éthique clair? Comment peut-on célébrer la “neutralité” des scènes de torture dans Zero Dark Thirty pour ensuite s’insurger parce que Scorsese endosserait les actes de son personnage? La torture, ouf, on peut se faire sa propre opinion, mais comment oser ne pas condamner un petit criminel comme Belfort?!?D’autant plus bizarre que j’aurais plutôt tendance à vouloir reprocher à Scorsese son manque d’empathie pour Belfort, ce qui n’était pas le cas avec les gangsters de Goodfellas par exemple.

      Il n’y a pas de “limite” à ne pas franchir dans l’esthétisation du Mall: l’important c’est le point de vue. Le problème d’Act of Killing c’est de simplement répéter le point de vue des bourreaux, incluant l’humiliation des victimes que le cinéaste poursuit par son film, de ne rien nous donner à voir de plus que ce qu’eux-mêmes nous auraient volontiers confié, tant ils sont prêts à se raconter. Il n’y a pas de point de vue sur les bourreaux dans ce film, pas de questionnement, on leur donne ce qu’ils demande et on espère que ça nous aide à les comprendre. Même chose dans 12 Years A Slave, où McQueen ne fait qu’humilier son personnage pour répéter une humiliation historique; le film ne nous donne rien de plus à voir que ce que l’on savait déjà. L’absence de point de vue sur le Mal pose problème plus que la représentation du Mal, l’idée qu’il suffit de “montrer” pour comprendre.

      Et Scorsese questionne, il ne fait pas que montrer, c’est quand même clair dès la première scène. Il relève souvent les mensonges de Belfort, il brise sa narration, revient en arrière pour renverser son point de vue, il laisse filtrer l’image d’un suicide sanglant, il utilise le regard des autres personnages (sa fille, sa femme) pour le confronter…

      Ceci dit, je ne crois pas que Scorsese a beaucoup à dire sur le sujet, que le film s’élève beaucoup plus haut que son brio narratif et technique, que le point de vue est si révélateur. Mais quand même, pour lui reprocher d’être aveugle sur les conséquences éthiques, faudrait peut-êter commencer par questionner son propre regard, parce qu’on n’a pas vu le même film.

      Je ne pense pas en effet que Scorsese avait tant le désir de «dire» quelque chose à ce sujet que de l’«exprimer» de manière viscérale. Il ne connaît pas assez bien ces personnages, contrairement à ceux qu’il a dépeints dans ses films de mafia, pour les dépeindre sous un angle ethnographique, sin on veut, réaliste. Comme l’a dit un critique dont j’ai oublié le nom, le film fonctionne davantage comme un opéra qu’un quelconque drame criminel. Et il préfère en rire que d’en pleurer, quoique qu’on est loin de rires de joie. -js

    • Désolé pour les fautes, la longueur et la confusion…

    • Un grand cru Scorsesien, par contre de mon côté je pense que c’est son meilleur depuis Gangs Of New York!! Faire un film d’une telle virtuosité de la part d’un réalisateur de 71 ans c’est signe que Scorsese est dans une classe à part!! C’est aussi un signe que Scorsese n’a pas abdiqué* !!

      * Je fais référence à votre post sur Shutter Island

    • Non mais c’est quoi ce délire de ces critiques qui veulent que ce film soit le gardien des valeurs morales américaines? Ces critiques seraient sûrement plus heureuse dans le régime nord-coréen! N’importe quoi!

      Un grand film et mon favori de 2013!

    • Tout à fait d’accord avec vous stef27! Un grand merci pour votre perspicacité M. Siroka, comment en effet demander à un cinéaste de punir son personnage du loup alors que la société dans laquelle il évolue demeure fasciner (comme la dernière scène le montre admirablement) par lui? C’est ce que semble se dire le policier assis dans le métro qui semble tout penaud alors qu’il devrait se réjouir d’avoir fait son devoir, soit d’avoir attraper le loup…loup, rappelons-nous le, qui a le pouvoir de ruiner la Cité (Crash de 2008).

    • “(…) les derniers d’une longue lignée de gens intelligents escroqués par Jordan Belfort”

      C’est un peu ça le cinéma. Une expérience subjective d’évènements qui sont survenus à quelqu’un d’autre. On ne demande pas au cinéaste de porter un jugement et de garantir la qualité des moeurs de demain. L’expérience de Belfort a certainement été envoutante; notre expérience du film gagne elle aussi à être envoutante. À moins qu’il ne s’agisse que d’une stupide naïveté, mais le personnage Belfort est assez complexe pour ne pas être unidimensionellement envoutant. Loin de là.

