Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Vendredi 29 novembre 2013 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Commentaires (3)

    Le court du week-end : All Flowers In Time

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    Voici une reprise d’une entrevue datant d’il y a trois ans avec le réalisateur Jonathan Caouette, venu au Festival du Nouveau Cinéma y présenter son court métrage All Flowers in Time. J’ai apporté quelques petites rectifications au post original, qui se concluait avec la bande-annonce du film. L’oeuvre a enfin été diffusée dans son intégralité cette semaine sur le web, gracieuseté du Centre PHI, qui a a récemment sorti quelques gros canons, dont Danse Macabre (voir ici) et Next Floor (que j’ai blogué ici).

    Avant d’entrer dans le vif du sujet, un bref retour en arrière. En 2003, Jonathan Caouette, un natif de Houston, au Texas, a fait sensation sur le circuit festivalier avec Tarnation, un journal intime filmé sur la relation tumultueuse entre le cinéaste et sa mère schizophrène. Monté entièrement sur un iMac avec un budget de 218$, ce documentaire inclassable et par moments psychédélique a été composé à l’aide de documents audio et vidéo que le cinéaste à enregistrés à partir de ses 8 ans.

    Après le succès de Tarnation, Caouette s’est temporairement retiré du cinéma pour s’occuper de sa mère et de son grand-père gravement malades. Mais aujourd’hui il est bel et bien de retour et a des idées plein la tête. Il travaille présentement sur Everything… Somewhere Else, l’adaptation du roman espagnol surréaliste Todo en otra parte [projet sur la glace]. Son prochain film mettra de nouveau en scène sa mère, Renee LeBlanc. Le réalisateur de 37 ans m’a raconté lors d’un entretien hier après-midi :

    Je travaille sur un autre documentaire, un docu-fiction, que j’espère sortir en janvier, février. J’ai déjà dit à la légère qu’il s’agit d’une suite a Tarnation, mais ce n’est pas vraiment le cas. C’est un autre film avec moi et ma mère, mais sous des circonstances complètement imaginaires. Il y aura une myriade d’histoires et de la fiction. Pas de budget, en pastiche, avec des effets spéciaux. J’adore les effets spéciaux. [Rires]

    [Le projet est devenu Walk Away Renee, sorti en 2011].

    Caouette est de passage à Montréal cette semaine avec All Flowers In Time, présenté au Festival du Nouveau Cinéma dans le cadre L’instant magique / Sélection internationale de courts-métrages. Comme Tarnation, ce fascinant film expérimental d’une douzaine de minutes échappe à toute catégorisation facile. Avec ses fréquentes ruptures de ton, sa structure narrative quasi inexistante, son imagerie et sa bande son très variée et texturée, enfin, son impression générale d’inquiétante étrangeté, All Flowers In Time rappelle définitivement l’oeuvre de David Lynch. Voici le synopsis officiel :

    Court-métrage fantastique hors du commun, All Flowers In Time plonge le spectateur dans un univers mystérieux. Une émission de télévision néerlandaise émet un signal maléfique qui ensorcèle et prend possession de jeunes filles et garçons, leur faisant croire qu’ils peuvent se métamorphoser en d’autres personnes ou en monstres.

    Tout en se gardant d’«expliquer» son film, Caouette précise : «C’est un amalgame de plusieurs peurs et de rêves récurrents que j’ai eus. Quand j’étais jeune, il m’arrivait de tamiser les lumières et de dévisager quelqu’un pour une longue période de temps, et quand je relaxais mes yeux les visages se métamorphosaient.»

    all-flowers

    La ligne floue entre réalité et fiction est une constante source de créativité pour Caouette qui, à 12 ans, a vécu un intense épisode de dépersonnalisation après avoir fumé deux joints enduits de PCP. Faire des films lui a permis, en quelque sorte, de reprendre le contrôle sur ce perpétuel rêve éveillé qu’est devenue son existence, d’être l’artisan de sa propre vie.

