Jozef Siroka

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    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à LaPresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
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    Jeudi 27 juin 2013 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (138)

    Critiques d’ici : Jason Béliveau

    Photo : Elias Djemil

    Photo : Elias Djemil

    La deuxième partie de ma série mensuelle «Critiques d’ici» porte sur Jason Béliveau, un jeune homme de Québec âgé de 29 ans qui représente le coeur et l’âme du sympathique blogue Le Quatre trois. J’ai découvert le site il y a peu de temps, après avoir entendu ça et là des échos très favorables; on soufflait dans les coulisses que le Québec avait découvert son critique gonzo.

    Ma première rencontre avec Jason fut par l’entremise de son texte sur le joli long métrage Roméo 11. J’ai tout de suite été saisi par sa vivacité d’esprit; le phrasé très rythmé et coloré, le propos articulé, perspicace et bien assaisonné. Ses évaluations sont parfois sans concession, et si jamais provocation il y a – surtout en ce qui concerne notre cinéma national, habitué à un traitement diplomatique monotone et, au bout du compte, handicapant – elle ne va jamais à l’encontre de la sincérité de son discours.

    Pour vous donner une idée de son style, voici l’introduction de sa critique de Roméo 11 :

    Rami, l’aîné d’une famille de restaurateurs d’origine libanaise habitant Montréal, est atteint de paralysie cérébrale et se déplace en boitant (il marche à côté d’une joie qui n’est pas à lui). Caractériel avec son entourage, le jeune homme revient constamment sur sa condition, bien réelle, mais devenant à force une béquille lui servant de prétexte pour fuir sa réalité. C’est également afin de s’évader des pressions de son monde qu’il profite des avantages d’Internet, où il s’est créé un avatar fantasmé de male alpha (Roméo onze) tout droit sorti d’une publicité de Gucci. Il rencontre dans un chat room une jeune femme qu’il charme (ou beurre) à coups de fausses histoires de jet-set et de réunions à Los Angeles et New York, jusqu’au moment fatidique où il l’invite à souper dans un hôtel chic du centre-ville. Il a bien sûr des roses et, malheureusement pour lui, le pot qui vient avec.

    Notre entretien a eu lieu il y a près de deux mois sur la terrasse du Sacrilège, à Québec. À noter que le format de l’entrevue, très brut, avec comme seule intervention éditoriale des intertitres, diffère passablement de celui que j’ai adopté pour mon premier sujet de la série, Kevin Jagernauth. Je compte continuer dans la même veine pour tous les autres chapitres de «Critiques d’ici».

    LE COMMENCEMENT (ET LE RECOMMENCEMENT)

    J’ai commencé à faire de la critique pour Impact Campus à l’Université Laval. J’avais toujours voulu faire de la critique, c’était comme dans mon inconscient. Je me rappelle quand j’étais jeune, je regardais des TV Hebdo, les critiques de films… c’était poche! Claude Rajotte, Le cimetière des CD, c’était mon émission.

    Le Quatre trois ça va faire deux ans cet automne. C’est pas moi qui a été l’instigateur. J’avais des blogues, j’ai écrit dans 24 Images, grâce à Helen Faradji. À l’époque elle avait un blogue qui s’appelait Arrête ton cinéma. J’ai commencé à embarquer sur son blogue, participer à l’échange. Puis à cette époque-là Denis Côté commençait à faire parler de lui. À l’époque de Elle veut le chaos il est venu à l’Université Laval, je l’avais rencontré. Ça m’a vraiment marqué qu’un gars de même vienne à l’Université Laval. Il était ouvert, j’ai apprécié ça. J’avais fait une critique de Nos vies privées et je lui ai envoyé en toute naïveté. Il m’avait récrit un beau paragraphe me disant, «Bonne critique, continue, si j’étais encore au ICI je t’aurais sûrement engagé.» Ça m’a comme poussé dans le cul.

    Helen Faradji m’a demandé si je voulais couvrir le FNC à Montréal. Je l’ai fait 2-3 ans. C’est mort de sa belle mort, elle n’avait rien à me donner. J’ai commencé à faire d’autres blogues, j’étais toujours entre deux blogues, tu start de quoi, puis ça lève pas… J’ai rencontré un gars, une de ses amies qui étudiait en littérature, puis on a starté le site les trois ensemble, Le Quatre trois. Après 6 mois les deux ont lâché parce que, d’un côté, lui écrivait pas, il s’imaginait faire un truc plus multi, inviter des artistes, faire des images, etc., puis finalement ça n’a jamais abouti. Et elle est tombée enceinte, et a déménagé aux Îles de la Madeleine.

    Je me suis ramassé tout seul avec la patente, et j’ai commencé à faire des annonces. Puis là il y a une fille, Caroline Savard, qui a proposé de collaborer. Maxime Labrecque, qui est au doctorat sur le film choral à Montréal, nous a joints par la suite. J’ai peur de me tirer dans le pied, parce que pour avoir des contrats, les gens doivent se dire, «Il a déjà son affaire, ça sert à rien d’aller le chercher». Mais je suis content d’avoir ma propre plateforme.

    CONJUGUER INTELLECTUALITÉ ET ACCESSIBILITÉ

    J’ai une approche qui est très, je ne veux pas dire populiste, mais l’intérêt c’est faire de la critique que les gens vont lire. Ce n’est pas de la critique pointue, académique; ça j’en mange, j’en lis beaucoup (Hors Champ, Les Cahiers, André Habib, Film Freak Central). J’essaie de faire de quoi qui se rapproche plus de La Presse, du Soleil, généraliste, surtout que ici la clique cinéphile est infime, je ne sais même pas si elle existe. J’ai toujours voulu créer une sorte de groupe, pas nécessairement autour du site, mais que le site participe à une sorte d’échange. L’objectif est de faire une sorte de critique qui va toujours toucher le plus de monde possible.

    Avec chaque critique j’essaie toujours de m’améliorer, de me réinventer. J’y vais habituellement d’un point de vue fortement subjectif. Je pense que, malgré moi, j’essaie toujours de me diriger vers quelque chose qui est académique, quelque chose qui est un peu plus recherché et pointu. En même temps, mes références sont assez limitées pour commencer chacune de mes critiques en citant Bazin, ou autre. J’essaie toujours de mettre le moins possible d’adjectifs, «le jeu est bon, les acteurs sont magnifiques, la mise en scène est incroyable». Je trouve que ce sont là des termes écueils, vides, qui ne veulent absolument rien dire.

    J’essaie d’avoir un côté créatif dans ce que j’écris, nonobstant de la richesse de la critique, de la profondeur de l’analyse. Il y a des gens comme André Habib, qui va écrire je ne sais pas combien de mots sur Polytechnique, je vais trouver son analyse absolument riche et pertinente, même dévastatrice – si j’avais été à la place de Denis Villeneuve j’aurais arrêté de faire des films. D’un autre, côté tu vas avoir quelqu’un qui écrit pour Nightlife, par exemple, qui va faire une critique super simple mais en même temps vraiment stimulante. J’aimerais ça être entre les deux. Je n’ai pas de prétention à écrire pour des revues spécialisées, faire une maîtrise. J’y tiens beaucoup à ce petit côté TV Hebdo, Musique Plus, Le Cimetière des CD, j’ai toujours voulu faire une critique punchée pis le fun, plutôt que de faire de quoi de bien tordu. Mais en même temps j’apprécie les deux. J’aime écrire puis j’aime avoir une saveur, je pense que mon opinion ça compte, mais pas tant que ça.

    J’ai plus de la difficulté avec l’aspect technique, le langage cinématographique. J’ai toujours apprécié les cinéastes qui sont très sobres dans la réalisation, très dull dans une certaine mesure. On parlait de Lee-Chang dong, c’est des réalisations qui sont très contrôlées, il n’y a aucune envolée formelle. Je suis plus porté sur le propos d’un film. Je peux parler de Poetry et de Secret Sunshine pendant 3-4 heures. Ce sont des films qui sont très riches, très écrits, j’aime beaucoup les scénarios qui sont bien foutus. Quelqu’un comme Wong-Kar wai, il ne m’a jamais tellement intrigué, j’ai l’impression que c’est un cinéaste très formaliste. J’ai rien contre, je suis capable d’apprécier ses films.

    NAISSANCE D’UN CINÉPHILE

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    Quand j’avais 10-12 ans, j’ai vu Pulp Fiction et j’avais déjà l’impression que ce film-là était important sans le savoir, ça a vraiment ouvert quelque chose. Au cinéma les possibilités sont vraiment infinies. Et après ça été Vol au-dessus d’un nid de coucou, Taxi Driver, C’est arrivé près de chez vous, Fargo

    Le rapport émotionnel à un film c’est étrange. Quand tu deviens critique, on dirait que tu recherche toujours ce film-là. Quand j’ai vu L’Anguille d’Imamura ça m’a vraiment fait ça. C’est un film qui parle à moi, juste à moi. Quand j’ai découvert Reygadas, Silent Light, ça a fait BOUM, cul par-dessus tête. Quand j’ai vu Tropical Malady, wow, c’est quelque chose de tellement particulier, qu’il y a juste moi qui peut le comprendre, alors que c’est absolument faux.

    TOUS DES CRITIQUES

    Cette forme de démocratisation là, il y a des bons côtés et des mauvais, et même si des fois ça me fait mal, j’en prends avantage en quelque sorte. Je me suis toujours demandé: Si j’avais commencé en 1996-98, est-ce que je serais dans une revue étant donné qu’il n’y aurait aucune autre option? Est-ce que j’aurais pu plus facilement tirer mon épingle du jeu? Non.

    Ce qui me permet d’écrire, c’est qu’il y a cette pluralité de plateformes disponibles. Faire partie d’une revue ou d’une publication legit, je ne pense pas que c’est garant d’une critique de qualité. J’ai rien contre les gens qui écrivent sur IMDb, ou sur Amazon; des fois je lis des commentaires sur mon blogue et je me dis, «Comment ça ces gens-là n’écrivent pas», je me sens moins bon qu’eux.

