Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 10 décembre 2013 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (55)

    Godzilla : un blockbuster d’auteur?

    godzilla-poster

    Peu importe le résultat final, applaudissons d’entrée de jeu Warner Bros. d’avoir confié une mégaproduction de 160 millions $ à un cinéaste britannique de 37 ans pratiquement inconnu; un gros studio qui prend un tel risque, c’est pas mal rafraîchissant… Avant de s’embarquer dans la résurrection de la franchise américaine de Godzilla, Gareth Edwards, un as des effets visuels, avait réalisé un seul autre long métrage, Monsters (2010), film de science-fiction indépendant fait pour moins de 500 000 $, et qui reçut une réception critique positive.

    «C’est la chose qui se rapproche le plus d’être un dieu», a confié un Edwards très enthousiaste en entrevue lundi à USA Today à propos de son métier. Poursuivant avec les analogies grandioses, en lien avec son implication surprenante dans Godzilla : «OK, toute ta vie tu veux être un joueur de soccer et tu joues avec ton équipe locale, et puis un jour quelqu’un te dit, “Veux-tu jouer dans la finale de la Coupe du Monde?”. Qui ne dirait pas oui à ça?».

    Ayant été transporté par magie au Mondial, il reste à voir s’il saura inscrire le but de la victoire l’été prochain, lorsque prendra l’affiche son blockbuster. Il n’y a pas à dire, il est entouré d’une solide équipe. Comme capitaine, l’icône du petit écran Bryan Cranston – le maléfique Walter White de Breaking Bad – qui sera flanqué de joueurs fiables comme David Strathairn, Ken Watanabe, Juliette Binoche et Sally Hawkins. Une liste de noms semblant davantage s’apparenter à une production de prestige qu’à un film catastrophe.

    Au scénario, le vétéran Frank Darabont, qui nous a offert de belles adaptations de Stephen King, dont The Shawshank Redemption et surtout The Mist, avec sa fin sublime et dévastatrice. C’est lui qui a d’ailleurs approché Cranston et Binoche pour se joindre au projet, et qui les a convaincus en leur montrant sur papier «la scène la plus émouvante du film». Darabont veut ramener Godzilla à une interprétation plus élémentaire et symbolique du monstre, une «force de la nature terrifiante» qui renvoie à «un problème contemporain».

    Là-dessus, Edwards seconde son scénariste, disant que Godzilla représente pour lui «la colère de Dieu, ou une vengeance pour la manière dont nous nous sommes comportés. Si ça s’était réellement produit, ce serait comme le 11-Septembre». Le synopsis officiel du film est très vague, parlant d’un conflit déclenché «par l’arrogance scientifique des humains».

    Mise en ligne cet après-midi, la bande-annonce est fort prometteuse, et se distingue du matériel promotionnel formaté à grand coups de BRAAM d’Inception, qu’on associe aux productions d’envergure. Il y a ici une création d’atmosphère texturée, une séduisante imagerie infernale, un réel sentiment d’angoisse et de menace soutenu par un choix musical audacieux, à savoir le Requiem de György Ligeti, musique popularisée par 2001 : A Space Odyssey.

    «Je veux que ce soit épique. Je veux que les poils de votre nuque se redressent», souhaite Edwards. Le pari a certainement été relevé pour ce formidable teaser. Et on espère sincèrement que cet aperçu est un reflet crédible de l’oeuvre. Vivement un blockbuster d’auteur!

    À lire aussi :

    > Les bandes-annonces en révèlent-elles trop?


    • J’étais très réticent à l’annonce du projet. Puis vint le “teaser”. Je fus honteusement ravi. Puis, la bande-annonce officielle. Maintenant j’admets que le projet m’enchante royalement! Serait-ce trop d’affirmer qu’on perçoit un ton rappelant davantage le “Gojira” original de Ishiro Honda? Godzilla comme une force de la nature, oui, mais surtout, l’erreur du nucléaire et ses conséquences. Vivement le mois de mai! Et c’est le temps pour moi d’écouter Monster ! Ce film me fascine depuis un bon moment et son traitement semble empreint d’humanité et de subtilité (pour un film de monstre géant!). Je me trompe?

