Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 2 décembre 2013 | Mise en ligne à 16h25 | Commenter Commentaires (9)

    Waldemar Swierzy : retour sur un affichiste unique

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    Le monde de l’art graphique a connu une fin de semaine endeuillée. Waldemar Świerzy, un des affichistes les plus remarquables du 20e siècle, est décédé le 27 novembre à l’âge de 72 ans – nouvelle qui a été relayée à l’international quelques jours plus tard. Un résumé assez complet de sa vie et de son oeuvre sur Universalis :

    Né en 1931 à Katowice, en Pologne, Waldemar Świerzy fait des études d’art graphique dans sa ville natale où se trouve la section graphique dépendant de l’université de Cracovie. Après avoir obtenu son diplôme (1952), il se rend à Varsovie, où il travaille comme professeur, décorateur de théâtre, illustrateur et affichiste (essentiellement des affiches de cirque).

    Il s’y montre particulièrement habile à exprimer, à travers l’image des animaux dressés, les «couleurs» de l’affectivité. Ce thème lui permet également de créer des compositions qui sont souvent des défis aux lois de l’équilibre et de la pesanteur. Le cirque de Waldemar Swierzy restitue l’innocence grâce à une virtuosité graphique exceptionnelle mise au service de la sensibilité.

    Pendant les années 1960, il s’intéresse au pop art américain, non pour l’imiter ni pour recourir à l’esthétique de la bande dessinée, mais pour utiliser de manière plus délibérée les ressources de l’imagerie populaire, de la peinture traditionnelle, de la gravure — moins d’ailleurs pour se livrer à une imitation formelle que pour utiliser le type d’expression correspondant au sujet à traiter. Autant il sait se montrer «imagier» dans les affiches de cirque, autant il se montre d’un impressionnisme, d’un tachisme subtils dans les portraits qu’il réalise […]

    Peu d’artistes ont saisi avec autant d’acuité une personnalité ou un moment historique. Pourtant les œuvres de Świerzy n’ont rien de l’esquisse. Dans une interview donnée à la revue Projekt, Waldemar Świerzy déclare: «Je consacre environ trois semaines à chaque affiche. Je rejette un tas d’esquisses, et je réalise souvent cinq ou six affiches grandeur nature avant d’arriver à une forme qui parvient à me satisfaire.» […] Swierzy est l’affichiste polonais qui sait le mieux explorer un sujet pour en donner, à travers l’œuvre unique qu’il lui consacre, l’image la plus dilatée, la plus sensuelle aussi.

    Un des artistes les plus prolifiques de l’École polonaise de l’affiche, Świerzy a travaillé pour plusieurs domaines, dont le théâtre, l’opéra, les spectacles musicaux, les arts visuels et, bien sûr, le cinéma. Il est surtout reconnu en Occident pour sa série Jazz Greats, qui inclut des portraits de Louis Armstrong, Ray Charles, Miles Davis ou Charlie Parker. L’oeuvre de Świerzy a été célébrée dans une douzaine d’expositions internationales, et il a obtenu des dizaines de distinctions, dont deux prix Toulouse-Lautrec (en 1959 et 1961).

    Voici une sélection de ses affiches de films, que j’ai pour la plupart dénichées sur le site Mubi, qui lui a consacré deux posts bien affectueux à l’été 2012.

    > Hara-kiri (1962) de Masaki Kobayashi

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    > The General (1926) de Buster Keaton

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    > Sans anesthésie (1978) d’Andrzej Wajda

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    > The African Queen (1951) de John Huston

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    > Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969) de George Roy Hill

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    > L’assassin habite au 21 (1942) de Henri-Georges Clouzot

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    > Sunset Blvd. (1950) de Billy Wilder

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    > Les amants de Villa Borghese (1953) de Gianni Franciolini

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    > Le carrosse d’or (1952) de Jean Renoir

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    > Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola

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    > The Missouri Breaks (1976) de Arthur Penn

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    > Leningrad Cowboys Go America (1989) de Aki Kaurismäki

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    > Blow Up (1966) de Michelangelo Antonioni

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    > Blow Up (1966) de Michelangelo Antonioni (réédition de 1988)

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    L’esthétisme de ces affiches souvent sinistres et en partie abstraites, mais combien originales, trouve son origine dans le courant subversif de l’époque communiste. En effet, la répression qui régnait derrière le rideau de fer a insufflé par contrecoup un élan de liberté créatrice sans précédent aux artistes du bloc de l’Est désireux de s’opposer à l’ordre établi.

    C’est une des thèses développées dans Freedom on the Fence, un documentaire de 40 minutes sur «l’histoire des affiches polonaises et leur importance dans la vie sociale, politique et culturelle de la Pologne. Le film examine la période entre la Seconde Guerre mondiale et la chute du communisme, et saisit le paradoxe de cette forme d’art unique qui a prospéré dans un régime communiste».

    P. S.: Les 50 plus belles affiches de 2013 selon Sound on Sight


    • Drôle de voir l’affiche de American Hustle dans le top 50 de 2013….bon, c’est Jennifer Lawrence mais à part ça, on repassera au niveau de l’art.

    • En tant que fan fini de Masaki Kobayashi, il me faut absolument cette affiche.
      Hara-kiri est un des plus grands chefs-d’oeuvre du cinéma. À voir si ce n’est déjà fait.

    • J’aime

      mes 2 préférés: Sunset Blvd. et blowup (1ere).

    • @drokar

      vous avez vu le remake de Takashi Miike? Perso j’ai trouvé pas mal, mais sans plus. Je sens que j’ai fait une erreur en ne voyant pas l’original d’abord. D’ailleurs, toujours pas vu.

    • @ eturgeon

      On a les mêmes goûts. J’aime beaucoup Les amants de Villa Borghese aussi.

      Par contre, je n’aime pas du tout celle de Butch Cassidy.

      On voit le travail de fragmentation dans toutes les affiches, et encore plus dans celles où le scénario suggère une décomposition/dégénérescence des personnages. Ex: Apocalypse Now, Sunset Blvd, ou Blow Up.

    • @eturgeon

      Le remake n’est pas représentatif de l’original. Même si le scénario est similaire, ce n’est pas du même calibre. Je vous recommande de voir l’original. Pour la musique sublime de Tôru Takemitsu , le jeu de Tatsuya Nakadai et la superbe caméra de Yoshio Miyajima … probablement le meilleur directeur photo de sa génération.

    • H.S. Le New York Film Critics Circle remet le prix du meilleur acteur à Robert Redford pour son rôle quasi muet dans le drame All is Lost.

      Sans le comparer au superbement poétique et déstabilisant Gravity, All is Lost est également un très bon film, un genre de croisement entre Cast Away, Life of Pi, Le Quattro Volte & Gravity!

      N.B. McQueen repart avec le prix pour le meilleur réal pour 2 Years a Slave que je n’ai pas vu…

    • Merci Jozef ! Content de voir que le documentaire est disponible, j’espère
      le voir prochainement. Oui, je crois qu’on doit dire un grand merci aux affichistes
      (ou graphistes ?) polonais. Aussi, un merci spécial pour les affiches pour le théâtre
      et l’opéra qui sont aussi magnifiques !

    • Waldemar Swierzy était le dernier des affichistes des années 50 qui ont fait la réputation de cette si particulière “école polonaise” de l’affiche.
      Je vous invite à lire le très bon article d’Alain Le Quernec sur le site : lesaffiches.com pour vous faire une plus ample idée de ce courant graphique
      Alain Le Quernec est affichiste en Bretagne et a été élève de Henryk Tomaszewski à Varsovie
      Graphiquement vôtre

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