    L’acte d’écrire c’est un plaisir, mais c’est extrêmement difficile. Si je n’avais aucun plaisir, je ne le ferais pas, parce que je n’ai aucun retour – je commence tranquillement à avoir des contrats. Je viens d’un milieu où personne n’écrivait, où la culture n’était pas importante. Je suis toujours dans le doute, chaque fois que j’écris un paragraphe, à chaque fois que j’écris une phrase, à chaque fois que j’écris un mot, c’est des trucs que je prends extrêmement au sérieux. Parfois sortir une critique, sortir 800 mots, c’est DUR. Je relis mon texte après une ou deux semaines, et je me dis, «C’est pas si pire». Quand tu lis quelqu’un d’autre, tu te dis, «Ah pourquoi je n’ai pas pensé à ça», sans te rendre compte que toi aussi tu penses à des affaires que les autres ont pas pensées. Chaque personne voit un film d’une manière différente, c’est ce qui est beau.

    Faire une critique de James Bond j’aime vraiment ça. Tes éléments de réflexion sont multiples, tout le monde sait c’est quoi, c’est vraiment facile, c’est le fun. J’ai fait la critique de Iron Man, ça s’écrit tout seul. Quand je fais les petits films que personne n’a vu, que personne n’a critiqué, je sens que j’ai le champ libre. Je pense que les films les plus difficiles ce sont ceux qui ont des gros background; là je vais faire le Abbas Kiarostami, qu’est-ce que j’ai de pertinent à dire? C’est des films qui parlent d’eux-mêmes. J’ai regardé Le Vent nous emportera, qu’est-ce que je peux bien écrire là-dessus qui va dépasser le film qui est tellement… je vois pas ce que je pourrais rajouter, tout est pas mal là.

    LE GOÛT DE LA «POUTINE AUX DATTES»

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    Mise en contexte à propos de ce délicieux aphorisme: extraits de sa critique de Inch’Allah :

    Alors que l’on croyait avoir atteint les bas-fonds avec Incendies de ce que nous appellerons à l’avenir notre cinéma «poutine aux dattes», Anaïs Barbeau-Lavalette se tirebouchonne une place sous le soleil de la Palestine en nous faisant justement croire qu’elle a écrit le scénario d’Inch’Allah en convalescence d’une insolation débilitante. Une magnifique tour de Babel en biscuits soda que cette vue confuse, ronflante au point d’en oublier son propos, qui ne vole jamais plus haut que les banalités d’usage au sujet de la guerre (la haine engendre la haine, etc. [...]

    Mauvais de façon pernicieuse, parce que dissimulé sous un fatras de bons sentiments aussi difficiles à pulvériser que le mur qu’il met en scène (reconstruit en Jordanie), Inch’Allah cherche son reflet dans la glace pendant une bonne heure, perdu entre le souci documentaire de capter le « moment » et un total désintérêt quant aux raisons qui rendraient ce moment intéressant à nos yeux. Sont donc très bien filmés de grands pans de rien du tout, d’errances abyssales dans les décombres d’une guerre dont on ne cherche pas à comprendre les tenants et aboutissants, parce que de toute façon toutes les guerres se ressemblent, tous les êtres humains aussi, Israéliens et Palestiniens et Québécois, et toutes les femmes également dans leur amour du rouge à lèvres (!).

    Devant l’impossibilité d’entrer dans le vif d’un sujet quasi inexistant, le film reste à l’intérieur de zones sécurisées et nous montre les déflagrations et la violence de très loin, et la lumière qu’il tente de nous rendre nous parvient de manière diffuse, derrière les nombreux voiles de sa morale bienpensante.

    Il y a deux mouvements au Québec, le mouvement d’ouverture sur le monde en allant ailleurs. Tout ce mouvement là me tape profondément sur les nerfs. Que Anaïs Barbeau-Lavalette aille en Israël, en Palestine, je ne vois pas l’intérêt, surtout du point de vue de la fille, qui est Québécoise, qui arrive là-bas pour se faire dire «C’est pas ta guerre». C’est pas ton cinéma. Ça relève de la proverbiale culpabilité québécoise; on est coupables de tout sans avoir rien fait, on va là-bas et on se sent mal pour les autres. Je ne vois pas l’intérêt.

    D’un autre côté il y a un cinéma très québécois, que ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eus. La région qui revient en force, une sorte de déterritorialisation, le fameux terme de Deleuze. J’ai l’impression que dans les années 1990 on n’avait pas ça, c’est devenu un cinéma très personnel; je suis un plongeur, je suis un photographe, etc. J’ai l’impression que ce cinéma a relativement mal vieilli.

    En même temps j’aimerais qu’il y aille un cinéaste comme Gilles Carle, c’est ce qui me manque. J’ai l’impression que malgré que notre cinéma va vraiment bien, qu’il va dans les festivals, ce n’est pas nécessairement gage d’offres très fortes et porteuses. J’ai beaucoup aimé Le Vendeur parce que c’est justement un cinéma social que ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu au Québec, alors qu’on en faisait pendant longtemps, avec des gens comme Brault, Groulx, Denys Arcand, même Falardeau.

    Rafaël Ouellet, il est en train de prendre une tangente populaire, on sent qu’il s’en va vers là. J’ai beaucoup aimé Camion, sujet père-fils, relations intergénérationnelles, à Dégelis, Julien Poulin en plus, gros violons à la fin. J’ai aimé qu’il aille là, et après j’ai vu Finissant(e)s, encore du simili Côté, du faux documentaire, on est au-dessus de ça, ce n’est pas pertinent.

    Je trouve que ça va bien, en même temps je trouve qu’on fait probablement trop de films, personne ne va les voir, et le fait qu’ils aillent dans les Festivals ça veut absolument rien dire. J’ai toujours pensé que c’est Jutra qui a dit ça, mais c’est probablement Groulx, à propos du cinéma québécois : «Quand les choses vont bien, j’ai tendance à me méfier.»

    LE TOP 10 DE JASON BÉLIVEAU

    Ali : Fear Eats the Soul – Rainer Werner Fassbinder, 1974
    Unagi (L’anguille) – Shohei Imamura, 1997
    Very Nice, Very Nice – Arthur Lipsett, 1961
    Au revoir les enfants – Louis Malle, 1987
    Stellet Licht (Lumière silencieuse) – Carlos Reygadas, 2007
    La Mort d’un bûcheron – Gilles Carle, 1973
    Hoop Dreams – Steve James, 1994
    Strangers on a Train – Alfred Hitchcock, 1951
    Five Easy Pieces – Bob Rafelson, 1970
    Poetry – Lee Chang-dong, 2010

    > Toutes les critiques de Jason publiées sur Le Quatre trois sont à consulter ici.

    (De retour le 8 juillet)


    • Intéressante entrevue. Long texte, mais le fait qu’il soit en style parlé le rend très aisé à lire. Bon travail!

    • Encore une fois, quelle bonne idée que cette série. Beau travail!

      Et relire la critique de Polytechnique d’Habib : ayoooooooye!

    • ..@JS: D’accord avec melo_carmelo. En ces temps du «tout à Touïtteur», ça prend du culot pour proposer un texte pareil. Et cette critique sur la «poutine aux dattes»!! Comme dit la chanson: «Ça fait du vent dans les overalls»

      Idem pour André Habib!

      Et comme j’aime plusieurs des films qu’il apprécie et que je ne me suis pas donné la peine de voir ceux qui l’ont énervé, je vais tâcher de le suivre dans ses pérégrinations. Ça risque de m’aider.

      Merci.

    • Très beau portrait! Je suis allé lire plusieurs de ses critiques et j’aime sa sévérité, notamment envers les films québécois, qui nous sont trop souvent présentés par les médias traditionnels comme “triomphants” à l’étranger.

      Évidemment, il y a un peu de chauvinisme et de satisfaction très québécoise de se faire dire qu’on est beaux et bons par les étrangers; c’est compréhensible, mais c’est plus que ça.

      On sait que les critiques des grands médias du Québec veulent se faire aimer d’une certaine faune et ont peur d’aller au fond des choses. Sur Inch Allah, on lisait entre les lignes que c’était un peu faible, mais des critiques comme Odile Tremblay ou Marc Cassivi passaient trop vite sur les “bémols” pour encenser la démarche, un peu immature et ado, disons-le.

      Planter un non-acteur comme Patrick Huard, Martin Matte ou un Angélil, qui sont des outsiders du milieu, ça se fait régulièrement (et avec raison la plupart du temps). Mais quand on parle de Denis Villeneuve ou d’autres jeunes cinéastes , ouf, on marche sur des oeufs… ou sur des nuages!

      Un exemple parmi tant d’autres : regardez cette hallucinante entrevue de Simon Durivage avec Nathalie Pétrowski, sur Polytechnique évidemment, qui coupe court à toute réflexion ou critique par le seul nom de Villeneuve et qui est d’une subjectivité si flagrante que pour une rare fois dans ma vie, je me suis retrouvé du côté de Durivage!

      http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2009/RDI2/RDIEnDirect200902021100_1.asx&epr=true

      Pourtant, en revenant à Inch Allah, Anaïs Barbeau-Lavalette n’est plus une débutante et ne devrait plus profiter de l’indulgence qu’on a accordé à un “Sarah préfère la course”, par exemple. J’ai aimé cette non-indulgence chez Jason Béliveau. Parler de critique “Gonzo” est par contre selon moi très exagéré.

    • C’est bien mais inégal. On voit qu’il tente de garder une approche populiste mais en même temps de faire quelque chose de recherché mais ça ne fonctionne pas toujours. Le problème c’est qu’il mélange essai et critique.

    • “Le problème c’est qu’il mélange essai et critique.”

      Je ne vois pas le problème. Daney, Bazin mélangeaient les deux. On pourrait dire la même chose de Habib dans l’autre sens: c’est un théoricien-analyste qui fait de la critique.

    • Jozef, j’ai un commentaire pris dans les limbes de la modération: peut-on le débloquer svp? merci!

