Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Lundi 15 juillet 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (25)

    Room 237 : le miroir déformant de la critique

    room-237porte

    Dans le documentaire Room 237 de Rodney Ascher, cinq individus y vont de leurs théories tantôt extraordinaires, tantôt farfelues, mais jamais banales, sur The Shining. Le classique de Stanley Kubrick est une allégorie du massacre des Indiens d’Amérique et de l’Holocauste, prouve que l’alunissage d’Apollo 11 était une supercherie, évoque le mythe du Minotaure, le conte Hansel et Gretel, ou encore le roman La Montagne magique de Thomas Mann…

    Les intervenants ne sont jamais présentés à l’écran; leur obsession pour The Shining étant telle, qu’il est plus pertinent de fusionner leurs voix aux images de l’oeuvre qu’ils connaissent peut-être mieux qu’eux-mêmes, qui supplante à la limite leurs propres personnalités. Le montage d’Ascher, très personnel, parfois fragmenté, agrémenté d’inserts visuels plus ou moins allusifs tirés d’autres films, souvent issus de la filmographie de Kubrick, appuie à merveille l’idée de labyrinthe mental dans lequel se sont empêtrés ses sujets.

    J’ai assisté à une projection de Room 237 au Cinéma du Parc, où il fut présenté une courte semaine fin juin. Beaucoup de rires et d’approbations sonores dans la salle presque bondée, et entre ces marques d’appréciation, un silence respectueux. En somme, un documentaire fort amusant et captivant. Et si la réponse critique fut également positive, comme en fait foi la solide note de 80% établie par Metacritic, certains professionnels de la plume ont plutôt témoigné d’un sentiment d’horreur en quittant la chambre maudite.

    Ce fut notamment le cas du vétéran Jonathan Rosenbaum, qui a accusé le film dans son blog en septembre dernier de faire en quelque sorte l’apologie du relativisme absolu dans la sphère de la transmission du savoir :

    Comme beaucoup (trop) de films contemporains, Room 237 de Rodney Ascher est à la fois divertissant et répréhensible. [...] Il refuse de faire des distinctions entre les interprétations qui sont semi-plausibles ou psychotiques, concevables ou ridicules, impliquant qu’elles sont toutes simplement de la «critique de cinéma», et parce que tout le monde est un critique de cinéma ces jours-ci, elles méritent toutes d’être traitées avec une dose égale de respect et/ou de moquerie (en supposant que l’on puisse distinguer entre les deux) – qui plus est, sans discernement et avec dérision, avec l’ironie en tant que trappe d’évacuation perpétuelle. [...]

    Contrairement à ses cinq experts, Ascher ne prend pas le risque de se tromper lui-même en se comportant comme un critique et en portant des jugements comparatifs sur certains des arguments ou positions présentées, donc il finit inévitablement par saper la critique elle-même en lui donnant l’air d’une activité déshonorante et absurde. Nous ne pouvons même pas dire s’il représente ses commentateurs équitablement; il semble tellement investi à leur donner une crédibilité équivalente qu’il ne peut qu’en faire des illuminés.

    Le blogueur Girish Shambu, qui a assisté à la projection du documentaire au Festival de Toronto en compagnie de Rosenbaum, appuie son estimé collègue :

    Il y a au moins deux problèmes avec la représentation de la critique cinématographique dans Room 237. Tout d’abord, c’est une activité qui est souvent perçue comme outrée, capricieuse ou cinglée. (Comme en témoigne l’éventail des théories proposées). Deuxièmement, et plus important encore, la critique est ici une activité hermétique largement apolitique qui se déplace vers l’intérieur, se taillant un espace fermé sur lui-même, l’espace d’un puzzle cognitif, une énigme à résoudre sur la base d’indices bien dissimulés par un cinéaste de génie.

    Repérer les références cachées à l’Holocauste ou au génocide des Indiens d’Amérique n’est pas en soi une activité réfléchie d’un point de vue critique ou politique. The Shining (tout en étant un film merveilleux, pour de nombreuses raisons) n’aborde tout simplement pas ces lourds traumatismes historiques. Ça n’en parle pas d’une manière significative, et n’a pas non plus à le faire pour être un grand film. Mais quand Room 237 représente l’analyse de films comme rien de plus plus qu’un exercice savant de résolution de casse-têtes, il ne donne aucune indication quant à la valeur sociale et politique/esthétique de cette activité publique. Il ne reconnaît jamais ce qui est vraiment en jeu dans l’activité de porter une attention rapprochée, analytique, aux films.