    • Pas mal du tout on dirait!

    • J’espère que le film se prendra moins au sérieux que sa bande-annonce. C’est cool d’avoir conservé l’apparence originale de Godzilla, mais il faut reconnaître qu’elle n’a pas particulièrement bien vieilli : plus que jamais, on dirait l’enfant illégitime de Barney le dinosaure et le stégosaure de Jurassic Park 2.

    • Est-ce qu’on parle vraiment d’un “auteur” ici? N’est-ce pas plutôt une bonne recrue pour la nouvelle génération de blockbusters inspirés des films de superhéros croisés avec des films catastrophes? Monsters est-il vraiment un film d’auteur?

      La bande annonce est bien faite, mais elle aurait pu être celle de Pacific Rim et je n’aurais pas vu la différence.

    • Dites-moi que Wong Kar Wai va faire Godzilla et je dis OK, ça c’est un blockbuster d’auteur.

      Ben auteur dans le sens «cinéma d’auteur», film qui reflète la personnalité du réalisateur. Pas dans le sens «cinéaste consacré» -js

    • Bande-annonce très efficace, merci à Atmospheres de György Ligeti.

      Non, c’est le Requiem, comme je le mentionne. -js

    • @ Jozef

      Ouais…bon.

      On jase là: Etes-vous en train de me dire qu’au fond, Michael Bay est un gars super intello, spirituel, fin analyste de l’esprit humain, mais c’est dommage que ses films ne reflètent pas sa magnifique personnalité? ;-)

      Les films ne sont-ils pas tous des reflets de la personnalité des réalisateurs? Mettons qu’untel est une “p… à studio”, cela ne va-t-il pas se refléter dans ses films (ou dans ses choix de films)?

      Pour ce qui est de Michael Bay, il y a un débat assez sérieux qui a fait rage il y a quelques années à savoir si on peut bel et bien lui apposer l’étiquette d’«auteur». J’en ai parlé brièvement ici. Sinon, le terme «cinéma d’auteur» n’est pas coulé dans le béton. Dans ce cas-ci, il réfère à un réalisateur qui veut infuser dans une grosse production sa personnalité, contrairement à bon nombre d’autres blockbusters du genre (je parle pas de Michael Bay) où ce n’est pas vraiment le cas. -js

    • Au risque d’être cynique, j’ai l’impression que la “vision du monde” de Michael Bay est plutôt une vision du téléspectateur-consommateur.

    • Je ne savais pas qu’il y avait un nouveau Godzilla en route alors quand j’ai lu le titre du billet j’ai pensé au Godzilla précédant de Emmerich… ce film, Un blockbuster d’auteur? J’ai eu un petit moment WTF.

    • Un autre hamburger gastronomique.

    • “Vivement un blockbuster d’auteur!”

      Nous avons été quand même relativement bien servi dernièrement dans ce domaine: Gravity, Man of steel (qu’on aime ou pas, c’était du Znyder), World War Z de Forster, Pacific Rim , The Great Gatsby, Elysium, Captain Phillips, Dark Knight, Skyfall, Hobbit et d’autres…

    • 1- J’ai vu Monster au FNC il y a 3 ans; c’est impressionnant ce qu’ils ont réussi à faire avec un aussi petit budget (vive le CGI), mais c’était davantage une histoire d’amour qu’un film de sci-fi. ou un suspense (j’arrête ici pour ne pas gâcher le plaisir de pouelman). Tu te dois de reconnaître l’exceptionnel rapport qualité-prix, mais en valeur absolue, ce n’était pas non plus un « grand » film. Reste à voir ce que ce réal. saura faire avec un aussi gros budget et une équipe de qualité.

