Jozef Siroka

Jozef Siroka - Auteur
  • Le blogue de Jozef Siroka

    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
  • Lire la suite »

    Partage

    Jeudi 19 septembre 2013 | Mise en ligne à 13h00 | Commenter Commentaires (13)

    LVT de retour à Cannes?

    nym

    La version hardcore de Nymphomaniac pourrait être présentée au prochain Festival de Cannes, rapporte le site norvégien Montages. Il s’agirait d’un retour fort remarqué de Lars von Trier sur la Croisette, après son exclusion en 2011 pour propos malvenus (la levée de son statut de persona non grata a été confirmée par le délégué général Thierry Frémaux en avril dernier).

    Le très attendu drame érotique, qui raconte «l’histoire poétique, drôle et tragique d’une nymphomane d’aujourd’hui, de sa naissance jusqu’à 50 ans», aura sa première mondiale au Danemark à Noël, mais en version soft. Une info qui a de quoi étonner, puisqu’il était tenu pour acquis que la version sexuellement explicite, dans laquelle la partie inférieure des acteurs est substituée numériquement par des corps d’acteurs porno, serait destinée au marché européen, et la soft, au marché nord-américain, de notoriété plus pudique.

    En attendant davantage d’éclaircissements à propos de la nature de la distribution du film, Montages a recensé la semaine dernière dix révélations exclusives sur Nymphomaniac. Un résumé :

    > Le film a une durée de cinq heures, et sera scindé en deux parties de 150 minutes chacune, qui prendront l’affiche simultanément, sous forme de diptyque. Une série télé est d’ailleurs dans les plans.

    > Chacun des huit chapitres du film adopte une approche stylistique distincte. Certaines parties ont un langage formel, d’autres sont plus expérimentales. Un chapitre a été tourné en noir et blanc, un autre à l’aide d’une caméra statique, tandis qu’un autre est «clairement inspiré» par Andreï Tarkovski.

    > Le carton du titre ne sera pas écrit à l’aide d’une craie, comme se fut le cas pour les deux films précédents de LVT. La typo du générique de début ressemblera à celle qu’on retrouve dans les films de Woody Allen.

    skjermbilde-2013-09-19-kl--12-56-18

    > Visuellement, Nymphomaniac s’apparente à «un film étudiant». Son style serait beaucoup moins virtuose que ce que le producteur Peter Aalbæk Jensen a laissé entendre par le passé. Son aspect «visionnaire» se trouverait moins dans la forme que dans le fond.

    > «Nymphomaniac est décrit comme le film-somme de la carrière de Lars von Trier – particulièrement en ce qui a trait à son intérêt pour, et à son identification avec, les femmes.» À propos, j’ai cité en mai dernier la productrice de LVT, qui disait avec enthousiasme: «Lars a tout mis là-dedans. Ça parle de religion, de Dieu, de philosophie.»

    > Le film regorge d’images d’archives, la plupart dénichées par LVT sur YouTube, menant le récit dans des directions inattendues. Ce procédé s’inscrit dans l’intention du cinéaste de lancer un nouveau genre cinématographique qu’il surnomme «digressionisme».

    > Nymphomaniac s’annonce, étonnamment, comme un des films les plus drôles de sa filmographie, atteignant un degré de comédie pure rappelant The Boss of It All et Les idiots. L’humour noir est cependant surtout présent dans la première partie, et s’estompe à mesure que l’histoire devient plus sombre et tragique.

    «Est-ce que vous seriez d’accord pour que je montre aux enfants le lit à putains?»

    Voici le troisième «apéritif» de Nymphomaniac, mettant en scène Uma Thurman. Les précédents, avec notamment Shia LaBeouf et Stacy Martin (qui incarne la version jeune de la protagoniste, qu’on verra plus tard sous les traits de Charlotte Gainsbourg), sont à consulter ici et ici.

    Chapitre 3 : Mrs. H

    Il n’est pas toujours facile d’entretenir un large réseau d’amants, et Joe est confrontée à cette conséquence très déplaisante de sa nymphomanie.

    Après tout, on ne peut pas faire d’omelette sans casser des oeufs.

    > Le site officiel de Nymphomaniac


    • « Ce procédé s’inscrit dans l’intention du cinéaste de lancer un nouveau genre cinématographique qu’il surnomme “digressionisme”. » Une idée qui lui venait de la lecture de la Recherche de Proust.

