Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Mercredi 18 septembre 2013 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (12)

    Les girls de Fincher se suivent mais ne se ressemblent pas

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    Alors que s’entame incessamment le tournage de son dixième long métrage, Gone Girl, David Fincher vient de dénicher la dernière pièce du puzzle de son casting. Il s’agit de la mannequin britanno-polonaise Emily Ratajowski qui, pour reprendre la description colorée du Figaro, «a imprimé la rétine d’une bonne partie de la planète» grâce à sa prestation déshabillée dans le tube de l’été Blurred Lines. L’actrice néophyte de 22 ans, qui a fait quelques apparitions au petit écran (iCarly, New Girl), jouera une collégienne qui entame une liaison avec le protagoniste, qu’incarne Ben Affleck.

    Basé d’après le best-seller de Gillian Flynn – qui signe également le scénario – Gone Girl raconte l’histoire d’un couple marié qui vit des moments troubles en raison notamment de la perte d’emploi du mari, Nick Dunne, un ancien journaliste qui a souffert de la vague de compressions qui ont affligé les salles de nouvelles. Cherchant à réinventer sa vie, il quitte New York avec son épouse, Amy, pour s’établir dans son village natal du Missouri et y ouvrir un bar. Le malheur frappe le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, alors qu’Amy est mystérieusement portée disparue, et que Nick devient de facto le principal suspect.

    Le roman de Flynn, publié à l’été 2012, a connu un vif succès critique et commercial, mais a cependant été pris à partie par certains journalistes et groupes féministes qui ont accusé son auteure de misogynie, particulièrement en relation à la question du viol. Dans le récit, un personnage féminin dit faussement, et malicieusement, avoir été victime d’une agression sexuelle. Un élément de l’intrigue qui a été perçu comme «perpétuant l’idée que le viol peut être compliqué», selon la critique du Observer.

    Il est intéressant de noter que la vidéo qui a propulsé à l’avant-scène la nouvelle venue de l’adaptation de Gone Girl a connu plus ou moins le même sort que le roman source: un phénomène culturel extrêmement populaire (on parle de près de 200 millions de vues sur YouTube) qui a également subi des réprimandes médiatisées quant à sa supposée apologie de la «culture du viol». On est en droit de se demander si Fincher, en choisissant Ratajowski, porte-étendard sexuellement provocant de Blurred Lines, a voulu faire un parallèle conceptuel des plus subversifs.

    Une autre facette intrigante de Gone Girl est de voir comment ce film s’inscrit dans la filmographie du fameux cinéaste, dont l’oeuvre réussit à éviter toute forme de catégorisation facile. En effet, la «girl» de son nouveau projet semble différer drastiquement de celle qui portait un tatou de dragon dans son précédent opus, et qui se vengeait contre ces «hommes qui n’aimaient pas les femmes». Ce paradigme pourrait maintenant être renversé sens dessus dessous, du moins si l’on se fie à la description que Flynn fait de sa propre démarche littéraire :

    La chose qui me frustre par-dessus tout est cette idée que les femmes sont foncièrement bonnes. [...] Le temps n’est-il pas venu de reconnaître notre côté hideux? Je suis épuisée par ces héroïnes pleines de cran, de ces braves victimes de viol. Je regrette en particulier le manque de personnages féminins méchants.

    Reste à voir si l’adaptation cinématographique de David Fincher qui, mentionnons-le, est produite par trois femmes, Reese Witherspoon en tête, sera elle aussi accusée de misogynie…

    ***

    Pour ceux qui seraient en manque de Fincher, voici deux de ces récentes réalisations : une pub de Calvin Klein, mettant en vedette Rooney Mara, la protagoniste de son The Girl With the Dragon Tattoo, et la vidéo pour la chanson Suit & Tie de Jay-Z et Justin Timberlake (avec qui il a collaboré sur The Social Network).


    • M. Siroka,

      En général, j’adore vos analyses intelligentes. Mais dans ce cas-ci, ce n’est pas un peu poussé? Une suranalyse de ce qui n’est qu’un casting?

    • Un casting, ça parle en maudit. On n’a pas vu le film, alors peut-être qu’il y a “suranalyse”, mais c’est certain que le parallèle noté par Jozef n’est pas innocent. Reste à voir ce que Fincher en fera.

    • D’accord avec cinematographe, brund. Il faut laisser le bénéfice du doute à Fincher et, a fortiori, à Jozef. Il serait loin d’être le premier à faire un casting intéressé. Vite de même, Eyes Wide Shut.