    Ces critiques détiennent une passion certaine pour leur métier, mais je crois que leur indignation dans le cas de Room 237 est mal placée. Leur évaluation du documentaire tient, avec toute l’ironie que cela comporte, de la surinterprétation. La critique cinématographique, du moins selon sa définition pragmatique, n’est pas du tout le sujet central du film; il s’agit en fait d’une célébration de notre rapport personnel au cinéma, de l’acte même de regarder des images en mouvement, et de se les approprier.

    Et pour ce qui est des accusations de paresse ou de malhonnêteté intellectuelle à l’endroit de Ascher, qui refuserait d’exprimer son point de vue sur les diverses théories: encore une fois, son film dépasse le désir d’analyse de The Shining. Il se nourrit plutôt du climat de mystère du classique de Kubrick afin d’illustrer une de ses thèses: que la notion de «vérité» vis-à-vis une oeuvre, en particulier une qui est aussi complexe que celle à l’étude, mène vers une quête complètement futile. Et que l’idée de découvrir les intentions des cinéastes est tout aussi vaine et, surtout, beaucoup moins constructive qu’on ne le croit.

    Si Room 237 a mis messieurs Rosenbaum et Shambu sur la défensive, c’est peut-être parce qu’il tend un miroir déformant sur leur propre profession, et qu’ils n’ont pas apprécié le reflet. Quel critique peut prétendre, en toute bonne foi, n’avoir jamais émis des arguments qui, en rétrospective, paraissent très douteux, inutilement alambiqués, tirés par les cheveux? Ce n’est pas dire qu’il ont nécessairement été malveillants ou mal articulés. Il en va de même pour les cinq intervenants du documentaire: des cinéphiles chevronnés et apparemment sincères. Des gens qui, quoiqu’on pense de leurs conclusions aux échos par moments conspiratoires, sont clairement intelligents, et qui aiment The Shining non pas passionnément, mais bien à la folie.

    À lire aussi :

    > The Shining : la fin originale dévoilée
    > Le critique a (presque) toujours raison


    • selon moi, le documentaire est beaucoup anecdotique, ce n,est pas une analyse sommaire qui fait une synthèse, mais plus un ramassis, c,est un peu la seule chose que je lui reproche. sur youtube, rob ager fait de l,excellente analyse des films de kubrick et de bien d,autres films sous-évalués.

    • Ce qui a de bien dans votre blogue, c’est que vous cherchez toujours à faire une réflexion qui va au-delà du premier réflexe de tout cinéphile, qui sera souvent très catégorique. Vous prenez un extrême et son opposé, et vous chercher une solution à mi-chemin. Ce n’est pas du compromis: plus une recherche de la vérité dans la nuance. On sent le désir de la précision.

      Pour les analyses digressives, là on pourrait en parler longtemps. Mais comme vous dites, ce n’est peut-être pas là la question dans ce film.

    • Intéressant mais moi je me suis amusé à aller voir le nom des intervenants et ensuite à faire une recherche Google avec leur nom et The Shining… J’en suis juste aux deux premiers nommés Bill Blakemore et Geoffrey Cocks…

      http://williamblakemore.com/Blakemore-%20Kubrick%20Shining.pdf

      Pas encore tout lu mais cela semble aller au-delà de la critique de cinéma… Alors en plus d’être susceptibles des critiques de cinéma seraient-ils jaloux de gens plus brillants qu’eux ? ;) (ironie).

      Julie Kearns aussi…

      http://www.idyllopuspress.com/meanwhile/15414/the-shining-analysis-table-of-contents/

    • Jay Weidner maintenant…

      http://www.youtube.com/watch?v=1_mjDA9pI04

      Relativisme absolu ou plutôt chaque individu en regardant un film n’enlève pas nécessairement ses propres lunettes pour percevoir la réalité et ne se défait pas de ses obsessions et croyances.

      http://www.youtube.com/watch?v=1_mjDA9pI04

    • Je pense que ce qui a agacé les 2 critiques, c’est surtout l’idée que leur profession n’est pas une chasse-gardée quasi-inaccessible, comme le serait une communauté scientifique, dont les membres devraient être validés par les pairs et par l’autorité que confère le diplôme.

      Tous les spécialistes, qu’il s’agisse des médecins des avocats, des sociologues ou des psychologues, ont toujours pris soin de baliser l’accès au titre officiel qui coiffe leur domaine, et c’est clairement ce qui préoccupe Rosenbaum et Shambu.

