Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 25 juillet 2013 | Mise en ligne à 13h45 | Commenter Commentaires (13)

    Le (second) retour de Peter Bogdanovich

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    Pour beaucoup d’entre vous, je présume, le nom de Peter Bogdanovich ne veut pas dire grand chose. Vous l’avez peut-être vaguement entendu ou lu quelque part, à quelques reprises, sans vous y être particulièrement attardé. Et pourtant, au début de sa carrière, alors que se mettait en branle le Nouvel Hollywood, son nom était prononcé dans le même souffle que les jeunes talents prometteurs qu’étaient Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, William Friedkin, Brian de Palma ou Steven Spielberg.

    Mais le destin en a voulu autrement. Avec The Last Picture Show (1971), son troisième (et meilleur) long métrage au regard finement nostalgique sur une jeunesse rongée par l’ennui et les premières désillusions dans un bourg perdu du Texas dans les années 1950, il est devenu une superstar. Ses deux films suivants, What’s Up, Doc? (1972) et Paper Moon (1973), se sont également avérés des succès critiques et commerciaux, mais après ce fut la débandade.

    Certains blâment son déclin précipité sur sa relation avec Cybill Shepherd, mannequin de 21 ans qu’il a engagée pour jouer une femme fatale dans The Last Picture Show, et dont le rôle a dépassé la fiction. Le cinéaste a en effet craqué pour la sublime nymphe, a divorcé avec sa femme et précieuse collaboratrice artistique Polly Platt, avant de donner à Shepherd, sa nouvelle épouse et muse, la vedette dans deux de ses films : Daisy Miller (1974) et At Long Last Love (1975), deux flops qui ont pour ainsi dire mis fin à sa carrière d’auteur avec un grand A.

    Bogdanovich a continué à tourner après l’implosion du Nouvel Hollywood, pondant ça et là quelques films à la qualité artistique inconstante et à la popularité quasi-nulle (sauf une exception). Parallèlement à son travail de réalisateur, il s’est imposé comme un historien d’envergure sur le cinéma. Il a publié une dizaine d’ouvrages sur Hollywood, dont des livres sur Orson Welles, John Ford et Fritz Lang. Il fournit d’ailleurs fréquemment des commentaires ou des introductions pour des suppléments DVD, notamment chez Criterion. Depuis août 2010, il tient un excellent blogue, Blogdanovich, hébergé par le site indieWIRE.

    Il a connu une longue période d’inactivité cinématographique entre 1993 et 2001, année qu’il a sorti une de ses oeuvres les plus satisfaisantes, le coloré et élégant The Cat’s Meow, une sorte de Gosford Park sur un bateau, mais sans domestiques, qui raconte l’histoire «semi-vraie» d’un meurtre sur le yacht de William Randolph Hearst (le modèle pour Charles Foster Kane) en 1924. Il s’agissait d’un retour en forme pour Bogdanovich qui, à 73 ans, se prépare à en faire un second, cette fois-ci après douze ans d’absence.

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    Il s’agit d’une comédie se déroulant dans le milieu du show-business intitulée Squirrel to the Nuts, dont le tournage est présentement en cours à New York, et qui réunit une bien jolie distribution.

    Owen Wilson joue un metteur en scène de Broadway marié qui rencontre une call-girl (l’angélique Imogen Poots) qu’il essaie de convaincre de changer de vie, «causant un effet domino qui complique sa propre vie». L’ancien de Saturday Night Live Will Forte incarne quant à lui le dramaturge de la pièce dirigée par Wilson, qui fréquente une thérapiste égocentrique (Jennifer Aniston). Avec également Richard Lewis, l’ami renfrogné de Larry dans Curb Your Enthusiasm, et l’ancienne muse de Bogdanovich, Cybill Shepherd.

