Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 16 septembre 2013 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (14)

    Le dernier tour de piste de Miyazaki fait polémique

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    Le monde de l’animation se remet encore du choc, subi plus tôt ce mois-ci, causé par l’annonce de la retraite d’un de ses plus grands ambassadeurs: Hayao Miyazaki. Le maître du manga a affirmé lors d’une conférence de presse à Tokyo, le 6 septembre, qu’il ne réaliserait plus de films, mais qu’il continuerait de se rendre régulièrement au Studio Ghibli, qu’il a cofondé il y a près de 30 ans.

    Beaucoup d’entre vous se demandent probablement ce que fait exactement un réalisateur d’animation. Mais en tant qu’animateur, je dessine. Et ces jours-ci, je dois enlever mes lunettes et me pencher sur mon bureau comme ça pour voir ce que je fais. C’est un travail très dur et je ne peux pas le faire aussi longtemps que je le faisais auparavant.

    Il m’a fallu cinq ans pour réaliser mon nouveau film, après avoir terminé Ponyo sur la falaise, et il me faudrait sans doute six ou sept ans pour faire le prochain, parce que l’âge me ralentit. Ainsi, à 72 ans aujourd’hui, je pourrais approcher les 80 ans le temps que je finisse un autre film.

    Ce n’est pas la première fois que Miyazaki évoque la retraite. En fait, il l’a fait après la réalisation de chacun de ses films à partir de Princesse Mononoké, sorti en 1997. «Cette fois-ci je suis sérieux» a-t-il cependant affirmé, mettant notamment en cause sa vue de plus en plus défaillante.

    Son onzième et, en principe, dernier long métrage, Le vent se lève, a pris l’affiche au Japon en juillet dernier, faisant sonner la caisse du box-office, avant d’être présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise, où il a obtenu une réception critique très favorable. Mercredi dernier, on apprenait que le film sera distribué en Amérique du Nord; pour commencer, la version sous-titrée prendra l’affiche à New York et à Los Angeles entre le 8 et le 14 novembre, afin de respecter les prérequis en vue d’une nomination à l’Oscar. S’ensuivra une sortie limitée en version doublée le 21 février et, enfin, une sortie nationale (et fort probablement canadienne) la semaine suivante.

    Le vent se lève est une interprétation libre de la vie de l’ingénieur japonais Jiro Horikoshi, le créateur de l’avion de chasse Mitsubishi A6M, surnommé chasseur Zero, qui fut le symbole de la lutte aérienne du Japon durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit d’un des films les plus personnels de Miyazaki, grand amateur d’aéronautique, et dont le père dirigeait une compagnie qui construisait les gouvernes des fameux Zero. C’est aussi un de ses films les plus transparents d’un point de vue politique, et certainement son plus controversé.

    Jiro and paper airplane_out

    Les récriminations ont fusé de toutes parts. D’abord en Corée du Sud, comme le rapporte le Guardian :

    Des internautes sud-coréens ont accusé le réalisateur de porter aux nues le créateur de l’un des symboles les plus puissants du militarisme japonais, et ont souligné que parmi les ouvriers qui ont assemblé plus de 10 000 de ces chasseurs nec plus ultra se trouvaient des travailleurs forcés de la péninsule coréenne.

    Piqué au vif par les critiques, Miyazaki a rencontré des journalistes sud-coréens à Tokyo pour expliquer son admiration pour Horikoshi. «Il a résisté aux exigences de l’armée. Je me demande si il devrait être tenu responsable de quoi que ce soit simplement parce qu’il a vécu durant cette époque.»

    Pendant ce temps, des nationalistes japonais ont qualifié le cinéaste de «traître» :

    Mais ils étaient surtout irrités par un essai que Miyazaki a écrit pour coïncider avec la sortie du film dans lequel il condamnait la dérive du Japon moderne vers la droite, incluant les plans du Premier ministre, Shinzo Abe, de réviser la Constitution pacifiste du pays.

    «Il va sans dire que je suis contre la réforme constitutionnelle» a écrit Miyazaki dans Neppu, le magazine mensuel du Studio Ghibli. Dans une allusion à peine voilée à Abe, il a accusé les élus du Japon de tenter d’assainir la conduite du pays en temps de guerre.

    «Je suis surpris par le manque de connaissances parmi les dirigeants des partis gouvernementaux et politiques sur les faits historiques», at-il dit. «Les gens qui ne réfléchissent pas assez ne devraient pas toucher à la Constitution.»