      « Visuellement, Nymphomaniac s’apparente à “un film étudiant”. » Si ça inclut tout ce qui relève de la forme, je me demande quel sorte d’étudiant aurait fait un champ/contre-champ comme il l’a filmé dans le premier « apéritif »!

    • Je ne me peux plus d’attendre ce film! LVT s’est imposé comme mon cinéaste préféré, toutes catégories confondues!

      En passant, on ne prend pas pour acquis (take for granted), on “tient” pour acquis.

    • ”LVT s’est imposé comme mon cinéaste préféré, toutes catégories confondues!”

      Il est très fort. Comment ne pas crier au génie devant le gars qui a pondu Dancer in the dark, Dogville et Manderlay, entre autres..?

    • “Le film a une durée de cinq heures”…parle-t-on d’un film ou d’un jeu vidéo?
      LVT sonne un peu GTA V à qqs lettres près.
      Bref, je crois que dans le contenu de leur produit Rockstar Games et LVT se rejoignent, l’un moins intello que l’autre j’imagine.
      TAM

    • C’est moi ou Uma Thurman se fait de plus en plus belle ?
      Désolé pour le petit hors sujet…

    • _____« Ce procédé s’inscrit dans l’intention du cinéaste de lancer un nouveau genre cinématographique qu’il surnomme “digressionisme”. »

      Mon dieu la prétention de Von Trier ne connaît donc pas de limite ?

      En 90 il lançait le “dogme” afin d’être perçu comme un innovateur alors que le cinéma-direct de Jean Rouch ou Michel Brault utilisait déja ces techniques. Il leur a donné un nom “biblique” puisqu’il était à ce moment, victime du complexe du christ.

      En 2013, il veut lancer le “Digressionisme” qui, si on se fie à l’étymologie, voudrait dire que le film s’écarte volontairement de son sujet principal. N’est-ce pas spécifiquement ce pourquoi Michaelangelo Antonioni est reconnu ?

      Prétention quand tu nous tiens…

      Reprochez-vous vraiment à un cinéaste d’être prétentieux? Ça vient avec le métier! Et d’ailleurs, LVT est sans doute l’un des grands cinéastes contemporains qui se prennent le moins au sérieux, ses fanfaronnades sont à prendre avec un gros grain de sel. – js

    • Ça vient avec le métier ? Un cinéaste n’est pas un chirurgien cardiaque. Avez-vous déja entendu un track de commentaire de Jean-Pierre Jeunet ? C’est un être d’une humilité impressionnante. Ce qui vient avec le métier c’est d’avoir de la drive et une confiance inébranlable en ses idées. À ne pas confondre avec la prétention. Je ne crois pas qu’on doive dire aux étudiants en cinéma que s’ils sont prétentieux, ils auront déja une partie du métier d’acquis.

      Ce qui m’inquiète dans votre réplique Jozef, c’est que vous contournez le point pour vous concentrer sur ce que vous pouvez contredire. Mais je réitère. Le dogme étaitil vraiment nouvea ? Ou a-t-il simplement mis son nom sur quelque chose qui existait deja ? Ne fait-il pas la même chose en ce moment avec son “digressionisme” ? Et n’est-ce pas plutôt le travail de sémiologues comme vous de remarquer les tendances et leur donner un nom ?

      Ouais, mais un gars comme Jeunet, une petite dose de prétention lui ferait peut-être du bien, rendrait ses futurs films regardables! ;) -js

    • Jeunet et cinéaste dans le même paragraphe, ça colle pas.

    • hahaha bonne réplique ! ok pas le meilleur exemple. XD ( <—bonhomme qui rit et non les initiales de Xavier Dolan)… Mais je pourrais en citer plusieurs autres qui sont très humbles tout en étant talentueux. Roy Andersson, Paul Greengrass, Paul Thomas Anderson, Philippe Falardeau, Michael Haneke,… enfin… la ou je veux en venir je crois, c'est que je crois que c'est dangereux de légitimiser la prétention par le talent. Les écoles de cinéma sont remplies de jeunes qui se voient devenir le prochain Tarantino.

      L'humilité ou l'arrogance, ça finit par transparaître dans une oeuvre.