      Ils n’aiment pas que le documentaire refuse de discréditer ou de valider ces analyses “profanes” et relativise par le fait même le statut de critique. Ils auraient aimé que la documentaire fasse clairement la distinction entre les cinéphiles amateurs et professionnels.

      On peut néanmoins les comprendre, vu que la lecture souvent désolante des critiques de films sur le web (encore plus sur les sites tels allocine et IMDB) donne lieu à des insignifiances qui finissent certainement par noyer la critique académique dans le bruit de fond des opinions et des raccourcis.

      C’est un peu comme lorsque les médias parlent des changements climatiques en faisant des vox pop 50/50, alors que plus de 90% des scientifiques patentés admettent leur lien avec l’action humaine.

      En même temps, je crois qu’ils se trompent de cible, en ce que la critique populaire ou amateure est une des plus belles choses qui a pu arriver au cinéma, en créant des points de rencontre entre l’analyse, l’érudition profane et l’amour du cinéma en général.

      La menace pour la qualité de la critique cinématographique vient beaucoup plus du manque d’éthique, d’érudition et d’habileté rédactionnelle des critiques officiels des médias grand-public. C’est cela qui les place au niveau de ceux qu’ils prétendent mépriser et les met sur la défensive face au supposé amateurisme “ridicule” ou “semi-plausible”.

    • Je plussoie…

    • Le discours des deux critiques est le discours typique des gars qui assistent au changement de leurs professions et qui sont dépassés par les évènements.

      ‘impliquant qu’elles sont toutes simplement de la «critique de cinéma», et parce que tout le monde est un critique de cinéma ces jours-ci’

      Dans ce cas-ci on ne parle pas de critiques. On est dans l’analyse créative. D’ailleurs c’est ce qu’on voit beaucoup sur internet (je ne parle pas des commentaires sur IMDB, plutôt des sites spécialisés), des gens avec des connaissances assez poussées et une formation en cinéma qui s’éloignent du format traditionnel des critiques.

      C’est ça qui semblent déranger les vieux de la vieille.

      Par contre ils n’ont pas complètement tort, j’aime beaucoup ce genre d’analyses mais de parler de Shining comme d’une allégorie du massacre des Indiens d’Amérique ou de l’Holocauste ou de faire un lien Apollo 11 c’est un peu n’importe quoi.

      Malgré tout le film semble fonctionner, le genre de film qui fonctionne parce que les créateurs ont une réelle passion pour le sujet (et c’est probablement le vrai thème du film).

      Et je trouve que c’est un bon exemple du génie de Kubrick. Ses films se tiennent toujours par eux même mais ils laissent une porte ouverte à l’interprétation et au sous-entendu qui font qu’ils fascinent encore mais s’ils ont déjà quelques décennies.

    • À propos des Amérindiens…

      En lisant l’article (1987) de Bill Blakemore – il participe à Room 237 et est journaliste à ABC – sur le sujet, on est frappé par deux choses: la quantité d’exemples qu’il donne pour appuyer sa théorie sur le génocide amérindien…et l’absence de structure logique derrière cette accumulation de flashs et de références.

      http://www.visual-memory.co.uk/amk/doc/0052.html

      Tout est amalgamé comme si chaque élément en soi était une évidente preuve. Ex: L’hôtel s’appelle Overlook PARCE QUE les Étasuniens ” have Overlooked (the génocide)”

      Toutefois, Blakemore n’arrive pas vraiment à faire un lien explicatif clair qui sortirait de ce qu’un avocat appellerait une preuve circonstancielle. On est dans une interprétation presque psychanalytique du film comme d’un rêve freudien fait par l’ensemble de la société américaine.

      En fait, son meilleur argument demeure la quantité de références aux Amérindiens et non leur signification réelle. Cette quantité nous force néanmoins à considérer que le placement de ces références par Kubrick était intentionnel.

      Puis, Blakemore se reprend un peu et même atténue ses propos de 1987 dans une entrevue sur Room 237:

      “I do not think that The Shining “is really about” the genocide of the American Indians… nor of the Holocaust, nor of humanity’s universal tendency throughout history to commit such unspeakable atrocities and then carry on as if nothing bad had happened. I do think, however, that Kubrick carefully placed some natural reminders – highly realistic and representative in the 1980 America in which the film is set – of such actual historical and unspeakable events in the not-too-distant past. Nor do I think there are any “hidden” or “secret” meanings in The Shining. They’re all in plain sight just where he put them (…)”

      http://www.thedailybeast.com/articles/2013/03/29/room-237-subject-bill-blakemore-writes-about-his-the-shining-conspiracy-theories.html

      Je n’ai pas vu le documentaire et je ne sais pas si Blakemore y présente la version de 1987 ou celle de 2013 de son interprétation du film, mais si on se fie à la dernière citation, nous sommes beaucoup plus près d’une analyse nuancée et loin des théories “ridicules” évoquées par les détracteurs du documentaire.