    • Le mélange essai – critique n’est pas une mauvaise chose en soi mais ça demande une certaine maitrise tant au niveau du style que du contenu. Les Daney, Bazin et Habib ont une immense culture cinématographique et une plume capable de supporter leurs ambitions.

      Béliveau n’a pas ça. Souvent il commence un paragraphe avec une idée en tête pour enchainer sur deux ou trois autres idées qui font qu’en bout de ligne ou oublie c’était quoi l’idée de base. Souvent on va terminer en se demandant s’il a aimé ou non. Ça va un peu dans toutes les directions.

    • @_renaud Je suis d’accord avec vous, je le trouve plutôt confus, le monsieur… Côté plume, il y a des alphabits à avaler… :)

    • “Souvent on va terminer en se demandant s’il a aimé ou non.”

      C’est vraiment important?

    • “Daney, Bazin et Habib”

      Il y a une patte de la table qui est plus courte…

    • Pas tellement le fait de savoir s’il a trouvé ça bon ou non mais plutôt le fait de bien articuler sa pensée. Mais oui, c’est quand même important étant donné que c’est une critique. C’est ça le but de la démarche. D’ailleurs c’est quelque chose que les Daney et Bazin réussissent bien. Ils ne perdent jamais de vue le fait qu’ils écrivent une critique même si c’est parfois très pointu.

    • ‘Il y a une patte de la table qui est plus courte…’

      Hehe, c’est ben vrai.

    • Le nouveau clip de Nine Inch Nails réalisé par David Lynch (abstenez-vous si vous êtes épileptiques!!): http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=1RN6pT3zL44#at=50

    • Contrairement à Jason Béliveau qui est une dizaine d’années plus jeune que moi, je grade un excellent souvenir des critiques dans les guides télé quand on avait pas trop tronqué le contenu de Mediafilm.

      Robert-Claude Bérubé et son système de cotation et son extrême concision. Certes, ce n’était pas suffisant pour une discussion sur le film mais pour l’évaluation avant le visionnement oh que oui…

    • “Pas tellement le fait de savoir s’il a trouvé ça bon ou non mais plutôt le fait de bien articuler sa pensée. Mais oui, c’est quand même important étant donné que c’est une critique.”

      Pas sûr, l’appréciation est secondaire, faire parler le film est le plus important. Je n’ai pas besoin de savoir si un critique a aimé un film ou non, je m’attends plutôt à ce qu’il me propose des pistes de lecture que je pourrai prolonger/contredire selon ma propre perspective, bref je m’attends à ce qu’un critique m’offre une porte d’entrée vers le film. Je suis bien capable de savoir si j’ai aimé un film par moi-même (comme tout le monde), mais l’interprétation se fait toujours mieux dans un esprit de dialogue. Le critique est là pour l’ouvrir.

    • L’appréciation n’est pas secondaire dans une critique, par définition la critique c’est l’art de juger et d’analyser une œuvre. Ça vient avec un jugement, une appréciation.

      Une critique sans jugement c’est une analyse. Et j’aime une analyse de film. Entre autre celles que vous écrivez. Celle que Jozef ou ghost font parfois également.

      J’aime également la forme de l’essai. Je trouve que c’est la meilleure façon d’ouvrir la porte et d’entamer le dialogue. Habituellement dans un essai ont a passé le stade à savoir si l’œuvre est bonne ou non. Ce sont des œuvres qui ont quelques années et qui ont eu le temps de murir.

      On a eu le temps de les regarder à quelques reprises et de les analyser en profodeur. C’est à ce moment-là qu’on peut avoir une vraie discussion.

    • Oui, l’appréciation est secondaire. Qu’un critique n’aime pas un film que j’aime, ou le contraire, n’entre pour rien dans le fait que je vais détester ou non sa critique. J’aime surtout que le critique soit un auteur, c’est-à-dire qu’il ait une plume, une haute idée du cinéma et que ce soit un passeur qui prolonge en moi le choc que fut le film. J’aime surtout qu’il ait l’intelligence du cinéma, ce qui excuse le côté tout croche. Pour le peu que j’ai lu ce critique, j’aime bien le fait que ça parte dans tous les sens, que plusieurs tournures me surprennent et le fait qu’il écrit comme personne (alors que lire certaines revues de cinéma que je ne nommerai pas donne l’impression que les signatures sont parfaitement interchangeables).

    • Je préfère également quelque chose d’intelligent appuyé par une belle plume et une intelligence du cinéma. Ce n’est pas ça le point.

      Le point c’est que par définition la critique c’est l’art du juger. Donc oui c’est important, c’est même le but de l’exercice.

      Pour l’histoire du gars qui ne se fait pas influencer par l’avis des critiques et bien on l’entend souvent celle-là et j’ai mes doutes.

      Tout le monde a son critique préféré. La personne qui va influencer votre vision du cinéma. Souvent c’est quelque chose dont on ne se rend pas compte sauf que quand on lit quelqu’un pendant des années ont fini par absorber une partie de sa vision.

      Et soyez honnête, supposons qu’un gros critique des Cahiers encense un film, c’est certains que vous serez plus enclin à l’apprécier.

      Est-ce que vous aimeriez autant Shyamalan s’il n’était pas un chouchou des Cahiers? Pas besoin de répondre, c’est une question rhétorique.

    • “Le point c’est que par définition la critique c’est l’art du juger.”

      Je n’aime pas les définitions.

      “Est-ce que vous aimeriez autant Shyamalan s’il n’était pas un chouchou des Cahiers?”

      Je ne comprends pas la question.

    • De toute façon, je ne sais pas trop de quoi vous parlez car l’opinion sur le film est à chaque fois clair chez Béliveau, ne serait-ce qu’en regardant les tits étoiles. Je dis juste que pour moi c’est secondaire.

    • @_renaud

      Je ne comprends pas trop ce qui vous fait dire qu’il mélange essai et critique. Personnellement, je n’y vois que de la critique toute simple, plutôt inégale (je suis d’accord avec vous sur ce point), parfois bien troussée, au verbe agréable, un peu trop soucieuse de ses effets à mon goût. Bref, je ne vois pas ce qu’il peut y avoir d’analytique (ou d’essayistique) là-dedans : ses textes sont plutôt courts, exposent différents éléments des films, les mettent en relation avec sa propre sensibilité, discutent de leur réception critique, et puis voilà. Et, en plus, il y a des étoiles afin que l’on saisisse bien son appréciation. Il est peut-être un petit peu plus baveux et échevelé que la moyenne, sans atteindre toutefois le degré de fulgurance de Côté lorsqu’il était au ICI, critique qui l’a visiblement beaucoup influencé. Béliveau me semble donc un critique assez conventionnel (sans que ce soit à la base un défaut, dois-je le préciser) tout en ayant une petite voix bien à lui et ça tombe plutôt bien parce que c’est exactement ce qu’il cherche à être.

    • En ce qui me concerne, les meilleurs critiques sont ceux qui me donnent envie de voir des films ou de les revoir différemment, avec une perspective un peu oblique. Ce sont eux qui m’accompagnent et éclairent ma route solitaire de cinéphile. Depuis quelques jours, je relis avec enthousiasme tous les textes de Privet sur son blogue, désormais sur respirateur artificiel (quel dommage…), et je trépigne d’impatience à l’idée de me faire une petite rétro Kubrick. Il ne fait absolument pas de doute pour moi, c’est là un grand critique.

    • “Le point c’est que par définition la critique c’est l’art du juger.”

      C’est votre définition de “juger” qui est trop étroite… Dire j’aime j’aime pas, ce n’est pas un jugement, mais une opinion. Le jugement, c’est ce que vous appelez de l’analyse. Pour moi, la la critique diffère de l’analyse surtout en ce qu’il s’agit d’un jugement immédiat, alors que l’analyse est plus rigoureuse, développée dans le temps. Vous dites que je fais de l’analyse, mais franchement je ne crois pas: je n’ai souvent vu les films dont je parle qu’une fois, mon appréciation est toujours explicite (alors que l’analyse devrait rester objective autant que possible), et je n’ai absolument aucune rigueur.

    • La critique est un art en soi. C’est vrai que c’est pas toujours clair dans le texte mais il y a les étoiles. Sa critique de “Inch’Allah” en est un bon exemple. Une oeuvre en soi. Avec le détachement que seul le blogue peut permettre.

      Comme Jason et lecteur_curieux, j’ai été fasciné par les critiques et cotes du TV Hebdo. Pour ma part j’adorais le texte bref justifiant la cote. Malheureusement, il a disparu récemment. C’est dommage.

      Heureusement, il y a maintenant les blogues.

    • “La critique est un art en soi.”

      Pour moi, la critique est un genre littéraire. C’est la rencontre d’une écriture et d’une pensée de cinéma. Un critique qui n’est pas un écrivain n’est rien. Me faire dire si un film est bon ou pas, je m’en contreciboirise. Peut-être que c’est important pour les néophytes, pour former leur jugement, mais pas pour les cinéphiles avertis, sinon comme confrontation des arguments. Et encore, on ne forme son jugement qu’à se frotter aux écrivains de cinéma. Ce n’est pas un hasard que nombre de bons critiques deviennent cinéastes ou sont poètes ou romanciers, car il s’agit rien de moins que de comprendre le geste artistique de l’intérieur et d’en prolonger l’ébranlement.

    • Le pire restera toujours les critiques qui ne savent pas écrire et qui pense vraiment que leur jugement dit la vérité sur les oeuvres. On en connaît à gauche et à droite de ce blogue…

    • Ce Béliveau est un bon cas. Son écriture souvent surprenante n’a pas le côté archi-formaté des critiques de journaux ou de revues (zzzz). Mais dans un même temps, cette liberté d’écriture aurait besoin d’un bon rédac chef qui puisse conseiller l’animal sans le mouler dans une forme prévisible. Côté avait un peu le même problème à Ici, on sentait qu’il n’y avait personne au-dessus de lui (ou les couilles qui vont avec le poste…) pour lui faire retravailler sa copie. D’une certaine façon, de Charybbe en Scylla, c’est une peu le problème de l’avenir de la critique sur le Web. Avec toute l’admiration que j’ai pour lui, c’est beaucoup le problème de notre bon ami Cinématographe: il est beaucoup plus percutant ici, dans une forme courte, que dans ses pavés bloguesques (je le dis car il est le premier à en convenir). Il manque un vrai rédac qui lui dirait: hey le jeune, une critique ce n’est pas une thèse.