      2- Habituellement, je n’aime pas trop les films catastrophe et/ou de super-héros et/ou de grosses bébittes. Je vais assurément prêter attention à ce film étant donné les commentaires positifs sur la BA (je ne regarde jamais les BA des films qui m’intéressent), mais je me garde tout de même une sérieuse réserve…

      @ teamstef

      J’étais de ceux qui attendaient avec impatience WWZ, mais j’avoue avoir été un peu déçu du résultat final. Par contre, j’ai adoré Gravity!

    • N.B. J’aime bien les “BRAAM” dans les films de science fiction! :)

    • Intéressant.

      Définition wiki (assez juste à mon avis):

    • Blockbuster v.s. Film d’auteur

      Je propose une contraction: ”Block d’auteur”
      ;-)

    • Ultimement, il faut que les spécialistes d’un domaine s’adaptent aux sens qu’à pris un mot dans le langage populaire, même si c’est du galvaudage. Ca finit par devenir le vrai sens. Ou UN des vrais sens.

      Les réalisateurs qui se font passer des commandes pour des projets dont ils n’auraient jamais voulu par eux-mêmes mais qui essaient d’y mettre un peu d’eux-mêmes, ca ne correspond pas à la définition idéaliste que je me suis moi-même fait inconsciemment au contact des auteurs que sont truffaut, Godard, Tarantino, les Coens, Anderson. Je dis idéaliste, mais pas utopiste. Parce que des vrais auteurs qui démarrent un projet parce que ce projet les obsède vraiment, et qui font film après film sur ces mêmes thèmes, ils sont loin d’être rare.

      «Les réalisateurs qui se font passer des commandes pour des projets dont ils n’auraient jamais voulu par eux-mêmes». Lisez l’entrevue de USA Today que j’ai mise en lien. Je n’y vois pas un réal qui simule son enthousiasme. -js

    • Ou alors, le sens de l’expression est simplement relatif à celui qui l’emploie. C’est comme le sens du terme underground. On me disait récemment que Tarantino faisait du cinéma plutôt “underground”.

    • @josef
      Désolé pour cette crampe au cerveau. Ça m’apprendra à aller voir la bande annonce avant de finir de lire votre texte.

      Non, pas à être désolé! C’est drôle, après avoir écouté la b-a, j’ai aussi fait le lien avec Atmosphères, puis j’ai googlé pour m’en assurer, et je suis tombé sur le requiem… -js

    • En fait, ce que j’aurais du dire, c’est qu’un vrai film d’auteur, il me semble, ce doit être un film dont le visionnement suscitera ce genre de réactions:

      “ah! on reconnait bien ce ___!”
      “seul ___ pouvait aussi bien traiter de ce sujet!”

      Je suis conscient que ca ne s’applique pas à tous les bons films d’auteur. Et j’admets aussi que l’enthousiasme n’est pas nécessairement à douter chez ce réalisateur.

    • Il me semble que la notion d’auteur implique d’être celui qui a créé l’oeuvre dans son ensemble. Je sais que la comparaison n’est pas parfaite, mais en chanson, on va parler d’un auteur-compositeur-interprète pour référer à quelqu’un qui se distingue d’un chanteur ou d’un interprète.

      Si on applique le même critère en cinéma, on pourrait dire (grosso modo) qu’un auteur est celui qui écrit (ou adapte) le scénario, qui dirige les acteurs, filme (ou choisit) les plans et supervise le montage.

      Bien sûr, le ciné suppose une équipe qui prend beaucoup plus de micro-décisions que dans la musique, mais je trouve que la comparaison tient quand même la route.

      Ainsi, un réalisateur qui se fait donner un scénario par un studio et qui en plus ne contrôle pas le montage final n’est absolument pas un auteur selon moi. Il a beau avoir un style hyper caractéristique et original, cela ne fait pas de lui un auteur au sens premier du terme. Céline Dion a une voix très caractéristique et on reconnait son style facilement. J’imagine qu’elle a même déjà fait changer des paroles de chansons quelques fois. Cela n’en fait pas une auteure.