    • Il est certain que le film dépeint une longue noyade en mer amorale. La scène du naufrage est d’ailleurs formidable puisqu’elle démantèle, en en retirant toute trace d’amour, la logique hollywoodienne du Titanic de DiCaprio, qui lui, incarne maintenant l’obsession enfumée des conquistadors que rien n’apaisait. Il fallait faire d’un tel personnage un extrême absolu. Sa radicalité ne fait que révéler la source de la fascination que lui accorde le peuple. Au contraire, le mafieux prend part au peuple et ses activités son matériellement au monde. Le loup transige du rien; « commission! » Et comment montrer des victimes invisibles par définition, des voix restées anonymes? Scorsese a choisi le choc naturaliste final et c’est percutant. C’est passer à côté du film que d’y voir une complicité ignorante. Le policier représente tout ce hors-champs humain qui boue sous la surface, dans les conduits obscurs du métro.

    • Sans être unidimensionnel, je ne crois pas que le personnage de Jordan soit si complexe que ça : en somme, ce n’est qu’un petit baiseur (je me permet d’aller plus loin que le policier).

    • @js

      Oui, assez d’accord, il veut surtout “exprimer” (sa colère, sa fascination, entre autres), mais ça c’est un point de vue (la colère appartient à Scorsese). Mais en même temps, c’est un peu évident (nous sommes tous en colère face à un tel comportement), d’où ma retenue; la fascination, le film réside sur cela, à mon avis, la confrontation à notre fascination pour le personnage, et même, jusqu’à un certain point, à notre envie (de sa liberté, du luxe). Le film nous demande de reconnaître la fascination en nous, dans le sens de connaître ce que nous connaissions déjà mais nous étais caché (fascination que l’on n’admet pas pour toutes sortes de raisons). C’était aussi dans Goodfellas, le rêve du kid qui a toujours voulu être gangster.

      @rafc

      Pour DiCaprio, c’est aussi la deuxième fois que Scorsese filme sa subjectivité, après Shutter Island – dans les deux cas, on pourrait parler d’une fantaisie qui pousse sur le monde, pour s’en évader, le nier peut-être. Dans SI, la noirceur de la nuit, la tempête, était l’enfermement du personnage dans sa prison paranoïaque, opposé à la fin par la clarté de sa “guérison”; dans WoWS, la lumière et la transparence du verre (le monde de Belfort) s’oppose au souterrain du métro (le monde normal; c’est Belfort qui fait l’opposition à un moment, en disant que son monde peut paraître indécent vu du monde normal, mais qui veut vivre dans le normal?)

    • Ouf, cynique le vieux bonhomme…
      Mais, étrangement, ça me donne le goût de voir le film.

    • Ce critique du Times devrait très bien savoir qu’un ‘happy-ending’ court-circuite toute forme de conscientisation sociale.

    • J’aurais du dire le cas Belfort. Tout ne se passe pas si bien que ça.

    • Un film, ce n’est pas un procès: pas besoin d’un jugement et/ou d’un condamnation à la fin.

      Et si Scorsese avait choisi la voie de la rédemption pour son personnage, y aurait-on vraiment cru? Je n’ai pas encore vu TWOWS, mais l’image que projette Belfort dans la bande-annonce en est une de sociopathe et disons que la “rédemption du sociopathe”, c’est une idée assez utopique.

      Un tel requin qui prend conscience de ses actes et responsabilités, ça aurait sûrement sonné complètement faux.

      Quand j’écoute un film, je suis prêt à accepter une rédemption que l’on sait “fragile” mais qui semble sincère (à la Renton, à la fin de Trainspotting), mais pas un construit chimérique servant seulement à personnifier le point de vue du cinéaste.

    • De toute façon, pourquoi le punir si on veut parler de réalité? Combien de milliards le gouvernement américain a t-il donné aux grandes compagnies qui ont volés le peuple américain? La punition est absente dans la réalité alors pourquoi l’inventé au cinéma? Cela me fait penser aux réactions outrées des américains pour la fraction de seconde du sein de Janet Jackson au SuperBowl alors que ce pays est le plus grande producteur de porno au monde.

    • Un des films à voir le plus vite possible, c’est clair. Quant à la critique moralisante, elle est selon moi surtout symptomatique d’une transformation du cinéma américain.