    • Jonathan Rosenbaum corporatiste et nouvelle incarnation de Bosley Crowther? Lui qui a un regard si personnel sur le cinéma et son métier de critique? Faut pas l’avoir lu souvent… Vous en connaissez beaucoup des critiques américains qui préfère parler de Pedro Costa que du dernier IRON MAN? Moi pas.

      Pour la petite histoire Mr. Crowther était le critique du New York Times dans les années 40-50-60. Champion du néo-réalisme, il s’en est pris avec véhémence à BONNIE AND CLYDE et fut ainsi relégué aux oubliettes de l’histoire de la critique pour être passé à côté du “nouvel Hollywood”.

    • @ winslow

      “everyone is a film critic nowadays”

      “he (Asher) inevitably winds up undermining criticism itself by making it all seem like a disreputable, absurd activity”

      “the reductive treatment of all critical voices as equal is the surest way of nullifying all criticism and therefore all journalism as well.”

      Ces phrases en disent long sur la nature de l’irritation de Rosenbaum. Irritation qui n’est pas sans fondement, je le répète.

    • The Shining est bien un film, au moins en partie, sur le génocide Amérindien.

      Et j’ai déjà lu plusieurs fois Jonathan Rosenbaum parlé avec respect de la critique web, je ne pense pas qu’il se sent menacé d’une quelconque façon. Il s’attaque au relativisme supposé par le film, à l’absence de prise de position du documentariste, ce qui peut en effet poser problème (je n’ai pas vu le film, alors j’en ai aucune idée). Il me semble qu’il est possible de parler de la passion de ces gens pour un film, de leur amour pour le cinéma, tout en notant au passage que leurs analyses ne valent pas grand chose (sauf les Amérindiens).

    • Rosenbaum a pris sa retraite alors on ne peut pas parler de corporatisme. De plus, il a toujours tracé sa voie en solitaire dans le monde de la critique (voir sa position sur Bergman ou sa liste de 1000 films en réponse au top 100 AFI – http://www.alsolikelife.com/FilmDiary/rosenbaum.html ).

      Je n’ai pas vu ROOM 237 mais sa prise de position me semble valable, et surtout cohérente avec le discours sur le cinéma qu’il a toujours privilégié.

      Rosenbaum est un maître, un pilier, il n’y a pas de doute. Mais dans ce cas-ci j’ai bien peur qu’il regardait un autre film que celui qui était à l’écran, afin d’avancer des arguments – fort valables soit dit en passant – qui l’intéressaient à ce moment. Elle se trouve là toute l’ironie de la chose, Room 237 parle entre autres de gens qui s’approprient une oeuvre afin de décharger leurs propres obsessions, qui ont pour la plupart un lien très ténu avec l’oeuvre en question. Et Rosenbaum fait exactement cela. Le docu entre davantage dans la catégorie de l’essai expérimental. Ce n’est pas parce que des gens parlent d’un film qu’ils prétendent automatiquement faire de la critique cinématographique professionnelle. -js

    • De plus, reprocher à Asher de ne pas prendre position en arguant que son refus de dire lesquels de ses sujets sont des illuminés “nullifie” le journalisme est un peu de la mauvaise foi.

      Room 237 n’est pas une critique de film de film, justement.

    • @ Jozef

      Je n’ai pas vu le film donc je ne peux pas juger de la valeur de ses arguments et ce que vous dites me semble sensé. Je ne faisais que répondre à ceux qui y voyait les paroles d’un vieux grincheux déphasé allant au bat pour la profession. Rosenbaum a toujours abordé le sous-texte d’un film de façon frontale, militante même, qu’il soit politique ou moral. Il peut se tromper bien sûr, mais ce n’est rien de nouveau.

