Jozef Siroka

Archive, septembre 2013

Lundi 30 septembre 2013 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (53)

Inception : Ariadne ne parvient pas à suivre le fil…

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Dans la mythologie grecque, Ariadne est une princesse qui fournit au héros Thésée un fil qui lui permettra de trouver le chemin de la sortie après avoir disposé du Minotaure dans le fin fond du labyrinthe. Dans Inception (2010) de Christopher Nolan, Ariadne est un personnage de soutien interprété par Ellen Page qui offre une bobine verbeuse aux spectateurs afin qu’ils puissent suivre plus aisément l’intrigue complexe (ou compliquée, c’est selon) de ce récit labyrinthique.

Tout au long du film, elle remplit deux rôles distincts. Celui du Watson, d’ordre extradiégétique, qui alimente l’exposition narrative et sert de substitut aux interrogations du public, ainsi que celui d’ordre dramatique: un membre de l’équipe d’extracteurs de rêves dirigée par Leonardo DiCaprio, à qui elle demande beaucoup de questions. Selon le décompte ci-dessous, elle en pose pas moins de 88, c’est-à-dire environ une question par minute et demie d’action. La pauvre Ariadne semble empêtrée dans son propre fil…

Et il n’y a pas qu’Adriane qui prend les spectateurs par la main, comme on peut le voir (0:47) dans cette «bande-annonce honnête».

Enfin, malgré tous les efforts de la part des Watson dispersés dans le film afin de rendre le récit intelligible, Inception serait tout de même coupable de 37 «péchés» scénaristiques, selon cette analyse assez condensée, mais à prendre toutefois avec un grain de sel (la qualité cinématographique n’est pas nécessairement proportionnelle à un quelconque respect de la logique mathématique, ou cartésienne).

À lire aussi :

> Retour sur Inception
> Guide audio-visuel pour mieux comprendre Inception
> Inception : quand un critique dépasse les bornes

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Vendredi 27 septembre 2013 | Mise en ligne à 20h30 | Commenter Commentaires (4)

Le court du week-end : Next Floor

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Alors que Denis Villeneuve vient de frapper un retentissant double à Hollywood aux allures de coup de circuit, une des oeuvres les plus réputées de sa «période québécoise» – oui il est déjà venu le temps de la segmentation géographique pour désigner sa filmographie – a récemment pris le chemin du web: il s’agit de Next Floor (2008).

Le court métrage est né d’une «commande romantique» de Phoebe Greenberg, grande mécène des arts de la métropole et fondatrice du complexe multimédia PHI Centre, sis dans le Vieux-Montréal, où Next Floor fut d’ailleurs tourné.

Le film de près de 12 minutes a connu une fulgurante carrière à l’international; présenté dans plus de 200 festivals, il a reçu une soixantaine de récompenses, dont le Prix Canal + du meilleur court métrage à la Semaine de la Critique à Cannes, ainsi que le Jutra du meilleur court métrage dramatique.

Le synopsis :

Au cours d’un opulent et luxueux banquet, onze convives, servis sans retenue par des valets et des serviteurs attentionnés, participent à un étrange rituel aux allures de carnage gastronomique. Dans cet univers absurde et grotesque, une succession d’événements viendra secouer la procession de cette symphonie d’abondance.

Avec son illustration cauchemardesque et étouffante d’une bourgeoisie baignant dans le vice qui cause (littéralement) sa propre chute, Next Floor invite à des rapprochements thématiques avec des classiques comme La Grande Bouffe (1973) de Marco Ferreri et Le Fantôme de la liberté (1974) de Luis Buñuel, des visions surréalistes à grands coups de métaphores d’une société en décadence.

Mais au-delà du propos, la force du film réside dans la maîtrise et l’ingéniosité formelle dont fait preuve Villeneuve, qui évite habilement le piège du statisme et de la redondance que tendent souvent les exercices de style confinés dans un huis clos. À ce titre, le cinéaste québécois ne renie aucunement l’approche essentiellement formaliste qu’il a adoptée pour ce projet, et pour d’autres qui ont suivi, affirmant dans cette entrevue qu’il a accordée au Voir la semaine dernière :

«Quand j’ai fait Next Floor et Enemy, je me suis envoyé en l’air: c’était fondamentalement libérateur. J’avais besoin de m’amuser plastiquement avec un film afin de pouvoir faire un film comme Incendies, c’est-à-dire un film où j’allais vraiment être au service de l’histoire, être dans une sobriété formelle. J’ai besoin de tourner dans les deux registres, mais je ne peux pas le faire dans le même film.»