    La scène maîtresse de All Flowers In Time – la seule qu’on peut qualifier de linéaire – rend un très bel hommage au pouvoir du cinéma. Un garçon et sa gardienne se trouvent dans une chambre à coucher. Ils discutent, rient et font des grimaces. Tout est parfaitement naturel (mis à part que les yeux des personnages sont saisis d’une lumière rouge étincelante). Lorsque le garçon couvre le visage avec ses mains, tout en laissant une petite ouverture pour ses yeux, l’atmosphère change du tout au tout; on entre dans une réalité parallèle et dérangeante. Ici, le seul fait de cadrer et, par extension, de représenter le monde par l’intermédiaire d’un média, permet une capacité de révélation qui serait inaccessible autrement.

    Je voulais une mise en scène hyper réaliste, presque documentaire, qui est soudainement fusionnée avec ce monde fictif et surréel. Je suis très intéressé par cela. Je crois que ce serait une idée cool de tourner en VHS ou à l’aide de n’importe quel appareil vidéo bas de gamme, de créer une impression très familière, un look «caméra à l’épaule», et voir quelque chose dans le cadrage de ce type d’image qu’on n’est pas censé voir dans la réalité. Vous voyez ce que je veux dire? Voir quelque chose d’altéré dans ce monde basé sur la consommation.

    Présenté cette année au Festival de Cannes, All Flowers In Time a été repéré par Danny Lennon de la boîte montréalaise PHI Group, qui a notamment produit les courts-métrages primés Next Floor (2008) de Denis Villeneuve et Danse Macabre (2009) de Pedro Pires. Jonathan Caouette ne tarit pas d’éloges quant à sa collaboration :

    L’esthétique de PHI et la mienne sont faites l’une pour l’autre. Ils ont non seulement distribué le film avec acharnement, mais ont vraiment bien agi à titre de producteurs exécutifs. Ils m’ont aidé à perfectionner le film à un niveau rêvé en m’associant avec Vision Globale (aussi de Montréal). PHI sont de loin parmi les meilleures personnes avec qui j’ai travaillé.

    All Flowers In Time s’est récemment mérité le Grand Prix Canal+ du meilleur court-métrage à L’Étrange Festival de Paris. Après le FNC, le film sera accueilli en sélection officielle au Festival du film de Londres et au Festival international du film fantastique de Sitges.

    À regarder seul, dans le noir.

    À noter que All Flowers In Time sera également présenté le vendredi 22 octobre à 19h au Musée des Beaux-Arts, en présence du réalisateur. Le film sera suivi de Tarnation. Détails ici.


    • Josef, je veux vous poser une question sur un court que vous avez publié ici il y a environ trois ans (en fait, je cherche à le retrouver) mais je ne veux pas diverger de votre sujet. Auriez-vous une adresse de courriel où je pourrais communiquer avec vous? Je peux aussi vous laisser la mienne. pgregory660@gmail.com

    • Film essentiellement nombriliste. Les personnages sont enfermes entre les quatre murs de leur chambre, de leur cuisine ou de leur salon , le monde extérieur (évidemment menaçant) se réduit aux images de la télé, et faute d’avoir de quoi se mettre sous la dents, alors on s’amuse à se faire des peurs. Parler ‘’d’inquiétante étrangeté’’ et comparer cet univers à celui de Lynch, me semble un peu court. Pour le reste, j’ai trouvé l’ensemble plutôt grinçant.

    • @ lavoial

      Il y a définitivement une intention d’étrangeté dans la mise en scène et certains moments sont très facilement “inquiétants”. Quant à la comparaison avec Lynch, elle est encore plus tangible si l’on compare ce court avec Inland Empire, dont voici un extrait qui s’approche beaucoup de ce que Caouette a fait, tant pour les thèmes que pour le style lui-même.

      http://www.youtube.com/watch?v=Y4hj40yH39I

      Évidemment, un court de 10 minutes ne peut installer une tension comme Lynch le fait en 3h dans Inland Empire. Mais au final, s’il y avait un point de référence à identifier dans ce court, je vois difficilement qui d’autre que Lynch pourrait y être davantage présent.

      À propos du “nombrilisme” du film; voyez-vous cela comme un problème?

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