Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 12 septembre 2013 | Mise en ligne à 13h30 | Commenter Commentaires (6)

    L’oncle Disney a fait un cauchemar…

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    … et il a été capturé par la caméra du jeune cinéaste Randy Moore, dont le premier long métrage, Escape From Tomorrow, prend la forme d’une traversée du miroir fort angoissante dans le «royaume magique» des parcs d’attraction de Disney, et cherche à subvertir l’idéologie de la béatitude absolue et affectée qui caractérise la marque du conglomérat aux grandes oreilles.

    J’ai parlé du film en janvier dernier, alors qu’il venait de créer un solide buzz au Festival de Sundance. Au-delà des critiques positives, ce qui retenait l’attention était la production rebelle et très peu conventionnelle du projet. Escape From Tomorrow n’a pas obtenu de permis de tournage pour ses deux lieux principaux : Walt Disney World, à Orlando, et Disneyland, à Anaheim.

    Le travail de mise en scène était extrêmement complexe, un «cauchemar» selon Moore, puisqu’il ne fallait jamais donner l’impression d’être une équipe de tournage. Les acteurs et les membres de l’équipe gardaient toujours une distance discrète, communiquant régulièrement par téléphone. Le fait de constamment tenir une caméra n’a cependant pas éveillé les soupçons, puisqu’il s’agit de «l’activité la plus naturelle qui soit» dans un tel endroit, a précisé le cinéaste.

    Escape From Tomorrow est un «conte de fées postmoderne» qui raconte le dernier jour de vacances en famille d’un père qui vient d’apprendre qu’il a été licencié. Au cours de sa journée dans le parc d’attraction, il commence à avoir des visions surréalistes (façon Lisa qui hallucine à Duff Gardens) et devient convaincu qu’il est la proie d’une conspiration. Mais c’est encore plus bizarre que ça, comme a tenté de le résumer un journaliste du New York Times :

    Papa est en extase devant deux filles mineures, pense que les figurines sont maléfiques et prennent vie, et prétend de se tirer dessus avec un faux fusil Frontierland. Il y a une épouvantable scène de vomissement, un obèse sinistre qui se promène en scooter et une séquence à Epcot dans lequel notre héros se fait taser. Il est ensuite conduit dans une pièce secrète en dessous de la sphère Spaceship Earth – qui est décrite dans le film comme «la testicule géante» – et s’y fait laver le cerveau. «On ne peut pas être heureux tout le temps», dit un personnage vers la fin, «ce n’est juste pas possible».

    Selon un journaliste du Los Angeles Times, qui dit n’avoir jamais vu un film aussi étrange et provocant en huit ans de couverture à Sundance, Escape From Tomorrow est le «portrait d’un homme qui semble avoir perdu tout sens de l’optimisme dans un endroit qui en regorge». (Une entrevue vidéo avec le cinéaste à consulter ici).

    Une des craintes des amateurs du film était la réaction de Disney, et les possibles poursuites engendrées par la corporation qui empêcheraient une distribution en salle, ou même en vidéo. Mais la production a protégé ses arrières en se prévalant d’une assurance de la responsabilité civile professionnelle (fouillez-moi ce que ça veut dire), a annoncé le mois dernier le LA Times.

    Des experts juridiques doutent d’ailleurs de la solidité d’un éventuel recours en justice de la part de Disney, arguant entre autres qu’une telle action lui fournirait davantage de publicité négative qu’autre chose, et finirait immanquablement par rehausser le profil du film.

    Escape From Tomorrow prendra donc le chemin des salles et de la VoD le 11 octobre aux États-Unis (toujours pas de date confirmée pour le territoire canadien). Mise en ligne hier, la bande-annonce est tout simplement splendide et, compte tenu que le film a été tourné de manière complètement clandestine, la qualité de son look dépasse les attentes. À noter en ouverture les premières notes de la musique de Trois couleurs : Bleu, une référence fort élégante.


    • La responsabilité civile est la responsabilité qu’on encourt pour un préjudice causé à autrui et qui n’est pas dans un cadre contractuel.

      Si je lance une roche au hasard dans les airs et qu’elle vous tombe dessus, je suis responsable civilement du préjudice que cette roche va vous faire et vous pourrez ainsi me poursuivre pour les dommages subis. En droit, la diffamation entre dans cette catégorie juridique: un recours en diffamation (la crainte envers Disney) serait donc possible si la production a commis une faute qui cause un préjudice à la réputation de Disney, par exemple. La question, ici, serait: quelle est la faute?

      Une assurance responsabilité civile professionnelle est donc une assurance qui couvre ces poursuites dans le cas où la faute a été commise dans un contexte professionnel. Tous les médecins, hôpitaux, avocats, etc. en ont une.

      Une cousine documentariste m’a déjà dit que dans son milieu, ces assurances sont une plaie, car la majorité des organismes de financement exigent une telle assurance pour les documentaires, mais que souvent les contrats d’assurance ont tellement de limites que leur utilité potentielle est très limitée. Malgré cette couverture réduite, l’assurance coûte très cher, les assureurs sachant que c’est une quasi-condition à l’obtention de financement.

    • Mouais, je ne sais pas si c’est la faute de Disney mais votre trailer a déjà été retiré. Plusieurs autres trailers du même film sur YouTube aussi. Celui-ci fonctionne encore – pour l’instant: http://www.youtube.com/watch?v=1nfU_5NWBoE

      Quelque chose me dit que ce réalisateur va bientôt être enfermé dans le frigo avec Walt…

    • Ça l’air visuellement assez intéressant. Le parallèle entre le pastiche noir et blanc et le ton de parodie glauque style fantasia me donne le goût d’en voir plus.

      Et détruire le rêve de Disney, n’est-ce pas un beau fantasme d’émancipation!?

    • “Ça l’air visuellement assez intéressant. Le parallèle entre le pastiche noir et blanc et le ton de parodie glauque style fantasia me donne le goût d’en voir plus.”

      +1

    • Est-ce que le gars vire fou après avoir entendu la toune de ”It’s a small world” ?

    • O Dreamland (1953). http://www.dailymotion.com/video/x7w9vw_o-dreamland_shortfilms

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