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Mardi 24 septembre 2013 | Mise en ligne à 22h00 | Commenter Commentaires (6)

Poursuite contre Voyage of Time : la réplique de Malick

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Deux mois après avoir été la cible d’une poursuite par la société de production britannique Seven Seas Partnership (SSPL), le coin de Terrence Malick a répliqué lundi avec le dépôt d’une demande reconventionnelle en cour fédérale de New York. Les avocats du cinéaste américain allèguent que la compagnie de financement est coupable de bris de contrat, et non le contraire, comme le clame cette dernière.

Rappelons que SSPL accuse la maison de production de Malick, Sycamore Pictures LLC, d’avoir «dédié ses énergies sur quatre autres films dans les cinq dernières années» et d’avoir dépensé les 3,3 millions $ octroyés pour son documentaire «épique» Voyage of Time sans fournir de résultats tangibles. Ce à quoi l’équipe légale du réalisateur de Tree of Life a répondu :

[Le financier] a concocté l’histoire de sa plainte et a émis des réclamations montées de toutes pièces comme prétexte pour le fait qu’il est soit à court de, ou n’a jamais eu, les fonds nécessaires pour respecter ses obligations de financement en vertu de l’accord, ou a autrement décidé de ne pas poursuivre le financement de VOT en violation de ses obligations contractuelles.

Les avocats de Malick affirment par ailleurs que SSPL «tient en otage» le documentaire, projet sur lequel leur client «a travaillé pendant la majeure partie de sa vie professionnelle». Ils réclament la finalisation de l’accord entre les deux parties, ou le retour des droits d’auteur de Voyage of Time, ainsi que le retour des matériaux de production que détiennent SSPL.

D’après la poursuite initiale, Voyage of Time devait constituer un long métrage d’une durée entre 90 et 150 minutes, ainsi que deux films IMAX de 45 minutes chacun. Les investisseurs allèguent que, à l’approche de la date butoir en 2012, Malick leur avait demandé plus de temps et d’argent. On lui aurait alors réclamé une «garantie sans équivoque» qu’il se «concentre finalement» sur ces tournages. Une condition que le cinéaste à la méthode de travail notoirement intuitive et imprévisible aurait refusée.

Mais il semblerait que ce n’est pas que Malick qui s’est montré hésitant dans cette affaire, tant est qu’on croit la version du plaignant. Selon une lettre d’entente datant de 2010, résumée par Deadline, SSPL a accepté de verser 9,3 millions $ à la production mais, deux ans plus tard, n’avait fourni que le tiers de la somme promise, tout en exigeant que Malick s’engage «exclusivement» sur la réalisation du film, faisant fi de leur propre entente stipulant que le travail du cinéaste sur le docu était «non-exclusif».

Comme le disent si bien nos voisins du sud, j’ai bien peur que it’s going to get worse before it gets better

Selon IMDb, Voyage of Time, qui a pour narrateurs Brad Pitt et Emma Thompson, se trouve «en post-production», tout comme deux autres long métrages de fiction de Malick: Knight of Cups, avec notamment Natalie Portman, Christian Bale et Cate Blanchett, et un film sans titre qui se déroule dans le milieu de la scène musicale au Texas, réunissant un casting assez ridicule, comprenant les trois acteurs susmentionnés, en plus de Ryan Gosling, Michael Fassbender, Val Kilmer, Benicio Del Toro et Rooney Mara. J’en parle plus en détail ici.

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Pour revenir à notre documentaire, il tire sa source dans le mythique projet inabouti Q, qui devait être le troisième long métrage de Malick, et qui portait sur «les origines de la vie sur Terre». La séquence de la création de l’univers dans The Tree of Life en était un héritier, et Voyage of Time se présente comme une extension extrêmement ambitieuse de cette magnifique vignette du film palmé.

En mai 2011, le Los Angeles Times avait décrit le docu ainsi: «Voyage of Time va se pencher sur les premiers signes de vie, les bactéries, les cellules pionnières, le premier amour, la conscience, l’ascension de l’humanité, la vie, la mort et la fin de l’univers. [...] Le plan d’affaires, abondamment enrichi d’images de méduses, d’embryons de crocodiles, de nébuleuses, d’une fente du canyon de l’Utah, et du satellite de Jupiter, Ganymède, comprend des lettres de témoignage de Francis Ford Coppola, Martin Scorsese et Steven Spielberg, qui promet que Voyage of Time sera une combinaison mémorable d’art et de science qui saura autant inspirer qu’éduquer.»

Une autre genre de réplique…

Les Malick haters vont se délecter avec cette invective pas mal baveuse merci du légendaire William Friedkin (The French Connection, The Exorcist) à l’endroit du mal aimé To the Wonder.

À lire aussi :

> To the Wonder : danser son amour dans le pré
> Terrence Malick a tourné sa propre «nuit américaine»
> The Tree of Life : entre extase et désespoir
> The Thin Red Line : le beau cadeau de Criterion

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