Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Samedi 23 novembre 2013 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (17)

    JFK : la vérité se cache-t-elle sous le parapluie?

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    Abraham Zapruder, prospère fabricant de vêtements pour dames approchant la soixantaine, a filmé, à l’aide d’une caméra 8mm Bell & Howell, les derniers instants de la vie du 35e président américain; un plan séquence avec un mouvement panoramique fluide vers la droite, le tout d’une durée de 26 secondes. La mort violente d’une figure désormais mythique du 20e siècle a instantanément donné naissance au plus fameux cinéaste accidentel de l’histoire.

    En effet, comme l’affirme le toujours excellent A. O. Scott dans un essai publié vendredi dernier dans le New York Times, le regard qu’on porte sur l’objet, et non l’objet lui-même, en a fait une oeuvre artistique extrêmement significative :

    [Zapruder] était un amateur, pas un auteur et n’a jamais entrepris le montage exhaustif qui est la pierre angulaire de l’éthique du cinéma vérité. Mais il ne fait aucun doute que son court métrage est le document d’une expérience personnelle, et une tranche de vie effroyable et compliquée.

    C’est peut-être pourquoi ce court a été incapable de résister à l’interprétation. Il s’agit sûrement, image par image, du film le plus étudié et le plus exhaustivement analysé, et aussi l’un des plus imités. Il est devenu, malgré lui, un objet esthétique.

    Oliver Stone a peut-être déployé le film de Zapruder dans JFK pour montrer ce qu’il considérait comme la vérité de son argument sur qui a vraiment tué Kennedy, mais il réussi à introduire une génération de cinéphiles à sa beauté hallucinatoire.

    Et de conclure :

    Le film de Zapruder reste puissant en partie parce qu’il semble habiter dans une zone d’ambiguïté, et qui est devenu, au fil des ans, une place de plus en plus familière. Nous l’acceptons comme vrai, sans savoir ce qu’il signifie. Ou, comme Don DeLillo l’a dit, se référant explicitement, mais sûrement pas exclusivement, à l’assassinat de Kennedy : «Nous sommes encore dans l’obscurité. Ce que nous avons en fin de compte sont des taches et des ombres. C’est encore un mystère.»

    C’est à ces zones d’ombre que s’intéresse le documentariste Errol Morris dans deux courts métrages publiés dans les pages d’opinion du New York Times, et diffusés à deux ans d’intervalle, le plus récent jeudi dernier. Le cinéaste américain, auteur de quelques uns des docus les plus fascinants des dernières décennies (The Thin Blue Line, The Fog of War), se questionne de plus en plus sur «la manière dont les images photographiques peuvent documenter la nature de la vérité», pour reprendre un passage d’un long article que lui a consacré The Smithsonian le mois dernier.

    «Ce que la photographie fait, dit Morris, est de porter à notre attention le problème du savoir, le problème de l’épistémiologie, sur ce que nous savons du monde.» Et il poursuit, en parlant de la fameuse image no. 313 du film de Zapruder, qui montre la tête du président exploser, et qui marqua selon lui le moment où l’Amérique perdit son innocence, que «cela a produit une guerre épistémologique de gens combattant pour la réalité à travers ces images – essayant de reprendre le contrôle sur le chaos».

    Les deux films mettent en scène Josiah Thompson, ancien plongeur-démineur de la Navy, qui a complété un doctorat à Yale sur le philosophe danois Soren Kierkegaard. Quelques années après l’assassinat de Kennedy, il a publié Six Seconds in Dallas, un des livres les plus réputés sur le sujet. Dix ans plus tard, il quitta le monde universitaire pour devenir détective privé, témoignant régulièrement dans des procès de haut vol. Il est probablement le plus respecté des théoristes qui remettent en question le constat officiel de l’affaire JFK.

    Dans le premier court, The Umbrella Man, Thompson examine la symbolique de l’homme au parapluie qui se trouvait tout proche du cortège du président au moment où ce dernier fut abattu. La mise au jour de la réelle motivation de cette icône des théories de la conspiration – je n’en dis pas plus – nous indique qu’il n’est jamais sage de sauter trop vite aux conclusions, et que la vérité est parfois plus loufoque et moins sinistre que l’on pourrait le croire.