    • et qui pensent* vraiment

    • @unholy_ghost: “Me faire dire si un film est bon ou pas, je m’en contreciboirise.”

      Une critique peut-elle dépasser l’oeuvre dont elle dépend? En tout cas pour moi, des fois, et c’est rare. Et là il n’est même plus question d’aller voir l’oeuvre mais de lire la critique!

    • “Un critique qui n’est pas un écrivain n’est rien.”

      Ding! Ding! Ding! We have a winner!

      Si en tant que critique, l’écriture ne t’intéresse pas autant sinon plus que le cinéma, ça ne vaut pas la peine.

      Ce qui me fascine dans ce texte de Jozef, c’est que le dénommé Maxime est “au doctorat sur le film choral”. WTF? On passe ses journées à regarder CRASH et Inarritu? C’est comme ma définition de l’enfer…

    • ” il s’agit rien de moins que de comprendre le geste artistique de l’intérieur et d’en prolonger l’ébranlement.”

      J’avais envie de le répéter.

    • Cela dit, j’aime beaucoup qu’un grand critique écrive que tel film est un chef-d’oeuvre absolu ou un navet et si vous pensez le contraire vous êtes des nuls. La mauvaise foi et le terrorisme font partie de l’arsenal rhétorique d’un critique. Mais il ne faut pas conclure que c’est la vérité vraie, que l’on soit le critique qui émet le jugement ou le lecteur effrayé qui n’assume pas son propre jugement face à l’oukase. Une critique tranchante est une invitation à aiguiser ses couteaux.

    • “Et là il n’est même plus question d’aller voir l’oeuvre mais de lire la critique!”

      C’est un bon critère: j’aurais envie de lire Daney ou Bazin, même si on me disait que je n’aurais aucune possibilité de voir les films.

    • “On passe ses journées à regarder CRASH et Inarritu?”

      J’ose croire qu’il se tape plutôt Altman.

    • @winslow

      Je pense (enfin j’espère) qu’il se penche plus sur Altman et les premiers PTA.

      @ghost
      “il est beaucoup plus percutant ici, dans une forme courte, que dans ses pavés bloguesques (je le dis car il est le premier à en convenir)”
      Le premier, quand même pas, ce n’est pas comme si j’ai envie de mettre la hache partout… Et j’ai rarement fait de la “pure” critique de films sur mes blogues, j’utilise presque toujours les films pour parler de d’autre chose, d’où la thèse.

    • Les plus grands critiques de l’histoire furent de grands écrivains: Diderot, Baudelaire, Apollinaire. Si on ne pèse pas ce que c’est que la créativité, le besoin constant de se renouveler, l’attention maniaque aux détails, l’inventivité des formes, on ne peut juger la chose chez les autres. Impossible. En même temps, ce n’est pas la seule condition nécessaire: plusieurs grands artistes sont de piètres juges du travail des autres.

    • La plupart des critiques au Québec sont des traducteurs du goût moyen des veaux qui leur servent de lecteurs, des surveillants d’idées reçues ou des trendsetters. Peu de vrais critiques.

    • “j’utilise presque toujours les films pour parler de d’autre chose, d’où la thèse”

      Ça percuterait plus dans une forme courte, c’est la seule chose que je dis; l’intelligence du cinéma n’est pas en cause.

    • J’espère pour lui que ce soit Altman! Même si pour moi, ce ne serait ainsi pas l’enfer mais un peu le purgatoire quand même… (pas un fan… désolé. J’ai découvert le cinéaste avec sa production des années 90 et ça m’a toujours resté en travers de la gorge).

    • Dans les années 90, les Cahiers détestaient The Player et Short cuts. J’ai toujours trouvé qu’ils étaient dans le champ grave. C’est pas parce que l’on est d,accord avec une grande revue la plupart du temps, et surtout que l’on trouve qu’ils ont les meilleurs arguments critiques en général, que l’on abdique son propre jugement, pour répondre à la question ci-haut. Au contraire, rien ne me plaît davantage qu’un critique que j’apprécie qui n’aime pas un film que j’aime. Le travail commence… Il n’y a que les esprits faibles qui veulent que les autres soient d’accord avec eux et qui n’aiment pas se confronter aux meilleurs (pas seulement les Cahiers, mais aussi les Cahiers).

    • Mon prof de cinéma ne jurait que par SHORT CUTS à l’époque et je me souviens de lui avoir glissé la critique des Cahiers sur son bureau! On s’est bien engueulé par la suite…

    • Au coin élève Winslow!

    • La critique des Cahiers, c’était que Altman regardait ses personnages en entomologiste. Bah, si c’était le cas il faudrait bânir de l’Olympe cinématographique un régiment de grands cinéastes. Depuis, on a eu des cinéastes comme Heneke qui feraient passer Altman pour mère Teresa…

    • Avec le bonnet d’âne!

      :)

      Et ils (les Cahiers) n’aimaient même pas Lynch à cette époque! C’est LOST HIGHWAY qui a changé la donne…

    • @lecteur_curieux

      Je garde aussi un très bon souvenir de Mediafilm dans le TV Hebdo, non pas tant à cause des courtes critiques de Robert-Claude Bérubé, que j’ai découvert par la suite, qu’à cause du système même de cotation. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser au cinéma, j’habitais en région et le club vidéo du coin était, comme tous les clubs vidéo de région, plutôt incomplet disons. À l’époque, comme vous vous en souvenez probablement, si on voulait voir de grands films, il n’y avait pour ainsi dire que la télé, qui se résumait souvent à Télé-Québec, et, pour nous aider à nous repérer dans ce fouillis, ces petites cotes mises entre parenthèses, dans l’horaire, à côté du titre. Ainsi, je voyais les films d’après le chiffre; les soirs de 2 ou de 1 étaient des soirs de fête où je préparais mon VHS afin de conserver la précieuse pépite dans mes archives. Ne me fiant donc qu’aux chiffres, je voyais les films en étant vierge de tout commentaire et, instinctivement disons, je me bricolais moi-même les raisons qui pourraient justifier une telle cote. Aujourd’hui, tout ce beau système m’indiffère quelque peu, ayant de moins en moins d’affinité avec leurs critères d’évaluation. N’empêche, j’y demeure passablement attaché, au point où je continue machinalement, comme un rituel, à vérifier chaque semaine les cotes des différentes nouveautés.

    • @winslow

      Aujourd’hui comme à l’époque, il ne faut pas lire une seule revue. Je lisais surtout les Inrocks (qui aimaient Lynch), puis les Cahiers, 24 Images, Ici, Voir, avec parfois une petite saucette chez Positif. Aujourd’hui je lis encore les Inrocks (la revue a dépéri mais la section cinéma est toujours au top), les Cahiers, Libération, Le monde, Chronic’Art, Le Quatre trois donc, 24 Images en sautant de grands bouts, quelques critiques dans Ciné-Bulles et Séquences, quelques Amerloques, puis les revues d’analyse (Traffic, Vertigo, Hors Champ).

    • @unholy_ghost

      Permettez-moi d’être sceptique face à ce que vous avanciez hier : vous disiez préférer les textes courts, plus percutants à votre avis, mais, dans un même mouvement, vous insistiez (avec raison) sur le fait qu’un “critique qui n’est pas un écrivain n’est rien”, que la critique est un genre littérature, une écriture et une pensée de cinéma? Or, si Diderot, Baudelaire ou Apollinaire, pour reprendre vos exemples, furent de si grands critiques, ce n’est certainement pas parce qu’ils ont écrit des aphorismes sur des blogues mais parce qu’ils ont écrit des textes substantiels, parfois remplis de digressions et de coq-à-l’ânes (ce que, personnellement, j’adore). En fait, ce que je ne comprends pas, c’est votre prédilection pour l’aspect percutant du texte court. Je comprends que la brièveté permet d’éviter les formules ampoulées et somnifères mais ça empêche aussi à la prose de l’auteur de s’envoler comme un chant ou de partir à la découverte de l’inexploré (au risque de se perdre en route, mais n’est-ce pas ainsi que l’on découvre?). De plus, pour être percutant, il est parfois bon de développer un peu, non?

    • Mais d’une autre côté, je suis parfaitement d’accord avec vous ghost : il y a autant, sinon plus, de grandeur et d’intelligence chez Cioran que chez ses contemporains existentialistes, autrement plus verbeux.

    • Il y a court et court. Pour moi une critique c’est une colonne à deux pages dans une revue. Ciné sur son blogue fait souvent beaucoup plus long et la plupart du temps je décroche, car justement je n’ai plus le sentiment de la construction avec le temps mental imparti. Pour le lire, je devrais imprimer le tout, regarder le nombre de pages et me dire que je m’installe pour l’après-midi avec un gros café. Je préfère alors lire un essai longuement mûri (il devrait d’ailleurs publier sous cette forme ses meilleurs textes). Quand on analyse la critique, il faut se poser la question de la matérialité. Dans une revue, le papier coûte cher, la longueur varie en fonction de l’intérêt du film, mais il y a une limite, toujours. On commence le texte et inconsciemment on connaît sa durée (comme lorsqu’on voit un film d’ailleurs, on sait toujours à peu près où nous en sommes dans son déroulement). De plus, il y a dans le meilleur des cas un rédac chef – mais en existe-t-il au Québec? – qui demande de revoir la copie, coupe le gras, demande du synthétique et choisit souvent le titre. Sur le Web, il n’y a plus de contraintes et ce n’est pas forcément une bonne chose. En général, le médium Web demande une forme ultra-courte à cause de la faible capacité de concentration devant un écran, mais je crois qu’il faut lutter contre ça, car, sauf chez les plus grands (Daney à Libé), elle ne permet pas de déployer une pensée complexe. Or, l’inverse, la forme ultra-longue ne permet pas non plus une pensée ramassée, concentrée, c’est le plus souvent de l’épanchement sans structures, même chez les gens brillants comme Ciné ou Habib. En fait, ce n’est même pas une question de longueur, car on peut faire long et ne pas tartiner.