      Je ne prétend pas connaître les rouages d’un tournage de grande production, mais il me semble que les studios laissent peu de marge de manoeuvre aux réalisateurs en termes de scénario et de montage final, à plus forte raison si le type est un réalisateur comme Edwards, qui n’est pas assez big pour imposer ses vues, comme pourrait le faire un James Cameron, mettons.

    • Comme très souvent par le passé, je seconde à 100% le dernier commentaire de kurtz.

    • Donc le dernier de Lars Von Trier ne serait pas un film d’auteur.

    • @kurtz

      J’aurais eu tendance à dire pareil, sauf qu’après coup j’ai réalisé que cette règle ferait en sorte d’exclure les adaptations. Je ne suis pas sûr d’être prêt à faire cela.

    • Un film d’auteur qui est une adaptation serait un film dont le réalisateur s’est tellement approprié l’oeuvre qu’il en devient le réel auteur:
      -2001
      -Jackie Brown
      -Shining

      Je peux vivre avec cette définition.

    • Le remake de The Green Hornet remplit parfaitement cette description.

      J’ai loué ça pour les enfants un soir sans savoir qui l’avait réalisé, et tout le long du film je me suis demandé qui avait une ‘french touch’ pareille à Hollywood…

      Et pour cause ! Gondry, le gars qui fait aussi les pub de Heineken !

    • @ jon8

      En effet, j’étais extrêmement déçu quand j’ai compris que la production allait s’éparpiller en versions commerciales, semi-commerciales et qu’on aurait (peut-être) droit à une version complète (director’s cut) seulement plus tard. Pour moi, ça n’a aucun sens de faire ça.

      C’est comme si le Ulysses de James Joyce était sorti en version 600 pages plus grand-public et qu’on avait sorti la vraie édition de 1100 pages 2 ans plus tard. Ajoutons à cela campagne de promo du film qui ne me plait pas du tout, et il y a de quoi dégoûter son public.

      David Lynch a eu beaucoup plus de guts avec Inland Empire, je trouve.

      @ eturgeon

      J’inclus les adaptations dans ma définition d’auteur, même si je regrette le peu de scénarios originaux qui se fraient un chemin jusqu’à nous. Comme vous le mentionnez, de grandes adaptations comme Jackie Brown ou 2001 sont des oeuvres à part entières. Et même des films plus mineurs comme disons, American Psycho, ont quand même nécessité un travail créatif dans la réécriture sous forme de scénario.

      @ procosom

      merci!

    • @ eturgeon

      Et n’oublions pas ce qui est pour moi l’Adaptation entre toutes: Apocalypse Now! (Redux bien sûr)

    • Rappelons simplement que le terme auteur en cinéma date de la “politique des auteurs” des Cahiers qui désignait le réalisateur comme auteur véritable du film et qui consistait à défendre des cinéastes commerciaux comme Hitchcock et Hawks qui n’écrivaient pas leurs scénarios.

    • Ouf, vous venez d’exclure la moitié des auteurs avec vos définitions! Hitchcock, Ford, Hawks, à peu près n’importe qui du système de studio de l’âge d’or, et bien des contemporains aussi j’imagine (faudrait fouiller pour savoir qui contrôle ou non le montage final, je ne connais pas assez tous les génériques de Fincher ou Mann par exemple, mais en général aucun cinéaste ne l’a à moins d’être producteur).

      Les conditions de production ne déterminent pas qui est un auteur ou non; seul l’oeuvre peut en témoigner, par son style, ses thèmes. Alors même si John Ford n’écrivait pas ses films et n’était pas dans la salle de montage, il est un auteur.

    • Winslow m’a devancé de quelques secondes…

    • bon point les gars, j’avoue, mais en même temps, combien de Hitchcock et de John Ford naviguent dans les eaux troubles des studios de nos jours?

    • ”Un film d’auteur qui est une adaptation serait un film dont le réalisateur s’est tellement approprié l’oeuvre qu’il en devient le réel auteur:
      -2001
      -Jackie Brown
      -Shining

      Je peux vivre avec cette définition.”