      On dirait que c’est l’aspect immoral du film que l’aspect amoral qui compte pour eux. L’absence de position morale trop marquée et de redressement final des torts. Le refus de sermonner les masses, ce que le cinéma américain a toujours fait, ouvre la porte à un cinéma qui montre (et non qui démontre).

      C’est une bonne chose pour le cinéma des USA, qui en avait bien besoin, et pour moi aussi comme spectateur. C’est ce qui m’a séduit dans des films comme Beasts of the Southern Wild, The Master, ou Spring Breakers.

    • * On dirait que c’est moins l’aspect immoral du film que l’aspect amoral qui compte pour eux (…)

    • Ce film m’a laissé sur ma faim, trop d’engueulades, d’humour douteux, de scènes de discours de motivation, personnages antipathiques, répétitions, montage cahoteux, et bien trop long! Le film démarre pourtant de manière prometteuse avec le portrait d’un Belfort débutant et naïf dans le monde de la bourse des années 1980, mais à mon sens se gâte assez rapidement, au moment où il échafaude son entreprise. Les points forts: le jeu de Di Caprio (quand il n’est pas en train de gueuler ou de faire son Jim Carrey), la peinture du monde de la finance, et l’obscénité avec laquelle on nous envoie en pleine figure la richesse et l’excès dont rêvent la plupart des spectateurs — mais qu’ils n’atteindront probablement jamais — du moins à ce niveau.

    • Pour moi, c’est assez clair qu’il a refait un Goodfellas version Wall Street. Les ressemblances sont faciles à identifier: les origines timides du protagoniste (Belfort = Henri Hill), la compagne féminine qui l’appuie dans ses ambitions ,la drogue, la découverte d’un univers où sa personnalité fait du sens, où son talent peut s’exprimer pleinement, les défis à l’amitié (Donnie = Jimmie), tout cela en dépit des dilemmes moraux, de la violence. Il fait la même chose dans Raging Bull, dans The Departed, quoique sans la jouissance de la luxure, avec le personnage de Matt Damon. C’est pas mal toujours la même question.

      Ceci dit, j’ai aimé le film, comme la plupart des gens ici. C’est souvent drôle, Margot Robbie est aussi belle que Kathy Moriarty au début des années 80, et j’adore les plans de Scorsese. Mais je ne vois pas l’intérêt d’en faire une analyse deleuzienne. Ce qui est déprimant parfois, c’est de voir certaines analyses s’enliser dans des théories cinématographiques qui positionnent le médium comme un univers fermé sur lui-même. L’épistémologie du cinéma est assez conservatrice à cet égard, et se contente trop souvent d’emprunter les concepts simplistes de la narratologie littéraire. Par contre, je supporte davantage ces analyses que le moralisme à la con auquel se réfèrent les critiques institutionnels payés pour faire semblant qu’il existe une orthodoxie autour de la valeur éthique d’un film.

    • Les ressemblances avec Goodfellas, Raging Bull… (et même After Hours) sont certes faciles à identifier, mais c’est dans les transformations et autres légères différences que réside la signification de WoWS. Et non, ce n’est clairement plus la même question.

    • @rafc
      Pouvez-vous élaborer? C’est bien d’exprimer son désaccord, mais ce serait encore plus intéressant de voir sur quoi vous vous appuyez. Je pense pouvoir y apprendre quelque chose.

      Perso, je ne vois pas beaucoup de différences, outre le fait que dans TWOWS, le protagoniste refuse de signer avec la justice, qu’il refuse de manger les mauvaises pâtes marinara de Henri Hill. Dans l’entrevue insérée dans le billet de M. Siroka, Scorsese insiste sur le caractère extraordinaire de ce que vivent ses protagonistes. Pour moi, la question est toujours: pourquoi les gens sont-ils attirés par la débauche luxuriante qui semble être responsable – dans l’abstrait – de la souffrance d’autres, et comment se font-ils avaler par celle-ci ? De la drogue, des pitounes, de l’argent, on a vu ça souvent. Scorsese est un maître dans l’art se d.ployer tout cela dans une narratio efficace, mais ça reste, pour moi, la même question.

    • Suffisamment de différences ont déjà été relevées ici – passage définitif à l’amoralité, on a beau dire, la mafia fonctionne selon une éthique et la traditionnelle tempérance d’une hiérarchie fait défaut aux loups, de là peut-être l’obsession débridée vers le plein; l’absence de rédemption; la nouveauté d’une subjectivisation hallucinée… – enfin, il y aurait aussi le distance générationnelle. C’est un autre monde dans lequel le petit informaticien moyen d’After Hours n’est plus seulement la proie de l’ennui de sa classe, il se fait maintenant dévorer aveuglément par le loup, ou alors il en devient un (voyez le premier avant-midi de Jordan à Wall Street).