      Bon, c’était un peu long…

    • Le problème au Québec, c’est que les critiques, et les journalistes en général, ne sont pas des écrivains. Ce n’est pas du tout valorisé, alors qu’en France les comptes rendus de foot sont bien écrits. Il y a un style générique fait de phrases courtes sujet-verbe-complément, sans trop de subordonnées, jamais de mots rares (il ne faudrait pas que les lecteurs aient besoin d’un dictionnaire qu’ils n’ont pas), des temps de verbe simples. Quand ils veulent faire “littéraires”, ils imitent Foglia – qui lui est un vrai écrivain – avec des phrases elliptiques et des paragraphes d’une phrase. Misère. Ou alors ils ont un style cultivé générique (Odile, Bilodeau, Marsolais) parfaitement interchangeable. Ceux qui ont un style singulier sont rares (Robert Lévesque, Guillaume Lafleur, Béliveau, Marcel Jean, quelques autres). Côté écrivait tout croche, mais c’était personnel et intelligent.

    • Et tu as tort, pilac9, Apollinaire écrivait des critiques d’art courtes le plus souvent.

    • S’il y en a un que je ne peux pas endurer, c’est bien Cioran.

    • Je suis content que vous nommiez Robert Lévesque, c’est quelqu’un que j’apprécie énormément, justement pour cette capacité d’écrire sans structure, en favorisation la digression, les envolées personnelles, les anecdotes, les parenthèses. J’aime beaucoup le flânage en général, y comprit dans l’exercice critique. Mais peu de gens maîtrise cette forme littéraire, ce qui en fait tout le prix d’ailleurs.

    • Pour Apollinaire, c’est vrai, j’ai tourné le coin un peu rondement.

    • Digresser ce n’est pas faire trop long ou tartiner. C’est un art la digression et effectivement j’aime beaucoup.

    • @ Ghost

      Oui, oui. On avait et on a encore pas mal la même diète. Même pour le 24 images “en sautant des grands bouts” dont j’ai pensé me désabonner récemment tant je les sens en mode gestion de patrimoine idéologique (je suis abonné depuis 89!). Peut-être que la venue de Fontaine Rousseau va brasser la cage un peu…

      J’y rajouterais Film Comment pour le point de vue américain et CinemaScope pour Michael Sicinski et le cinéma expérimental (http://www.academichack.net/).

      Et sur le net, Independencia.fr, Panorama-cinéma, Cinématographe (bien-sûr), les blogs de Dave Kehr, Glenn Kenny, David Bordwell, Jim Emerson et le majuscule FILM CRIT HULK!

    • L’écriture d’Apollinaire c’est un rêve. Ça paraît tout simple, que des mots de tous les jours, mais qui donnent comme jamais. Puis, sans crier gare, un mot rare ou vieilli qui, même si l’on n’en comprend pas le sens, porte à la rêverie. Juste dans Alcools: d’ahan, maclotte, aséité, bélandre, fauste, feuilloler, surmarin, pihi, nicet, vergogneux. Puis des néologismes sublimes: laps d’amour, attentive (amoureuse), chibriape (hum, hum), gemmipare, incanter, sphyngerie, ensongé…

      Apollinaire devrait être un exemple pour tous les critiques, mais on peut se demander quels critiques d’ici l’a seulement ouvert après le Cégep. Lise Bisonnette disait que pour écrire ses éditoriaux politiques elle lisait les écrits esthétiques de Baudelaire. Combien comprend ce point de vue?

    • @winslow

      Vous n’avez pas remarqué que Fontaine Rousseau (très bon, le bougre) écrit de façon générique depuis qu’il est à 24 images?

    • “Oui, oui. On avait et on a encore pas mal la même diète.”

      Ça ne m’étonne pas… Il doit y avoir un degré de séparation entre nous…

      Il y en a un qui est extraordinaire en France: Philippe Azoury. Mais j’ai perdu sa trace dernièrement. Il était à Libé. Puis, je crois que tout critique ciné devrait lire les bonnes plumes des autres domaines, afin de ne pas mijoter dans le même jus. Il y a un critique gastronomique du Figaro, François Simon, qui est un toqué de l’écriture gourmande. Je le conseille à tous même si vous ne savez pas faire une béchamelle: http://francoissimon.typepad.fr/simonsays/2013/06/grill%C3%A9-%C3%A7a-y-est-cest-ouvert-jai-test%C3%A9-.html

    • Ça ma traversé l’esprit effectivement! La faute de la redac’ chef? Ou une perte de repères au passage en revue? Je suis prêt à lui laisser un peu de temps pour s’habituer à ses nouveaux quartiers. On verra bien.

    • Sa critique de mon resto préféré à l’est d’Andromède: http://francoissimon.typepad.fr/simonsays/2011/10/le-baratin-est-il-le-meilleur-restaurant-de-paris-.html

    • “La faute de la redac’ chef? Ou une perte de repères au passage en revue?”

      Les deux mon capitaine?

    • De Fontaine Rouseau, j’aime beaucoup la bd Pinkerton.

    • “Je suis prêt à lui laisser un peu de temps pour s’habituer à ses nouveaux quartiers. On verra bien.”

      On ne verra pas grand chose, m’est avis.

    • Je suis sévère, alors que je parle seulement des gens respectables; on peut perdre quinze minutes de sa vie à les critiquer. Le reste des critiques n’en sont pas. Seulement des préposés au service de vente, des courroies de transmission publicitaires.

    • J’allais justement suggérer Pinkerton. Assez jouissif. Et peut-être “too close to home” comme portrait… même si j’étais et je suis encore pas mal plus Album Bleu que Pinkerton…

    • Pour tout dire, je n’ai jamais écouté Weezer. Pas une seule fois Pinkerton. Mais j’avais l’impression qu’il parlait de moi…

    • J’ai encore moins le goût d’écouter Pinkerton depuis…

    • @unholy_ghost Rédac’ chef du Web, ça ne vous intéresserait pas comme projet de retraite? Même si on se serait invariablement obstinés sur certains trucs, je vous aurais pris, moi, comme premier lecteur à l’Impact campus. Ç’aurait été hardcore, pour du 300 mots.

    • Mon projet de retraite est un bordel à Katmandou.

    • Je viens de retrouver Philippe Azoury (merci google!). Il est désormais au Nouvel Obs (que je n’ai jamais lu).

      Le meilleur critique du monde?

      http://obsession.nouvelobs.com/cannes-2013/20130527.OBS0765/cannes-sans-dormir-8-le-plat-de-resistance.html

    • La meilleur critique de Bling Ring que vous lirez, Azoury style (on sent l’amoureux fou d’Irma Vep): http://obsession.nouvelobs.com/cannes-2013/20130517.OBS9610/chronique-cannes-sans-dormir-2-let-s-do-shopping.html

    • Pour Astyanax: http://obsession.nouvelobs.com/people/20130614.OBS3418/lea-seydoux-j-aime-que-ce-soit-desaxe.html

    • T’es pas mal dans ton genre Ghost. Mais un jour si ça te tente, j’aimerais que tu m’expliques pourquoi War of the worlds est un grand film…

    • Je l’ai fait plusieurs fois ici, Bebop.

      Heureux de te revoir virtuellement.

    • La différence entre Foglia et les journalistes contemporains n’est pas trop compliquée : le cours classique.

      Aujourd’hui, pour écrire dans un journal, t’as besoin de 2 ans en sciences pures pour avoir ton DEC pis un certificat à Jonquière. Après, dans la section “champs d’intérêt” de ton CV, tu marques “cinéma”, “pétanque” ou “mascara”, selon le sujet sur lequel tu veux pitonner. Eh hop, tu rentres au pupitre, et après quelques dizaines années, si t’es chanceux, t’as ta chronique ou ton assignation personnelle.

      Fak des journalistes, y’en a de plus en plus, mais de moins en moins qui savent écrire.

    • Ok Ghost. C’est juste que je l’ai loué dernièrement. Pour faire faire court, disons que les attentes étaient grandes.
      Mais bon, je suis pas cinéphile alors…
      Au plaisir et bonne chance avec Katmandou!

    • Bebop, Ciné en parlerait mieux que moi.

    • Très juste pezz.

    • Bah, je suis pas sûr que le cours classique ou même les études supérieures sont si déterminantes que ça dans le “savoir écrire”. La plume vient du talent, de l’intelligence et de la vivacité d’esprit plus que de la formation scolaire.

      Une Marie-Claude Lortie peine à écrire une simple critique de resto qui se tient debout malgré sa maîtrise en science politique alors que Jean Dion, qui n’a qu’un baccalauréat dans la même discipline, a reçu le prix Jules Fournier pour la qualité de sa plume. (Pezzz, Lortie est par ailleurs un bon exemple de ce genre de journalisme touche-à-tout qui devient de plus en plus la norme, malheureusement).

      Bien sûr, ce ne sont que des exemples pigés au hasard, mais les tacherons ne manquaient pas dans les années 1940 ou 1950, cours classique ou pas.

      C’est surtout la multiplication des plateformes qui rend la profession plus accessible et dilue le talent.

    • @ Kurtz

      C’est juste, mais d’où vient l’intelligence et la vivacité d’esprit? Une partie est peut-être innée, certes, on ne le saura probablement jamais. Sinon, ça vient de la lecture, de la curiosité, et encore de la lecture.

      Avec le cours classique, t’avais pas le choix de t’enfiler le corpus entier de la France XVIIIe siècle. T’étais obligatoirement initié à la grande littérature, à la grande philosophie, au grand savoir. Et donc, t’émulais par défaut ta propre plume sur ces lectures.