      Ajoutons donc Chris Nolan qui a fait de Batman ‘’sa chose”.

    • Et justement, je trouve que Fincher et Mann sont des excellents réalisateurs, mais des auteurs? Le mot sonne drôle quand je le dis à côté de leurs noms. Seven ou Heat sont des films de studios avant d’être des oeuvres dans mon dictionnaire. Je ne veux pas jouer les puristes non plus, mais peut-être que j’ai une définition restreinte du concept de film d’auteur. D’où mon sursaut de scepticisme devant ce “Godzilla d’auteur”

    • ”Pour moi, ça n’a aucun sens de faire ça.”

      Ce qui n’a aucun sens c’est de vouloir balancer sur le marché un film de 5 heures. Alors qu’une série télé ou mini-série aurait 1000x plus de sens en 2013.

      Lynch a connu son Waterloo avec Inland Empire, un flop commercial total. Il fait dans la techno-blues c’est temps-ci, d’ailleurs..

    • @ jon8

      Inland Empire est le film de Lynch que j’ai revu le plus souvent, plus même que Mulholland Dr.. Je ne sais pas si j’aurais accroché à une série, compte tenu que le build up de la tension de ce film serait coupé à chaque fin d’épisode, avec toutes sortes de contraintes scénaristiques propres au format série télé

    • Heat et Seven, deux chef d’oeuvre pour moi, et peut être aussi les films les plus emblématiques de leurs auteurs, dans lesquels leur style/thèmes sont condensés de la manière la plus limpide. Ce serait deux des meilleurs exemples de films d’auteur hollywoodien contemporains, de signature personnelle s’imposant dans le modèle du blockbuster.

    • John Ford avait trouvé une solution imparable : tourner les scènes sans aucune image superflue, sans penser « on arrangera ça au montage », le monteur se retrouvant avec une seule et unique façon d’assembler les prises! Son film le plus personnel? The Quiet Man.

    • @kurtz

      IE en série télé, probablement pas. Je parlais surtout de Nymphomaniac.

      Au dernières nouvelles, IE a engrangé 700,000$ de revenus, ce qui est catastrophique pour un réalisateur avec un tel nom. Que le film soit génial ou pas n’y change rien.

      Tiens, je pense qu’à la limite nous pourrions dire qu’un ”film ‘auteur” c’est un film pour qui les aspirations commerciales ne sont pas importantes. Mais, franchement, ce serait hypocrite. Le succès commercial, donc le succès populaire, est le wet dream de tous les ”auteurs”.

    • +1 pour inland empire

      Déjà vu 3x, et je planifie de le revoir encore parce que j’ai pas encore digéré ce film.

    • “…applaudissons d’entrée de jeu Warner Bros. d’avoir confié une mégaproduction de 160 millions $ à un cinéaste britannique de 37 ans pratiquement inconnu.”

      Le fait que le projet émane d’un studio et soit confié à un candidat élimine en partant la notion d’auteur, aussi talentueux soit-il.

    • INLAND EMPIRE représente le parangon ultime du film d’auteur. La politique des auteurs est désuète devant lui; alors qu’elle était répandue et parfaitement utile dans les années 50, les grands Studios étant la norme. On pouvait même voir des œuvres dont l’auteur était clairement le producteur, Portrait of Jennie par exemple, est un film de David O. Selznick. Aujourd’hui c’est beaucoup moins évident considérant l’éclatement des modes de production. Ce Godzilla m’apparait véritablement trempé de nostalgie.

    • Il serait intéressant d’aller voir du côté des jeux vidéo, où quelque chose de similaire aux productions des grands studios de l’époque se joue en ce moment. (D’ailleurs, la b.a. de Godzilla rappelle énormément certaine cinématiques de jeu) Y at-il des auteurs dans l’univers des jeux vidéo?

    • Bande-annonce efficace. Monsters était un très bon film, surprenant par son budget dérisoire.

      J’ai vraiment roulé les yeux en arrière en voyant la nouvelle d’une autres film de Godzilla, mais depuis l’annonce de Evans, et du casting, que de bonnes nouvelles.