    Le second court, November 22, 1963, revient sur cette obsédante image no. 313 et sur «notre incapacité à trouver un compte rendu définitif de ce qui s’est passé à Dallas.» Mais aussi, et surtout, il étaye cette conviction de la part de Thompson que la vérité se trouve forcément quelque part parmi toutes les images qui ont documenté le moment fatidique – pas juste celles de Zapruder. Il suffit de savoir comment regarder.


    • J’ai vu un documentaire fascinant sur l’affaire cette semaine. Un journaliste a entrepris d’exposer une théorie à partir de plusieurs films tournés à ce moment.

      Bien sûr le film de Zapruder est à l’avant-plan mais il y en a d’autres angles qui, mis ensemble, éclaircissent le mystère. D’autant plus que ces films en 8mm ont été traités pour être visionnés en qualité HD.

      C’est comme si le journaliste agissait comme un réalisateur en choisissant ses plans de vue – des images claires – en temps réel. Ça n’explique pas le mystère mais ça nous éclaire enfin.

      En tout cas, moi ça m’a convaincu sur le déroulement de l’affaire, image par image. Évidemment, il reste la théorie de la conspiration ou du complot. Et pour ça, tout reste à faire…

    • Très intéressant ce Josiah Thompson. Je suis allé voir sur YT et je suis tombé sur sa présentation où il expose « sa » théorie du coup de feu venant de la colline (donc de face, par rapport à la voiture)…

      http://www.youtube.com/watch?v=pgHllYzzFWc

      On apprends aussi dans cette présentation qu’il a pu travailler aver l’original de Zapruder parce qu’il a travaillé pour Life à cette époque. Chose qu’il ne mentionne pas dans le second vidéo de ce blogue… Il admet avoir commis une erreur dans son étude du cas mais que si on met les images et les sons prit ce jour là on peut conclure qu’un balle fut tirer de face… Je ne dit pas que je crois
      à la théorie de la conspiration mais vu les faits il est difficile de croire qu’il n’y avait qu’un tireur.

    • En tout cas, on sait au moins que c’est JFK qui est derrière l’assassinat de Ngo Dinh Diem le 2 novembre 1963. http://en.wikipedia.org/wiki/Ngo_Dinh_Diem

      Pourquoi la thèse officielle dérange tant? On ne veut pas croire que derrière cet assassinat ne se trouve qu’un pauvre fou? Le personnage est trop grand pour mourir d’une façon si absurde sans raisons profondes et intrigue politique?

    • Le cas Kennedy est une formidable illustration de ce que l’image signifie pour notre société. Kennedy est une image; sa vie et sa mort sont avant tout des images. Son souvenir aussi. Tout cela tient en trois photos dans notre consciences collective. JFK avec sa famille, JFK dans la décapotable, le visage de JFK.

      En ce sens, le vrai film sur Kennedy n’a pas encore été fait. Les étasuniens ont le don de se raconter leurs mythes en faisant des films d’investigation. ex: Lincoln J’ai l’impression que plus le cinéma prend le contrôle de la mémoire collective, plus l’écart avec l’historicité de conscience collective grandit.

      Que restera-t-il du 11 septembre 2001 dans 50 ans, pour l’américain moyen, qui aura vu les 8 films et les 12 documentaires sur le sujet?

    • @ dcsavard

      Sur le coup d’État et le meurtre de Diem, je suggère le siteNational Securiy Archive, qui confirme et aussi nuance un peu cette affirmation. Plus fiable que Wikipedia selon moi.

    • @kurtz,

      ça change quelque chose à l’implication dans l’opération de la CIA et le fait que JFK savait. Oui, il ne devait pas être tué, mais JFK a-t-il fait grand cas de cette bavure?