    Parlant d’assainissement, le lobby anti-tabac s’est plaint dans une lettre ouverte de l’omniprésence de la cigarette dans le film, encourageant semble-t-il une représentation tronquée de la période dépeinte au nom de la santé publique. Les signataires sont particulièrement mécontents d’une scène dans laquelle le personnage principal fume pendant qu’il tient la main de sa femme alitée, qui souffre de tuberculose…

    Pour Miyazaki, Le vent se lève est d’abord et avant tout une oeuvre célébrant «l’homme le plus doué de son temps au Japon». «Il ne pensait pas aux armes – tout ce qu’il désirait était de faire des avions vraiment exquis», a-t-il dit lors d’une entrevue en 2011. C’est d’ailleurs une citation de Horikoshi, qui permet de lier les aspirations de l’artiste à celles de l’ingénieur, qui l’a inspiré à faire le film : «Tout ce que je voulais faire était de fabriquer quelque chose de beau».

    En Occident, Miyazaki est décrit comme le «Walt Disney japonais», mais il s’agit là d’une analogie peu fiable. Pour faire court, ses films sont beaucoup moins sentimentaux et manichéens que ceux qui sortent de l’usine Disney, et sont marqués par une sensibilité animiste lyrique qui reflète les convictions écologistes du maître nippon, créant du coup un net contraste avec l’approche anthropomorphique disneyenne.

    «Chez Disney, les animaux adoptent toujours des traits humains. L’homme est au centre des préoccupations. Moi, je crois que les hommes, les animaux et les végétaux sont au même niveau», a résumé Miyazaki en comparant sa philosophie à celle de son principal rival (et également associé; en effet, le studio distribuera Le vent se lève en Amérique du Nord).

    Voici un reportage de France 3 qui offre une bonne introduction à l’univers de Miyazaki :

    À lire ausi :

    > Totoro, le plus grand


    • Je bénis ce blogue et ses intervenants de m’avoir fait découvrir Miyazaki il y a quelques temps. Je ne serai jamais assez reconnaissant.

    • “Pour faire court, ses films sont beaucoup moins sentimentaux et manichéens que ceux qui sortent de l’usine Disney, et sont marqués par une sensibilité animiste lyrique qui reflète les convictions écologistes du maître nippon, créant du coup un net contraste avec l’approche anthropomorphiste disneyenne.”

      Tout juste

      Pour ma part, la retraite de Miyazaki est un drame pour la perte qu’il représente, parce qu’il est tout seul dans sa ligue. Après lui, plus rien.

      Les deux seuls équivalents encore vivants dont la perte laisserait un aussi grand vide dans le cinéma sont Lynch et Tarantino. Tout le reste, pour moi, ca peut se négocier.

    • Les bien-pensants ont toujours été les ennemis de l’art et de la beauté.

    • J’étais également très septique sur ladite retraite de Miyazaki. Mais l’évocation de sa vue comme facteur aggravant de l’efficacité de son travail ma rapidement renvoyé sur terre. Dommage, très dommage de voir un cinéaste aussi majeur et marquant dans ma vie ne plus m’offrir la joie exquise de pouvoir découvrir une “nouvelle oeuvre” de sa part!

      Néanmoins, il est clair qu’il gardera un rôle important au sein de Ghibli. Producteur, très certainement, mais également scénariste, je suis convaincu. Je pense même qu’il se mettra activement à faire un peu de chasse. Je crois qu’il ne s’est jamais remis de la mort de Yoshifumi Kondô (Whisper of the Heart) en qui il avait fondé énormément d’espoir (ainsi que les premières bases de sa -première- retraite)

      Je suis content de voir que Le vent se lève sème autant de “controverse”. Ceci semble évoquer le caractère très personnel de l’oeuvre. Quand Miyazaki parle avec ses tripes et sa passion, il nous gâte toujours de voyage extraordinaire!

      Donc on risque d’entendre encore parler du vieux bourru de Miyazaki mais il devra inévitablement penser à l’avenir de Ghibli. Lui, Takahata (qui sort un film cette année, même s’il est bien 6 ans plus vieux que Miya!) ainsi que Toshio Suzuki, devront discuter sur les successeurs de leurs œuvres. Un trio qui sera difficilement remplaçable, j’en ai bien peur. Finalement, à force d’écrire ce commentaire je me sens soudainement triste.

      En passant, merci d’avoir fait cette parenthèse sur le “Walt Disney du Japon”. C’est un peu réducteur pour un homme qui se distanciait, justement, du Disney “moderne” (même s’il est fan des œuvres des premières années Disney).

    • Je devrais toujours me méfier du mot sceptique. Misère … Bref pour détourner l’attention : Saviez-vous que Isao Takahata et Hayao Miyazaki sont de très grand admirateur de Frédéric Back? Back et Takahata se sont même rencontrés à quelques reprise dont une fois lors d’une exposition sur ses oeuvres au Japon. Takahata le considère même comme son “maitre en ce qui à trait à sa vie et à son métier en animation” c’est peu dire!