    • Une dernière observation: ce qui m’impressionnerait vraiment, c’est qu’un type comme Scorsese soit capable de sortir de sa marque de commerce. TWOWS m’a rappelé un texte que David Foster Wallace avait écrit sur John Updike, une espèce de Scorsese de la nouvelle littéraire américaine. DFW écrit qu’Updike fait partie des “Narcissistic White Men” comme Philip Roth etc., et je pense que cela s’applique à Scorsese aussi. Ses films – et j’insiste sur l’admiration que je leur accorde – sont généralement l’illustration d’un fantasme patriarcal. Plus jeune, il a mis en scène des femmes, comme dans “Alice Doesn’t live here anymore”. Si vous lui parlez M. Siroka, vous lui ferez la demande… :)

    • Je ne vois pas le problème avec une critique “moralisante”: tout artiste à une responsabilité éthique dans sa création. On ne peut pas tout mettre en scène n’importe comment sans conséquence; parce qu’un film, après tout, ce n’est pas qu’un film. Si l’art a le moindrement d’importance en ce bas-monde, alors le discours éthique d’une oeuvre est essentiel. Et cette dimension éthique est d’autant plus importante au cinéma qu’il y a des êtres humains devant la caméra, ce que l’on a tendance à oublier trop souvent (le problème de la représentation ne se pose pas du tout de la même manière en littérature par exemple).

      Dans le cas de Wolf, on peut questionner, par exemple, la représentation de la femme: oui, c’est pour rester fidèle à la vision de Belfort qu’elles ne sont rien de plus que des putes-objets à l’écran, mais il a quand même fallu demander à des êtres humains de se mettre dans cette position d’infériorité, ce qui n’est pas rien (et j’insiste: c’est une question, pas une condamnation).

      Bref, si Scorsese faisait vraiment l’apologie de son personnage, on aurait raison de s’insurger. Et il y a bien des manières de se distancier d’un personnage sans le “punir”, comme dans WoWS justement.

      @scories

      Je ne sais pas si vous êtes ironique, mais je suis persuadé que je peux vous nommer plus de grandes oeuvres hollywoodiennes avec un happy-ending qu’avec une fin triste ou ambigu.

    • @cinematographe

      Le moralisme n’est pas l’éthique. Si les critiques se référaient à l’éthique de Spinoza ou a une théorie excitante pour l’esprit, on pourrait comprendre. Mais en général, c’est du catho remâché. Vous dites que l’éthique est importante: quelle est la vôtre ? Êtes-vous prêts à reconnaître que certaines personnes donnent du poids à la critique nietzschéenne des valeurs ? Je veux bien que l’artiste ait une responsabilité éthique, je suis même très proche de ou à cet égard, mais je crois justement que Scorsese n’est pas un type qui s’intéresse à cela vraiment. Vince Gilligan qui écrit Breaking Bad le fait 100 fois mieux.

      Scorsese veut s’inscrire dans un classicisme, et le cinéma classique d’Hollywood s’est fondé sur le roman noir sans rédemption des années 1930-40. Les héros du cinéma baby-boomer ont développé leur esthétique en fonction de cela selon moi. C’est propre à une génération qui a trippé sur son émancipation du joug religieux. Mais bien des gens ont passé à autre chose depuis.

      Par ailleurs, lorsque vous écrivez que le problème de la représentation ne se pose pas du tout de la même manière en littérature qu’au cinéma et qu’il y a des “êtres humains devant la caméra”, est-ce dire que la littérature ne met pas en scène la figuration d’êtres humains ? Est-ce dire que le cinéma met en scène de “véritables humains”? Le cinéma serait-il devenu autre chose qu’un médium ? Je ne comprends pas. Mais ici encore, je trouve que ça ouvre un débat intéressant. J’ai aimé lire votre commentaire.