      Le mythe JFK naît surtout en pleine guerre froide, en pleine guerre du Vietnam et au moment où les USA se sentent menacés et veulent gagner la course à l’espace qui s’annonce mal pour eux. Ce n’est certainement pas le temps de se déchirer. JFK est un pur exemple de propagande Américaine. Une mort autour de laquelle les gens de pouvoir ont su capitaliser pour unifier la nation en ces moments turbulents. Propagande à laquelle participe volontiers Hollywood, comme ça toujours été le cas. Même après 50 ans, on continue d’entretenir le mystère autour de sa mort parce qu’elle deviendrait vite inutile si elle n’était que le fait d’un seul homme dérangé. Et vive les complots!

    • Tel que mentionné par Monsieur Siroka, tous les experts en la matière croient que la bande filmée de l’assassinat de JFK est le film qui a été le plus regardé, vu et revu de tous les temps à travers le monde. Il surpasse de loin tous les blockbusters, toutes les grandes sagas du cinéma comme “GWTW”, “Citizen Kane” et même “le Parrain”! C’est dire le séisme planétaire provoqué par ce court instant de l’Histoire américaine filmé en direct en couleurs en 8mm ou 16mm par un simple passant présent sur place au moment de l’évènement. JFK a été recopié dans les tous les formats pour une meilleure analyse de l’avènement d’une époque pourtant glorieuse de la dynastie des Kennedy.

    • Plus on approfondit une image, plus elle s’obscurcit, de sorte qu’à la fin elle devient aussi irréelle que la réalité qu’elle dénonce. Ce que démontre parfaitement “Blow up” (1966) d’Antonioni.

    • 3 choses confirment qu’il n’y a pas eu de tir de face en biais de la droite en provenance du tallus :

      1) la preuve démontre que le côté gauche du cerveau est parfaitement intacte. Si le tir fatal provenait de l’avant droit, la trajectoire de la balle aurait atteint la partie gauche du cerveau, ce qui n’est pas arrivé.

      2) Le point d’entrée d’une blessure par balle fait typiquement moins de dommage que son point de sortie, alors que les blessures sont entraînées par la trajectoire de la balle vers l’extérieur. C’est ce qu’illustre parfaitement Z313.

      3) La réaction de JFK vers l’arrière s’explique par un réflexe neuro-musculaire. Le choc infligé au cerveau a engendré une secousse nerveuse qui a parcouru tout le corps de Kennedy. Or, les muscles du dos étant plus forts que les muscles de l’avant, la tête de Kennedy a été propulsée vers l’arrière. Cette opinion est documentée médicalement et l’on peut en avoir l’explication dans le documentaire JFK: l’énigme d’un assassinat.

      Pour ma part, n’étant ni un expert en ballistique ni en médecine, j’ai toujours cru que le mouvement de bascule vers l’arrière était révélateur d’un tir de face. Je dois me résoudre que je n’y connais rien et dois m’en remettre aux experts. C’est pourquoi, en tant que personne ordinaire, on doit toujours se méfier des apparences et éviter de sauter aux conclusions simplistes.

    • N’empêche :

      Une tour frappée par un avion ça ne tombe pas comme ça.

      LOL.

    • Kennedy s’était mis à dos les réfugiés cubains et implicitement la mafia cubaine (fiasco de la Baie des cochons), s’était mis à dos la mafia américaine (élu avec l’aide de la mafia et lance des opérations contre elle une fois élu), aurait essayé de stopper la guerre du Vitenam (ce qui aurait déplu au complexe militaro-industriel), etc.

      En fait, il serait plus facile de faire la liste de ceux qui n’avait pas intérêt à le tuer.

      La vérité est enfouie quelque part dans les archives. Peut être nous sera t-elle révélé un jour…

    • J’adore l’Umbrella Man. D’abord, il illustre bien le danger de s’attarder trop au détail. ‘There is no such things as coincidences!’ s’exclament souvent les théoricien du complot. Au contraire, il y en a beaucoup.

      Aussi, l’idée que l’Umbrella Man servait à signaler le passage de Kennedy est particulièrement absurde quand on y pense et illustre bien le désir très humain de voir des ‘pattern’ dans tout ce qu’on observe. Il y a un gars bizarre avec un parapluie par beau temps prêt de l’assassinat? Il FAUT que ça ait un lien! Mais franchement, il signalerait quoi, ce type? Que Kennedy est en train de passer? Pourquoi?! Oswald (ou quiconque vous croyez à tiré) aurait pu manqué Kennedy, sinon?