      Aujourd’hui, tu peux avoir une maîtrise (Lortie?) sans avoir lu une seule ligne d’Heidegger, de Beaudelaire ou de Proust. Alors on émule sur qui?

    • Bon point pezzz. Dites le pas trop fort par contre, vous allez vous faire traiter d’intellectuel élitiste :-)

      D’autre part, le cours classique était justement un lieu d’élite, où les étudiants arrivaient de familles qui leurs donnaient cet accès à la littérature, qui développaient cette curiosité intellectuelle et qui favorisaient l’émulation. Cette valorisation ne peut exister à grande échelle.

      La démocratisation de l’éducation a changé la donne. Tous ne peuvent lire Proust (alors personne ne le lira!). Le problème – je vous suis là-dessus – c’est qu’on a décidé que pour vivre de sa plume, ce n’était plus nécessaire.

      Mais le pire, ce n’est pas que des plumes comme celles de Foglia sont en voie de disparition et que des journalistes médiocres prolifèrent. Le pire, c’est que les gens qui les lisent avec le bagage nécessaire sont eux aussi en voie de disparition et que le lecteur lambda ne fait pas la différence.

      Ouf, je me sens comme un vieux chialeux maintenant!

    • Je ne suis pas certain qu’on lisait Heidegger, Baudelaire et Proust pendant le cours classique. Probablement plus saint Thomas d’Aquin, Lionel Groulx, Pascal et Claudel…

      Lortie c’est un autre problème. Elle ne pouvait pas sortir d’une école de critique gastronomique. Elle a fait de son hobby sa job. Fine. Je pourrais faire son travail avec six mois de pratique. Beaucoup de critiques dans plusieurs domaines sont de profonds dilettantes, alors qu’il faut connaître son domaine sur le bout des doigts. Gingras est incollable sur la musique classique. Lévesque est incollable sur le théâtre; sur le cinéma il fait une erreur par article, mais ce n’est pas grave car il écrit divinement.

    • Sinon, Foglia n’a certainement pas fait le cours classique, ni probablement l’équivalent. Il est né en France dans une famille pauvre d’immigrés italiens. À part l’éducation de base, il s’agit d’un autodidacte, j’imagine. La différence c’est que lorsqu’il ne flatte pas ses chats ou sa blonde, il doit toujours avoir un livre à la main. Et un bon livre – là est toute la différence.

    • Foglia et Lévesque sont des littéraires davantage que des journalistes. Ils ont une grande sensibilité esthétique mais ils travaillent sans rigueur journalistique, avec une désinvolture qui tranche délibérément avec le professionnalisme sans âme de plusieurs de leurs collègues. Le cours classique n’a, à mon avis, pas grand-chose à voir là-dedans, sinon par esprit de contradiction. Leur admiration mutuelle pour l’œuvre et l’esthétique de Céline, qui était bien loin d’être au programme des cours classiques, suffit amplement à le démontrer.

      Ceci dit, j’apprécie pareillement le travail de ces deux auteurs (on peut sans conteste les appeler ainsi) et ce qui me plaît particulièrement chez eux, c’est justement cette absence de professionnalisme qui, combinée avec un esprit hors du commun, un amour des arts, une vision poétique du monde, rend leur prose belle et incarnée, unique et personnelle. Foglia, par exemple, connaît énormément le vélo mais il n’en parle pas comme un spécialiste, plutôt comme un amoureux et un littéraire obsédé à l’idée de bien écrire cet amour. Il en est donc venu, par sa prose, à me faire aimer le vélo et ce, même si je n’y connais rien. Il l’a rendu beau, en somme. Même chose pour Lévesque : il a l’air de badiner, de se noyer dans ses verbes, de tourner autour du pot, mais c’est justement de cette façon qu’il réussit à rendre son sujet vivant, à lui donner du corps et de l’épaisseur tout en préservant son mystère. Bref, chez eux, l’écriture me semble perçue non pas comme une activité ou un travail, une façon comme une autre de s’exprimer tout en gagnant sa croûte, mais comme une respiration, quelque chose de vital, une façon de s’ancrer dans le monde. C’est assez noble, je trouve.

    • Là est la nuance pilac9: un critique ne devrait pas être un journaliste.

      Je serais très surpris que Lévesque et Foglia aient le moindre intérêt pour Céline Dion…

    • Vous me faites penser que Jean-Michel Frodon, que j’aime beaucoup, répond assez bien à toutes ces questions sur la critique dans un article paru en 2010 sur son blogue. Je mets le lien, c’est très intéressant :

      http://www.slate.fr/story/30335/quoi-sert-la-critique-de-cinema

    • Merci.

    • J’avais parlé de Frodon ici même, on fréquente les mêmes estami-nets… Il est très bon. Pour ceux qui aiment le cinéma bis ou indépendant, mais resaisi par une vraie pensée de cinéma, je conseille le blogue d’Olivier Père: http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2013/06/26/richard-matheson-1926-2013/

      J’y apprends la mort de Richard Matheson.

      Me souviens d’avoir dit à un écrivain que Duel de Spielberg était du pur cinéma. Il m’avait séché gentiment en me disant que, au contraire, le film devait beaucoup au sens narratif de Matheson. Je ne le connaissais pas mais il avait raison. Matheson a été adapté maintes fois au cinoche, mais on peut regretter que son chef-d’oeuvre, Je suis une légende, ne l’ait pas été à sa juste valeur. Il est surtout à l’origine de ce chef-d’oeuvre absolu du cinéma bis, L’homme qui rétrécit de Jack Arnold.

    • Bien d’accord pour L’Homme qui rétrécit! Un souvenir d’enfance mémorable! Hélas, les différentes versions de Je suis une légende sont effectivement décevantes. Je me trompe ou bien ces temps-ci, les grands auteurs de S-F tombent comme des mouches…Et parenthèse concernant Claude Gingras, le chef des Violons serait en désaccord avec vous Unholy Ghost concernant sa grande connaissance de la musique. Mais là, on s’amuse!

    • Les praticiens ne sont jamais d’accord avec les critiques, c’est bien connu. Mais les praticiens sont rarement de bons critiques. Gingras a une grande connaissance de son art. Il doit, à chaque fois qu’il entend une sonate, connaître les 25 enregistrements d’icelle.

    • La présence de Gingras dans le documentaire État critique de Marcel Jean est mémorable!!! Son anecdote sur André Gagnon est succulente. Documentaire qui mérite d’être vu et revu.

    • Matheson, Vance… des grands comme on en voit rarement de nos jours…

      Voici un blog d’un des producteur d’un de mes grands films, The Thing (1982!). Il y raconte la production de ce classique, et cette entrée est sur comment un glitch dans l’horaire de production a permis à Carpenter de boucler un montage hyper-rapide pendant le tournage, y permettant de déceller toutes les fautes qui auraient coulé le film, et ainsi écrire de nouvelles scènes pour completer non le script mais le film même.

      http://theoriginalfan.blogspot.co.uk/2013/06/when-thing-became-john-carpenters-thing.html

    • Drôle, je viens de croiser Lortie et sa petite famille…

    • Lortie m’amuse lorsqu’elle elle écrit sur l’architecture. Elle se vautre dans les comparaisons aux mouvements d’Europe, sans avoir la moindre connaissance du milieu nord-américain ou québecois. Ni de l’inter-relation architecture/construction, qui règne ici. Ca donne des textes digne d’un étudiant de secondaire 4 qui commence à s’interesser au domaine.

    • ..@Ceu-zé-celle qui discutent «cours classique».

      Le Cours classique n’aurait pas été déterminant dans la qualité de l’écriture? Vraiment?

      Huit années à potasser un programme de français exigeant, à apprendre les règles de grammaire, à analyser des textes classiques, (JAMAIS des chroniques quelconques tirée d’un papelard tout aussi quelconque) à produire des textes d’imagination, à produire des dissertations sur différents sujets, et toujours, partout, peu importe la matière, des profs qui enlèvent des points pour les fautes de français. Plus l’apprentissage du Latin et du Grec ancien, deux des langues fondatrices de la nôtre, cela vous construit toute une fondation.

      Pour ne pas sortir du CC avec une bonne maitrise de la langue, il fallait ou bien n’y voir aucun intérêt ou bien être simplement incapable d’apprendre quelque chose le moindrement complexe. D’ailleurs, en pareil cas, on ne finissait pas le cours classique. Il n’y avait pas de «normalisation» des notes ni de promotion par matière et encore moins de bulletin
      sans chiffres, plein de descriptions aussi fumeuses qu’inutiles pour connaître le niveau de connaissance acquise par l’étudiant. Tout était chiffré. Ça n’était peut-être pas sympathique mais cela avait le mérite d’être d’une clarté «assourdissante».

      Alors oui, le cours classique est un marqueur de la qualité de la langue écrite et aussi parlée encore qu’à cet égard, il n’est pas rare de rencontrer des gens qui écrivent beaucoup mieux qu’ils ne parlent, cours classique ou pas. Cela me semble être une particularité québécoise. Il y a certainement des spécialistes qui se sont déjà penchés sur ce sujet.

      Et non, les collèges classiques n’accueillaient pas que des fils de familles aisées dans les maisons desquelles on pouvait trouver une bibliothèque et des bibliophiles. Particulièrement en région, les collèges classiques étaient fréquentés essentiellement par des enfants de la classe moyenne. D’ailleurs à cette époque, les droits de scolarité de ces collèges n’avaient rien à voir avec ceux qui étaient exigés par des institutions comme le Collège Brébeuf.

    • @ jeanfrançoiscouture: le problème du cours classique est quand même le nombre de gens qui n’y avait pas accès. Vous pouvez plaindre la proportion perdue en l’éliminant ; il faut quand même être heureux de la proportion de gens avec le minimum requis qui a augmenté de beaucoup.

      Mes grands-parents n’ont jamais su écrire des mots simples (encore moins les compliqués) tandis que maintenant, la majorité a au moins un petit bout de fait.