      Jozef, avez-vous vu la bande-annonce du nouveau film des Wachowskis, Jupiter Ascending?

    • @rafc

      Oui, Hitchcock faisait de même. Ils n’étaient jamais dans la salle de montage, mais peu importe, ils avaient prévu le coup au tournage. Aujourd’hui, on ne peut plus faire cela, d’abord parce qu’il y a toujours au moins deux caméras sur les gros plateaux, souvent plus, alors le monteur (donc le producteur) va toujours avoir une bonne liberté et ensuite parce que le numérique est tellement manipulable en post-production que ce que tu filmes n’est qu’un matériel de base pour le véritable film qui se fera au montage (en fait, même filmer en pellicule, ça ne change rien parce que le montage se fait sur des disques durs anyway). C’est à mon sens le pire danger du numérique: l’auteur hollywoodien ne peut pas survivre dans ces conditions à moins d’être aussi producteur, et encore.

    • “Aujourd’hui, on ne peut plus faire cela, d’abord parce qu’il y a toujours au moins deux caméras sur les gros plateaux, souvent plus, alors le monteur (donc le producteur) va toujours avoir une bonne liberté et ensuite parce que le numérique est tellement manipulable en post-production que ce que tu filmes n’est qu’un matériel de base pour le véritable film qui se fera au montage ”

      C’est justement ce que Tarantino a en horreur. D’après ce que j’ai compris, il n’a d’habitude qu’une seule caméra, et c’est lui qui “frame the shot”.

      J’ai constaté personnellement que les réalisateurs que j’aime le plus sont ceux qui planifient leurs scènes au moment de la filmer, et non plus tard. Essayez d’imaginer un film d’Hanake qui serait filmé par 4 caméras et dont l’enchainement et le découpage serait décidé 6 mois plus tard dans la salle de montage.

      Tant qu’à dériver, il me vient une pensée: est-ce que ce ne serait pas pour ca d’ailleurs que les longs plans séquences sont souvent inexplicablement sentis comme des moments magiques par le spectateur?

    • @rafc 18h50

      Cette question de l’auteur jeu-vidéo m’obsède, alors je me permets de HS: s’il est certain qu’il y a des auteurs à l’extérieur de l’industrie (quand tu fais ton jeu tout seul dans ton sous-sol, c’est un peu difficile de ne pas en être l’auteur), il me semble bien rare ceux qui travaillent sur l’équivalent du blockbuster.

      Il est plus juste de parler je crois des studios comme auteur, Ubisoft comme l’auteur d’Assassin’s Creed par exemple (ce qui est d’autant plus vrai dans cet exemple que le designer du premier jeu n’a pas travaillé sur les suivants et a été viré de la compagnie il n’y a pas si longtemps). Je n’ai jamais lu sur le sujet, mais je sais que de telles analyses ont déjà été tentées au cinéma: le cinéma d’horreur de Universal par exemple porte une identité bien distincte, qui n’est pas celle du cinéma d’horreur de la RKO ou de Hammer. Mais n’est-ce pas alors, comme pour votre exemple de Selznick, des films de producteurs (Lewton entre autres?)

      Mais je trouve ça bien triste, le studio comme auteur, puisque l’intention originale de la politique était de faire ressortir l’aspect artistique, humain du cinéma et d’atténuer l’aspect industriel. En attribuant une personnalité, une identité, à un studio, on reste dans le domaine du produit industriel (les jeux d’Ubisoft se ressemblent parce que ça vend en maudit, il est difficile d’y voir une conscience artistique).