    • ‘I do think, however, that Kubrick carefully placed some natural reminders – highly realistic and representative in the 1980 America in which the film is set – of such actual historical and unspeakable events in the not-too-distant past. Nor do I think there are any “hidden” or “secret” meanings in The Shining. They’re all in plain sight just where he put them (…)’

      Je suis d’accord avec ça (ce serait difficile de ne pas l’être). D’accord également pour dire que c’est en partie à propos du génocide Amérindien sauf que ce n’est pas le thème central du film. Kubrick utilise les références aux Amérindiens pour créer une ambiance.

      C’est d’ailleurs une des raisons pourquoi ses films ont une aura aussi particulière. Kubrick aime utiliser des images qui résonnent dans le subconscient des gens. C’est particulièrement vrai dans The Shining.

    • “Rosenbaum a pris sa retraite alors on ne peut pas parler de corporatisme.”

      Come on…

      Winslow, je n’ai pas vu le film mais Rosenbaum n’est pas l’autorité suprême. Il est clair que ces exemples de gnoses obsessionnelles sont à moitié sensées, à moitié délirantes. Mais je formulerais la critique à l’envers: peut-être que si la critique professionnelle délirait plus elle serait moins ennuyante. Quand on lit les Cahiers des anné.es 50, ça délire plein pot. Quant à Shambu, il est ridicule: s’il fallait faire constamment des critiques externes (politiques, etc.) et jamais des critiques internes (le film pour lui-même), la moitié des critiques seraient foutu à la porte.

      “The Shining (tout en étant un film merveilleux, pour de nombreuses raisons) n’aborde tout simplement pas ces lourds traumatismes historiques. ”

      Encore plus ridicule. Ce film est bien sur le génocide amérindien. Qu’il ne l’aborde pas directement n’est pas un contre-argument, dans la mesure où Kubrick en fait justement le grand refoulé de l’Amérique qui refoule (c’est drôle que le même verbe peut vouloir dire l’inverse) en violence comme des égouts de sang.

      Un bon exemple de délire obsessionnelle encouragé par les cinéastes: http://www.lesinrocks.com/2013/07/15/cinema/the-pixar-theory-11409232/

    • “Room 237 parle entre autres de gens qui s’approprient une oeuvre afin de décharger leurs propres obsessions…”

      Mais “l’obsession” d’un critique n’est-il pas le discours de et sur l’image? N’est-ce pas aussi un peu le propos du film? Disons que l’obsession de Rosenbaum est plus proche du contenu du film que l’alunissage de SHINNING…

      Un discours sur l’image tout à fait, mais pas sur la légitimité du discours critique tel que défendu par les professionnels comme Rosenbaum. -js

    • Ghost, je ne dis pas qu’il a raison et toujours raison. Je dis simplement qu’il exprime ce type d’inquiétude et de critique depuis toujours. Rosenbaum a d’ailleurs souvent été critiqué pour ses lectures plutôt militante du sous-texte politique des productions hollywoodiennes. Du délire interprétatif qu’on lui reprochait…

    • Ce qui est sûr c’est que l’hypercritique (le phénomène sur lesquels sont basées les théories du complot et autres rumeurs d’Orléans) est liée à l’activité critique (scruter les détails les plus infimes), mais comme devenue folle, et il serait intéressant de se demander quels critères permettent de discriminer les deux.

    • Bonne question, considérant que le délire ou l’acharnement interprétatif est constituant et présent en occident depuis la théologie interprétative de l’histoire qu’on fait les Pères de l’église à partir des Évangiles; à ce compte, c’est un autre refoulé refoulant « au-dessus » duquel on s’efforce de « voir ».

    • Très intéressantes vos intervention à tous sur le sujet…

    • Pour Kubrick, fils de juifs de la Mitteleuropa, il est évident que toute son oeuvre est basée sur les principes de l’exégèse mystique juive et le travail d’herméneute correspondant, littéralement infini. 2001 est basé sur le Golem. Cruise dans Eyes Wide Shot essaie littéralement d’entrer dans une secte par un travail gnostique: il décrypte les signes, cherche à comprendre une connaissance d’initiés.

    • Le déplacement qui se joue entre la Cabale juive appliquée à l’Ancien Testament et l’interprétation du Nouveau par les Pères chrétiens est peut-être justement de l’ordre du délire. Les premiers naviguent dans un réseau cohérent de signes qui mènent à une cause cachée, alors que les deuxièmes imposent une cause manifeste à des signes étrangers à elle-même, si on veut. Faille dans la représentation occidentale qui nous mène à ce « post » en 2013.

    • Le monde est fait pour aboutir à un beau post…

    • RIP Alex Colville.

      http://alexcolville.ca/gallery/alex_colville_1954_horse_and_train/

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