    • @andy_mcgafigan

      Moralisme n’est pas éthique, c’est certain, voilà pourquoi j’ai mis le mot entre parenthèse: je n’ai pas lu les critiques négatives du film, mais je présume qu’ils ne demandent pas simplement que Scorsese punisse son personnage, ou qu’il le présente de façon clairement vil. Ça, ce serait du moralisme, juger Belfort par le scénario ou la mise en scène. La question est plutôt de savoir s’il est approprié pour un cinéaste de vanter un mode de vie qui causerait tort dans le réel; le montrer, pas de problème, mais l’adopter, le vendre au spectateur? Je ne crois pas que Scorsese endosse la perspective de Belfort, alors la question ne se pose pas pour ce film, mais elle est certainement pertinente.

      Pour la représentation, je veux dire que la matière première du cinéma est le monde, et donc, en un sens, oui, le cinéma met en scène de véritables humains, ce qui n’est pas le cas en littérature ou en peinture. L’image photographique (et numérique) préserve toujours quelque chose de l’homme derrière le personnage (sinon il n’y aurait pas de star, ni de modèle à la Bresson), alors qu’en littérature/peinture nous sommes toujours face à une abstraction. Si on enlève le monde du cinéma, on se retrouve avec “juste un film”, une image qui ne réfère plus au monde mais qu’à elle-même, ce qui malheureusement est une bonne description du cinéma actuel.

    • @Cinematographe : “Je ne sais pas si vous êtes ironique, mais je suis persuadé que je peux vous nommer plus de grandes oeuvres hollywoodiennes avec un happy-ending qu’avec une fin triste ou ambigu.”

      Je n’ai pas sous-entendu qu’un happy-ending contribue à amoindrir la valeur artistique d’un film à caractère social, mais plutôt qu’il a tendance à amoindrir son impact, son aptitude à conscientiser (si tel est l’un des objectifs du réalisateur, bien entendu).

    • @cinematographe

      Vos explications sont claires et pertinentes.

      Je suis d’accord avec vous: Scorsese ne défend pas les actions de son protagoniste. Il montre une réalité et pose un regard à travers son montage. Mais vous dites: est-il éthique de faire l’apologie dans un film d’une pratique qui ferait du tort à des gens dans le réel. Le problème est compliqué, parce qu’il est difficile, surtout au ÉU, de clairement démontrer le “tort” dans le réel causé par les pratiques de ce loup. C’est le grand débat occidental sur la production de la richesse. Dans ce film, le gain individuel est la seule éthique.Beaucoup de mes voisins adhèrent à cela, je peux vous en assurer (je suis un méchant 450). Même si la justice le coffre, les dommages sont encore là. Mais on ne les voit pas, Ce qu’on voit, c’est le policier dans le métro, qui ne dit rien. Personnellement, je trouve qu’il a l’air d’un gars qui doit se convaincre que de défendre les gens autour de lui en vaut la peine. Et c’est peut-être là où je comprends le point de ceux qui disent que la mafia a au moins une espèce d’éthique collective centrée sur la famille… et c’est d’ailleurs Terence Winter qui idéalise le mieux cette éthique dans The Sopranos.

      Sur la représentation, je vous suis moins. C’est triste de lire que la littérature et la peinture pour vous ne fait qu’exprimer des abstractions. C’est malheureusement le lot de plusieurs gens qui se sont fait présenter une vision simpliste et édulcorée de la culture au Cégep. Lorsque je lis ce que disent les personnages fuckés de As I Lay Dying de Faulkner, je trouve que son texte traduit quelque chose de beaucoup plus humain que 90% des films qu’on nous présente sur nos écrans. Je suis loin d’être seul. Je n’ai pas besoin de leur “image” pour y retrouver l’humain. Bien sûr, le cinéma permet des choses extraordinaires. On peut certes y figurer de grands et nouveaux aspects du phénomène humain. Mais lorsque les gens se mettent à penser que l’humain, c’est ce qu’on voit sur un écran pendant 2 heures dans un film, qu’il soit grand public ou pas, il y a un problème. Comme Benjamin dans “l’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique”, je trouve que le cinéma devient un médium qui ouvre la voie au fascisme. Heureusement, je pense qu’en général, on sait qu’il y a une différence. L’humain ne se réduira jamais à une représentation médiatique. Mais l’art peut certes nous parler de l’humain. C’est ce qu’il fait de mieux.

    • “Personnellement, je trouve qu’il a l’air d’un gars qui doit se convaincre que de défendre les gens autour de lui en vaut la peine.”

      Indeed. Ce métro est une prison, et celle de Belfort a l’air beaucoup plus confortable (elle est mieux que mon appartement en tout cas!) Dans Goodfellas aussi, la “normalité”, le quotidien 450 (désolé), est présenté comme médiocre, sans vie. Henry subit la normalité, c’est une punition pour lui, en tout cas un affront. Belfort, lui, ne va jamais accepter ce sort, être condamner à la banalité (autre différence notable).