    • Un ami et moi discutions de cette question dernièrement : sur quelles bases peut-on voir un personnage comme emblématique dans un film? Si le personnage féminin principal accuse faussement et malicieusement quelqu’un de viol, pour reprendre les mots de Jozef, est-ce qu’il faut le comprendre comme de la misogynie? Par exemple, cette analyse (écrite par un homme) des rapports des sexes dans La Chasse de Vinterberg ― surprenante car j’étais complètement passé à côté, mais néanmoins convaincante, à mon avis ― est-ce qu’elle a du sens dans le cadre restreint d’un film? Mon ami contre-argumentait que dans plusieurs film, le cas moral du personnage n’était présenté que comme « cas existant » et qu’il ne fallait pas y voir une généralisation par le biais du personnage…

      J’ai l’impression que la manifestation de la misogynie, pour encore prendre la même haine, se dénicherait plus aisément dans l’ensemble statistique que dans le film particulier. Par exemple (j’invente des chiffres), si 90 % des films de tel cinématographie représentaient cas de viols non fondés, imaginés par des femmes inconscientes ou méchantes, alors que dans la réalité, ces cas ne formeraient que 3 % des viols, on verrait clairement le problème de misogynie et il serait alors difficile de soutenir que tous sont faits pour représenter des cas existant sans arrière pensée idéologique, même inconsciente. Le Bechdel test fait partie de cette catégorie d’analyse. On est plus rendu dans la sociologie du cinéma que dans le cinéma comme œuvre d’art, par contre.

    • la mysogynie ca passe aussi bien que l’atisemitisme , une vache sacree a ne pas toucher , un monde noir et blanc pour esprit simple

    • @la_roy

      L’article que vous mentionnez est l’exemple parfait d’un propos hyper-féministe.
      C’est de l’extrémisme dans son état pur. Ça me démontre à quel point les féministes (l’auteur en est sûrement un) ne sont pas mieux que les masculinistes.
      Difficile d’apprécier une telle analyse.

      Et je ne pense pas que vous soyez passé à côté de quoi que ce soit : le propos du film est essentiellement de démonter à quel point la société, en particulier les parents, peut devenir profondément paranoïaque et même schizophrène lorsqu’il s’agit de pédophilie et d’attouchements sexuels.

      Le sujet est bien réel et les souffrances du protagoniste ne sont pas exagérées : demandez à n’importe quel professeur qui a été victime de fausses accusations qu’il vous raconte à quel point leur univers s’écroule totalement, même s’ils sont parfaitement innocentés.
      En référence je vous conseille le très bon film français “Présumé coupable” basé sur l’une des plus grandes erreurs judiciaires de l’histoire de la France depuis la seconde guerre mondiale.

      À mon avis, le film dénonce également cette ridicule loi non écrite qui prétend que les enfants disent toujours la vérité. Pour avoir été moi-même enfant, je peux vous dire à quel point c’est des conneries.

    • @ telliers

      J’ai rarement eu l’occasion de lire un commentaire aussi absurde et décalé de la réalité que le vôtre. Mes félicitations.

    • @ pezzz

      Tant mieux pour vous, et ce sera pas le dernier.
      Pas assez brave pour élaborer, ou vous êtes du genre complètement fermé pour être capable de voir la réalité de manière différente?

      Au fait de quelle réalité vous parlez au juste?

      En effet pezz, vous devriez élaborer. L’article mis en lien par la_roy est vraiment agressif et paranoïaque, et perpétue les clichés du discours féministe hystérique. Je suis plutôt d’accord avec telliers sur ce point. -js

    • @ pezzz

      Le 21 mai 2013, au sujet de François Ozon, vous avez dit le commentaire suivant :

      Effectivement. Et j’avoue ça que je suis mitigé par rapport à ça, car j’adore utiliser l’angle oedipien pour analyser les films que je vois. Mais j’appartiens à la gauche radicale, alors mon fond anarchiste et féministe ne peut accepter de cautionner de telles sottises…

      Je comprends alors très bien votre point de vue sur mon commentaire…

    • @ Jozef

      L’article mis en lien par la_roy ne correspond pas à la lecture que j’ai fait du film, mais il est quand même fort intéressant et porte à réflexion. Je ne le trouve pas agressif et paranoïaque, au contraire, plutôt bien argumenté et éclairant. Même si, je répète, je ne souscris pas à cette lecture du film.