      -”Coudonc, c’est ben long. Bonyenne, voilà une limousine roulant pas de top, à basse vitesse au milieu d’un cortège. Et il y a un politicen et sa femme qui saluent la foule dans la limo. Ciboire, ils vont prendre une éternité à passer. Ils ralentissent sans doute Kennedy qui est sûrement coincé derrière et j’ai vais être là toute la journée à l’attendre… Oh! Mon complice a ouvert son parapluie! C’est le signal, c’est Kennedy! Le politicien fendant qui salue la foule est Kennedy! Ouf, j’ai failli ne pas m’en apercevoir. Une change que j’avais un bon spotter!”

      Quel tireur posté si prêt de sa cible a besoin d’un hurluberlu avec un parapluie pour lui signaler qu’il est le temps de tirer? Le tireur n’a sûrement jamais vu l’homme au parapluie de toute façon; il était bien trop concentrer à regarder Kennedy à travers son viseur!

    • J’ai vu sur Tout.tv un documentaire intitulé JFK : énigme d’un assassinat, où une expertise balistique réalisée récemment exposait la possibilité qu’Oswald ait peut-être agi seul, et que la balle qui fait éclater le visage de Kennedy et qui le propulse vers l’arrière, viendrait peut-être de derrière ( entrepôt de livres où se tenait Oswald) et non de devant ( de la colline)… Tout cela reste hypothétique mais possible en raison du type de carabine utilisée par Oswald… Bref,tout cela est très technique. Mais ce nouvel éclairage remet en cause la conspiration ( au moins deux tireurs) sans pour autant l’écarter… Le mystère reste donc entier.

    • Désolé, je n’avais pas lu le commentaire de somsom… Alors le mien ne rajoute rien.

    • Mais voyons, le film de Zapruder n’a PAS été fait pas Zapruder, c’est évident. Le tout a été fait en studio par Kubrick (vous voyez les ombres et la direction du vent dans les arbres? ça ne concorde pas avec les données météorologiques du jour!). Il a reconstruit une rue de Dallas comme il allait le faire plus tard avec New York pour Eyes Wide Shut, qui bien sûr n’est qu’un film qu’il a fait pour se déculpabiliser d’avoir participé à cette mystification. Il suffit de regarder EWS sous le bon angle, vous allez voir tous les indices.

      Kennedy est bien mort assassiné, évidemment, mais pas comme on le voit dans ces images, qui elles ne sont que trucage orchestré pour nous donner à voir ce qu’on veut bien nous faire voir. Ça fait bien longtemps maintenant que ce simulacre a recouvert le réel, malheureusement…

    • Faut pas non plus chercher midi à quatorze heures quand la réponse est beaucoup plus simple : c’est la faute à Magneto…
      http://www.youtube.com/watch?v=ByCY2UYLHG8#t=51

      Sinon sur une note plus sérieuse (mais à peine), j’avais bien aimé le faux-documentaire “Opération Lune”, de William Karel, pour prendre les conspirationnistes les culottes baissées. Même principe que Cine, Kubrick a filmé l’atterrissage sur la lune, documents d’archives et entrevues exclusives en prime. Comme quoi il faut parfois garder une once de scepticisme lorsqu’on regarde un “documentaire”. Et qu’il faut se garder une petite gène avant de se considérer expert balistique dans l’assassinat de JFK…

    • Le film de Zapruder ne montre pas tout. Je crois qu´il y a bien eu trois tirs. Une balle perdue et deux balles qui ont fait mouche. Le documentaire JFK The Lost Bullet explique bien ça.

      La seule chose que je pense c´est que Lee Harvey Oswald était pas le tireur. Je pense plus qu’il faisait partie du complot mais qu’il devait être sacrifié (un appât). Il a été livré par les autres conspirateurs pour que ceux-ci puissent fuir.

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