      Pour la représentation, je suis bien d’accord que la littérature peut exprimer de l’humain, ou n’importe quel art. Mais dans un film il y a littéralement un homme face à moi, et la caméra est telle qu’il ne peut pas complètement se cacher derrière son rôle; la caméra va toujours révéler quelque chose de lui. Après, la majorité des réalisateurs s’en contrefichent de cela, alors leur film ne vont pas utiliser cette dimension dans leur film. Le Jordan Belfort de Wolf, c’est aussi Di Caprio, mais si je lis Faulkner, Darl Bundren n’existe qu’en mots. Au cinéma, il y a Darl et James Franco, il n’y a pas de Darl sans Franco. L’humain, c’est le matériel même du cinéma; il n’en tient qu’à l’artiste de l’utiliser ou non dans sa création. Mais en littérature, il faut créer l’homme, au départ il n’y a rien.

      Je ne veux surtout pas dénigrer les autres arts: je parle d’une différence dans les moyens d’expression, pas d’une valeur supérieure intrinsèque.

    • @andy_mcgafigan: Sur le point de la représentation, Cine veut dire qu’il doit y avoir une personne pour jouer le personnage. Un peu comme dans The Butler où une actrise disait qu’elle avait été ébralée après le tournage d’une scène où elle se fesait cracher au visage.

      http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/entrevues/201308/10/01-4678780-lee-daniels-the-butler-tout-semblait-terriblement-vrai.php

    • @mendell
      Avec tout le respect, je pense que le problème épistémique est un peu plus compliqué que cela…

    • Ben, c’est pas beaucoup plus compliqué: écrire qu’un personnage se fait cracher dessus, ça n’implique personne en particulier, mais pour le filmer il faut qu’un acteur accepte de se faire cracher dessus, de se faire humilier devant caméra. Si en plus on accepte que la caméra conserve quelque chose de la personne réelle derrière le rôle joué, il faut donc dire que cette personne se fait humilier comme son personnage, que l’actrice de The Butler se fait humilier comme son personnage (c’est sous cet angle que je parlais de la représentation de la femme pour Wolf). Bon, il ne faut pas censurer toutes les scènes d’humiliation, sinon on ne ferait plus de film, mais il faut quand même y penser.

    • J’ai vu le film, hier. Bien aimé la bande sonore où on a fait jouer du vieux blues, notamment Howlin Wolf. Rare aussi qu’on puisse entendre dans un film Wednesday Night Prayer Meeting de Charles Mingus, une sorte de gospel frénétique à la sauce jazz nappée par Maître Mingus.

      J’ai trouvé les réunions du Wolf importantes dans le film. Il n’était pas le motivateur, il était le pasteur. Pour lui, si les voies du Seigneur sont impénétrables, les voies du marché sont très pénétrables. Prenez et vendez-en tous, Amen. Il ne change pas l’eau en vin, mais les cennes en millions. Prenez Kimmy, le témoignage larmoyant, qui n’avait rien et miracle, ô miracle, elle est devenue quelqu’un. Et on danse et on chante et on pleure et on aspire à atteindre les paradis artificiels. Très preacher, très nouvelle église In Cash We Trust, ou comme dirait l’autre Cash Bless America, le Loup.

      Égocentrique jusqu’à la moelle, le loup, qui marie ou s’approprie le pétard qui illumine la proue de son empire. Pétard mal baisé (11 secondes, quand même!), qui donne l’impression de s’être vendue au moment de demander le divorce. Mon cul ne vaut pas moins qu’une grosse maison.

      Partir de rien, arriver au sommet, crosser le système, fourrer le monde, on est loin des valeurs de Walt Disney…. La meilleure, c’est de voir de qui s’entoure le loup pour partir son empire. On a vu des gens avec plus d’envergure… Mais les brebis ont suivi aveuglément le pasteur, les brebis se sont abreuvé au petit catéchisme (Prenez et mangez en tous, ceci est mon corps livré pour vous), l’ont appris par coeur, le bèle avec autant de conviction que d’unanimité et les croyants font des convertis… Le policier a l’air bien seul, dans le métro. S’il croyait, il ne serait plus jamais seul. C’est le triste lot des brebis égarées.

      J’ai bien aimé le film, finalement.

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