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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mardi 12 novembre 2013 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (6)

    Lone Survivor : combattre les idées reçues

    Lone_Survivor_Poster

    Un film patriotique à la gloire des soldats américains dans une sale guerre sans issue. Réalisé par un cinéaste dont le dernier effort, Battleship, est devenu synonyme d’excès à l’hollywoodienne, et qui a engendré davantage de sarcasmes que de dollars au box-office nord-américain. Mettant en vedette Mark Wahlberg, avec son front éternellement plissé, le regard tantôt paniqué, tantôt défiant, maniant avec agilité un fusil dernier cri… On a déjà vu ce film-là, et ce n’est pas particulièrement très réussi; au mieux, ça fait passer le temps lors d’une soirée paresseuse devant la télé.

    Mais il semblerait que Lone Survivor n’est pas, justement, «ce film-là». Les critiques qui ont assisté à une projection spéciale le 30 octobre dernier parlent d’un des meilleurs films de guerre des 15 dernières années. Une récente analyse publiée dans le New York Times a favorablement comparé Lone Survivor à d’autres «récits du survivant» très bien cotés présentement à l’affiche, dont Gravity, Captain Phillips et All Is Lost. Enfin, Scott Feinberg, le spécialiste des Oscars du Hollywood Reporter, a révisé ses pronostics lundi, classant le film dans la colonne des «menaces majeures» en vue d’une nomination dans la catégorie suprême.

    Des arguments de vente très encourageants, tout ça. Mais comment diable réconcilier la notion d’oeuvre puissante avec le réalisateur d’un flop aussi monumental que Battleship? Peter Berg tente de clarifier la situation en clamant la fameuse dynamique «un film pour le studio, un film pour moi». Initialement, son entente avec Universal stipulait qu’il ferait Lone Survivor d’abord, et le gros blockbuster par la suite. Mais le studio a changé d’avis, et il n’a pu refuser. Il a senti qu’il a été pris en otage par ses patrons, selon ce long portrait que le New York Times lui a consacré en août dernier.

    Après le naufrage de Battleship, il s’est mis en tête de rétablir sa réputation en faisant, en ses propres mots «un film à petit budget, très émotionnel, véritablement patriotique, sur de vrais êtres humains, des Navy SEALS, dans une situation de vie ou de mort». Berg, qui se dit fasciné par la «psychologie de la violence», n’a pas pris sa réadaptation artistique à la légère: il s’est embeddé avec des SEALS en mission en Irak, dans le but de rendre compte de la manière la plus fidèle possible le calvaire de son protagoniste, Marcus Luttrell (Wahlberg), dont le mémoire Lone Survivor: The Eyewitness Account of Operation Redwing and the Lost Heroes of SEAL Team 10 a servi de base à son film. Un extrait du résumé de sa bio :

    Lone_Survivor_06

    Le 28 juin 2005, Luttrell et la SEAL Team 10 ont comme mission de localiser un haut dirigeant taliban, Ahmad Shah. […] Dans les montagnes de Hindu-Kush, trois éleveurs de chèvres sont tombés sur l’un des SEALS. Les SEALS les ont alors capturé et ont voté pour déterminer ce qu’ils allaient faire d’eux; ils décidèrent de les laisser partir plutôt que de les exécuter.

    Ces trois habitants locaux alertèrent 80 à 200 insurgés, dirigés par Ahmad Shah, qui encerclèrent et attaquèrent le petit groupe. Durant la bataille, toute l’équipe de Luttrell fut tuée. […]

    Un hélicoptère MH-47 Chinook transportant une équipe de sauvetage fut envoyé, mais fut abattu, tuant les seize personnes à son bord.

    Luttrell réussit à survivre de ses graves blessures grâce à quelques villageois pachtounes locaux, il fut secouru six jours plus tard.

    Au-delà de l’hommage aux 19 soldats qui ont perdu leur vie, Berg a réalisé Lone Survivor afin de «réveiller» ses compatriotes. «Je ne peux pas m’empêcher de penser que dans notre pays et dans notre culture, il ya une mollesse qui s’est installée. Nous ne sommes plus en mesure de nous tester physiquement. C’est pourquoi nous regardons le football, même si nous savons que c’est dangereux. Et quand on voit des films de survie, c’est un moyen de revivre un genre d’existence plus difficile», a-t-il affirmé.

    Lone Survivor – avec également Emile Hirsch (Into the Wild), Eric Bana (Black Hawk Down), Taylor Kitsch, le roi des flops de 2012 avec Battleship et John Carter, et Ben Foster, le Lance Armstrong du prochain Stephen Frears – prendra l’affiche le 10 janvier en Amérique du Nord.

    À lire aussi :

    > Act of Valor : Le cinéma comme outil de recrutement


    • Dans “il s’est embeddé avec des SEALS en mission en Irak” le mot embeddé c’est un anglicisme? un nouveau mot français? Le sens de cette phrase n’est pas clair.

      Oui tout à fait, embeddé est un anglicisme, tout comme le mot blogue. -js

    • @campem

      Je suis curieux de voir le film. Je me demande pourquoi les SEALs ont simplement relâché les civils. Ayant voté pour ne pas les éxécuter, ils auraient pu néanmoins les contraindre à les suivre sur un kilomètre ou deux vers le point d’évacuation avant de les relâché, histoire de se donner une bonne longueur d’avance sur la poursuite. M’enfin.

    • Mon intérêt pour les films de guerre se portent plus sur ceux qui se rapportent aux deux grands
      conflits (14-18 et 39-45). Mais il est sans doute intéressant de voir comment ça se passe en
      2013… ou 2005 côté armée de terre (américaine).

      Une suggestion comme ça pour embeddé serait intégré ou incorporé… Just saying comme on dit.

    • Hors sujet, mais j’ai hâte à un billet sur 12 Years a Slave. J’ai trouvé ce film très puissant dans son évocation de la dignité/humiliation et espoir/désespoir .

    • Soit dit en passant, Berg a aussi fait le bon The Kingdom ( pas un grand film, mais bien correct) et l’excellent Friday Night Lights. Mais il a aussi fait Hancock… Et les histoire “behind the scenes” de ce dernier sont légendaires.

      Je me demande à quel point Battleship est le produit de Peter Berg….

    • Le dilemme des soldats en mission secrète surpris par un jeune berger me rappelle le film TV “Point of view” (1989) avec John Savage : en Israël, à l’époque de l’intervention au Liban, deux équipes de cinéastes étudiants sont chargés d’adapter un roman inachevé écrit par un vétéran. Adapté d’une histoire vraie, le roman raconte l’histoire d’un groupe de soldats en mission secrète en territoire ennemi durant la guerre du Kippour. Surpris par un jeune berger, ils décident de le laisser partir. Le roman s’achève au moment ou le groupe s’enfonce dans un défilé, or on sait que dans la vraie vie, seuls deux hommes en sont ressortis…

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