      Et encore, peut-être faudrait-il faire des distinctions plus précises, puisque Ubisoft Montréal (Assassin’s Creed) n’est pas Ubisoft Montpellier (Rayman). Enfin, la question de l’auteur ne se transpose pas facilement au domaine du jeu vidéo (ça devient encore plus compliqué quand on prend en considération le rôle du joueur, qui à bien des égards pourrait être considéré comme l’auteur d’un jeu. Peut-être que c’est plus la Politique des Joueurs qu’il faudrait écrire pour ramener l’industrie du jeu à un niveau humain…)

    • @eturgeon

      Ma citation préférée à ce sujet, du DOP de Gladiator, qui justifiait ses multiples caméras durant les scènes de bataille en disant: “This way, you’ve got to get something good!” On ne peut pas mieux résumer l’état du cinéma hollywoodien.

    • @ cine
      Mon côté amateur de jeux vidéos se résume pas mal à la série des Final Fantasy, alors je vais m’en tenir à ce que je connais. Contrairement à des séries comme Assassin’s Creed, dans Final, chaque édition principale (ceux qui ne sont pas une suite ou un dérivé) ont une histoire, un système de jeu et une âme qui sont propres à leur(s) réalisateur(s), bien que s’inscrivant évidemment dans l’univers FF, qui lui est contrôlé par Square. Par exemple, je n’ai pas du tout été surpris d’apprendre que le réalisateur initial de FF XII avait aussi conçu Tactics Advance. Dans ces cas, même si les Final sont des “blockbusters”, je dirais que la plupart sont pilotés par des “auteurs”. J’imagine donc que comme pour le cinéma, ça dépend du degré de liberté que le studio donne à ses créateurs.

    • @ eturgeon

      Vous parlez de “digérer” Inland Empire… Une anecdote: j’ai une amie qui l’a regardé sur mes conseils (après avoir fumé un joint). Elle a tellement été angoissée par l’atmosphère qu’elle a fait une crise de panique durant le film et a vomi!

    • Dans la catégorie whatefuckesque, mais! du whatefuckesque qui mérite d’être étudié, ce qui n’est pas toujours le cas.

    • @zaclock

      Bon contre exemple, Final Fantasy, que je ne connais pas très bien (je n’ai joué qu’aux sorties américaines sur NES/SNES et un brin du VII et si je me souviens bien c’est à peu près les mêmes créateurs qui contrôlaient la série jusqu’à ce point). Au niveau de l’industrie, les auteurs les plus éminents me semblent provenir du côté de l’Asie, qu’on pense à Kojima pour le plus évident (quoique c’est facile pour lui, il a travaillé essentiellement sur une série, et un petit peu sur une seconde).

      Une difficulté de plus pour l’idée d’auteur-jeu vidéo: plusieurs jeux utilisent le même moteur de jeu, Unreal par exemple. Comment affirmer ton identité alors que tu travailles à partir d’une base pré-déterminée? C’est malléable, un moteur de jeu, mais pas tant que ça, il est facile en un coup d’oeil de savoir si tu joues sur un moteur Unreal ou Source mettons. Quand une large partie de l’identité de ton jeu ne t’appartiens même pas (et c’est vrai même pour les indépendants, qui écrivent rarement (jamais?) leur propre moteur de jeu), comment t’affirmer comme auteur?

    • ‘Qui ne dirait pas oui à ça?’

      Joe Cornish

    • “Politique des joueurs”! Très fort.
      Quoique ça puisse mettre en péril le rôle même du critique; il faudrait s’y pencher sérieusement.

    • @Kurtz

      wow. and yet, ça ne m’étonne pourtant pas autant que ça devrait. Inland ce n’est même plus du cinéma, c’est une expérience atmosphérique. Je dois le revoir.

    • En ce qui me concerne, voici les équivalents dans le domaine des jeux vidéo par rapport au cinéma :

      Réalisateur = Game designer
      Scénariste : Level designers et scénaristes
      Effets spéciaux : Développeurs, riggers , animateurs 2D/3D
      Acteurs : athlètes (motion sensors), artistes 2D/3D et joueurs
      Producteurs = Producteurs
      Technologie (8mm vs numérique; 2D vs 3D, etc.) = moteur (game engine)

      En fait, le monde du jeu vidéo est de plus en plus similaire à celui du cinéma. regardez les budgets/rôles/entrées du dernier Grand Theft Auto!!!

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