    • Je l’avoue je n’ai pas vu tous les films de Miyazaki. Je pense que je n’accroche pas au style d’animation qui me fait penser aux émissions jeunesses qui passaient à RC les fin de semaine il y a plusieurs années (ma nièce était fan de Heidi). Certains dirons qu’il y a toute une marge entre les deux, sans doute, mais je trouve « l’occidentalisation » des traits des personnages regrettable, comme si on ne voulait pas embrasser complètement l’identiité japonaise. Je pense que c’est ce qui me fait décrocher à chaque fois, malgré une joli histoire et une bonne animation.
      (Comprennez bien que j’adore le Japon et son cinéma)

    • Un nouveau Miyazaki, c’est toujours excitant. tant d’originalité et de beauté en un film, c’est rare.

      J’ai vu Castle in the Sky récemment. wow! Mais mon préféré reste Spirited Away. J’ai trop hâte que mes fils soient assez vieux pour le voir. en attendant, on regarde Mon Voisin Totoro et Ponyo, encore et encore, et personne chez moi ne s’en plaint (même les grands-parents apprécient)!

      Disney et Pixar, c’est bien, mais y’a pas que ça! :)

      Un grand, TRÈS GRAND merci à M. Miyazaki.

    • Miyazaki, c’est le plus grand raconteur d’histoire des temps modernes (et je n’exagère même pas). Tous et chacun de ses films sont excellents, voire extraordinaire, et il sait faire vibrer l’humain en nous comme personne. Même ses oeuvres plus “mineure”, comme Ponyo, ont le don de réveiller l’enfant en nous. Choisir notre oeuvre préférée, c’est un peu comme devoir choisir notre enfant préféré.

      Si quelqu’un lit ce blogue en ce moment et qu’il n’a jamais écouté un film de Miyazaki, je vous en conjure, PITCHEZ-VOUS sur Princess Mononoke et Spirited Away, au minimum, question de faire votre éducation. Ensuite il y a les Nausicaa, Castle in the Sky, Porco Rosso et Totoro à voir. Parce qu’il le faut, amateur d’animation ou pas.

    • j’adore ce blogue! Magnifique référence.

    • Des films d’une extraordinaire beauté formelle qui fusionne parfaitement avec le fond. L’esthétique du Vent se Lève semble revenir à l’époque pré-Ponyo, par les détails de la nature dans les couleurs et les morphologies. La jeune fille, c’est Sophie du Château ambulant, l’ingénieur, c’est Tatsuo Kusakabe de Totoro.
      J’ai bien dû voir certains de ses films cent fois avec ma fille de 4 ans, de loin ses films préférés. Sans ordre particulier : Totoro, Ponyo, Kiki, Porco Rosso, Le Château ambulant (un peu plus violent celui-là). Les autres, c’est pour plus tard.
      Tous les films révèlent des trésors : les musiques (à la Verdi pour Porco Rosso, à la Wagner pour Ponyo, ce qui est naturel puisque Ponyo est Brünnhilde la Walkyrie), les estampes japonaises quand le vent souffle dans les arbres dans Totoro, etc. Même Ponyo, plus “naïf” dans le dessin et l’usage de la couleur, regorge de détails (portez attention aux sons !). Pas beaucoup de films d’animation peuvent être revus ainsi en dévoilant toujours de l’inédit, du moins pas à ma modeste connaissance.
      Et si vous avez une fille et que vous voulez lui faire voir des histoires de de filles/femmes fortes, malgré leurs tourments, rien de mieux.
      Premier post ici, mais lecteur de longue date. Vous et vos intervenants font partie de mes références.

    • J’allais souligner “Grave of the Firefly”, mais je viens de lire, c’est de Takahata. N’empeche, ca fesse dans le dash, comme disent les anglais…

      Quand le p’tits bonghommes deviennent serieux.

    • Et moi j’aimerais souligner au passage le rôle de Télé-Québec (alias Radio-Québec) pour avoir diffuser les oeuvres de Miyazaki et ainsi m’avoir permis de les découvrir.

      Spirited Away… c’est simplement génial!

    • @simon_pinard

      “Grave of the Fireflies”, quel film! Bouleversant; honnêtement c’est le genre de film que je ne veux pas trop revoir car ça vient nous chercher très profond, et ça marque. N’empêche qu’il est pas loin d’un chef d’oeuvre (99e dans le top 250 d’IMDB).

      Le Studio Ghibli, ce n’est pas juste Miyazaki après tout; ils font d’excellents film sans Miyazaki à la réalisation, seulement il n’ont pas la magie de ceux-ci. “Whisper of the Heart” et “Arrietty” sont deux bons exemples.

    • Grave of the Fireflies a.k.a. L’art de cécalisser sa soirée.

      Bon film, mais tellement démoralisant, on pourrait faire un super duo “poussez-vous au suicide” avec le classique British “Thread”.

      Et Miyazaki est un maitre. Compréhensible, sa décision, mais quelle perte…

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