      En parlant de Von Trier ou de James Cameron, j'avoue qu'on pourrait plus parler de mégalomanie que de simple prétention. Ça, pour moi, c'est une qualité. Mais commencer à vouloir inventer un nouveau genre simplement parce qu'on utilise une structure formelle ou thématique peu conventionnelle, je trouve qu'il perd beaucoup de temps à s'auto-encenser.

      Mais bon, j'ai une relation amour-haine avec Von Trier. Et je sais qu'il n'est plus le même homme que lors de son époque "Les idiots" ou il avait forcé ses acteurs a avoir du sexe non protéfé devant la caméra le matin même du tournage sans les prévenir. Le documentaire "The humiliated" (bizarrement introuvable, même sur internet) nous le montre sous un jour peu flatteur. Mais il a évolué et cette réponse au ministre de la culture iranienne prouve qu'il a maturé. Ses oeuvres le montrent aussi.

      Nymphomaniac est le film que j'attends le plus puisqu'en début 2000, j'avais prédit lors d'un party de famille ou j'étais peut-être un peu éméché, que les films du futurs allaient comporter de la sexualité explicite afin d'augmenter l'implication et l'émotion ressentie par les spectateurs. Peut-être suis-je aussi simplement jaloux qu'il ait pu le faire alors que moi, je me suis seulement ridiculisé en discutant du sujet devant des gens très peu réceptifs à mon idée. (j'ai même du préciser que je parlais de drames d'auteurs et non de superproductions hollywoodiennes)… mais le mal était fait, j'avais l'air d'un pervers.

      Pour ce qui est du "dogme" ou du 'digressionisme' je continue de penser qu'il ne met un mot sur quelque chose qui existe déja afin de s'auto-conférer la paternité de ladite idée.

    • bon celui-la est apparu… enfin…

      Je disais que votre replique était savoureuse mais que mon point demeurait.

      Je n’ai pas le temps ni le courage de tout réécrire. Je crois qu’il a été annulé parce qu’il était trop long.

      Merci pour ce blog. J’adore les échanges et réflexions qu’il provoque.

      Rien vu de votre longue réponse dans mon système, désolé. -js

    • @ theodore
      Si “celui-là” s’adresse à moi, il y a erreur sur la personne, c’est mon deuxième post ici.

      Vos deux courts paragraphes sont intéressants toutefois.
      Mais je n’aime pas l’argument de la prétention. Qu’est ce que ça soustrait à l’œuvre ? LVT ne sera ni le premier ni le dernier à vouloir réinventer, que ce soit heureux ou non. Et même si ce n’est pas du complet inédit, faut juger par ce qui est fait.
      La prétention à l’art de total de Wagner enlève quoi à la Tétralogie ? Victor Hugo transpire la prétention, Les Travailleurs de la Mer et L’Homme qui Rit sont quand même de purs chefs-d’œuvre. Lisez les entrevues de Tarkovsky, se prenait pas pour de la merde le petit Andrei. Ça enlève quoi à Andrei Rublev ou au Miroir ou à Nostalghia ?

      C’est une prise de position sur l’art et sur son medium. Même les tâcherons en ont une, dans une certaine mesure. Alors voyons-voir si le l’action est à la mesure de la prétention.

    • Wow, tout simplement!

      J’ai très hâte de voir ce film!

      @ theodore_wilbur_graaf

      Prétention, envergure, passion et ambition son parfois confondus… j’aime beaucoup LVT, j’ai un parti pris, mais honnêtement, pour mener à terme une telle oeuvre contre vents et marées, il faut avoir un peu (beaucoup?) des 4!

    • J’avoue qu’à chaque fois que je vois un nouveau LVT, je m’attend à être déboussolé et c’est toujours le cas! C’est remarquable quand même.

      Oui il est prétentieux, oui il provoque, mais souvent c’est comme ça qu’il cache sa gêne ce fameux Lars. Je viens de lire un bouquin sur sa vie et c’était vraiment intéressant de découvrir toute sa progression, autant personnelle que cinématographique. Il a toujours été un expérimenteux et un patenteux mais ça s’est résorbé un peu avec les années. N’empêche qu’il finit toujours par trouver un petit (ou gros?) plus qui rend ses films si originaux. C’est vraiment l’un de mes réalisateurs préférés. (et OUI je ne me peux plus d’attendre pour cet ovni qu’est Nymphomaniac!)

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • publicité

  • Calendrier

    juillet 2014
    L Ma Me J V S D
    « juin    
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    28293031  
  • Archives

  • publicité