      L’apport de la littérature est tout de même primordial. Au début du secondaire, j’étais nul en Français. J’ai eu de l’aide de deux amis, en plus de commencer à lire beaucoup, mais rien de très long. Les romans me fesaient peur alors j’ai lu des nouvelles (beaucoup de Maupassant et de Poe). Rendu au Cégep, j’écrivais sans faute. Depuis, j’en ai malheureusement perdu beaucoup…

    • ..@mendell: Sur la question du nombre, vous avez tout à fait raison. Même si en région les jeunes ayant accès au cours classique n’étaient pas majoritairement, et de loin, des fils de famille et des enfants de notables, il est vrai que le plus grand nombre n’y avait pas accès.Et il y avait des barrières à l’entrée par les notes et les examens d’admission.

      Cependant, à l’époque, le Français que l’on enseignait aux élèves du primaire et surtout du secondaire produisait des adultes mieux formés en Français que les diplômés du CEGEP. Par contre, à cette époque, non seulement l’accès au cours classique était limité mais trop de jeunes ne terminaient pas leur secondaire.

      Mais qu’est ce qui s’est passé pour que ce remarquable accès pour tous nous donne tant de jeunes qui ne savent pas écrire convenablement, qui ont toutes les misères du monde à lire un livre et encore plus de misère à en faire un résumé cohérent? Je le sais. J’en ai vu plein alors que j’étais chargé de cours à HEC, UdeM et UQAM et j’en ai aussi vu plein quand je travaillais en RH, surtout en recrutement de personnel.

      La recette était pourtant bonne. Les diplômés du Classique le prouvent. Mais on l’a jetée aux orties pour faire moderne. Trop difficile, je suppose mais on n’obtient pas grand chose sans effort. On voit le résultat.

      P.S. J’ai conservé un petit cahier d’exercice de ma 6e année du primaire. Il contient des dictées pas si compliqués qui donneraient du fil à retordre à bien des cégépiens alors que je collectionnais les 10/10. Pourquoi?

    • @ jfcouture

      Je pense qu’il y a une différence entre venir d’une famille de notables et d’une famille qui valorise la culture. Les bons élèves “de région” admis au CC ne tombaient pas du ciel non plus: ils ont eu du support familial tout au long de leur scolarité d’enfant. C’est en ce sens que le CC est un lieu d’élite (intellectuelle et non monétaire).

      D’autre part, il ne faudrait pas confondre la qualité d’écriture au sens grammatical du terme avec la qualité de la plume au sens artistique ou littéraire.

      Je ne nie pas que le cursus scolaire (à plus forte raison le cours classique) joue un rôle dans le savoir-écrire sans fautes et dans la rigueur intellectuelle.

      Par contre, avoir une plume à soi, un talent littéraire et savoir l’exploiter avec esprit dans un métier de plume comme le journalisme, c’est quelque chose qui ne s’apprend pas toujours et qui relève d’une sensibilité personnelle, d’une pratique intensive de la lecture et de l’écriture qui dépasse le cadre scolaire, du talent pur, de “l’intelligence” des choses au sens classique du terme.

    • @jeanfrancoiscouture

      Je ne cherchais aucunement à sous-estimer la valeur pédagogique du cours classique, loin de là. En fait, peut-être me suis-je mal exprimé, mais je disais simplement que les qualités littéraires propres à Foglia et Lévesque en particulier devaient, à mon avis, très peu à la fréquentation desdits cours (Gingras par contre…). Je crois en effet que les qualités de leurs plumes respectives relèveraient plutôt, comme le dit si bien kurtz, d’une sensibilité esthétique développée par la fréquentation intime et intense de la littérature hors du cadre académique (quel qu’il ait pu être). Enfin, c’est l’impression que j’en ai, peut-être que je me trompe…

    • ..@kurtz et pilac9: Question qualités littéraires et sensibilité, je suis tout à fait d’accord avec vous deux. Cela relève la plupart du temps, sinon toujours d’un talent qui se développe en dehors du cadre dit «académique». Le rôle du cadre en question est de fournir les bases de la connaissance pratique de la langue. Et vous avez raison, on aura beau connaître par cœur le Grevisse, cela ne donnera jamais cette sensibilité qui fait le grand auteur, fut-il auteur de grands romans ou auteur de belles chroniques.

      Je compare souvent cela avec le patin. Pour pouvoir transporter une rondelle, faire des arabesques ou des quadruples sauts, il faut d’abord savoir patiner. Mais savoir patiner ne suffit pas pour être soit un grand compteur ou un grand patineur artistique.

      Bref, je pense que nous nous comprenons.

    • Je ne pourrais me tailler une place dans cette intéressante conversation, si ce n’est pour dire que les échanges m’ont agréablement nourris, qu’en témoigne la liste de noms et de titres dont j’ai pris note. Merci aux commentateurs (avertis) et à Josef de rendre le tout possible avec ces portraits bien rebondis!

    • On le saura pour le prochain coup: les conversations sur l’âge d’or du cours classique blablabla tuent les débats.

    • La spécialiste de la bière de la Presse qui fait la critique de Twixt de Coppola: http://www.lapresse.ca/cinema/201306/12/49-4231-twixt.php

      Probablement la plus mauvaise critique que j’ai lue ici.

    • Quand Gingras sera en vacances, on fera faire la critique du prochain concert de l’OSM par le journaliste des faits divers.

      Décidément, on ne respecte pas le cinéma.

    • J’ai vu le deux étoiles ce matin mais je n’avais pas lu la “critique”. Je me demandais justement qui avait sur les mains l’odieux de cette cote.

      Question à tous: On est au mi temps de 2013, je n’ai pas vu grand chose de l’année, qu’est-ce qui a eu de bon? (À part Twixt, évidemment…)

    • Chez les américains, il y a eu Spring breakers. J’hésite entre Frances Ha, Twixt, Bling ring et Star Trek pour mon prochain amerlo-cinoche. Et voulez-vous me dire quand diable pourrons-nous voir Passion de de Palma en Amérique!

    • SPRING BREAKERS est sur ma liste “à voir”, c’est certain. Avec MUD, FRANCES HA, JOURNAL DE FRANCE (Depardon), BEFORE MIDNIGHT, PROMISED LAND et LIKE SOMEONE IN LOVE.

      Et il y a bien-sûr le 4:44 de Ferrara qui m’attend sur Netflix depuis trop longtemps. Je viens de remarquer qu’il s’y trouve aussi THE CROSS AND THE MILL de Lech Majewski et UPSTREAM COLOR de Shane Carruth, films qui n’ont pas bénéficié de sorties ici (même pas en festival, je pense).

      Sinon, vu et aimé de 2013: TWIXT, BARBARA de Christian Petzold, LEVIATHAN (le doc expérimental), NO et TO THE WONDER (évidemment).

    • Si vous voulez lire Lévesque régler le cas de CAMION et de tout le cinéma québécois en un paragraphe:

      http://www.revue24images.com/articles.php?article=2362

    • Certainement pas de tout le cinéma, non.

      Twixt, Sugar Man, 4:44, Passion et To the Wonder sont les meilleurs films vu cette année. Star Trek est bien, sans plus. The Bling Ring est décevant, mais c’est quand même Coppola Sofia.

    • Je ne l’ai pas encore vu mais il semblerait, d’après ce que j’en ai lu (24 images, Séquences, Ciné-Bulles), que Le Météore de François Delisle soit absolument magnifique et poétique. Mais il n’est plus en salle à Montréal et n’est pas encore en DVD, alors… Quelqu’un l’a vu?

    • Mud et Spring Breakers sont aussi très bons et j’ai bien hâte de voir Les Météores.

    • Vu: Star Trek, fascinant, mais pas pour les “bonnes” raisons, si l’on veut. Mud, très bien, sauf deux moments où la mise en scène se fait bizarrement insistante (peut pas trop en dire sur ces deux sans tout spoiler). Frances Ha: je n’aime pas, en général, les “become who you are” de l’indie américain, que ce soit le coming-of-age de l’adolescent rejeté parce que trop intello qui finit par trouver l’âme soeur grâce à un guide adulte déjanté ou le hipster, artiste pauvre, décalé, qui ne veut pas devenir adulte parce qu’il est trop condescendant envers le reste du monde, mais bref, force est d’admettre que ce portrait-ci (la variante hipster) est bien réussi et fort drôle. Surtout la première partie, le film finit par perdre sa prime liberté, la lâcheté allègre de sa structure dramatique, pour se restreindre dans un arc narratif convenu, mais quand même bien mené (la finale est très belle). Greta Gerwig est magnifique, bien sûr. Et les hommages à Carax sont toujours appréciés. Man of Steel, emmerdant, visuellement c’est impressionnant en clisse (et je ne le suis pas facilement de nos jours), mais le scénario est archi-répétitif, brouillon et incohérent dans ses thématiques. On m’a dit du bien de Bling Ring mais pas encore vu.

      Spring Breakers, Twixt, Promised Land, Like Someone In Love et le Ferrara sont les prochains à voir.

    • Meilleur film vu cette année pour la première fois : The Magnificent Ambersons de Welles. Quel film! Bon, je ne m’attendais pas vraiment à moins de Welles, mais quand même… Les 30 premières minutes du film (à peu près) sont certainement à classer parmi les plus grands morceaux de mise en scène de l’histoire du cinéma. Tout y est génial : la narration tendre et ironique de Welles, l’utilisation inouïe de la profondeur de champ (ah, la séquence du bal…), les dialogues qui se télescopent et s’emboîtent avec une virtuosité sans pareille, le montage d’une musicalité encore plus maîtrisée que dans Citizen Kane (c’est dire!). Malheureusement, la finale sent le producer’s cut à plein nez (exit l’ironie) et vient un peu démolir ce que Welles s’est acharné à construire, mais bon… On peut toujours rêver à ce qu’elle aurait pu être avec un Welles en plein contrôle du résultat final. En tout cas, moi j’en rêve.