    Le film est produit par deux des cinéastes les plus réputés du mouvement indie, Noah Baumbach (The Squid and the Whale, Frances Ha) et Wes Anderson (The Royal Tenenbaums, Moonrise Kingdom); ce dernier est d’ailleurs un grand admirateur de Bogdanovich, en particulier de sa comédie romantique They All Laughed (1981), dont il vante «sa structure circulaire, son large casting et le fait qu’il n’y a pas de véritable rôle négatif» dans cet entretien vidéo entre les deux hommes.

    Pour revenir à ma phrase d’introduction, si vous faites partie de ceux qui ignoraient l’existence de ce cinéaste fort intéressant, ou si vous désirez tout simplement apprendre à mieux le connaître, je vous suggère de regarder By Bogdanovich (2011), un documentaire assez exhaustif sur sa carrière.


    • Juste pour le Last picture show, Bogdanovich mérite qu’on apprenne à prononcer son nom. Un des films les plus marquant des années 70.
      J’ai vu récemment paper moon, bon aussi.

      Depuis, on connait tous son visage pour sa participation à des séries télé ou des docus.

    • Bagdonovich ? Bogdanovich?

      Aronofsky? Anorofsky?

    • Je commence la partie #1 du documentaire. La toute première phrase m’a fait sourire. Je suis accroché.

    • Oui Mask en 1985 avec Cher et Eric Stoltz est bien connu, un film qu’on nous faisait regarder au secondaire dans un cours d’enseignement religieux.

      http://en.wikipedia.org/wiki/Mask_(film)

    • The Last Picture Show est effectivement un film merveilleux. Mais Bogdanovich demeure pour moi, comme vous l’avez noté, davantage un historien du cinéma, dont les conversations avec Welles et Lang (rien que ça…) sont inépuisables. Personnellement, j’adore son amour du cinéma dont la cinéphilie, qui s’inscrit dans la tradition française des Cahiers, est aussi vivante qu’encyclopédique. En tant que cinéaste, c’est vrai qu’il est aujourd’hui un peu injustement oublié, un peu au même titre que Monte Hellman (The Shooting, Two-Lane Blacktop) ou Richard Sarafian (Vanishing Point, Man in the Wilderness).

    • Il y a 30 ans,il avait une rumeur qu’il sortait avec la playmate de 1980 Dorothy Stratten, ce serait la raison pourquoi son ex, fou de jalousie, aurait assassinée cette dernière.

    • Ça donne envie de voir ses « autres » films, Targets entre autre qui m’intrigue beaucoup avec Nickelodeon, et maintenant They all laughed. Je connais mieux l’historien moi aussi quoique Mask soit déterminant dans mon apprentissage de la vertu et dans mon rapport juvénile avec les choses du visible.
      Pour la suite, The Shooting de Monte Hellman a déterminé ma réappropriation du visible par la distorsion philo-psychédélique.

    • Oh, Laura Dern, dans Mask!

    • Ah, Millie Perkins dans The Shooting!

    • Et on rêve tous de voir The other side of the wind avec John Huston, Bogdanovitch et… Stéphane Audran!

    • On peut en voir des petits bouts dans ce document:

      http://video.orange.mu/shortfilms/the-other-side-of-the-wind-entretien-avec-francoise-widhoff/

      La saga de la complétion de ce film est complètement dingue. Au moins avec les AMBERONS, on sait que c’est un rêve impossible…

      http://en.wikipedia.org/wiki/The_Other_Side_of_the_Wind

    • Même s’il est sûrement vu comme un de ses films «mineurs», «Noises off» est ma comédie favorite, toutes origines confondues.

      Le «timing comique» (autant dans le jeu que dans la réalisation) est épatant.

    • “Oui Mask en 1985 avec Cher et Eric Stoltz est bien connu, un film qu’on nous faisait regarder au secondaire dans un cours d’enseignement religieux.”

      Wow, je n’avais jamais réalisé que Stoltz jouait dans Mask! Par contre, Sam Elliott a marqué ma jeunesse avec ses rôles de Gar et surtout Wade Garrett dans Road House dont la description fort minimaliste est on ne peut plus explicite : “A tough bouncer is hired to tame a dirty bar. “

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