      Pour ce qui est des “clichés du discours féministe hystérique”…really? You can do better.

      @ telliers

      Wow, un commentaire du 21 mai 2013, on est allé chercher ça loin! Big Brother vous regarde!

      Allons-y paragraphe par paragraphe alors :

      ” L’article que vous mentionnez est l’exemple parfait d’un propos hyper-féministe.
      C’est de l’extrémisme dans son état pur. Ça me démontre à quel point les féministes (l’auteur en est sûrement un) ne sont pas mieux que les masculinistes.
      Difficile d’apprécier une telle analyse. ”

      Vous avez une bien piètre connaissance de ce qu’est le féminisme et le masculinisme. Qu’est-ce que “l’hyper-féminisme” et le “féminisme dans son état pur”, d’ailleurs? Le féminisme radical (je vais vous parler du radical, puisque c’est la branche à laquelle je me rattache) cherche à éliminer les rapports d’oppression par le sexe qui seraient inscrits dans la nature des systèmes et des institutions. Le masculinisme cherche au contraire à conserver et protéger ces privilèges et ces rapports de domination. Dire que “le féminisme n’est pas mieux que le masculinisme” relève de la plus grossière sottise. D’ailleurs, votre mépris du féminisme relève un caractère réactionnaire franchement inquiétant. Vous avez peur de quelque chose?

      “Et je ne pense pas que vous soyez passé à côté de quoi que ce soit : le propos du film est essentiellement de démonter à quel point la société, en particulier les parents, peut devenir profondément paranoïaque et même schizophrène lorsqu’il s’agit de pédophilie et d’attouchements sexuels.”

      C’est drôlement 1er degré comme analyse. La trame narrative d’un film n’est pas son “propos”. Chez Vinterberg (surtout considérant que Jagten fait suite, en quelque sorte, à Festen), on décèle plutôt une féroce critique des sociétés bourgeoises et des valeurs traditionnelles qui sont un nid douillets pour les manifestations les plus latentes du fascisme. Le truc du faux-viol, c’est un prétexte. C’est pas le propos.

      “Le sujet est bien réel et les souffrances du protagoniste ne sont pas exagérées : demandez à n’importe quel professeur qui a été victime de fausses accusations qu’il vous raconte à quel point leur univers s’écroule totalement, même s’ils sont parfaitement innocentés.”

      Personne ne prétend le contraire. L’article ne vient d’ailleurs jamais remettre en question le fait troublant que vous soulevez. Il ne fait que mettre en parallèle plusieurs éléments du film et y décèle un propos misogyne.

      “À mon avis, le film dénonce également cette ridicule loi non écrite qui prétend que les enfants disent toujours la vérité. Pour avoir été moi-même enfant, je peux vous dire à quel point c’est des conneries.”

      Ce paragraphe est un petit bijou d’humour. Je vais vous laisser deviner pourquoi.

      Non, je ne peux faire mieux, désolé de vous décevoir pezz. J’ai googlé les articles de cet auteur, et il est en effet un militant féministe radical. Mais étant donné que vous souscrivez à ce courant, ça referme pas mal la marge de manoeuvre de l’argumentation. Bonne soirée. -js

    • @pezzz

      Et oui, je voulais vraiment dire que j’ai déjà menti quand j’étais enfant, même si cette phrase était volontairement humoristique.

      Pour le reste, on ne pourra jamais s’entendre : vous le dites vous-mêmes, un radical de gauche.
      Pour moi, le masculinisme est un dommage collatéral causé par le féminisme excessif. Le seul moyen de se débarrasser du premier, est d’ignorer le second.

    • Wow. J’ai suivi le lien de La-Roy. Je n’ai pas trop lu le texte sur le film ‘La chasse’ parce que je ne l’ai pas vu mais il y avait de lien sur ‘Taken’ et ‘Skyfall’ alors par curiosité je les ai lu.

      L’auteur, Paul Rigouste, est éloquent et brillant, pas de doute la dessus. Mais surtout, il est aussi ce qu’un de mes profs de science politique appelait un ‘monomaniaque’. Le gars a une cause (dans ce cas-ci, le féminisme radical) et une seule grille de lecture. Absolument tout, chaque éléments, chaque plans, devenait une occasion d’accuser films décrit d’odieux et indéfendable masculinisme.

      Agressif et paranoïaque sont de bons qualificatifs!

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