    • The Magnificent Ambersons est meilleur que Citizen Kane. Il paraît que le film tel que Welles l’a voulu gît sous la terre d’un terrain vague. Mon plus gros objet de fantasme.

    • Bienvenue dans le club pilac9! Je dis souvent à qui veut bien l’entendre que les 40 première minutes des AMBERSONS sont les plus grandes de l’histoire du cinéma! Le jeu entre son et image est phénoménal, l’expérience de la radio de Welles y est pour beaucoup, je crois. Et le reste du film est magnifique (à part les trois derniers plans). En plus, on a droit à un générique parlé! Du bonbon…

      Ça fait littéralement 20 ans que je rêve qu’un grenier perdu d’hollywood nous rende la fin originale, la lente agonie de la famille et la transformation de la société américaine. Tout est déjà là, avec des scènes magnifiques (Major sur son lit de mort, perdu dans ses pensées, George et Fanny dans le manoir fantômatique, les fondues enchaînés sur les fils électriques dans la ville) mais c’est simplement une question de rythme, d’équilibre.

      Alphonso Arau en a fait un remake, adaptation, que je n’ai pas vu (et ne verrai probablement pas).

      http://www.imdb.com/title/tt0252147/

    • H.S.

      Ouf, je viens de voir To Rome with Love : décevant! Les scènes de douche étaient bien bonnes, mais pour le reste… du cinéma théâtral forcé de W.A. tel que je ne l’ai jamais aimé

      J’avais pourtant bien aimé dans ses films récents Midnight in Paris (plus magique; moins forcé) et Cassandra’s Dream.

    • @ghost et winslow

      Et apparemment que la fin prévue à l’origine était la scène préférée de Welles!

    • @winslow

      Son expérience de la radio est en effet assez déterminante, spécialement dans la façon dont il conçoit ses dialogues en jouant sur les rythmes, les intonations et les silences. Personne à Hollywood ne travaille alors les dialogues comme Welles. Il était obsédé non seulement par la musicalité mais aussi par l’impact dramatique qu’ils peuvent susciter au-delà des traditionnelles informations factuelles et psychologiques qu’ils transmettent. La séquence du « Love Nest » dans Citizen Kane où sont réunis Kane, sa femme, sa maîtresse Susan Alexander et son opposant politique Jim Gettys dans l’appartement de Susan Alexander et où les propos s’entrecroisent sur différents tonalités (et dans des cadres ultra serrés) est particulièrement exemplaire à mon sens de cette application des procédés radiophoniques chez Welles (je crois que Truffaut en parle aussi dans un de ses textes mais je ne suis pas sûr). Il y a aussi plusieurs beaux exemples dans les Ambersons comme, par exemple, quand le jeune George se fait sermonner au début pour avoir insulté et battu un vieillard.

    • Et, winslow, je lis sur Wikipedia que Welles avait déjà fait une adaptation radiophonique du roman de Tarkington en 1939. Je serais bien curieux de l’entendre.

    • Like Someone in Love et Spring Breakers : vus et approuvés.

      4:44 : vu et pas adjugé à la 1ère écoute, mais je m’étais solidement fait remettre à ma place hehe, alors je lui laisserai une 2e chance!

    • Et pis pour faire suite à la critique de Robert Lévesque sur Camion : voyez Las Acacias. Grand film.

    • J’vais peut-être me décider à le regarder ce Ambersons. Chaque fois que j’entendais parler à quel point c’est un bon film, ca venait toujours avec un “mais le film est charcuté et on n’a jamais vu la vraie version géniale”. Du coup j’me disais: ben arrêtez de dire que c’est si bon si au fond personne d’encore vivant ne l’a vu réellement ce film. Mais si même charcuté c’est excellent, alors…

      Parlant de Kane, récemment j’ai vu un film dont le premier acte m’a tellement fait penser à Kane: “Whatever happened to baby Jane?”

    • @procosom.com

      rien à faire de “To Rome with Love” moi non plus. Un collage de sketchs et de thèmes dont Allen avait déjà fait le tour y a 20 ans.

    • Je me demandais bien candidement ce qui a été aimé de Spring Breakers, ce qui en fait pour certains un bon ou très bon film. Je ne veux pas orienter les réponses en « contre-arguments », alors je tairai mes critiques, d’autant plus que mon attention, ai-je l’impression, s’est concentré sur des choses que ceux qui ont apprécié n’ont que faire. Alors?

    • Spring Breakers est une merveilleuse critique (en sous-texte) des phases de développement du capitalisme et de l’évolution de la violence dans les sociétés libérales. Les trucs comme le fait que le film serait “sexiste”, “répétitif” ou “ne mène à rien” qu’on a pu lire un peu partout dans les médias généralistes ne sont que des lectures paresseuses, accrochées aux jupes du 1er degré.

      Je n’en dirai pas plus pour éviter les spoilers.

    • Je m’offrirais bien des jupes du premier degré…

    • Les jupes du premier degré! Alors que tout le film est en bi-kini deux pièces!

      Il faut lire Moi, Orson Welles pour comprendre comment on a envoyé le cinéaste en mission artistico-diplomatique au Brésil, tourner sans cesse des images du carnaval de Rio pendant qu’on (Cotten, Wise et cie) s’acharnait à conserver l’esprit de Welles devant les coupures imposées. Le bal par exemple, une coupure barbare au centre d’une bobine en plan séquence; on aurait eu droit à l’effet The Rope avant la lettre. Il faut revoir, comme le pensait Truffaut, les Amberson chaque année, le film sur le tournant de notre modernité. Bon je rajoute F for fake et Falstaff sur ma liste d’urgence (mais patience, la cinémathèque prépare une rétro Welles pour janvier 2014!)

    • Quoi, Korine aurait du habiller ses gonzesses en costard? Y’a le nouveau Scorsese pour ça.

    • Il n’y a pas de premier degré auquel s’accrocher; ce qui explique qu’on se débarrasse rapidement du personnage de Gomez.

    • Oh, on est bien d’accord. Ça ne semble toutefois pas être l’avis de ceux-et-celles-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

    • @pezzz

      Je vois bien l’envie du fric, la relation physique, même, qu’il peut y avoir avec lui. Pour les stades du capitalisme (en gros, quoi, l’industrialisation, la production de masse, la globalisation, la « dématérialisation » de l’économie vers la spéculation à tout crin?), comme pour l’évolution de la violence dans les sociétés libérales, là, je ne vois pas. Est-ce que vous seriez prêt à écrire une analyse plus détaillée de cette relation? Je vous en serais reconnaissant puisque, jusqu’à maintenant, je n’en ai apparemment vu que le premier degré.

    • Les deux films que j’ai le plus envie de voir sont La vie d’Adèle et Vic + Flo ont vu un ours. Et non, ce n’est pas parce que ce sont deux histoires de lesbiennes, hein?

      Quoique…

    • @ la_roy

      Quelques pistes d’analyse en vrac (SPOILERS SPOILERS SPOILERS)

      1 : L’évolution du rapport des personnages avec l’argent tout au long du film. Au début, l’argent est un moyen, un vecteur. Les filles veulent avoir du fric pour se rendre au spring break, mais elles ne cherchent que le montant nécessaire pour se rendre là-bas. À la fin du film, le fric est devenu une fin en soi. Le fric est rendu un personnage en soi, avec une âme, une vie, et un libre-arbitre.

      2 : Au début du film, la violence est cachée, souterraine. La scène du braquage du restaurant le démontre bien. Le point de vue est extérieur (on suit le mouvement de la voiture qui tourne autour du restaurant), on voit les filles bouger, mais on ne voit pas les actes de violence posés. On n’apprend ce qu’il s’est passé au restaurant que lorsque les 3 filles qui ont braqué le raconte à la 4e (qui d’ailleurs, commence à prendre peur à ce moment précis). Et on ne voit les images réelles du braquage que plus tard également. Bref, au début, la violence nous est cachée, et encore une fois elle est un moyen, dont on semble avoir honte, vouloir sublimer, sinon effacer. À la fin, au contraire, la violence est frontale, décomplexée, et ne semble être qu’un exutoire de pulsions totalement incontrôlé.

      3 : Concernant les personnages, je vais faire du surf sur le dernier commentaire de rafc. Si on est capable de se débarrasser de personnages principaux aussi facilement, c’est parce qu’on ne s’attache pas à eux (elles?). Ce sont des personnages sans âme, sans histoire, sans futur, bref, qui n’existent que l’espace de l’instant furtif que dure le film. Et qui seraient facilement interchangeable avec n’importe qui, ou n’importe quoi. Bref, des personnages déshumanisés, qui n’ont d’utilité (et d’existence) qu’à l’intérieur du système, au service de celui-ci.

      Y’auraient surement également plusieurs trucs par rapport à la mise en scène en tant que tel, mais je n’ai pas les connaissances techniques pour me risquer sur ce territoire sans m’y casser la gueule.

      Voilà, c’était un peu bric-à-brac (j’écris ça à 1h30 du mat), mais j’espère que c’est quand même intelligible!

    • @rafc

      Les conversations avec Bogdanovich sont effectivement passionnantes (”pour moi, les messages au cinéma, ils pourraient être écrits sur une tête d’épingle”). Et merci pour l’information concernant la rétro à la cinémathèque, je l’ignorais. Dire que ce sera incontournable est un euphémisme, d’autant qu’ils traiteront, en plus des films, de son travail à la radio, au théâtre et à la télé. Bien bien hâte.

    • L’entretien de Welles avec Bogda est aussi passionnant que le Hitchbook. Bien qu’on ait rapidement l’impression d’être une toute petite chose à côté de ce géant.

    • Vous surfez bien pezzz! J’aime votre 3ème point. J’y ajouterais tout l’esthétique du jeu vidéo avec lequel Korine s’amuse (!) – des personnages sans âme, sans histoire, sans futur dites-vous – il y a un lent déplacement vers l’image ludique qui efface toute axiologie et qui s’auto-régénère comme si les vies des filles n’avaient plus de sens, renouvelables jusqu’à un game over impossible, servant uniquement la logique interne du jeu, forever…

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